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Monsieur Cinéma :  » Tout le monde a très envie que le cinéma reparte »

En ces derniers jours d’août, Dominique Besnehard a donné rendez-vous au cinéma français au Festival du film francophone d’Angoulême, dont il est le délégué général. Alors que la fréquentation dans les salles a chuté cet été, le producteur et acteur veut croire à de beaux lendemains, malgré la crise.

Question : Le festival de Cannes n’a pas eu lieu cette année et tous les regards se tournent vers votre festival, à Angoulême. Cela en fait un événement très particulier cette année ?

D. Besnehard : Il ne s’agit pas de rivaliser avec le festival de Cannes, qui est un rendez-vous mondial pour le cinéma. Nous avons sélectionné plusieurs films qui ont eu le label de Cannes, et il nous a semblé nécessaire d’accueillir la Semaine de la critique, qui présente des premiers et deuxièmes films, soit une sélection qui donne sa chance au jeune cinéma français et permet de découvrir des nouveaux auteurs. Le festival d’Angoulême marque en quelque sorte le renouveau de la vie au cinéma. Cela a été un parcours du combattant et on a longtemps craint de ne pouvoir le faire, mais malgré des conditions sanitaires strictes, les réservations du public sont à la hausse, et les stars seront là.

Question : Vous avez sélectionné un court-métrage de Vincent Zulawski, le fils de Sophie Marceau, et le premier film de Suzanne Lindon, la fille de Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain. Pourquoi la présence de ces « héritiers » du cinéma français ?

Ils ne sont pas là parce qu’ils sont « fils et fille de ». Le court-métrage de Vincent Zulawski est vraiment étonnant. Suzanne Lindon est une personnalité intelligente, vive, et son film Seize printemps, a eu le label Cannes. J’ai un petit rôle dans son film, qui est comme un journal intime, et qui raconte un premier amour : j’ai été surpris par sa force.

Festival de La Rochelle

Question : Est-ce-que votre ambition est de replacer le cinéma français au cœur de la programmation dans les salles, profitant de l’absence de nombreux blockbusters américains ?

Il faut dire les choses comme elles sont : on sait très bien que le cinéma américain attire le public et a un effet d’entraînement sur la fréquentation. Mais cet été, le public français n’a pas été au rendez-vous, non seulement parce qu’il manquait les grosses sorties américaines, mais aussi qu’à part quelques films comme Été 85 de François Ozon par exemple, les films français à l’affiche étaient assez médiocres. A Angoulême, nous voulons faire la démonstration de la diversité, de la vitalité et de la qualité du cinéma français. Tout le monde a envie que le cinéma reparte. On ne peut pas s’arrêter de vivre, même avec le virus.

Question : N’y a-t-il pas un paradoxe à la chute de la fréquentation des salles françaises, alors que le cinéma a battu des records d’audience à la télé pendant le confinement ?

D. Besnehard : Ma crainte est que les gens aient adopté de nouveaux comportements de consommation et se soient habitués à voir les films sur les plateformes pendant le confinement. Donc, c’est vrai que l’on se pose la question : est-ce-que l’on va voir revenir le public dans les salles de cinéma ? Pour le moment, ce n’est pas le cas, alors j’espère qu’Angoulême sera le détonateur, pour donner envie aux gens.

Question : Avoir de bons films vous paraît-il nécessaire et suffisant, pour donner envie de retourner au cinéma ?

D. Besnehard : Aller au cinéma, c’est partager, c’est découvrir, c’est se laisser surprendre. Il faut continuer à être ensemble, à partager des émotions communes. C’est ça qui est beau dans le cinéma. Quand la télévision est arrivée, on avait dit qu’elle allait tuer le cinéma, et puis cela n’est pas arrivé.

Il faut des bons films, mais il faut aussi réveiller le désir d’aller au cinéma. C’est ce que j’essaie de faire dans mon émission le lundi sur France 5. Nous avons tous besoin de passeurs. Je me souviens d’avoir eu un professeur, à qui je pense tous les jours, qui m’a donné le goût du goût des choses.

Question : Depuis cet été, un décret autorise la publicité pour le cinéma à la télévision, qui fera l’objet d’un rapport d’évaluation dans quinze mois. Cette mesure vous semble-t-elle une bonne chose pour la relance du cinéma ?

D. Besnehard : J’ai peur que cela ne bénéficie pas aux petits films, et qu’il n’y ait de la place que pour les grands films qui ont des moyens importants, un gros budget. La première publicité que j’ai vue,  c’était pour un film américain, Enragé de Derrick Borte, avec Russell Crowe. Cela m’inquiète. Je pense qu’il faudrait envisager des quotas pour la publicité des films français à la télévision.

Question : Le Premier Ministre, Jean Castex, et la Ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, sont venus rencontrer à Angoulême les professionnels du cinéma pour évoquer les mesures de soutien au secteur. Ce soutien vous paraît-il à la hauteur de la crise ?

D. Besnehard : Quand je vois tous mes amis aux États-Unis, à New York, à Los Angeles qui n’ont rien, je me dis que nous avons beaucoup de chance, en France, car nous sommes les bénéficiaires d’une politique forte de soutien à la culture. L’État ne nous nous a pas pénalisés et en France, nous avons la chance d’avoir le Centre National du cinéma pour nous soutenir et nous subventionner. C’est vital.

Question : Vous présentez à Angoulême deux épisodes de la saison 4 de Dix Pour Cent. Le succès de votre série diffusée sur France 2 vous étonne ?

Je suis très content de cette série et l’engouement des spectateurs ne s’émousse pas. Comme la série passe aussi sur Netflix, sous le titre « Call my agent« , tout le monde nous en parle. Nous avons eu récemment un message de Sigourney Weaver, la première star de Hollywood à jouer dans la série : elle nous a fait des éloges et cela me fait chaud au cœur. La quatrième saison va être une très bonne année.

BIO EXPRESS :

5 Février 1954 : naissance à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine). Frère jumeau du dramaturge Daniel Besnehard. 1973 : débute des études dramatiques à l’ENSATT (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre), rue Blanche, à Paris, dans la classe de régie et mise en scène. 1975 : fait ses débuts d’acteur au cinéma dans Un sac de billes de Jacques Doillon, dont il a fait le casting des enfants. 1986 : rejoint l’agence artistique Artmedia. 2006 : monte sa société de production, Mon Voisin Production, avec Michel Feller. 2008 : crée avec Marie-France Brière et Patrick Mardikian le festival du film francophone d’Angoulême, dont il devient délégué général. 2010 : lance la série Dix pour Cent (France 2). 2016 : devient « Monsieur Cinéma » sur France 5, présentateur de Place au cinéma.

Source : Le Grand Entretien – Le Bien Public du 30 août 2020 – Propos recueillis par Nathalie Chifflet.

Economie·Société

Pourquoi la réouverture ne suffit pas à sauver l’économie ?

New-York Public Radio.org, 23 juin 2020 · Extrait de la newsletter de Planet Money Par Greg Rosalsky

Brooklyn Heights se trouve en face de l’East River de Lower Manhattan. Il est rempli de pierres brunes de plusieurs millions de dollars et – généralement – de Range Rover, de Teslas et de BMW. De nos jours, il est facile de trouver un parking. Les pierres brunes sont pour la plupart sombres la nuit. L’endroit est une ville fantôme. Et les restaurants de sushis, les studios de Pilates, les bistrots et les bars à vin du quartier sont fermés ou presque vides. C’est un microcosme pour ce qui a été le moteur de la récession pandémique : les riches ont cessé de sortir, détruisant des millions d’emplois.

New York Public Radio

C’est l’un des éléments clés d’une étude à succès qui a été abandonnée à la fin de la semaine dernière par un groupe d’économistes dirigé par Raj Chetty de l’Université de Harvard. Si vous ne savez pas qui est R. Chetty, il est un peu comme le Michael Jordan des politiciens. C’est un économiste vedette. Lui et ses collègues assemblent et analysent d’énormes ensembles de données et fournissent des informations qui modifient régulièrement les débats économiques fondamentaux sur les inégalités et les opportunités. Cette nouvelle étude se concentre sur l’impact économique du COVID-19 et la réponse du gouvernement. Pour nous, les nerds, c’est comme le septième match de la finale de la NBA, et Chetty vient de se précipiter à un moment crucial pour en perdre quelques trois.

Le jour de la sortie de l’étude, Chetty a participé à un webinaire Zoom parrainé par le Bendheim Center for Finance de l’Université de Princeton. Vêtue d’une chemise à col blanc avec des étagères comme toile de fond, Chetty nous a guidés tout au long de l’étude. Les données ? Seigneur. Ils ont rassemblé plusieurs nouveaux ensembles de données gigantesques d’entreprises privées, y compris des processeurs de cartes de crédit et de débit et des sociétés nationales de paie. Les données sont toutes disponibles gratuitement en ligne, mises à jour en temps réel et présentées sous une forme facilement digestible. Chetty et son équipe ont tout analysé pour donner un aperçu précis des dépenses de consommation, de l’emploi et de l’impact géographique de la crise. L’étude représente une avancée pour l’économie en tant que science, et elle contient quelques bombes.

Tout d’abord, les dépenses de consommation. En règle générale, a déclaré Chetty, les récessions sont entraînées par une baisse des dépenses en biens durables, comme les réfrigérateurs, les automobiles et les ordinateurs. Cette récession est différente. Il est principalement motivé par une baisse des dépenses dans les restaurants, les hôtels, les bars et autres établissements de services qui nécessitent un contact en personne. 

Nous le savions déjà un peu. Mais ce que montrent les données de l’équipe, c’est que cette baisse des dépenses se fait principalement dans les codes postaux riches, dont les entreprises ont vu leurs revenus chuter de 70%. Cela se compare à une baisse de 30% des revenus pour les entreprises dans les codes postaux les plus pauvres.

Deuxièmement, les emplois. Cette baisse de 70% des revenus des entreprises aux codes postaux riches a conduit ces entreprises à licencier près de 70% de leurs employés. Ces employés sont pour la plupart des travailleurs à bas salaire. Les entreprises des codes postaux les plus pauvres ont licencié environ 30% de leurs employés. L’essentiel, a déclaré Chetty dans sa présentation, est que « les réductions des dépenses des riches ont conduit à des pertes d’emplois principalement pour les personnes à faible revenu travaillant dans les zones riches ».

Troisièmement, l’effort de sauvetage du gouvernement. Ils trouvent que cela a pour l’essentiel échoué. Le programme de protection des chèques de paie de 500 milliards de dollars, qui a accordé des prêts-subventions aux entreprises de moins de 500 employés, ne semble pas avoir fait grand-chose pour sauver des emplois. Lorsque les chercheurs comparent les tendances de l’emploi des entreprises de moins de 500 employés avec celles qui en ont plus, les petites entreprises éligibles au PPP ne voient pas de relance relative après l’entrée en vigueur du programme. Il semble que le programme n’a pas fait son travail de sauvegarde d’emplois. Pendant ce temps, les contrôles de relance, tout en augmentant les dépenses, n’ont pas eu beaucoup d’effet stimulant, car les dépenses étaient principalement destinées à de grandes entreprises comme Amazon et Walmart. L’argent n’a pas été versé aux entreprises de services en personne les plus touchées par le ralentissement. Dans l’ensemble, le plan de sauvetage fédéral, selon eux,

Enfin, il y a des réouvertures autorisées par l’État : elles ne semblent pas non plus stimuler l’économie. Chetty et son équipe comparent, par exemple, le Minnesota et le Wisconsin. Le Minnesota a autorisé la réouverture des semaines avant le Wisconsin, mais si vous regardez les habitudes de dépenses dans les deux États, le Minnesota n’a vu aucune augmentation par rapport au Wisconsin après sa réouverture. « La raison fondamentale pour laquelle les gens semblent dépenser moins n’est pas à cause des restrictions imposées par l’État », a déclaré Chetty. «C’est parce que les gens à revenu élevé sont capables de travailler à distance, choisissent de s’isoler et sont prudents compte tenu des problèmes de santé. Et à moins que vous ne résolviez fondamentalement ce problème, je pense que la capacité de redémarrer l’économie est limitée.

Tant que les gens riches auront peur du virus, ils ne sortiront pas et ne dépenseront pas d’argent, et les travailleurs du secteur des services continueront de souffrir. 

Les travailleurs à faible revenu – en particulier ceux dont l’emploi est axé sur la fourniture de services dans les zones urbaines riches – sont dans une période de turbulences. Bon nombre de ces travailleurs reçoivent une bouée de sauvetage sous forme d’assurance-chômage, mais certaines de ces prestations expireront bientôt si le gouvernement fédéral n’agit pas.

Les économistes ont appris des chocs antérieurs comme celui-ci que le marché du travail ne s’y règle pas facilement. Les travailleurs ont du mal à se déplacer et à se recycler. Par exemple, après que plus d’un million d’emplois manufacturiers se soient évaporés dans la ceinture de rouille avec l’explosion des importations chinoises au début des années 2000, les gens sont restés dans les endroits qui ont perdu des emplois et n’ont pas réussi à en trouver de nouveaux, et beaucoup d’entre eux, désespérés, ont fini par se tourner vers l’alcool et les opioïdes, avec des résultats tragiques.

Chetty et son équipe concluent que les outils traditionnels de la politique économique – réductions d’impôts et augmentation des dépenses pour stimuler la demande – ne sauveront pas l’armée des chômeurs. Au lieu de cela, ils disent que nous avons besoin d’efforts de santé publique pour rétablir la sécurité et convaincre les consommateurs qu’il est normal de recommencer à sortir. D’ici là, soutiennent-ils, nous devons étendre les prestations de chômage et fournir une aide pour aider les travailleurs à faible revenu qui continueront de lutter dans l’économie pandémique.

Le mois prochain, les allocations de chômage financées par le gouvernement fédéral adoptées par le Congrès pour aider les Américains pendant la pandémie sont sur le point d’expirer . Cette étude révolutionnaire fournit un argument solide à Washington pour envisager de les étendre.

Greg Rosaslsky

Depuis 2018, Greg Rosalsky est écrivain et reporter à Planet Money de NPR. (New York Public Radio).

Avant de rejoindre NPR, il a passé plus de cinq ans chez Freakonomics Radio, où il a produit 60 podcasts téléchargés près de 100 millions de fois. Celles-ci comprenaient un exposé des dommages que les subventions à la réalisation cinématographique ont sur les travailleurs américains des effets visuels, une plongée en profondeur dans les succès et les échecs du modèle de fabrication allemand et une introduction à l’économie comportementale , qu’il a écrite comme une satire de la pensée économique traditionnelle. Parmi les épisodes les plus populaires de l’émission, il y avait ceux qu’il a produits sur les finances personnelles, y compris un sur les raisons pour lesquelles c’est une mauvaise idée pour les gens de choisir des actions .

Rosalsky a écrit des articles indépendants pour un certain nombre de publications, notamment The Behavioral Scientist et Pacific Standard . Un article qu’il a écrit sur les inégalités alimentaires à New York a été anthologisé dans Best Food Writing 2017 . Rosalsky était chercheur à la Maison Blanche pendant les premières années de l’administration Obama.

Il a obtenu une maîtrise à la Woodrow Wilson School de l’Université de Princeton, où il a étudié l’économie et les politiques publiques.

Economie·Société

La Côte d’Or, dynamisme urbain à l’est, petites centralités en décroissance à l’ouest

Département au coeur d’une région entrée en décroissance démographique, la Côte d’or est l’un des rares à gagner encore de la population.À l’échelon départemental, il symbolise les fractures territoriales d’une région industrielle, agricole et peu densément peuplée. Poumon économique et capitale régionale, la métropole dijonnaise porte largement cette croissance démographique. Pour autant l’emploi a reculé entre 2012 et 2017, en lien avec un déclin industriel prononcé. Portée par ses spécificités viticoles et touristiques, l’aire urbaine de Beaune bénéficie d’une dynamique économique plus marquée. Autour de Dijon et de Beaune, les territoires péri-urbains continuent à se densifier avec une économie en mutation. Enfin, les zones à l’ouest et au nord du département, plus isolées et maillées par des petites villes comme Montbard ou Châtillon-sur-Seine, poursuivent pour la plupart leur décroissance démographique et économique. Parties prenantes d’une vaste diagonale de territoires déclinants, elles restent des pôles d’emploi et d’équipement essentiels au service d’une population vieillissante. Juillet 2020 

Mélanie Bouriez, Charles Pilarski (Insee) 

Point de passage obligé d’une importante partie du trafic routier national et international, la Côte-d’Or est un carrefour entre l’Europe du sud au travers de l’axe Paris-Lyon-Marseille, et l’Europe de l’est via Besançon et la plaine d’Alsace. Elle bénéficie du développement de la métropole dijonnaise, capitale régionale, et également de celui de Beaune, seconde grande aire urbaine du département. 

La Côte-d’Or, moteur démographique et économique de la région 

Au cœur d’une région entrée en décroissance démographique, le département de Côte-d’Or reste un poumon démographique et économique. Au 1er janvier 2017, le département compte 6 400 habitants de plus que 5 ans auparavant (+ 0,2 % par an), pour un total de 533 800 habitants. Avec le Doubs, c’est le seul en croissance. Comme la région, le département est traversé par de multiples fractures territoriales.

Urbanisée à l’est, rurale à l’ouest.

Ainsi, de l’est au sud du département, la plaine de la Saône est très urbanisée et bénéficie d’un fort maillage routier comme ferroviaire. Elle concentre l’essentiel de la population, de l’emploi et des équipements. À l’inverse, le nord et une large moitié ouest, territoires de plateaux plus accidentés, sont structurés autour de petites villes à la population plus vieillissante qui animent de vastes territoires peu densément peuplés. 

Rôle déterminant de Dijon Métropole dans les dynamiques départementales.

Seule métropole de la région, l’intercommunalité de Dijon joue un rôle déterminant dans les dynamiques départementales et régionales. Son aire d’influence est considérable : son aire urbaine couvre 38 % de la superficie départementale et 75 % de sa population : 3/4 des communes de plus de 1 000 habitants en font partie. Cette concentration s’explique d’abord par la densité des axes de communication autour de la métropole, qui facilitent l’accès à Dijon et permettent de développer les villes alentours. 

Son positionnement géographique aux portes d’un vaste espace peu urbanisé à l’ouest et au nord, conforte son attractivité faute de concurrence avec d’autres pôles. La population de Dijon Métropole continue à augmenter. Entre 2012 et 2017, la collectivité a gagné 1 400 habitants par an, ce qui représente plus que les gains de population du département dans son ensemble. C’est grâce à un solde naturel largement positif que la population augmente, conséquence de la présence d’une population jeune. Les étudiants représentent près de 12 % des habitants. Ils bénéficient d’une offre de formation supérieure développée et diversifiée, notamment dans l’agro-alimentaire et le secteur médical. Avant le début des années 2010, les départs l’emportaient sur les arrivées. Le solde migratoire de Dijon Métropole s’est équilibré depuis. C’est une des conséquences des politiques locales visant à limiter la péri-urbanisation. L’attractivité de Dijon Métropole est d’abord extérieure au département : près des trois quarts des nouveaux arrivants ne résidaient pas en Côte-d’Or avant. Il s’agit souvent des populations originaires de  l’ancienne région Bourgogne ; en particulier des étudiants qui s’installent dans la commune de Dijon.

La Côte-d’Or, très urbanisée à l’est mais aux larges étendues peu denses à l’ouest.

L’attractivité économique de Dijon Métropole est importante. Le territoire concentre près de 60 % de l’emploi départemental. Les actifs viennent parfois de loin pour y travailler. Plus du tiers des emplois sont occupés par des  non-résidents, périurbains pour la majeure partie mais également habitants de Saône-et- Loire et dans une moindre mesure du Doubs et du Jura. L’appareil de production est diversifié : dans l’industrie (agro-alimentaire, chimie et pharmacie, équipements électriques, machines), les services marchands (commerces, banques et assurances, restauration, services aux entreprises), les services non-marchands (université, hôpital, emplois liés au statut de capitale régionale). Les emplois qualifiés, nombreux, sont en forte croissance : on compte plus de 1 000  cadres supplémentaires entre 2011 et 2016. 

Alors que la croissance démographique reste soutenue, Dijon Métropôle a perdu des emplois 

Dans la métropole dijonnaise, la croissance démographique est soutenue mais reste fragile. Le solde naturel décroît progressivement en raison du vieillissement de la population, qui touche tous les territoires. L’attractivité résidentielle s’est nettement redressée depuis le début des années 2010. Mais elle est dépendante des comportements de deux populations très mobiles : d’une part les étudiants qui sont certes nombreux à s’installer à Dijon, mais sont aussi nombreux à en partir ; d’autre part les couples, un peu moins nombreux à déménager, qui quittent la métropole pour s’installer en périphérie  afin de bénéficier de conditions de vie plus favorables.

L’emploi diminue dans la quasi totalité des territoires de Côte-d’Or, à Dijon comme ailleurs

Variation de l’emploi entre 2011 et 2016.

Par ailleurs, Dijon Métropole subit un ralentissement économique. Pour la première fois, l’emploi a diminué : près de 5 000 emplois en moins entre 2011 et 2016 (- 0,6 % par an). Les destructions ont été importantes dans l’industrie. Le secteur a perdu 3 500 emplois sur la même période, principalement ouvriers. En Côte-d’Or,Dijon Métropole n’est pas une exception. L’intensité de la désindustrialisation est particulièrement marquée. Les pertes dans la métropole représentent près des trois quarts des emplois industriels perdus dans le département. En 2016, pour la première fois, il y avait plus de cadres sur le territoire de Dijon Métropole que d’ouvriers. Mais contrairement à un département comme le Jura, la diminution de l’emploi industriel à Dijon comme en Côte-d’Or correspond plus souvent à des baisses d’effectifs qu’à des fermetures d’établissements. L’appareil de production reste donc relativement préservé. Malgré la croissance démographique, l’emploi public comme l’emploi présentiel ont diminué. Dans le même temps le secteur tertiaire, généralement très créateur d’emploi dans les métropoles, a stagné. En revanche, comme ailleurs, l’emploi de la sphère productive a été dynamique dans les services aux entreprises notamment dans la logistique. 

À l’inverse, l’économie de Beaune a tiré profit de sa spécificité viticole et touristique.

La zone de Beaune a connu dans le même temps une trajectoire plus favorable. Abritant un marché de l’emploi cinq fois plus petit que celui de la métropole dijonnaise, elle est l’une des seules zones de Côte-d’Or en expansion économique. Si l’emploi industriel s’est érodé comme ailleurs, toutes les autres activités ont été en croissance. La filière viticole, emblématique de ce territoire avec des appellations comme Meursault, Pommard ou Chassagne-Montrachet, a largement contribué à cette vitalité économique. Le secteur touristique et celui de la restauration ont également été très dynamiques, grâce au patrimoine historique et culturel de la cité. Établissement emblématique, les Hospices Civils de Beaune jouent à ce titre un rôle de premier plan dans ces trois activités majeures. 

Nuits-Saint-Georges, pôle secondaire de la zone beaunoise, partage en grande partie les caractéristiques économiques de la ville de Beaune. Économie encore plus spécialisée, portée quasi exclusivement par la viticulture, elle bénéficie également du développement des activités de la filière comme le transport, mais aussi les activités touristiques et culturelles

Malgré le dynamisme économique de la zone beaunoise, la population résidente tend à diminuer, le solde migratoire restant déficitaire. En effet les terrains disponibles  pour construire des logements sont peu  nombreux car largement mobilisés par l’activité viticole. Alors que la zone bénéficie de 1,3 emploi pour un actif résident, le dynamisme économique de Beaune a conduit à  une augmentation des navettes domicile-travail. Ces navetteurs habitent dans les territoires alentours à l’ouest (Nolay) et à l’est (Seurre). Mais les navettes se sont aussi développées depuis les zones plus peuplées  comme Dijon Métropole et surtout le nord de la Saône-et-Loire, particulièrement bien  reliées via les axes autoroutiers A31 et A6. 

Le développement des navettes domicile-travail.

Gevrey-Chambertin partie prenante du dynamisme économique de la dorsale Dijon-Beaune .

Contrairement à d’autres pôles d’emploi, une  part importante d’actifs résidant dans l’aire urbaine de Beaune travaillent dans d’autres territoires. Ces liens se sont renforcés au sud avec  la Saône-et-Loire, département avec lequel Beaune entretient des rapports privilégiés. Mais les navettes se sont surtout développées vers le nord, favorisées par le réseau routier et la ligne ferroviaire qui permet de relier Beaune à Dijon en une vingtaine de minutes.

Entre ces deux zones s’étend un territoire à dominante péri-urbaine dont Gevrey-Chambertin est la principale commune. Bipolarisé par Dijon et Beaune, il bénéficie directement de leur proximité. Près des deux tiers des actifs qui y résident travaillent hors de cette zone, bien souvent à Dijon Métropole ou près de Beaune. 

Mais contrairement aux autres territoires péri-urbains, la zone de Gevrey-Chambertin est la seule qui a conservé une économie productive importante. C’est d’abord une zone viticole de premier plan, avec des appellations de renommée internationale. Le secteur agricole qui représente 15 % de l’emploi a continué à y croître, comme à Beaune avec laquelle elle partage cette spécificité économique. Mais c’est aussi une zone où la logistique est en croissance. Elle représente un emploi sur six. Elle y est très implantée avec des établissements de grands groupes comme La Poste, SNCF ou Trans Europ Express. 

La dorsale économique qui s’étend de Beaune jusqu’à Dijon en passant par Gevrey- Chambertin forme un ensemble de plus en plus intégré. Pourtant péri-urbaine dans sa morphologie, la grande majorité des emplois situés dans la zone de Gevrey-Chambertin sont occupés par des non-résidents. Comme pour Beaune, les navettes se sont donc développées à la fois depuis, mais aussi vers cette zone. Ces territoires partagent la même orientation sectorielle viticole, avec un positionnement de haut de gamme qui explique leur dynamisme économique. Ils partagent aussi des caractéristiques sociales similaires, un niveau de vie élevé, une population jeune, vecteur d’un solde naturel en excédent, et une certaine forme de ségrégation résidentielle liée à une attractivité désormais limitée par des prix de l’immobilier élevés. 

Au sud-est et au nord de Dijon,une péri-urbanisation proche de la saturation

 Mis à part Gevrey-Chambertin dont la population a stagné, tous les territoires limitrophes de la métropole dijonnaise ont gagné de la population. La péri-urbanisation s’y est pour- suivie, à des rythmes toutefois différenciés. Dans les zones périurbaines les plus denses, le long de l’autoroute A39 au sud-est comme à proximité de l’autoroute A31 au nord, les effets de la dédensification de Dijon sont toujours plus marqués. Les familles s’y sont installées massivement dès les années 1980, attirées par des logements plus spacieux, une proximité avec les entreprises situées en majorité dans l’est-dijonnais, et un réseau de transport performant qui facilite les déplacements. L’économie de ces petits bourgs était plutôt industrielle et productive. En trente ans, ils ont tous connu une transformation en profondeur de leur économie. Sur l’axe sud- est, un déclin industriel très marqué dans les années 2000 s’est conjugué à une croissance démographique toujours soutenue. Ce qui a accéléré la résidentialisation du territoire. Désormais, l’attractivité résidentielle s’est transformée : après des décennies de croissance, les petites villes comme Genlis ou Auxonne semblent saturées, limitées par la raréfaction du foncier disponible pour la construction de maisons. Elles connaissent à leur tour une forme de péri-urbanisation.Elles perdent désormais des habitants au profit de leur périphérie

La péri-urbanisation se poursuit dans les territoires moins denses.

La péri-urbanisation se poursuit désormais dans les autres territoires, moins bien connectés à Dijon mais bénéficiant encore d’espaces disponibles pour se loger. Il s’agit de petites villes autour de 2 500 habitants, situées dans l’est dijonnais. Les alentours de Mirebeau-sur-Bèze et d’Arc-sur-Tille connaissent la croissance démographique la plus vive. Grâce à un solde migratoire positif et depuis peu un excédent naturel lié au rajeunissement de sa population, cet espace tire parti du développement économique de la banlieue est de Dijon. C’est également le cas au sud, près de Brazey-en-Plaine ou de Seurre, qui bénéficient en plus d’un accès à la zone d’emploi de Beaune. Dans tous ces territoires l’artificialisation augmente rapidement, en raison de la disponibilité en terrain constructible, et du niveau de vie des nouveaux arrivants, plus élevé que celui des résidents. Dans l’ouest dijonnais, la population augmente également mais à un rythme moindre. Plus vieillissantes et moins attractives, ces zones rurales, plus éloignées et souvent moins accessibles, n’ont pas connu la même poussée démographique. La pression économique comme environnementale qui accompagne généralement les mouvements péri-urbains est donc moins marquée. Si leur économie devient de plus en plus présentielle, elles ont conservé une orientation productive significative qui leur permet encore d’offrir de l’emploi localement. 

Peu connectées à Dijon ou Beaune, les petites centralités de l’ouest poursuivent leur déclin.

Au-delà de leur périphérie immédiate, l’influence de Dijon et de Beaune est nettement plus faible. Partie prenante de la large diagonale de faible densité qui s’étend des Ardennes jusqu’au Limousin, le déclin démographique y est très prononcé. 

Tous ces territoires sont polarisés autour de  petits pôles de plus 5 000 habitants comme Châtillon-sur-Seine, Montbard, ou Pouilly-en-Auxois. Leur développement repose sur l’économie de ces petites villes, qui animent des territoires très peu denses aux contours déterminés par l’accessibilité routière. Ils  concentrent la majeure partie des entreprises  de leur zone. Globalement l’emploi total a diminué. Pour autant, ces petites centralités continuent à jouer un rôle important de pôle d’équipement, pour une population par ailleurs plus âgée et plus fragile du point de vue économique et social.

Le Châtillonnais poursuit une décroissance amorcée depuis longtemps.

La vaste zone du Châtillonnais au nord du département est la plus en difficulté. Zone la moins dense du département avec seulement 10 habitants par km2, elle est encore moins connectée au reste du département : le pôle d’emploi le plus proche de Châtillon-sur-Seine, Chaumont, est à plus de 45 min par la route. Dans ce territoire de 22 000 habitants à l’économie historiquement industrielle et agricole, l’emploi a diminué de près du quart en 25 ans. Le tissu économique durablement pénalisé par ces orientations  sectorielles : l’emploi industriel a par exemple été divisé par 2,5 en 50 ans. Les principaux employeurs relèvent surtout de la sphère publique, comme le centre hospitalier de la Haute Côte-d’Or à Châtillon-sur-Seine, et le CEA à l’extrême sud-est de la zone. 

Le Châtillonnais perd des habitants de façon continue depuis les années 1980. À l’exode rural lié au déclin économique, s’ajoute désormais le vieillissement rapide de la population. La part de personnes âgées est la plus forte du département. Il y a désormais moins d’actifs que d’inactifs parmi la population. 

Bien qu’en décroissance démographique,la ville de Châtillon-sur-Seine est la seule commune relativement peuplée de ce vaste espace. Elle constitue donc un pôle d’équipement essentiel pour tout ce territoire et même au-delà, jusque dans l’Aube. Pour autant, ces fonctions de centralité se sont réduites récemment. Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’accessibilité aux services publics d’une population plus âgée et donc moins mobile, mais aussi plus souvent précaire. 

Montbard, un territoire résilient qui affirme ses fonctions de centralité

Si la plupart des territoires ruraux de l’ouest souffrent de la décroissance démographique et du déclin industriel, la zone de Montbard fait office d’exception. Proche de l’autoroute, dotée de l’unique desserte de TGV de l’axe Paris-Dijon, sous-préfecture du département, elle a depuis le début des années 2010 endigué son déficit d’attractivité. Elle a été attire désormais suffisamment de retraités,pour partie d’anciens résidents dijonnais qui compensent le départ des jeunes. L’économie est organisée sur le triangle formé par trois pôles d’emploi, Montbard, Venarey-les-Laumes et Semur-en-Auxois. 

Elle a préservé son appareil de production industriel avec la présence d’établissements comme les Ateliers d’Armançon, Salzgitter Mannesman ou Valinox. L’emploi public est également toujours très présent et a même augmenté, notamment dans les établissements sanitaires ou médico-sociaux comme à Semur-en-Auxois. Positionnée à un carrefour routier, la zone est pourvoyeuse nette d’emploi pour les territoires environnants. On y compte 1,13 emplois par actif résident. Aussi, près de 2 200 personnes s’y rendent pour travailler, depuis l’Auxois au sud, le Châtillonnais au nord ou encore le Tonnerrois à l’ouest. Ce dynamisme témoigne du rôle de plus en plus central du Montbardois pour l’ouest de la Côte-d’Or et l’est de l’Yonne avec qui il partage des caractéristiques similaires. 

Sources et définitions 

Le recensement de la population (RP) fournit des statistiques sur le nombre d’habitants et sur leurs caractéristiques.

La Connaissance locale de l’appareil productif (Clap) est une source sur l’emploi salarié au lieu de travail. 

Solde naturel : différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d’une période. 

Solde migratoire : différence entre le nombre de personnes entrées sur un territoire donné et le nombre de personnes qui en sont sorties. Il est ici estimé par le solde migratoire apparent, différence entre la variation totale de la population au cours de la période considérée et le solde naturel. 

Activités présentielles : activités mises en œuvre localement pour la production de biens et de services visant la satisfaction des besoins de personnes présentes dans la zone. 

Activités productives : activités qui produisent des biens majoritairement consommés hors de la zone et des activités de services tournées principalement vers les entreprises de cette sphère. 

Pour en savoir plus 

• Chassard M., « Petites villes de Bourgogne-Franche-Comté, un passé démographique et industriel qui contribue au déficit de croissance », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 38, juillet 2018. 

• Ulrich A., Ville H., Brion D., « Les étudiants s’installent à Dijon, les familles dans sa couronne »,

 Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 26, décembre 2017. : • Bouriez M., Chassard M., « Les 18 espaces ruraux de Bourgogne-Franche- Comté, parfois attractifs, souvent isolés, toujours en évolution », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 57, juin 2019.

Source : INSEE Analyses N° 73 – Juillet 2020.

Revue Analyses N°73.
Economie·Prospective·Société

La Saône-et-Loire, un territoire porté par l’axe dynamique Mâcon – Chalon-sur-Saône .

La Saône et Loire est le département le plus peuplé de la région Bourgogne – Franche-Comté. L’activité repose en partie sur sa tradition agricole et industrielle. Bien desservi par des réseaux routiers ferroviaires importants, le département compte deux agglomérations principales, Chalon-sur-Saône et Mâcon, et un maillage de villes moyennes uniformément réparties qui disposent de tous les équipements nécessaires à la population. Une analyse des caractéristiques économiques et démographiques du territoire permet de différencier cinq zones. Tout d’abord, le Chalonnais et le Mâconnais, avec une croissance démographique et un marché du travail attractif, forment un axe nord-sud fort et dynamique, qui tranche avec les autres territoires de Saône-et-Loire. À l’est, la Bresse est un territoire tourné vers Chalon-sur-Saône et Lons-le-Saunier et qui accueille notamment une forte part de retraités. Enfin, à l’ouest, le Charolais et le Nord-Ouest, deux espaces en déprise démographique, avec peu de liens avec l’extérieur, présentent un tissu économique encore marqué par plusieurs décennies de désindustrialisation. 

Benoit Leseur, Hélène Ville, Guillaume Volmers (Insee) 

La Saône-et-Loire est au carrefour d’axes de circulation majeurs de l’Hexagone. Située entre Dijon et Lyon, elle est traversée par les réseaux routiers français nord-sud (notamment l’autoroute A6), est-ouest (surtout la Route Centre- Europe Atlantique dite RCEA), la ligne TGV Paris-Lyon-Marseille et le canal du Centre qui relie les bassins de la Loire et du Rhône. 

Principales caractéristiques des 5 zones de Saône et Loire en 2016.

Juillet 2020 Avec une population estimée de 548 000 habitants au 1er janvier 2020, la Saône-et- Loire est le département le plus peuplé de la région Bourgogne-Franche-Comté (figure 1). Mais la dynamique démographique n’est plus au rendez-vous ; sa population est en baisse depuis 2013. Tout d’abord, depuis 2005, le nombre de naissances est devenu plus faible que celui des décès. Puis l’excédent migratoire, qui était positif jusqu’en 2015, est devenu négatif et ne compense plus ce déficit naturel (figure 2).

Évolution de la population entre 2011 et 2016.

Un réseau de villes moyennes avec deux agglomérations plus importantes.

 La Saône-et-Loire présente un riche maillage urbain, des villes bien équipées offrant un niveau d’équipements de proximité et intermédiaire supérieur à la moyenne régionale. Ce réseau est organisé autour de deux villes principales, Chalon-sur-Saône et Mâcon qui sont les quatrième et sixième villes de Bourgogne-Franche-Comté en termes de population. Elles comptent respectivement 46 500 et 34 200 habitants en 2016. De nombreuses villes de taille moyenne, uniformément réparties, constituent également des pôles d’équipement supérieurs (Montceau-les-Mines, Le Creusot, Autun, Louhans, Paray-le-Monial) ou intermédiaires (27 au total), accessibles à la population. Le département s’inscrit dans la tradition agricole et industrielle de la région. L’agriculture est diversifiée avec des produits de qualité identifiés par des appellations d’origine protégée (AOP) comme le bœuf de Charolles, les vins du Chalonnais, les volailles de Bresse… Par ailleurs, le secteur industriel est resté important malgré les crises successives et le phénomène de désindustrialisation. Le savoir-faire industriel est désormais reconnu dans deux territoires bénéficiant du programme « Territoires d’industrie », « Grand Chalon » et « Ouest Saône-et-Loire », et au travers du pôle de compétitivité Nuclear Valley. Cinq établissements font ainsi partie des dix plus gros employeurs du secteur de la région. Au sein du département, les dynamiques économiques et démographiques diffèrent. Elles dessinent ainsi cinq zones bien marquées : Le Chalonnais, le Mâconnais, le Charolais, le Nord-Ouest et la Bresse. À chaque « terroir », ses productions agricoles emblématiques : sur l’axe Mâcon-Chalon le vignoble, à l’ouest l’élevage allaitant, l’est avec la polyculture, les volailles et les produits laitiers (figure 3)

Orientation technico-économiques des communes.

L’axe dynamique Mâcon-Chalon polarise les flux d’actifs.

La vallée de la Saône forme un couloir nord-sud avec deux zones, celle de Mâcon et celle de Chalon-sur-Saône, en croissance démographique. La part des jeunes y est plus importante que dans le reste du département. Par ailleurs, il attire de nouveaux arrivants notamment des jeunes et des actifs en emploi. C’est également le territoire où le niveau de vie des habitants est globalement le plus élevé du département (figure 4).

Revenu médian disponible en 2016 (€).

L’est de la Saône-et-Loire en croissance de population

 En 40 ans, le nombre d’emplois a progressé tant dans la partie mâconnaise que chalonnaise, alors qu’il a diminué en Saône-et-Loire (figure 5). Cette hausse est liée au développement du secteur tertiaire qui représente désormais les 3/4 des emplois et qui fait plus que compenser les pertes dans l’industrie. La tertiarisation a notamment profité aux activités du transport et de la logistique en relation avec la très fréquentée autoroute A6. Cependant, la croissance du tertiaire s’est ralentie depuis 2011.

Évolution de l’emploi par secteur d’activité en Saône et Loire (Base 100 en 2006).

La vallée de la Saône polarise les flux d’actifs, en majorité originaires des départements voisins (figure 6). Le Mâconnais est une destination attractive, avec près de la moitié des actifs entrant en Saône-et-Loire, 11 700 sur un total de 23 600. Près de 73 % arrivent du département de l’Ain et 19 % de celui du Rhône. Ils viennent travailler pour moitié dans le tertiaire marchand, en particulier le commerce, mais aussi dans le tertiaire non marchand, que ce soit dans l’administration ou les activités hospitalières. C’est une spécificité du Mâconnais où se situe la préfecture, car dans le reste du département le tertiaire non marchand est peu développé. La Saône- et-Loire est, comme le Jura, un département où sa part est un peu plus basse qu’ailleurs , 32 % contre 34 % pour la région. Le Chalonnais est lui, très ouvert vers la Côte-d’Or où près de 4 600 résidents travaillent. De grands axes routiers et ferroviaires le relient rapidement à Beaune et Dijon, grands pourvoyeurs d’emplois. Les navettes se font donc aussi dans l’autre sens mais concernent moins de personnes, 2 500. Environ 21 % d’entre eux sont des cadres, proportion la plus forte du département. Le Chalonnais attire surtout des personnes qui viennent travailler dans le tertiaire marchand, pour 46 % d’entre eux, et dans une moindre mesure, dans l’industrie, plus de 20 %. Cela s’explique notamment par la présence de deux établissements de Framatome, l’un à Chalon-sur-Saône et l’autre à Saint-Marcel, en lien avec le pôle de compétitivité de la filière nucléaire. Ceux-ci figurent parmi les dix plus gros établissements industriels employeurs de Bourgogne-Franche-Comté. Enfin, sa tradition viticole est internationalement reconnue. Le vignoble du Mâconnais est le plus étendu de Bourgogne. Plusieurs AOC de Bourgogne, comme le Mercurey, le Rully et le Montagny participent au rayonnement du Chalonnais. 

Principaux flux domicile-travail en Saône et Loire en 2016.

La Bresse, tournée vers Chalon et Lons-le-Saunier, attire les retraités.

À l’est de la Saône-et-Loire, la Bresse a connu en 40 ans des pertes d’emplois comme dans tous les autres territoires, mais qui se sont révélées relativement faibles sur la période récente. Tout d’abord, le territoire possède un tissu très industriel qui a assez bien résisté jusqu’en 2006. Plus spécialisé dans l’industrie agroalimentaire, plus difficilement délocalisable, il a été moins touché par les crises successives. Cependant après 2006, ce secteur a subi des pertes assez importantes. À l’inverse, le tertiaire a progressé de façon continue, puis sa croissance s’est accélérée après 2006, principalement dans les services aux particuliers dans les premières années. Ce phénomène a permis de compenser les pertes d’emplois industriels qui se sont accentuées à ce moment-là. Le développement du tertiaire répond aux besoins d’une population en croissance. La Bresse est le territoire du département où la population augmente le plus : entre 2011 et 2016, la population croît de 0,3 % en moyenne annuelle. Sur la même période, le nombre d’habitants venant s’installer l’emporte sur le nombre de départs. Cet excédent migratoire contribue à augmenter localement la demande de biens et services et soutient l’économie. Le prix attractif du foncier intéresse ces nouveaux habitants. Des retraités, mais également des Suisses, investissent pour une résidence secondaire avant de s’installer durablement pour leurs « vieux jours ». Ainsi, 1 450 Suisses détiennent des résidences secondaires. S’y ajoutent 950 habitants suisses, la population étrangère la plus importante du département. La proximité de Chalon-sur-Saône et Lons-le-Saunier permet à 6 300 de ses habitants d’aller y travailler ; à l’inverse, 2 300 navetteurs « extérieurs » viennent exercer en Bresse. Ces flux, qui se développent, concernent surtout des ouvriers, la Bresse étant le territoire avec la plus forte part d’ouvriers, 33 % contre 26 % en Saône-et-Loire. 

Déprise démographique et économique à l’ouest

Les deux territoires qui composent l’ouest du département, le Charolais et le Nord-Ouest, traditionnellement à forte spécificité industrielle, ont essuyé de lourdes pertes d’emplois sur les 40 dernières années. Ces difficultés économiques sont notamment liées à celles de la métallurgie et du textile, fortement touchés par les crises qui se sont succédé. Ces territoires, bien qu’ayant perdu plus de 60 % de leur emploi industriel depuis 1975, bénéficient encore de la présence de trois des dix plus grands employeurs industriels de la région : Fiat Powertrain Technologies à Bourbon-Lancy, Michelin à Blanzy et Industeel France au Creusot. Cependant, les pertes dans l’industrie n’ont pas été compensées par les créations d’emplois dans le secteur tertiaire. Le tertiaire est lui-même en diminution depuis dix ans, en lien avec la baisse du nombre d’habitants des deux territoires. Tout d’abord, leur population est relativement âgée, les personnes de 65 ans et plus représentent 27 % des habitants contre 24 % dans l’ensemble du département. Entre 2011 et 2016, la diminution de la population est en moyenne annuelle de 0,6 % dans le Nord-Ouest et de 0,2 % dans le Charolais du fait d’un solde naturel négatif. De plus, dans la zone Nord-Ouest, s’ajoute un déficit migratoire qui accentue le repli démographique. Des actifs et des jeunes quittent ces territoires qui font face à de forts taux de chômage, parmi les plus hauts de la région. Les zones d’emploi du Creusot-Montceau et d’Autun, avec un taux de chômage respectivement de 9,1 % et 8,6 % fin 2019, sont bien au-dessus de la moyenne départementale à 7,4 %. Dans la zone d’emploi du Charolais, la situation est moins défavorable avec 6,2 %. Ces deux territoires profitent peu des départements limitrophes, Nièvre et Allier, qui en difficulté, ne peuvent être moteurs et n’échangent donc guère d’actifs, ni de l’axe Mâcon-Chalon, pourtant dynamique. Aussi, l’aire d’influence des petites villes du Charolais et du Nord-Ouest se réduit. Elles n’ont plus la même attractivité au niveau des services et du marché du travail qui déclinent. Par ailleurs, le Charolais échange avec le département de la Loire, environ 1 000 entrants contre 2 100 sortants, avec plus d’un tiers d’ouvriers travaillant dans l’industrie pour les deux flux. Entre le Nord-Ouest et le Chalonnais, les flux sont plus importants et plutôt équilibrés, 2 300 entrants et 2 600 sortants. Ces flux concernent davantage les cadres, en particulier ceux de l’industrie.

Méthodologie et définitions Pour cette étude, 5 territoires (Bresse, Chalonnais, Charolais, Mâconnais, Nord-Ouest) ont été constitués en regroupant les intercommunalités présentant des caractéristiques proches (évolution de population, nature et poids de l’agriculture ou de l’industrie…) et qui ont des liens entre eux au travers des navettes domicile-travail. 

Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage (revenu après redistribution) rapporté au nombre d’unités de consommation. Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus du ménage. Le taux de pauvreté monétaire est la part des personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, seuil fixé à 60 % du niveau de vie médian de la population française, soit 12 312 euros annuels en 2016. Le niveau de vie médian est tel que la moitié de la population se situe au-dessus, l’autre moitié en dessous. 

Solde naturel : différence entre le nombre de naissances et de décès enregistrés au cours d’une période. 

Solde migratoire : différence entre le nombre de personnes entrées sur le territoire et celles sorties au cours d’une période. 

Les équipements sont répartis en trois gammes : de proximité (27 équipements dont école maternelle, pharmacie, boulangerie, bureau de poste, médecin généraliste…), intermédiaire (36 dont collège, orthophoniste, supermarché, police, gendarmerie…) et supérieure (47 dont lycée, maternité, hypermarché, agence Pôle Emploi…). Un pôle d’équipements est une commune disposant d’au moins la moitié des équipements d’une gamme. 

Insee Bourgogne-Franche-Comté 8 rue Louis Garnier CS 11997 25020 BESANÇON CEDEX 

Directeur de la publication : Moïse Mayo  – Rédactrice en chef : Isabelle Revillier 

Mise en page : STDI  Crédits photos : CRT, L. Cheviet 

ISSN : 2497-4455 – Dépôt légal : juillet 2020 – © Insee 2020 

Pour en savoir plus 

• Leseur B., Ville H. « La CUCM : un rôle central dans l’ouest de la Saône-et-Loire malgré les crises industrielles successives », Insee Analyses Bourgogne-Franche- Comté n° 66, décembre 2019. 

• Ulrich A., Leseur B., « Grande région industrielle, la Bourgogne-Franche-Comté abrite de multiples activités bien implantées dans dix territoires d’industrie », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 56, juin 2019. 

• Bertrand M., « En Bourgogne-Franche-Comté, l’offre de services progresse, mais moins qu’ailleurs », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 41, septembre 2018. 

• Bouriez M., Chassard M., « Les 18 espaces ruraux de Bourgogne-Franche- Comté : parfois attractifs, souvent isolés, toujours en évolution », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 57, juin 2019. 

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Dans notre boîte à livres.

S’il y a bien un livre qui doit entrer dans le patrimoine collectif de BCN, c’est celui-ci ! Il a tout d’un grand :

Docteur en psychologie cognitive, journaliste et ingénieur en I.A.

1°) il est social : sur les conseils de Tracey, je me suis rendu à la Librairie Autrement Dit, au 66 Rue des Godrans. Je les ai trouvés très sympa, j’ai acheté un « biopic » d’Aliénor d’Aquitaine, et me suis renseigné sur les possibilités de commander des livres… Moins d’une semaine après, Amazon Prime me proposait d’acheter pour 28 € ce bouquin : « Super-collectif d’Emile Servan-Schreiber, la nouvelle puissance de nos intelligences, chez Fayard ». J’appelle donc Autrement dit, qui me le propose sous une semaine au prix de… 18 €. Voilà ce qui s’appelle être récompensé d’une bonne action.

2°) il est féministe : en page de garde, il affirme « Les groupes ont leur propre intelligence ; on sait depuis peu mesurer leur Q.I. Mais pourquoi les groupes plus féminins sont-ils plus sagaces ? Pourquoi la diversité nous rend-elle plus intelligents ? Comment notre intelligence super-collective rend-elle nos entreprises plus performantes ?

3°) il fait suite à un ouvrage déjà cité 2 fois d’Olivier Sibony : « Vous allez commettre une terrible erreur » – Flammarion, sur la stratégie des dirigeants d’entreprise, pour éviter les différents biais cognitif, le conformisme, la pseudo-expertise qui rend borgne, les conflits d’intérêts…

Cathédrales collectives

4°) il est scientifique, mais pas rasoir : vous saurez tout sur les systèmes de Surowiecki, sur les axones et les dendrites et à la fin, vous vous sentirez comme le commissaire Bourrel et son fameux : « Mais c’est bien sûr ! ». Tous les exemples cités dans l’ouvrage sont des cas réels documentés, graphiques et statistiques à l’appui. Les entreprises Lumenogic et Hypermind illustrent les apports de l’intelligence collective à la qualité des prédictions, et cette dernière à la pertinence et la qualité des décisions prises par la suite.

5°) enfin, les raisons de faire appel à l’intelligence collective sont tellement convaincantes, évidentes et solides, qu’avant de le placer dans la boîte à livres de la M.D.A., je le proposerai à mon retour à notre prochaine réunion de bureau !

L’Ours.