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Israël : le 6e Gafam.

Face à la Silicon Valley, Israël construit sa puissance. Alors que la plupart des États subissent les Gafam, l’État hébreu a développé une stratégie originale lui permettant de peser à l’intérieur même de cet écosystème. Un modèle détaillé dans « Israël, le 6e Gafam ? », dont voici des extraits.

Volet N°3 de notre série : une affaire de stratégie ?

Tel-Aviv

La réussite d’Israël et de ses start-up tient à plusieurs facteurs. Pour le célèbre entrepreneur Yossi Vardi, celle-ci s’explique notamment, par le fait que « Notre gouvernement finance l’innovation, nous avons d’excellents universités axées sur les domaines scientifiques, avec des synergies entre le monde académique et industriel. Et Tsahal, l’armée israélienne, obligatoire pour les garçons et les filles de 18 ans, catalyse aussi la recherche et le développement et façonne la mentalité des jeunes ».

Après la période sioniste où il fallait capter l’eau pour s’établir, c’est désormais l’énergie du « brain power »et le savoir-faire des entreprises de la tech qui nourrissent Israël. Mieux que de chercher une paix toujours incertaine avec ses voisins, le pays veut devenir « la terre des solutions » selon Chemi Peres, le fils de Shimon Peres, fondateur du fonds Pitango.

Un pragmatisme déterminant.

« L’État israélien a créé des lieux d’innovation ainsi que des programmes d’accompagnement liés en n’oubliant pas de financer les meilleurs projets. Ainsi, 21 incubateurs d’entreprises sont financés par l’État et sont, le plus souvent, confiés à des acteurs privés de l’innovation par filières. Cela a clairement permis la montée en puissance des start-up israéliennes.

Israël consacre plus de 4 % de son PIB à la R&D, un seul pays au monde fait mieux, la Corée du Sud. /…/ L’État hébreu est l’investisseur quasi exclusif des soutiens publics à l’innovation civile. Il investit près de 400 millions de dollars chaque année afin de soutenir la R&D. De plus, il met en place des politiques d’incitation fiscale aux entreprises qui réalisent de la R&D en Israël.

Yossi Vardi

La mentalité renforce encore l’efficacité des structures, ainsi, la prise de risque est valorisée : l’échec est une étape obligatoire de la construction individuelle et collective. Ainsi un entrepreneur qui n’a pas échoué deux ou trois fois aura beaucoup moins de crédit auprès d’un fonds d’investissement. Cela passe, aussi, par la culture de « l’exit » qui ne signifie pas échec, mais réussite de l’entrepreneur.

Le secteur des nouvelles technologies israélien est un petit cercle où tout le monde se connaît. Le phénomène de réseau et d’entraide joue, donc, un rôle primordial dans le développement des start-up. Des entrepreneurs qui se sont rencontrés lors de leurs études ou au sein de l’unité 8200 s’associent pour créer leur start-up puis lèvent des fonds auprès d’entrepreneurs plus âgés (Ex : Mobileye Round 1).

Unité 8200

« En Israël, vous pouvez marcher dans la rue et voir le PDG d’une grande entreprise et vous l’approcher et lui dire « Salut, j’ai une entreprise, pouvons-nous nous asseoir ensemble et parler ? » Et souvent, ils répondent : « Parlons », parce que si vous ne connaissez pas cette personne, votre mère connaît sa mère, c’est comme ça, tout le monde connaît tout le monde. Si vous deviez le faire dans des pays comme la Chine ou l’Inde, où les hiérarchies sont très claires, ce serait une très grosse erreur, mais en Israël il n’y a pas de frontières« , témoigne Eynat Guez, fondatrice de Papaya.

A cela s’ajoute la qualité du capital humain puisque Israël investit énormément dans ses formations universitaires d’excellence. Ces derniers ont intégré une forme de pensée tournée vers le consommateur. Il y a de nombreuses passerelles vers le monde de l’entreprise. Par exemple, au Sud du pays, à l’entrée du désert du Néguev, dans la ville de Beer-Sheva, se trouve la capitale du cyberespace, le Cybershark. Cette dernière repose sur un joint-venture public-privé entre les entreprises de la cybersécurité.

Les universités participent, activement, aux activités de R&D. Ainsi, la plupart des demandes de brevets sont déposées par des entreprises associées à des universités, environ 72 % en 2016 et 73 % en 2015, avec par exemple l’Université hébraïque, l’Institut Weizmann, la Technion, l’Université de Tel-Aviv ou l’Université Ben-Gourion.

Une pensée stratégique.

La force de l’État d’Israël réside dans le maillage national qui est fait par l’installation des start-up et des divers centres de R&D, d’investissement et des incubateurs.

Israël a compris depuis longtemps, et ce bien avant la création de l’État, qu’au regard de ses difficultés géostratégiques, il lui fallait, pour être puissant, se développer dans des secteurs-clés. C’est cette stratégie qui a été mise en place dès le départ et a permis à l’État hébreu d’adopter une stratégie de puissance et d’influence du faible au fort productive. Ainsi, en se rendant indispensable dans les secteurs clés de l’innovation et de la cybersécurité, la sphère médicale , le secteur des IoT et de la défense, Israël a su créer un lien de dépendance avec les États les plus puissants du monde;

Ce noyautage subtil des grandes puissances de l’histoire contemporaine s’est réalisé grâce à la mainmise sur des secteurs clés et niches indispensables au développement des nouvelles technologies d’aujourd’hui et surtout de demain. En outre, bien que les exits et l’émigration des élites aient des conséquences dommageables pour le développement local en Israël, cela permet d’infiltrer directement les États forts ciblés et de noyauter leur R&D, leurs entreprises ainsi que leurs stratégies. /…/

Israël a su, dès la mutation de son économie et avec une certaine vision prospective, investir dans les Nouvelles Technologies appelées aujourd’hui NBIC pour développer son économie, se protéger au travers d’une approche de type soft power tout en capitalisant sur la diaspora juive et ainsi asseoir sa puissance.

Beer-Sheva, porte du Neguev.

Israël a su transcender ses frontières pour asseoir avec force ses start-up ainsi que leurs produits de type NBIC, l’un des objectifs étant de faire rayonner cette nouvelle économie et d’en devenir l’un des principaux acteurs au niveau mondial.

De plus, le passage d’un système originel de type ‘socialiste’ vers une approche libérale de son économie a permis d’accélérer le développement des solutions NBIC au bénéfice in fine d’un marché mondialisé.

Aujourd’hui, malgré l’interdiction croissante des VC funds dans l’économie israélienne des start-up, force est de constater que ces dernières ont noué un lien certain avec les Gafam notamment au travers des nouveaux services proposés par ces derniers, qu’Israël a toujours la main sur les centres R&D des start-up cédées dont les principaux décisionnaires sont issus des unités d’élite de Tsahal.

Force est de constater que cet État a réussi [à faire émerger] sur son territoire un nombre certain d’acteurs majeurs des NBIC dont notamment les Gafam, ces organisations étant intéressées par la capacité à innover vite avec une certaine agilité sur des sujets d’avenir clés. /…/

L’État d’Israël n’est-il donc pas devenu au travers de son développement, à son insu, le 6e Gafam ? Ou s’agit-il d’une stratégie de puissance en permanence remise en cause au bénéfice de l’hégémonie de cet État non pas locale, mais mondiale, en infiltrant avec un certain savoir-faire les réseaux du cyberespace ; terrain de jeu des opérateurs de cette nouvelle économie volatile et instable à ce jour ?

Enjeux et perspectives.

Les opportunités créées par ce que l’on peut appeler désormais le cyberespace permettent déjà à Israël, le 6e Gafam, de maîtriser de nombreuses solution notamment en termes de cybersécurité, smart home et outils d’aide au quotidien (par exemple Waze…) bien que n’étant plus en possession capitalistique des organisations propriétaires comme évoqué précédemment.

Il semblerait aujourd’hui que les recherches menées jusqu’alors s’agissant des NBIC esquissent une liaison entre les sciences et les technologies de l’infiniment petit, la fabrication et la transformation du vivant, les machines et systèmes apprenants et l’exploration du cerveau animal et humain.

La convergence NBIC ne permettrait-elle pas de repousser les limites que l’on croyait figées et d’être enfin une solution nouvelle et efficace pour prévenir et combattre efficacement les maladies chroniques et le vieillissement ?

Il y a donc fort à parier que des start-up israéliennes orientées NBIC travaillent déjà à l’émergence de solutions en ce sens tant ces axes risquent de devenir stratégiques sur le plan humain notamment au cours des prochaines décennies.

La maîtrise de ces nouvelles solutions est ainsi nécessaire pour permettre à Israël de continuer à développer son écosystème start-up tant local que mondial, mais aussi préserver son avance technologique et donc ainsi sa puissance au travers toujours d’une stratégie de type soft power.

« Israël, le 6e Gafam ? Une stratégie de puissance technologique » d’Éloïse Brasi, Éric Laurençon et Patrick Nouma Anaba.

Les auteurs.

VA Press.

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Les Gafam : ces compagnies peuvent nous imposer n’importe quoi.

L’omniprésence et l’omniscience des Gafam les rendent de plus en plus incontrôlables, s’inquiète l’ancien directeur du renseignement de la DGSE, qui faut aussi haut responsable de l’intelligence économique à Matignon.

Volet N°2 – Propos recueillis par Antoine Colonna.

Avec des budgets supérieurs à ceux de nombreux pays, une certaine idéologie commune, des monnaies cryptées en préparation, les Gafam sont désormais de taille à se mesurer aux États. Faut-il s’en inquiéter ?

C’est un problème majeur. Jamais dans l’histoire du monde, nous n’avons et affaire à des sociétés aussi puissantes. Elles sont effectivement plus riches que la plupart des États. Elles ont donc un pouvoir interne considérable aux États-Unis, sans compter leur aspect global qui dépasse les frontières. Le fait qu’elles se proposent désormais de créer des monnaies numériques, que certaines d’entre elles envisagent de faire des passeports monte qu’elles une puissance intrinsèque considérable et des capacités de contrôle et d’intervention au niveau mondial. Elles décident désormais, avec le cas de Trump, de savoir si un président élu peut ou non s’exprimer sur leurs réseaux. A l’évidence, elles peuvent désormais poser des problèmes à des états, si tel est leur bon plaisir. Si elles décidaient de faire de la sorte en France, elles y perdraient un peu, mais nous beaucoup plus.

Ce sentiment de toute-puissance implique que les dirigeants de ces compagnies sont de moins en moins enclins à se soumettre aux lois des pays dans lesquels ils opèrent. Ils ont montré récemment, avec le cas irlandais, comment ils essayaient de contourner les législations fiscales européennes. Ainsi ils bénéficient des avantages du marché commun, mais pas de ses inconvénients. Dans leur bataille face à la Commission européenne, ils ont missionné une armée d’avocats, mais aussi des lobbyistes redoutables pour faire modifier les textes.

Vous avez parlé des passeports, il y a aussi le cas des données médicales ?

Oui, Bezos, Zuckerberg et Gates sont très intéressés par cela. Bill Gates, qui finance d’une main l’OMS, rachète partout où c’est possible les fichiers médicaux des malades. Cela a un but. Il s’agit d’un véritable outil de contrôle des populations par la santé.

On reste pour autant dans des approches « douces », mais que penser si les idéologies totalitaires du XXe siècle avaient pu disposer de pareils outils ?

C’est vrai, les Gafam sont d’ailleurs porteurs d’une idéologie, celle du transhumanisme. Ils réfléchissent à « l’homme augmenté ». Un homme connecté avec une très longue espérance de vie. Il y a un coté prométhéen. Sans contrôle, leur pouvoir ne fera que grandir et ils seront en mesure d’imposer n’importe quoi à l’humanité entière. Ma crainte est que les Gafam soient un substitut des régimes totalitaires sous une autre forme.

Savez-vous si notre gouvernement partage cette crainte et s’il possède une stratégie à cet égard ?

Je crains que non. Je vois l’action courageuse de Bruno Lemaire qui exige que les taxes soient dûment payées, mais il se rend bien compte que même en essayant tout ce qui lui est possible, il a le plus grand mal à y arriver.

J’espère que notre classe politique ne va pas se laisser aveugler par l’amour du progrès. Évidemment, d’un coté, les Gafam vous vendent une amélioration de la vie quotidienne. Tout est censé être plus facile. Mais rien n’est gratuit. Quand Bill Gates arrive dans un pays pauvre et ouvre le chéquier, la classe politique se laisse prendre. Mais à quel prix sur le moyen terme ?

La France en quelques décennies a accumulé un certain retard technologique. Pourrait-elle, en se faisant le champion des libertés en ligne, de la confidentialité, reprendre l’avantage dans une prise de judo philosophique en mettant sur le marché ses propres solutions technologiques ? Pouvons-nous réconcilier démocratie et technologies ?

Les Français, les Européens, face à la montée des Gafam, des BATX, leur équivalent chinois, auraient tout à fait intérêt à le faire. Nous sommes au milieu et risquons fort d’être pris en tenaille par ces géants. Par ailleurs, aller vers l’un ou l’autre signifie devenir son esclave. La seule solution est effectivement de créer des sociétés européennes du même genre. Il faudrait également donner une priorité à ces solutions sur le continent. Mais évidemment, cela n’arrivera pas, puisque notre mode de pensée dominant impose une libre concurrence quoiqu’il en coûte. Cela nous tue, mais on refuse de le voir. Pourtant l’Europe est la grande perdante de cette séquence. Par ailleurs, il y a aussi dans nos pays de très puissants relais des États-Unis ou de la Chine, qui se chargent d’empêcher la mise en place d’une politique commune. C’est donc bloqué au niveau européen et au niveau français nous sommes trop petits.

Et pourtant si l’on prend l’exemple des Russes, dont le PIB est proche de celui de l’Italie, ils ont réussi avec Yandex à faire un Google russe…

Oui, mais leur population est trois fois plus importante. Nous aurions pu avec l’Allemagne, nous en aurions les moyens financiers. Mais Berlin a des intérêts financiers très différents des nôtres. D’autre part, notre dette nous empêche d’aller plus loin.

Apple Dublin : nouveau paradis fiscal ?

La Pologne est en train de faire passer une loi contre la censure des Gafam..

Oui, c’est très intéressant, mais c’est très particulier, tant, on le sait, la Pologne est proche des Américains. Lorsqu’elle attaque les Gafam, il y a une tolérance de fait de cette proximité. Mais c’est un point à observer de près. C’est une politique courageuse de la part de Varsovie.

Vous évoquiez la censure contre Trump, croyez-vous que de tels scénarios puissent toucher la France ?

Oui, bien sûr, c’est de plus en plus le cas. On peut tout à fait imaginer que les candidats qui déplaisent, Le Rassemblement national par exemple, pourraient se voir censurés. Est-ce acceptable ? C’est le meilleur moyen de tuer la démocratie. On assiste à une ingérence qui permet de se substituer aux décisions d’un juge, seul à pouvoir le droit. On doit bien sûr priver de parole les gens qui enfreignent les lois. C’est normal pour un pays normal. Mais nous sommes engagés dans un processsus bien différent avec la Loi Avia. J’étais parmi ceux qui ont souligné à l’époque qu’il était dangereux d’assoc ier une société privée à un travail de censure qui relève du droit. Comment peut-on les laisser juger ce qui est permis et interdit ? On leur a donné ici un pouvoir exorbitant… Ils ont déjà trop de pouvoir, inutile de leur en donner plus.

Le Spectacle du Monde – Trimestriel N°4 – Printemps 2021.

L'éditorial·Optimisme·Technétronique

Plaidoyer pour l’industrie.

Trouvé vendredi dernier dans le « Courrier des Lecteurs » de Ouest-France, à la rubrique Économie, ce plaidoyer, qui j’en suis sûr, vous parlera autant qu’à moi : « L’industrie est une chance pour l’humanité. les jeunes doivent découvrir un domaine où le plaisir de réaliser est possible, valorisant. La culture de la créativité de biens matériels est trop peu encouragée ».

« le 4 Février, cinquante experts de « premier plan » ont abordé un thème qui n’aurait jamais dû se présenter, à savoir, celui de la réindustrialisation de la France, s’ils n’avaient eux-mêmes, lorsqu’ils étaient « aux manettes », pour la plupart, engendré la casse de nos outils de production, et en parallèle dévalorisé les enseignements scientifiques et techniques.

Un processus industriel complexe.

Le « Courrier des Lecteurs » a, en quelques circonstances, diffusé quelques « coups de gueule » pour dénoncer ce gâchis, engendrés parfois par un virus dévastateur, né de la finance, alors que celle-ci aurait dû mieux accompagner le développement de la production durable et responsable.

Le « mépris » du secteur industriel a accentué cette dégradation, sans doute irréversible, nos concurrents ayant les compétences et les moyens suffisants pour progresser, dotés de savoir-faire que nous avons distribués généreusement.

Il serait intéressant de connaître les formations suivies par les enfants et petits-enfants des experts. On peut supposer qu’ils ont encouragé l’accès aux voies autres que celles de l’industrie, ce qui m’amène depuis des décennies, à clamer cette formule : « Le technique, c’est bien pour les enfants des autres »!

Quant à l’orientation des filles !

La pandémie en cours exclut la découverte de l’entreprise, élément de formation qui permettrait au collégien de construire son projet d’orientation, lors des stages, de vivre l’entreprise « en vraie grandeur », afin de déterminer son choix d’activités futures. Cette situation est dommageable, peu facile à remplacer par du virtuel sur Internet. « Contaminé » par le virus de la miniaturisation appliquée aux mécanismes, depuis les années 1980, lorsque j’ai créé, avec des complices, les sections micromécaniques au Lycée de Morlaix.

Je suis admiratif des progrès que ces techniques nouvelles, mécatroniques, ont apportés au domaine médical. Je suis aussi épaté par les capacités de la production industrielle de vaccins.

Les images de la télévision qui montrent les flacons de vaccins qui « dansent » sur le tapis de convoyage des chaînes de fabrication, pour nous apporter la délivrance, m’émeuvent, car derrière, je sais qu’il y a l’apport dans l’ombre, des techniciens de la productique qui ne sont pas évoqués, et qui seront pourtant, aussi, des héros, comme les personnels médicaux, (chercheurs, soignants…)

Ces réflexions ont pour but de recommander à tous, jeunes et moins jeunes, de regarder l’industrie comme une chance pour l’humanité, où le plaisir de réaliser est possible, valorisant.

Vaccins qui dansent.

La culture de la créativité de biens matériels est trop peu encouragée dans notre pays. Il faut la faire émerger au plus tôt par du concret, du palpable, par des exemples comme ces vaccins, non par des discours, des promesses.

Jean-Pierre Le Coq (Ille-et-Vilaine).

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Social Media.

C’est ainsi que les anglo-saxons appellent les Réseaux Sociaux. Devenus incontournables de nos jours, ils sont « comme la langue d’Ésope, la meilleure et la pire des choses » ; objet de notre attention, de notre intérêt, en théorie protégés par l’anonymat, ils méritent aussi notre méfiance. Mais, nous ne sommes pas non plus à l’abri d’une bonne surprise, telle que celle qui nous est arrivée ce 1er juillet, lors de notre revue mensuelle de Chiffres d’audience.

Tous nos articles WordPress se déversent sur Twitter depuis 2017.

La première bonne surprise est ce chiffre de 15.082 pages vues, pour un peu plus de 340 articles créés. Ce n’est pas rien! Entre 500 et 1000 fois la taille de BCN : concrètement, nous donnons des nouvelles à nos adhérents et sympathisants « une fois par semaine ». Si l’on se souvient que l’une des ambitions affichées de notre association est précisément de « rompre l’isolement », le débat initial qui était de savoir s’il fallait protéger le site par un mot de passe, il est aisé de comprendre que cette agitation soit largement retombée.

Autre indicateur : un nouveau record d’audience a été franchi le 4 juin : intéressant ! mais qu’avons-nous publié le 4 Juin 2020 ? Réponse : rien ! En revanche, la plénière N°125 avait abordé le thème de la stratégie de BCN pour le second semestre. Pas de scoop, donc : nous effectuons le même constat au sujet de Facebook : tant que l’on reste sur les sujets de la recherche d’emploi, de la RSE, de l’ESS, des enjeux de société, nous sommes « légitimes », non seulement auprès de nos adhérents, mais aussi de notre « réseau d’influence ».

Enfin, nous avons opté pour une stratégie media « professionnelle », s’appuyant avant tout sur le réseau LinkedIn, au service de nos chercheurs d’emploi : cette orientation est en marche, et elle progresse. En conséquence, nous avons progressivement « laissé filer  » les pages organiques de Facebook, dont la régression est amorcée. Mais il faut bien que notre bon « vieux » WordPress remplisse son objectif initial de « couteau suisse ». Nous partons du principe que les compte-rendus de plénière arrivent dans tous les foyers équipés de l’électricité… et a minima d’une connexion 4 g. Avec le temps, nous lui avons aussi assigné un second objectif, celui d’être le vecteur du storytelling de nos membres qui avaient retrouvé un poste. Attention ! Nous comprenons très bien qu’il ne s’agit pas de laisser d’appréciation critique ou compromettante envers quiconque : notre public est professionnel, même si l’aventure est humaine… Et c’est bien de cet aspect dont nous voulons parler ! Voir le § 2, C.Q.F.D.

Et ma conclusion sera utilitaire : pourquoi parle-t-on de la langue d’Ésope ? le célèbre fabuliste grec était esclave chez un « patricien » athénien, qui se trouva un jour en grande difficulté après boire, car il s’était engagé dans un pari stupide. Il s’était affirmé capable de « boire toute l’eau de la mer et ses petits poissons »… Attirés par le gain, ses amis et témoins n’avaient pas manqué de lui rappeler dans quel noir guêpier il s’était fourré. Il alla donc demander conseil à Ésope, son fûté esclave : la réponse fut instantanée : »Maître, vous vous êtes engagé à boire toute la mer, et tous les êtres qui y vivent… Certes, vous n’auriez pas dû ! Mais, vous ne vous êtes absolument pas engagé à boire l’eau douce qui s’y déverse, du plus grand des fleuves au plus infime ruisselet qui s’y jette. Vous ne pourrez donc réaliser votre promesse, que lorsque tous ces cours d’eau auront été barrés ».

Comme c’était évidemment impossible, l’affaire en resta là , l’habileté d’Ésope a traversé les millénaires, et sa langue « la meilleure et la pire des choses »… comme Internet.

l’Ours.
Société·Technétronique

Vous passez trop de temps en ligne? Voici des conseils pour débrancher.

Tout le monde doit se déconnecter au moins une partie de son temps, pour se concentrer sur la vue d’ensemble. Vous devrez sans doute vous obliger à la faire.

Technetronics

Que peut faire un entrepreneur lorsque les demandes numériques ne cessent d’arriver?

D’une part, les entrepreneurs sont censés être branchés en permanence, capables de répondre en temps réel aux clients et prospects. En même temps, cependant, ils sont censés trouver le temps et l’espace mental pour voir grand – pour planifier des stratégies, développer de nouveaux produits, – grandir. Il est difficile de penser à demain alors qu’aujourd’hui continue à émettre des signaux sonores.

Équilibrer les deux est délicat dans le meilleur des cas. Maintenant, grâce au coronavirus, les entrepreneurs ont besoin de plus de temps et d’espace pour réfléchir, afin de pouvoir élaborer des stratégies sur la manière de diriger leur entreprise pendant la crise. Pourtant, comme beaucoup d’entre eux travaillent maintenant à distance, le déluge d’e-mails entrants, de messages « Slack » et « Teams » et de véritables téléphones qui sonnent est plus incessant que jamais.

La clé pour gérer tout ce bruit? Les ralentisseurs, c’est ainsi que j’appelle les petits obstacles que l’on peut créer pour vous faire réfléchir à deux fois avant de sauter en ligne. Voici quelques-uns de mes ralentisseurs préférés, du plus petit et du plus simple au plus grand et le plus spectaculaire :

I. Désactiver le déverrouillage biométrique :

J’apprécie le fait que mon empreinte de pouce puisse déverrouiller mon ordinateur et que mon visage déverrouille maintenant mon téléphone. Les mots de passe sont si compliqués, et la biométrie permet d’accéder beaucoup plus rapidement et plus facilement à mes appareils. Pour cette raison, l’un des moyens les plus simples de rendre votre utilisation de la technologie moins automatique consiste à désactiver la biométrie et à revenir à l’exigence de l’âge de pierre consistant à entrer un mot de passe pour déverrouiller votre appareil. Ce tracas de deux secondes est juste suffisant pour réduire les déverrouillages distraits.

II. Créez une politique face à face :

Non, vous ne pouvez pas passer la tête par le mur de la cabine pour le moment, mais vous pouvez faire quelque chose de similaire avec Skype, Zoom ou un autre outil vidéo. Créez un ensemble de règles personnelles qui spécifient les situations dans lesquelles vous allez passer un appel vidéo spontané (ou même un simple appel téléphonique à l’ancienne!). Plutôt que d’envoyer un e-mail ou un SMS. Choisissez une certaine catégorie d’interaction que vous entreprendrez toujours en direct et en face à face (ou de voix à voix), afin de pouvoir vider votre boîte de réception ou la fenêtre Slack de toutes les négociations à l’heure des réunions, des clarifications factuelles ou des conseils sur la façon de gérer votre prochains appels de vente. Tout aussi importante, cette pratique vous permettra de rester un peu plus connecté à vos collègues.

III. Procurez-vous une montre intelligente :

Je sais que cela semble contre-intuitif, mais l’ajout d’un autre appareil à votre trousse d’outils technologiques peut en fait réduire le temps que vous passez en ligne. Avant de recevoir mon Apple Watch, (ou toute autre marque, bien sûr.., c’est juste un exemple), tout SMS entrant me renvoyait dans le travail en ligne: je prenais mon téléphone pour vérifier la source de cette notification ping, et la prochaine chose que je savais, j’avais passé une demi-heure à chercher sur Twitter, e-mail et Slack. Maintenant, ces textes entrants apparaissent sur ma montre, et la plupart du temps, ils n’ont besoin d’aucune réponse immédiate ou d’une réponse très rapide que je peux émettre depuis ma montre elle-même. Et je suis rarement tenté d’analyser les mises à jour des médias sociaux, de consulter mes e-mails ou de suivre l’actualité, ce qui est tout simplement trop ennuyeux à faire sur un écran adolescent.

IV. Créez des comptes en dehors des heures de bureau :

Si vous utilisez la même adresse e-mail 24 h/ 24, il est difficile de consulter les e-mails sans être mis en mode travail. Envisagez donc de créer un compte distinct en dehors des heures de bureau que les membres du personnel savent utiliser uniquement en cas d’urgence ou une adresse e-mail personnelle distincte qui n’inclut aucun message professionnel.

V. Supprimer les applications «passerelle» :

Certaines applications sont si convaincantes qu’elles nous encouragent à ouvrir nos appareils, ne serait-ce qu’un instant, tout au long de la journée. Ces applications agissent comme des passerelles pour la sur-utilisation de la technologie, car une fois que nous ouvrons nos téléphones pour vérifier ce site de médias sociaux ou jouer au prochain mouvement Words With Friends, nous finissons par passer encore plus de temps avec nos gadgets.

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                                                                    Même les gens qui sont généralement résistants à la sur-utilisation de la technologie peuvent se retrouver à vérifier de manière compulsive leurs applications de nouvelles pour les dernières mises à jour de Covid 19. Si vous trouvez que certaines applications vous attirent vers votre téléphone tout au long de la journée, pensez à les supprimer. Vous pouvez toujours accéder à vos sites de médias sociaux ou d’actualités préférés avec votre téléphone ou le navigateur de votre ordinateur, mais au moins vous n’aurez pas cette icône sur votre écran d’accueil, vous tentant de jeter un coup d’œil.

 

VI. Désactivez les notifications et le nombre de messages non lus :

Les créateurs d’applications et d’appareils souhaitent que vous passiez le plus de temps possible avec vos gadgets, ils ont donc développé des mécanismes conçus pour vous attirer et vous garder en ligne. En haut de la liste: des bips de notification qui vous informent lorsque vous avez un nouveau message et des indicateurs visuels qui vous indiquent qu’il y a de nouveaux messages en attente (et, souvent, combien de messages sont en attente). Désactivez ces notifications et vous ne combattrez pas toutes les invites destinées à vous faire utiliser davantage votre technologie.

VII. Ne regardez pas votre flux d’accueil :

La plupart du temps, quand je regarde Twitter, Facebook, Instagram et LinkedIn, je me limite aux notifications – les interactions qui ont été signalées pour moi comme pertinentes, généralement parce qu’elles sont des réponses à quelque chose que j’avais posté. Bien qu’il y ait un certain narcissisme à se concentrer sur les réponses et les commentaires à mes propres messages, j’aime m’assurer que je suis sensible aux personnes qui prennent le temps de s’engager avec moi, et je n’ai pas le temps de le faire et laisser des commentaires (ou même de regarder) les messages de tout le monde.

VIII. Interruptions d’horaire :

Les heures entre 15 heures et 17 heures sont ma propre zone de danger personnelle – l’heure à laquelle je me retrouve le plus souvent perdu dans un vortex technologique, réalisant que je viens de passer 45 minutes à parcourir les réseaux sociaux ou à peaufiner les paramètres de mon ordinateur  au lieu de faire un travail réel. J’essaie donc de programmer les appels entrants pour cette partie de la journée, sachant que cela m’empêchera de sombrer dans un brouillard d’écrans, ou du moins me réveillera de la rêverie si je glisse accidentellement.

IX. Brisez votre Internet :

Si tous ces ralentisseurs plus modérés ne fonctionnent pas, envisagez des mesures plus extrêmes. Vous pouvez utiliser une application de blocage des distractions pour désactiver des applications ou des sites Web spécifiques, ou pour vous couper d’Internet à des périodes spécifiques de la journée ; vous pouvez faire la même chose avec les applications de contrôle parental, ce qui peut potentiellement désactiver l’intégralité du réseau de votre famille. (Cela peut être une bénédiction ou une malédiction, selon que vous utilisez le temps d’écran pour garder les enfants engagés afin que vous puissiez travailler … ou interrompre votre propre journée de travail pour retirer les enfants des écrans).

Si c’est vous le patron, vous pouvez envisager d’adopter la même approche pour l’ensemble du bureau : certaines entreprises éteignent leurs serveurs de messagerie ou leurs systèmes de messagerie après les heures d’ouverture, pour imposer des temps d’arrêt.

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Je sais qu’il y aura ceux qui diront que ces stratégies parlent d’un échec plus fondamental, que nous devrions cultiver la retenue plutôt que de compter sur la technologie pour compenser notre propre manque de maîtrise de soi. Mais les entrepreneurs subissent déjà beaucoup de pression, maintenant plus que jamais. Dans un environnement technologique qui impose de plus en plus d’exigences à notre attention et à notre volonté, nous ne devons pas hésiter à utiliser tous les outils à notre disposition pour faire un usage plus intentionnel de notre temps, y compris le ralentisseur à basse vitesse.

Le Dr Alexandra Samuel est un chercheur en technologie et l’auteur de «Work Smarter With Social Media». Paru dans le Wall Street Journal le 7 Mai 2020.