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Les agences de publicité : un secteur moins dynamique en France qu’en Europe

Les multinationales françaises et étrangères du secteur des agences de publicité réalisent les deux tiers du chiffre d’affaires du secteur. Les agences de publicité filiales d’autres secteurs sont principalement intégrées à des groupes de transports (poste et logistique surtout) ou de commerce. Par ailleurs, le secteur des agences de publicité est composé d’une  myriade de petites entreprises. 

Les agences de publicité sont nettement moins dynamiques que les autres services aux  entreprises (SAE) : leur valeur ajoutée stagne et les ventes croissent modérément (+1,8 % par an entre  2009 et 2019 en volume) ; les prix sont stables depuis 2014 du fait d’une forte pression tarifaire.  Non prioritaire en temps de crise, leur activité diminue au printemps 2020.  Bruno Hadot (division Services, Insee)

Les agences de publicité coordonnent ou réalisent tout ou partie des campagnes  publicitaires pour le compte des annonceurs. Elles demeurent des acteurs  incontournables du marché de la publicité malgré la montée en puissance des  médias numériques, qui favorisent  l’émergence de nouveaux intermédiaires. Les entreprises du secteur des  agences de publicité réalisent un chiffre  d’affaires de 12,3 milliards d’euros et une valeur ajoutée de 5,0 milliards en  2017. Elles emploient 64 000 salariés.

Parmi les 17 300 entreprises du secteur,  près de 800 entreprises sont constituées  en groupe et près de 16 600 sont  mono-unités légales (figure 1)

Un secteur dominé par quelques  grands acteurs .

Dans le secteur de la publicité, les entre prises organisées en groupe emploient  43 500 salariés et réalisent un chiffre d’affaires de 8,0 milliards d’euros. Les dix premières entreprises, parmi lesquelles Publicis, Gutenberg, Networks et Kantar, génèrent ainsi 40 % du chiffre d’affaires du secteur et 60 % du chiffre d’affaires des entreprises organisées en groupe. La moitié sont des multinationales françaises, l’autre moitié des  multinationales étrangères (Gutenberg, Kantar, Vizeum, McCann, CPM). Les entreprises du secteur organisées en  groupe sont des entreprises spécialisées.  Bien que seule la moitié des filiales de ces  entreprises soient des agences de publicité,  elles génèrent les trois quarts du chiffre  d’affaires consolidé, soit 6,1 milliards d’euros. Les entreprises sont aussi constituées de  régies publicitaires (6 % du chiffre d’affaires des filiales des entreprises de publicité), d’unités légales du secteur des  sondages-études de marché (4 %) ou encore  d’unités légales spécialisées dans la production de films publicitaires (2 %). 

Les unités légales indépendantes réalisent  un tiers du chiffre d’affaires du secteur. 

Très nombreuses (96 % de l’ensemble des  entreprises), les entreprises mono-unités  légales ne réalisent qu’un tiers du chiffre  d’affaires du secteur (4,3 milliards d’euros).  Ce sont majoritairement des microentreprises (63 % du chiffre des affaires des  entreprises mono-unités légales). Par ailleurs, ces entreprises ont un taux de  marge supérieur à celui des entreprises organisées en groupe (16 % contre 9 %).  Elles investissent moins : leur taux d’investissement est de 19 % contre 40 % pour  celui des entreprises organisées en groupe.  Parmi les entreprises mono-unités légales,  les microentreprises, souvent plus récentes,  sont celles qui investissent le plus (27 %).

 Des agences de publicité intégrées aussi à des entreprises d’autres secteurs.

700 unités légales sont intégrées à des entreprises d’autres secteurs et dégagent un chiffre  d’affaires de 3,7 milliards d’euros. Ces filiales  appartiennent à des entreprises du secteur de  l’affrètement et de l’organisation des transports (33 % du chiffre d’affaires de ces unités  légales). Des entreprises ayant une activité de  poste (13 %) et des centrales d’achats alimentaires (7 %) intègrent aussi des agences de  publicité (figure 2). Depuis 2007, la grande  distribution est autorisée à faire réaliser des publicités à la télévision et est un annonceur  de premier plan, ce qui a pu inciter les entreprises de ce secteur à filialiser cette activité. 

Par secteur.

La production progresse modérément  au cours des dix dernières années .

De 2009 à 2019, la production des agences  de publicité (unités légales du secteur ou  intégrées à d’autres secteurs) croît en  volume de 2,0 % (figure 3) en moyenne par  an, à un rythme plus soutenu que celui de la consommation des ménages (+ 1,0 % en  volume). Par ailleurs, les exigences des  annonceurs, de taille généralement supérieure à celle des agences, et la forte concurrence liée au nombre d’agences, au-delà de  quelques grands acteurs, pèsent sur les prix.  Les grands événements sportifs (championnats mondiaux et européens de football,  Jeux olympiques) n’ont pas généré un  regain d’activité durable. 

L’activité des agences est très sensible à la  conjoncture. En cas de crise, les dépenses  publicitaires jouent pour les entreprises le rôle  de variable d’ajustement et sont les premières  à être reportées ou annulées. De plus, les  supports de diffusion évoluent : la part des  dépenses publicitaires dans les médias traditionnels (presse, publicité extérieure, télévision, radio, cinéma) recule en valeur alors que  celle des médias numériques (réseaux sociaux,  Internet) s’accroît considérablement. Les agences de publicité sont affectées dès le début 2020 par la crise sanitaire comme l’ensemble des services, mais le retour à la normale  semble moins rapide que dans d’autres  secteurs. Leur chiffre d’affaires diminuerait  de 6 % en volume au premier trimestre, avec une baisse de près de 15 % de février à mars.  La chute serait plus prononcée en avril et mai (baisse de près de 25 % par rapport à février). En juin, elle serait enrayée, mais l’activité  resterait fortement déprimée (– 22 % par  rapport à février). Au total, l’activité se  replierait de 20 % au deuxième trimestre. 

La valeur ajoutée créée par les agences de  publicité est stable entre 2009 et 2017. Elle  s’élève à 5,1 milliards d’euros. Cette stabilité s’explique par un recours répandu à la  sous-traitance, dont le montant équivaut à  35 % du chiffre d’affaires (soit 4,9 milliards) et augmente plus vite que le chiffre d’affaires. La stratégie de différenciation de l’offre aux annonceurs peut entraîner un besoin accru de prestations très spécifiques.  Dotées d’une offre vraisemblablement plus  fournie, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont davantage recours à la  sous-traitance (33 % du montant total) que  les PME (27 %. Les frais de personnel sont également  stables (4,2 milliards d’euros) en valeur. Les  effectifs salariés baissent. 

En dépit d’un taux de marge assez stable sur  la période (14 %), le secteur des agences de  publicité accroît ses investissements depuis  dix ans : le taux d’investissement passe de  18 % en 2009 à 28 % en 2017. Cette évolution traduit une hausse des investissements  immatériels sur la période (+ 47 %). 

Les agences de publicité en France  moins dynamiques que  leurs homologues européennes. 

En 2017, la France réalise 11 % du chiffre  d’affaires du secteur des agences de publicité des pays de l’Union européenne. Elle se  situe au troisième rang, loin derrière le  Royaume-Uni (24 %) et l’Allemagne  (16 %). Rapportée au PIB, la valeur ajoutée  de ce secteur en France est légèrement inférieure à la moyenne des pays européens,  elle est notamment très en deçà des valeurs  ajoutées britannique et néerlandaise  (figure 4)

VA sur PIB.

En outre, le chiffre d’affaires et la valeur ajoutée dégagés par les agences publicitaires sont  moins dynamiques en France qu’en Allemagne  et au Royaume-Uni. Ainsi, entre 2009 et 2017,  les chiffres d’affaires des agences implantées  au Royaume-Uni et en Allemagne progressent  respectivement de 59 % et de 42 %, contre  seulement 9 % pour celles implantées en  France. Ces différences se répercutent sur les  évolutions de la valeur ajoutée. Au Royaume Uni, les agences ont davantage profité de l’essor de la publicité sur Internet. 

La publicité est une activité très réglementée  en France : certains produits dangereux ne  peuvent pas être promus sur tout ou partie des  supports publicitaires, la publicité comparative  est très encadrée et le temps d’antenne dédié  aux messages publicitaires est contrôlé par le  Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).  Selon un rapport du Sénat, la limitation horaire par jour des spots publicitaires est moins contraignante sur les chaînes de télévision  privées au Royaume-Uni et en Allemagne. 

La conception d’une campagne de publicité, principale activité des agences de publicité.

Le cœur de métier des agences publicitaires  est le conseil, la conception et la création  d’une campagne de communication. Elles  peuvent aussi participer à des campagnes  publicitaires sans en assurer la conception  globale : création de site internet publicitaire,  distribution de prospectus, études média. Ces  deux activités représentent respectivement  48 % et 20 % du chiffre d’affaires des agences  de publicité indépendantes. Les agences intégrées à des groupes de publicité réalisent les  deux tiers de leur chiffre d’affaires (69 %) dans le conseil, la conception et la création de  campagnes. Quant aux agences intégrées à  des groupes d’autres secteurs, près de la  moitié de leur chiffre d’affaires (46 %) est liée  au cœur de métier et un quart à la création de  site internet publicitaire, la distribution de  prospectus et les études média. 

La refacturation d’éditions publicitaires (films, prospectus qui ne sont pas réalisés en  interne) représente une part non négligeable de l’activité des agences indépendantes (20 %  du chiffre d’affaires) alors qu’elle est moins  présente dans l’activité des agences intégrées aux groupes de publicité (5 %) et de celles  intégrées aux groupes d’autres secteurs (8 %). Les filiales d’autres secteurs intégrées à des groupes de publicité ont des activités beaucoup plus diversifiées, en dehors du cœur de  métier : des activités de régie publicitaire  (10 % du chiffre d’affaires de ces filiales),  d’études de marché (6 %), de conseils en communication (6 %) ou encore de vente de  films publicitaires (5 %). 

Une activité majoritairement nationale  et tournée vers les entreprises. 

Les agences de publicité et les filiales des  entreprises de publicité réalisent essentiellement leur activité en France (entre 80 % et  90 % de leur chiffre d’affaires). Leur clientèle est principalement composée d’entre prises. Le commerce, les industries  agroalimentaires, la chimie (parfumerie), la  construction automobile et l’immobilier  sont les principaux clients des activités de  publicité selon l’enquête Achats (sources). Les agences intégrées à des groupes de publicité exercent 57 % de leur activité avec des  entreprises situées hors du groupe. Les  échanges hors du groupe sont nettement  moins importants pour les unités légales  d’autres secteurs (42 %). Les agences de  publicité intégrées à des groupes d’autres  secteurs réalisent la même proportion (30 %)  de leur chiffre d’affaires avec des entreprises du groupe auquel elles appartiennent et avec  des entreprises situées hors du groupe. 

Des emplois très qualifiés et des emplois d’ouvriers liés à la distribution  de prospectus. 

Comme dans l’ensemble des services  marchands non financiers, en 2015, 29 % des  salariés sont ouvriers (figure 5). Mais les  employés y sont moins représentés : 22 %  des salariés contre 37 %. Du fait de leur  volonté de proposer une offre globale aux  annonceurs, les agences de publicité abritent  des métiers variés. Les métiers de conducteurs livreurs ou coursiers sont occupés par  28 % des hommes. En revanche, les femmes  sont aussi présentes dans ces métiers de  chauffeurs (15 % des femmes) que dans les  métiers de cadres de la publicité (14 %). Le  poids des métiers moins qualifiés s’explique  par la présence de grandes sociétés spécialisées dans la distribution de prospectus, de  journaux gratuits et d’échantillons publicitaires, employant la très grande majorité de  leurs salariés sous le statut d’ouvrier. Près de la moitié des salariés des agences de publicité  sont couverts par la convention collective de la publicité et un quart par celle des entreprises de distribution directe. 

L’étude des effectifs.

Dans les agences publicitaires hors sociétés  de distribution de prospectus, les hommes  ont davantage le statut de cadre et profession intellectuelle supérieure (14 % des  salariés) et les femmes celui d’employé  (18 % des salariés). Les métiers liés au  numérique émergent dans le secteur (techniciens d’étude et développement informatique, ingénieurs et cadres d’étude recherche  et développement en informatique), mais ils  ne sont pas tous répertoriés dans la nomenclature usuelle des professions. Par ailleurs, les contrats à durée indéterminée sont majoritaires (75 %, contre 63 %  dans les services marchands non financiers).  62 % des salariés des agences de publicité  occupent des postes à temps complet, soit  nettement moins que dans les services  marchands non financiers (74 %). Cette  différence s’explique en partie par une assez  forte présence féminine : les agences  emploient en effet quasiment autant de  femmes (51 %) que d’hommes (49 %). 

Des écarts de rémunération hommes femmes moins élevés que dans  l’ensemble des services marchands 

Les écarts de rémunération brute entre les  hommes et les femmes sont plus faibles dans  la convention des entreprises de distribution  directe (5 %) que dans la convention collective  de la publicité (29 %), où les femmes sont plus  souvent à temps partiel. Globalement, les  hommes sont rémunérés 18 % de plus (9 % en  équivalent temps plein). Les différences de  rémunération sont toutefois moins élevées que  dans l’ensemble des services marchands non  financiers (23 %), où les secteurs les plus  rémunérateurs (informatique, ingénierie)  emploient majoritairement des hommes et les  services aux ménages davantage de femmes. 

Les emplois sont concentrés dans la région  francilienne, où sont principalement implantées les plus grandes agences de publicité :  48 %, contre 20 % pour l’ensemble des  services marchands non financiers. Cela est  dû, comme dans l’informatique, à la proximité des clients, vraisemblablement les  états-majors des sociétés. En outre, la proximité avec les médias favorise vraisemblablement l’activité des agences.

Sources 

Les activités des agences de publicité cor respondent à la sous-classe 73.11Z dans la  nomenclature NAF rév.2. 

Le dispositif Esane permet de produire des  statistiques structurelles d’entreprises. Il exploite conjointement les données administratives et les données issues de l’enquête  sectorielle annuelle (ESA) et de l’enquête annuelle de production. 

Les indices de production, les indices de prix  de production et les indices de chiffre d’affaires  sont utilisés pour l’analyse conjoncturelle. Les déclarations annuelles de données  sociales (DADS) portent sur l’emploi et les  rémunérations. Les postes annexes sont  exclus de cette étude. 

Les statistiques structurelles sur les entre prises d’Eurostat fournissent des données  sur le secteur des activités des agences de  publicité pour l’ensemble des États membres  de l’Union européenne. 

L’enquête Achats est une enquête inédite qui  porte sur l’année 2017. Elle interroge les entreprises sur la structure précise de leurs achats et  charges. 

 Définitions

Un groupe de sociétés est une entité économique formée par une société contrôlante  et l’ensemble des sociétés qu’elle contrôle.  Dans cette étude, le groupe se réfère à des  entreprises organisées en groupe et composées d’au moins deux unités légales (filiales). L’unité légale est une entité juridique (personne  morale ou personne physique) de droit public  ou privé. Elle est obligatoirement déclarée aux  administrations compétentes (greffes des tribunaux de commerce, Sécurité sociale, Direction  générale des finances publiques, etc.). L’unité  légale est l’unité principale enregistrée dans Sirene. Elle ne doit pas être confondue avec la  notion d’entreprise au sens de la loi de modernisation de l’économie de 2008, unité statistique  dont le contour est plus large et qui constitue  une entité économique autonome. Selon la loi de modernisation de l’économie de  2008, l’entreprise est la plus petite combinaison  d’unités légales qui constitue une unité organisationnelle de production de biens et de services  jouissant d’une certaine autonomie de décision. Elle se décline en catégorie d’entreprises selon l’effectif, le chiffre d’affaires et le total  de bilan : les microentreprises, les petites  et moyennes entreprises (PME), les entre prises de taille intermédiaire (ETI) et les  grandes entreprises (GE). 

Le taux de marge est le rapport de l’excédent brut d’exploitation à la valeur ajoutée. Le taux d’investissement est le rapport des investissements à la valeur ajoutée. (VA).

Pour en savoir plus 

• « Les services marchands en 2019 et  début 2020 – Rapport sur les comptes »,  Documents de travail n° E2020/02, Insee,  juillet 2020. 

• « La croissance du marché publicitaire se maintient en 2019 », Baromètre unifié du marché publicitaire, France Pub, IREP, Kantar. 

• Desjonquères A., de Maricourt C., Michel C.,  « Data scientists, community managers…  et informaticiens : quels sont les métiers du numérique ? » , in L’économie et la société  à l’ère du numérique, coll. « Insee Références », novembre 2019.

Directeur de la publication : Jean-Luc Tavernier 

Rédactrices en chef : A. Goin, S. Pujol  Rédacteurs : P. Glénat – C. Lesdos-Cauhapé 

Maquette : B. Rols, RPV Code Sage : IP201820 ISSN 0997 – 3192 (papier) ISSN 0997 – 6252 (web) © Insee 2020 

Insee Première figure dès sa parution sur le site internet de l’Insee :

https://www.insee.fr/fr/statistiques?collection=116 

Pour recevoir par courriel les avis de parution (60 numéros par an) :

https://www.insee.fr/fr/information/1405555

 

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Confinement : des conséquences économiques inégales selon les ménages

Le confinement de la population mis en place entre le 17 Mars et le 11 Mai 2020 s’est traduit par une contraction sans précédent de l’activité économique en France. En mai 2020, un  quart des personnes déclarent que leur situation financière s’est dégradée, et cette proportion  est d’autant plus élevée que le niveau de vie du ménage était initialement bas. Les ménages avec enfants sont aussi plus touchés que les ménages sans enfant. Les dispositifs de  maintien d’activité ont amorti les effets de la chute de l’activité économique sur les ménages de  manière inégale selon leur profil. La moitié des ouvriers, et un quart des cadres, déclarent être  passés, au moins en partie, par le chômage technique ou partiel entre le début du confinement et le mois de mai. Les cadres ont plus souvent travaillé à distance : 80 % des cadres en activité en  mai ont eu recours au moins partiellement au télétravail, contre 35 % des employés et seulement  6 % des ouvriers. Un quart des personnes ayant télétravaillé ont le sentiment que leur temps de  travail a augmenté. Si ces dispositifs ont permis de maintenir les relations d’emploi, au moins à  court terme, pour la majorité des salariés, les jeunes ont été bien plus exposés aux conséquences  de la chute de l’activité économique. 

Pauline Givord, Julien Silhol (Insee).

Avec la contribution de François Beck, Laura Castell, Cyril Favre-Martinoz, Stéphane Legleye, Nicolas Paliod, Patrick Sillard (Insee), Muriel Barlet, Aude Leduc, Philippe Raynaud (Drees)

L’accélération de la pandémie de Covid-19  en France au cours du mois de mars a  abouti au confinement de la population, du  17 mars au 11 mai 2020, avec une restriction des déplacements au strict nécessaire.  La levée de ces restrictions à partir du  11 mai s’est faite progressivement. Si la progression de l’épidémie de  Covid-19 a été contenue, le confinement  a frappé de plein fouet l’économie française. L’activité économique a reculé de  19 % au deuxième trimestre 2020 par  rapport au deuxième trimestre 2019  [Insee, 2020].

Les mesures exceptionnelles de soutien à l’activité, notamment  le recours au chômage partiel, ont  permis d’amortir les conséquences pour  les ménages : la baisse du revenu disponible brut des ménages n’a été que de  2,6 % au deuxième trimestre 2020.Néanmoins, les disparités entre les  ménages sont marquées. L’enquête  EpiCov (sources), dont la première vague a eu lieu en mai 2020, permet  d’analyser les conséquences pour les  ménages du confinement, notamment  sur leur situation financière. 

En mai, un quart des ménages déclare  que leur situation financière s’est  dégradée à la suite du confinement. 

En mai 2020, 23 % des ménages déclarent  que leur situation financière s’est dégradée  depuis le début du confinement. À l’inverse, seulement 2% déclarent que leur  situation financière s’est améliorée, tandis  que pour les deux tiers, elle est restée stable. Cette dégradation est d’autant plus forte  que les revenus des ménages étaient initialement faibles. Parmi les 10 % de ménages  les plus pauvres (ceux dont le niveau de  vie se situait en dessous du premier  décile), 35 % perçoivent une dégradation  de leur situation financière. Cette  proportion est deux fois plus faible pour les  10 % de ménages les plus aisés (figure 1).  Cette dégradation de la situation financière a pu se traduire par des difficultés  concrètes pour de nombreux foyers.  Parmi les ménages qui ont perçu une  détérioration de leur situation financière  au moment du confinement, 42 %  déclarent en mai que « leur situation  financière est juste et qu’il faut faire  attention » (contre 34% pour l’ensemble de la population) , 27 % que leur situation financière est « difficile » (contre  11 % pour l’ensemble de la population)  et 7 % qu’ ils « ne peuvent pas s’en sortir  sans s’endetter » (2 % pour l’ensemble  de la population). 

Cette situation s’explique essentielle ment par la chute de l’activité économique. Ainsi, les retraités paraissent préservés de cette situation, tandis qu’un  tiers des actifs déclarent une perte de  revenu. De nombreux autres facteurs sont également corrélés avec le fait d’avoir  perçu une dégradation des revenus. Alors que  la plupart des commerces (hors alimentaire),  des services personnels et des hôtels-cafés-restaurants ont été fermés pendant le  confinement, les artisans et les commerçants  ont été les plus directement touchés par la  chute de l’activité. Plus de la moitié des indépendants déclarent une dégradation de leur  situation financière. Les ouvriers sont ensuite  les plus affectés, avec 37 % de ménages  déclarant une perte de revenu. Pour les autres  catégories socioprofessionnelles, ces proportions se situent entre 25 % (pour les cadres et  professions intellectuelles supérieures, qui  incluent les professions libérales) et 30 %  (pour les agriculteurs). 

Les ménages avec enfants déclarent plus  souvent que les ménages sans enfant,  que leur situation financière de leur foyer  s’est dégradée depuis le confinement .

Ces écarts observés entre catégories socio professionnelles s’expliquent en partie par  le fait que les mesures visant à maintenir  l’emploi et les revenus ne sont pas accessibles à tous de la même façon. Le recours  au travail à distance facilite la continuité de  l’activité, ce qui explique que les salariés  qui ont télétravaillé (encadré) sont moins  nombreux à déclarer une perte financière  liée au confinement, même une fois tenu  compte de leur situation financière initiale  et de leur catégorie socioprofessionnelle. En  revanche, si le chômage partiel permet de  maintenir la relation d’emploi, la rémunération peut baisser pour les salariés : si la  rémunération en activité partielle ne pouvait  être inférieure au Smic, le minimum garanti  pendant le confinement correspondait à  84 % du salaire net. 

Les ménages avec enfants sont plus  nombreux à déclarer une dégradation de leur  situation financière. C’est le cas de 33 %  d’entre eux, contre 18 % des ménages sans  enfant. Même en tenant compte de l’âge, de  la catégorie socioprofessionnelle, du niveau  de vie et du fait d’être passé par le chômage  partiel ou d’avoir télétravaillé, cette surreprésentation des ménages avec enfants parmi ceux dont la situation financière s’est dégradée demeure. Au moins deux éléments  peuvent l’expliquer. La fermeture des  établissements scolaires, contraignant les  parents à assurer la garde et le suivi scolaire  de leurs enfants, a pu les obliger à restreindre  leur temps de travail. Les droits aux arrêts de  travail pour garde d’enfants ont notamment  été généralisés à la suite de la fermeture des  établissements scolaires. Ces derniers sont  rémunérés par l’assurance maladie, et à  partir du 1er mai, selon les modalités de l’activité partielle, ce qui peut se traduire par une  perte de revenu. De plus, la fermeture des  cantines scolaires a pu entraîner des frais, les  familles ayant dû prendre en charge ces  repas, sans bénéficier des subventions que  constituent les tarifs sociaux. 

En mai, un tiers des personnes en emploi  sont passées par le chômage technique  ou partiel depuis le début du confinement 

Parmi les personnes en emploi avant le  début du confinement, 16 % déclarent en  mai être passées totalement, et 20 % en  partie, par le chômage technique ou partiel (figure 2). Depuis le début du confinement,  le recours par les entreprises aux dispositifs  d’activité partielle ont été facilités. La  réduction d’activité était le plus souvent liée  à des pertes de débouchés [Dares, 2020].  Outre la baisse drastique de la demande, il a pu être difficile pour certaines entreprises de  maintenir des conditions de travail garantissant la sécurité sanitaire, selon les modes de  production et les secteurs d’activité. De  même, à l’intérieur des entreprises, certaines  catégories d’emploi ont été plus directement touchées que d’autres. De fait, alors que  24 % des ouvriers sont passés totalement au  chômage partiel ou technique entre mi-mars  et mai, cette proportion est de seulement  8 % pour les cadres. Cet écart s’explique en  partie par les possibilités différenciées de  recours au travail à distance. 

Alors que 80 % des cadres en activité  déclarent télétravailler la semaine avant  l’enquête (57 % travaillant exclusivement  depuis leur domicile), c’est le cas de 6 % des ouvriers (figure 3). Cependant,  si avant le confinement le recours au télétravail était surtout le fait des cadres [Hallépée,  Mauroux, 2019], ce dispositif s’est élargi à  d’autres salariés avec le confinement. Ainsi,  parmi les salariés qui ont travaillé au moins  une heure la semaine précédant l’enquête en  mai, 28 % des professions intermédiaires et  21 % des employés ont travaillé exclusivement depuis leur domicile. Au total, 28 % des personnes en emploi qui ont travaillé la  semaine précédant l’enquête l’ont fait  exclusivement depuis leur domicile, et 16 %  partiellement. À l’inverse, 56 % ont travaillé  uniquement en dehors de leur domicile. 

Répartition du télétravail par C.S.P.

Parmi les personnes qui ont exclusivement  télétravaillé la semaine précédant l’enquête,  25 % déclarent que leur temps de travail a augmenté pendant le confinement, contre 16 %  parmi celles qui n’ont pas télétravaillé. Même  en tenant compte du nombre d’enfants, du fait  de télétravailler ou pas, ainsi que du genre,  relativement aux autres catégories socioprofessionnelles, les cadres, et dans une moindre  mesure les professions intermédiaires, sont  plus nombreux à déclarer une augmentation de  leur temps de travail depuis le début du confinement. Les salariés passés au télétravail  exclusif sont aussi plus nombreux à déclarer  travailler plus. Néanmoins, sans surprise, la  présence de jeunes enfants dans le ménage  réduit nettement la probabilité de déclarer une  augmentation de son temps de travail. 

Les femmes sont plus nombreuses à déclarer  que leur temps de travail a augmenté : c’est  le cas de 23 % d’entre elles, contre 15 % des  hommes. Cela peut s’expliquer en partie par  la surreprésentation des femmes parmi les  professions qui ont été particulièrement  mobilisées pendant le confinement, comme  les professions de santé, les caissiers ou  encore les enseignants, qui, pour assurer une  continuité pédagogique à distance, ont dû  renouveler profondément leurs modes de  travail. À l’inverse, plus d’un tiers des actifs,  hommes ou femmes, déclaraient que leur  temps de travail avait diminué pendant le  confinement, qu’ils aient travaillé depuis leur  domicile ou non. 

Parmi les jeunes en emploi avant le confinement, plus d’un tiers ne  travaillent pas en mai 

Tous les salariés n’ont pas bénéficié des  dispositifs de maintien dans l’emploi. Parmi  les personnes en emploi au début du confinement interrogées en mai, 3 % ont perdu leur  emploi du fait d’une fin de contrat ou d’un  licenciement, et la très grande majorité  d’entre eux (80 %) n’avait pas retrouvé d’emploi au moment de l’enquête. Plus généralement, 27 % des personnes en emploi avant le  confinement déclarent ne pas avoir travaillé  la semaine avant l’enquête, ce qui s’explique  aussi par la pose de congés ou le recours au  chômage technique ou partiel. 

Les disparités sont marquées selon les  profils de salariés, notamment en fonction  de l’âge (figure 4). Ainsi, 9 % des personnes  en emploi avant le confinement âgées de 15  à 24 ans ont perdu leur emploi contre moins  de 2 % des actifs de 40 ans à 65 ans. Parmi  les jeunes de moins de 25 ans qui étaient en  emploi avant le confinement, 37 % déclarent  ne pas avoir travaillé la semaine précédant  l’enquête en mai. 

Étant les plus à risque d’occuper des  emplois temporaires, les jeunes récemment  entrés sur le marché du travail ont été les  premières victimes de la chute brutale de  l’activité économique. En effet, face à la  baisse de l’activité et à l’incertitude sur  leurs débouchés, les entreprises ont pu  préférer ne pas pérenniser leur main  d’œuvre temporaire (CDD ou intérim) ou  réduire leurs embauches. D’après les  premières enquêtes conjoncturelles menées  par la Dares, fin mars, 11 % des entreprises  déclaraient une baisse de leurs effectifs. En  outre, l’emploi intérimaire s’est contracté de  54 % entre fin décembre 2019 et fin avril  2020 [Maillard, 2020], et les embauches en  CDD pour les dix derniers jours de mars se  situent environ 60 % en deçà de leur niveau  de fin mars 2019 [Milin, 2020]. ■ 

Sources

L’enquête Épidémiologie et conditions de  vie (EpiCov) a été mise en place par la Drees,  l’Inserm, Santé Publique France et l’Insee dans  le contexte de la pandémie de Covid-19. Son  objectif est double : estimer la dynamique de  l’épidémie à un niveau national et départemental et étudier l’effet du confinement et de l’épidémie sur les conditions de vie. 

La première vague de l’enquête s’est déroulée  entre le 2 mai et le 2 juin 2020, à cheval entre  le confinement de la population et le début du  déconfinement. 135 000 personnes âgées de 15 ans ou plus au 1er janvier 2020, résidant hors  Ehpad, maisons de retraite et prisons, en  France métropolitaine, en Martinique, en Guadeloupe et à la Réunion, ont été sélectionnées  dans la base Fidéli 2018 de l’Insee et interrogées. L’enquête s’est déroulée principalement  sur Internet mais aussi par téléphone : le recours  à ce second mode permettant d’augmenter le  taux de participation et d’interroger des per sonnes sans accès Internet ou en ayant un  usage limité, et d’assurer ainsi la représentativité des réponses recueillies. Les niveaux de vie  sont connus grâce à la base Fidéli. 

L’enquête comprend des questions détaillées  sur la situation vis-à-vis de l’emploi (notam ment sur l’activité partielle), les conditions de  travail, en particulier le recours au télétravail  (encadré) et le temps de travail. Afin de  réduire le temps de passation de l’enquête,  certaines questions, comme celles portant sur  l’évolution ressentie du temps de travail, n’ont  été posées qu’à environ 10 % des enquêtés.  Ce sous-échantillon reste représentatif de la  population cible, mais la précision de la  mesure sur ces questions peut être plus faible. 

ENCADRE : Mesure du télétravail

Dans l’enquête EpiCov, il était demandé aux personnes qui avaient travaillé au moins une heure  la semaine précédente si elles télétravaillaient avant le confinement, et pour celles qui n’avaient  jamais télétravaillé, si elles avaient commencé à télétravailler depuis le confinement. Parmi celles  qui étaient dans l’un ou l’autre cas, il était ensuite demandé de préciser si les 7 jours précédents,  elles avaient « travaillé exclusivement depuis leur domicile » (désigné ici comme du télétravail  exclusif), ou si « il leur était arrivé de se rendre sur leur lieu de travail » (télétravail partiel). 

Dans l’enquête EpiCov, en mai 2020, 17 % des personnes en emploi déclarent qu’elles  télétravaillaient avant le confinement. Cette proportion est beaucoup plus élevée que celles  des dernières enquêtes Surveillance médicale des expositions des salariés aux risques  professionnels (Sumer) et Relations professionnelles et Négociations d’entreprise (Réponse).  Selon ces enquêtes, en 2017, seuls 3 % des salariés pratiquaient régulièrement le télétravail  et 7 % au moins occasionnellement [Hallépée, Mauroux, 2019]. 

Plusieurs raisons expliquent ces différences. Dans l’enquête EpiCov, les questions concernant le télétravail n’étaient posées qu’aux personnes ayant déclaré avoir travaillé au moins une  heure la semaine précédant l’enquête. Or, parmi les personnes s’étant déclaré en emploi,  seulement 73 % ont travaillé la semaine précédant l’enquête. Cette situation peut s’expliquer,  au moins en partie, par le fait que certaines étaient au chômage partiel ou en congés au moment  de l’enquête. Il est cependant probable que les salariés pour lesquels le télétravail n’était pas  possible sont plus à risque de connaître une réduction d’activité, entraînant une surreprésentation des télétravailleurs parmi les personnes qui travaillaient juste avant l’enquête. Néanmoins,  même en faisant l’hypothèse extrême que l’ensemble des actifs qui avaient un emploi mais  n’ont pas travaillé au moins une heure la semaine précédant l’enquête n’ont jamais télétravaillé,  la proportion de télétravailleurs avant le confinement serait estimée à 12 %. Cet écart résiduel  peut provenir aussi d’une différence de mesure : dans l’enquête EpiCov, le télétravail est mesuré  uniquement sur un mode déclaratif. Il peut simplement désigner du travail à la maison, ce qui  ne répond pas à la définition stricte du télétravail dans le Code du travail. Selon celui-ci, le  télétravail correspond au fait de recourir à des technologies de l’information et de la communication pour effectuer, hors des locaux de l’employeur, le travail qui aurait pu être réalisé sur  le poste du travail habituel, ce qui était la définition retenue dans les enquêtes Reponse et  Sumer 2017. À titre de comparaison, dans l’enquête Emploi, 47 % des personnes en emploi  au sens du BIT déclarent avoir travaillé à domicile dans les quatre semaines précédant l’en quête, contre seulement 23 % sur la période équivalente en 2019 [Jauneau, Vidalenc, 2020].  Enfin, les ordonnances sur le travail du 22 septembre 2017 ont assoupli les conditions de  recours au télétravail jusque-là limité à une pratique régulière et conditionné à une mention  dans le contrat de travail ou en avenant à celui-ci (article L1222-9). Si des enquêtes spécifiques seront nécessaires pour le vérifier, il est possible que ces ordonnances en aient favorisé la  pratique, au moins occasionnelle, d’autant plus que la fin de l’année 2019 a été marquée par  des grèves longues des transports qui ont pu accélérer le recours au travail à distance.

Définitions

Le niveau de vie est égal au revenu disponible  du ménage divisé par le nombre d’unités de  consommation (UC). Le niveau de vie est donc  le même pour tous les individus d’un même  ménage. Les unités de consommation sont  généralement calculées selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE modifiée qui attribue  1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC  aux autres personnes de 14 ans ou plus et  0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. 

Si on ordonne la distribution des niveaux de vie, les déciles sont les valeurs qui partagent cette distribution en dix parties égales.  

Ainsi, le premier décile est le niveau de vie  au-dessous duquel se situent 10 % des  niveaux de vie ; le neuvième décile est le  niveau de vie au-dessous duquel se situent  90 % des niveaux de vie. L’activité partielle est un dispositif qui permet  à l’employeur en difficulté de faire prendre en  charge tout ou partie du coût de la rémunération  des salariés. Pour réduire les conséquences  économiques liées à la crise sanitaire, le décret  n°2020-325 du 25 mars 2020 relatif à l’activité  partielle a largement étendu la possibilité de recours à ce dispositif, réduit le délai d’acceptation et augmenté l’allocation compensatrice  versée aux entreprises. Pendant la période de  confinement, un salarié en activité partielle percevait au minimum 70 % de sa rémunération  brute (environ 84 % du salaire net), sans que  ce montant puisse être inférieur au Smic. 

 Pour en savoir plus  :  Insee Première figure dès sa parution sur le site internet de l’Insee. https://www.insee.fr/fr/statistiques?collection=116 :

Des données complémentaires sont disponibles en téléchargement avec cette  publication

• Jauneau Y., Vidalenc J., « Durée travaillée et travail à domicile pendant le confine ment : des différences marquées selon les professions », Insee Focus n° 207,  octobre 2020. 

• Bajos N. et al., « Les inégalités sociales  au temps du Covid-19 », Questions de  santé publique n° 40, IReSP, octobre 2020.  

• Warszawski J. et al., « En mai 2020, 4,5 %  de la population vivant en France métropolitaine a développé des anticorps contre le  SARS-CoV-2. Premiers résultats de l’enquête nationale EpiCov », Drees, Études  et Résultats n° 1167, octobre 2020. 

• Albouy V., Legleye S., « Conditions de vie  pendant le confinement : des écarts selon  le niveau de vie et la catégorie socioprofessionnelle », Insee Focus n° 197, juin 2020. 

• Dares, « Activité et conditions d’emploi de  la main-d’œuvre pendant la crise sanitaire  Covid-19, Synthèse des résultats de l’enquête flash – juin 2020 », 2020. 

• Maillard S., « L’emploi intérimaire recule de  40,4 % au 1er trimestre 2020 », Dares Indi cateurs n° 018, juin 2020. 

• Milin K., « Forte contraction des embauches  et des fins de contrat au premier trimestre  2020 », Dares Indicateurs n° 023, juillet 2020. • Insee, « Au deuxième trimestre 2020, le  revenu brut disponible des ménages recule  mais le taux d’épargne bondit », Informations Rapides n° 216, août 2020.  

• Hallépée S., Mauroux A., « Quels sont les  salariés concernés par le télétravail ? »,  Dares Analyses n° 051, novembre 2019. 

• Pisarik J., Rochereau T., Célant N., « État  de santé des Français et facteurs de  risque. Premiers résultats de l’Enquête  santé européenne-Enquête santé et protection sociale 2014 », Études et Résultats  n° 998, Drees, mars 2017.

Direction Générale : 88 avenue Verdier 92541 Montrouge Cedex 

Directeur de la publication : Jean-Luc Tavernier 

Rédactrices en chef : A. Goin, S. Pujol 

Rédacteurs : C. Tchobanian 

Maquette : B. Rols, R. Pinelli Vanbauce Code Sage : IP201822  – ISSN 0997 – 3192 (papier) – ISSN 0997 – 6252 (web) – © Insee 2020 

 

Economie·Environnement - Climat·Société

Un argument pour la décroissance.

Les écologistes vont avoir un argument pour prôner la décroissance.
Les émissions de CO2 ont chuté de 9% dans le monde pendant le premier semestre de l’année.
Du fait du confinement.
Du fait des restrictions de circulation.
Une preuve de plus, s’il en fallait, que la croissance et l’écologie ne sont pas compatibles.

Hier soir, 14 octobre, nôtre ami Jérôme nous a présenté sa conférence sur les risques climatiques. Les contraintes Covid-19 nous limitant à 10 personnes, aucune campagne complémentaire d’inscription n’avait été lancée. Et malgré cela, le standard (03 80 53 37 02) a encore reçu des demandes hier après-midi. A toutes ces personnes, il conviendra de préciser que 2 autres séances sont prévues, les 10 Novembre et 10 Décembre.

A nous qui avions participé aux répétitions, Jérôme nous a vite confirmé qu’il était solide, affûté, sûr de son fait, sérieux. Bien sûr, compte tenu des prochaines sessions à venir, nous n’allons pas délivrer ici la trame de l’exposé…(à moins de gros chèque libellé en $).

Jérôme au pupitre.

Mais ce fut une belle conférence ! Un public captivé, grave, bien au fait de la question posée, préoccupé par l’avenir de la planète et des générations futures. Un conférencier faisant preuve à plusieurs reprises de sa parfaite connaissance du sujet. Qui fera l’objet d’un prochain article !

L’Ours.

Culture - Loisirs - Histoire·Revue de Presse·Société

Culture et industrie : ce que nous devons aux Celtes

Invention de la charrue, création de villes fortifiées, maîtrise de l’architecture du bois, art abstrait… Zoom sur l’apport des Celtes en Gaule.

Si l’on en croit le témoignage de César dans La Guerre des Gaules, dans l’antiquité, trois peuples se partageaient le territoire qu’occupe aujourd’hui la France : les Gaulois, les Belges et les Aquitains, qui étaient eux-mêmes subdivisés en une cinquantaine de tribus, Vénètes, Éduens, Ambiens, Rèmes… Depuis quarante ans, plus de 20 000 sites mis au jour dans l’Hexagone inscrivent ces populations dans un cadre bien plus vaste, celui d’une civilisation celtique qui couvrait toute une partie de l’Europe. La Gaule n’était qu’une pièce d’un ensemble marqué par sa grande cohérence et son originalité par rapport au monde méditerranéen, souligne Olivier Buchsenschutz, directeur de recherches émérite au CNRS, co-auteur avec Katherine Gruel du livre Réinventer les Celtes, paru aux éditions Hermann. Entretien.

La représentation traditionnelle de la France antique en fait un territoire peuplé de Gaulois qui deviennent Gallo-Romains. Faut-il oublier ces catégories au profit d’un ensemble plus vaste, les Celtes ?

La Gaule est une invention de César, et c’est lui qui crée ce fameux Hexagone et la division traditionnelle de l’Europe jusqu’au milieu du 20e siècle. L’archéologie montre qu’il existait une unité européenne celtique. À l’Âge du fer, les Celtes s’étendent du nord des Alpes à la Bretagne et jusqu’à la Hongrie. Ce sont plutôt des ruraux, même s’ils créent des agglomérations et des villes à deux reprises. Ils combinent élevage, culture des céréales et des légumes. Ils pratiquent une agriculture lourde, avec un certain nombre de techniques plus avancées que celles des Romains. Ils ont inventé la charrue, une moissonneuse rudimentaire et la meule rotative. Ils sont aussi à l’origine de la faux, ce qui signifie qu’ils stockent du foin, et qu’ils peuvent garder leur bétail l’hiver. En France, la photographie aérienne et les fouilles de sauvetage ont révélé quantité de fermes, qui vont de 1 à 20 ha, comme celle de Batilly-en-Gâtinais, dans le Loiret, dont les bâtiments et les cours dépassent la taille d’un village actuel.

Les Celtes qui occupaient le territoire actuel de la France présentaient-ils des spécificités qui les démarquaient des autres populations celtiques d’Europe ?

De l’Ouest de la France à l’Europe centrale, l’archéologie de l’âge du Fer trouve les mêmes vestiges. L’évolution des fortifications, des habitats, des costumes, des rituels funéraires… est d’une grande cohérence dans toute l’Europe. On est capable de distinguer dans les nécropoles des étapes de 20-25 ans. Les divisions sont plus chronologiques que régionales. Les costumes, par exemple, évoluent à chaque génération. Partout, on distingue aussi les mêmes grandes phases, celle des sites princiers du premier âge du Fer (entre les 8e et 5e siècles av. J.-C.) puis, vers les 4e-3e siècles av. J.-C., l’abandon des villes au profit de grandes fermes, l’essor d’agglomérations peuplées d’artisans et de commerçants en marge des structures familiales, paysannes et aristocratiques et enfin, vers 120, une reprise en main par la noblesse locale de ces agglomérations qui sont déplacées sur des hauteurs et fortifiées, avec la création des oppidum.(oppida).

L’oppidum de Bibracte

Peut-on identifier un legs celte en France ?

C’est plutôt une alternative qu’un legs, qui est, lui, très modeste. Ce n’est pas un hasard si on a fait des Gaulois des sauvages. Même si on ne parle plus beaucoup le grec ou le latin, nous sommes formatés par la culture gréco-romaine, on ne jure que par l’écrit, la ville et la pierre.

Or, notre héritage comporte à la fois des éléments venus du Néolithique, de l’âge du Bronze, des Celtes, des Romains et des Germains, et il est difficile de faire la distinction entre ces différentes couches. On peut identifier certaines innovations que l’on doit aux Celtes, en particulier dans le domaine de l’architecture du bois, qui est assez savante. Il est inadmissible que l’on puisse encore parler « d’architecture périssable » pour des constructions qui pouvaient durer plusieurs centaines d’années. Cette science du bois connaît des résurgences durant le haut Moyen Âge, où l’on trouve des villages entiers de maisons bâties sur des poteaux plantés, avant que ne se développent les bâtiments à pans de bois. On la retrouve aussi dans certaines traditions vernaculaires, comme les « loges » de la vallée de la Loire, des annexes en bois servant au stockage qui étaient construites par les paysans jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Figurine celte de Tchéquie.

Les Celtes ont aussi inauguré l’occupation de certains sites qui correspondent aujourd’hui à de grandes villes françaises.

Autour des années 500 avant J.-C., des villes fortifiées sont créées sur des collines dominant un carrefour naturel, entourées de riches sépultures des nobles qui les ont développées et de plaines avec des quartiers artisanaux. Depuis 10 ans, on a découvert de tels espaces artisanaux sur plusieurs centaines d’hectares, notamment dans la périphérie de Lyon et de Bourges, même si les cités fortifiées, qui sont sans doute sous les villes modernes, restent inaccessibles. Il y aurait aussi des indices de leur présence à Dijon. À Bourges, 15 ha ont été fouillés à 3 km de la cathédrale. Des unités de production de petits objets métalliques comme des fibules ont été mises au jour, liées à des unités d’habitation. Au nord de Lyon, sur plusieurs dizaines d’hectares, on a retrouvé des traces de métallurgie du fer et du bronze (outils, parures), du travail de la corne et de l’os et du tissage, dans la plaine de Vaise. Les deux sites datent du 5siècle av. J.-C.. Ils ont été abandonnés vers 400 avant J.-C. puis réoccupés à partir du 3e siècle avant notre ère.

Art abstrait celte.

Au-delà de la culture matérielle, la mentalité celte a-t-elle laissé une empreinte ?

L’héritage des Celtes, c’est aussi une échelle de valeur et une conception de l’art différentes de celles de leurs voisins méditerranéens. Quand les Gaulois se sont retrouvés devant des statues qui représentaient des hommes et des femmes à Delphes, ils ont pleuré de rire. Ils ne comprenaient pas pourquoi on imitait servilement la réalité. Ils ont créé un art original, dissymétrique, curviligne. Du 7e au 5e siècle av. J.-C., leurs représentations sont encore influencées par les objets importés de la Grèce et des colonies grecques d’Italie du Sud, comme le cratère de Vix (ndlr : un cratère en bronze retrouvé dans une tombe princière en Côte d’Or, où sont figurés des hoplites et des gorgones). Mais, assez rapidement, ils modifient les objets en bronze de prestige qu’ils importent. À Lavau par exemple, ils ont habillé d’or une céramique à figures noires. Ils ajoutent aussi des monstres sur les cruches à vin grecques.

Des thèmes importés du monde méditerranéen, comme « l’arbre de vie », qui symbolise l’axe du monde, sont tantôt traités de façon réaliste, tantôt fondus dans des motifs beaucoup plus complexes. Dans l’art celtique, le fond compte autant que le premier plan. Les vides entre les personnages ou l’animal représentés sont aussi bien traités que les pleins. Ensuite, aux 3e et 2e siècles av. J.-C., on arrive à un stade où les Celtes font exploser les modèles grecs dans les monnaies. Des mercenaires gaulois se rendent en Italie, en Grèce, en Turquie. Ils ramènent en Gaule des drachmes en or qu’ils imitent, mais en les modifiant à leur façon. Ils décomposent les chevaux, les têtes, et, à la fin de cette époque, les monnaies deviennent carrément abstraites. Il n’y a plus de sujet, mais des traits dans tous les sens. On en a beaucoup retrouvé en Allemagne et en France, notamment en Bretagne. On n’a vraiment pu lire cet art celtique qu’au 20e siècle, lorsque Malraux et les surréalistes s’y sont intéressés. Les Celtes nous ont appris l’art abstrait, ils nous ont permis de le comprendre. Quoique certains diraient plutôt que c’est l’art abstrait qui nous a permis de comprendre celui des Celtes.

Le Vase de Vix.

MARDI, 29 SEPTEMBRE 2020DE MARIE-AMÉLIE CARPIO – National Géographic du 29 Septembre.

Economie·Recherche digitale·Société

Le numérique stimule l’innovation dans le secteur tertiaire.

Entre 2016 et 2018, 41 % des sociétés de 10 salariés ou plus ont innové dans les secteurs marchands non agricoles. Elles  ont plus  souvent innové en procédés  (33 %) qu’en produits (25 %).  Parmi les sociétés  innovantes  en produits, 68  % en ont introduit au mois un nouveau produit sur un de leurs marchés. 

Innover est plus fréquent dans l’information-communication (69 % de sociétés innovantes), l’industrie (56 %), les activités financières et d’assurance (49 %) et les activités spécialisées, scientifiques et techniques (48 %). La transformation numérique continue de stimuler les activités d’innovation, du système de production à l’expérience client. 

La propension à innover augmente avec la taille des sociétés et l’appartenance à un groupe. Les sociétés innovantes en produits ou en procédés consacrent 4 % de leur chiffre d’affaires à leurs activités d’innovation, dont les deux tiers en recherche et développement.

Quatre sociétés innovantes sur dix ont obtenu des financements pour leurs activités d’innovation ; les crédits d’impôt et les exonérations fiscales ou sociales sont les aides les plus souvent sollicitées. Six sociétés sur dix n’innovent pas, car elles ont d’autres priorités, elles n’ont pas assez de personnel qualifié ou les coûts de l’innovation sont trop élevés.

Sandrine Firquet (division Enquêtes thématiques et études transversales, Insee) 

Dans les secteurs marchands non agricoles, 41 % des sociétés de 10 salariés ou plus implantées en France ont innové entre 2016 et 2018 (figure 1). L’innovation est entendue ici au sens large ; elle comprend les innovations de produits (biens et services) ou l’amélioration significative des procédés de production, y compris des modes d’organisation et des méthodes de marketing, ainsi que le développement d’activités de recherche et développement (R&D) (encadré 1). Les sociétés innovent plus fréquemment en procédés (33 %) qu’en produits (25 %, figure 2). Ces deux types d’innovation se cumulent souvent, notamment lorsqu’une société innove en produits. En effet, une innovation de produits peut entraîner une innovation de procédés, qu’il s’agisse d’une nouvelle méthode de production, de la formation du personnel à ce nouveau produit ou à ce nouveau procédé ou de changement dans le marketing (promotion, distribution, nouveau marché). Ainsi, 80 % des sociétés innovantes en produits réalisent au moins une innovation de procédés sur la période 2016-2018.

Innovation par secteur et taille

* Y compris holdings financières. Lecture : entre 2016 et 2018, 41 % des sociétés sont innovantes au sens large. Champ : sociétés actives de 10 salariés ou plus, implantées en France, divisions 05 à 81 de la NAF rév. 2 sauf 75. Source : Insee, enquête Capacité à innover et stratégie (CIS) 2018. 

La propension à innover s’accroît avec la taille de la société : 74 % des sociétés de 250 salariés ou plus ont innové entre 2016 et 2018, contre 55 % des sociétés de 50 à 249 salariés et 36 % des sociétés de 10 à 49 salariés. 

Innovation Produits ou procédés.

Sept sociétés sur dix de l’information- communication sont innovantes .

Le secteur de l’information-communication est le plus actif en matière d’innovation : 69 % des sociétés de ce secteur ont innové entre 2016 et 2018. Il est suivi par l’indus- trie avec 56 % de sociétés innovantes, devant les activités financières et d’assurance (49 %) et les activités spécialisées, scientifiques et techniques (48 %). À l’inverse, la construction (26 %), les transports et entreposage (30 %) et l’hébergement-restauration (31 %) sont les secteurs parmi lesquels la proportion de sociétés innovantes est la plus faible. La transformation numérique continue d’avoir un impact sur les activités des sociétés, du système de production à l’expérience client. La volonté d’avoir un système informatique performant, d’offrir de nouveaux services connectés et de saisir les nombreuses opportunités qu’offre le recours au big data stimule l’innovation dans de nombreux secteurs. Dans l’information-communication et les activités financières et d’assurance, la dématérialisation, le développement de nouveaux logiciels, l’analyse de données, l’intelligence artificielle et la cybersécurité sont au cœur des innovations. Dans l’industrie, il s’agit toujours de développer de nouveaux produits, d’utiliser de nouveaux matériaux et d’améliorer les processus de production et de fabrication. 

Les deux tiers des sociétés innovantes en produits introduisent au moins un nouveau produit sur un de leurs marchés. 

Parmi les sociétés innovantes en produits entre 2016 et 2018, 68 % ont introduit au moins un produit nouveau sur un de leurs marchés (figure 3), soit 41 % des sociétés innovantes. Ce taux est plus élevé dans les sociétés de l’information-communication (79 %), de l’industrie et des activités spécialisées, scientifiques et techniques (73 %). Il s’accroît avec la taille des sociétés, pour atteindre 74 % pour les sociétés de 250 salariés ou plus. Ces produits nouveaux pour le marché représentent en moyenne 12 % du chiffre d’affaires des sociétés concernées. 

La part des sociétés innovantes est plus élevée parmi celles appartenant à un groupe 

La proportion de sociétés innovantes est plus élevée pour celles appartenant à un groupe que pour les sociétés indépendantes : 50 % contre 35 %. Toutes choses égales par ailleurs, une société appartenant à un groupe a plus de chances d’innover qu’une société indépendante sur la période 2016-2018 (figure 4). C’est également le cas pour les innovations en produits : la part des sociétés innovantes en produits est plus élevée pour les sociétés appartenant à un groupe (32 %) que pour les sociétés indépendantes (20 %). En revanche, parmi ces sociétés innovantes en produits, celles qui appartiennent à un groupe ne sont pas plus nombreuses à introduire de nouveaux produits sur au moins un de leurs marchés. Par ailleurs, la part des sociétés innovantes est plus importante parmi les sociétés ayant réalisé une partie de leur chiffre d’affaires à l’étranger en 2018 : 60 % d’entre elles innovent, contre 33 % des sociétés dont le marché est national, un résultat confirmé toutes choses égales par ailleurs. La part de sociétés réalisant une partie de leur chiffre d’affaires à l’étranger est plus élevée parmi celles appartenant à un groupe (37 % contre 21 % pour les indépendantes).

Encadré 1 : Des comparaisons difficiles avec les enquêtes précédentes 

Plusieurs changements méthodologiques dans l’enquête CIS rendent difficile la comparaison entre 2014-2016 et 2016-2018. D’une part, à la suite de la quatrième édition du manuel d’Oslo (2018), les innovations en organisation et en marketing sont désormais considérées comme des innovations de procédés. Seuls deux types d’innovations sont donc définis (produits ou procédés, y compris organisation et marketing) contre quatre auparavant (produits, procédés, organisation, marketing). Le questionnaire a été revu et les questions sur les innovations en organisation et en marketing sont désormais incluses dans la question sur les innovations en procédés. D’autre part, les activités de R&D sont prises en compte dans la définition des sociétés innovantes. Elles ne l’étaient pas précédemment. La prise en compte de la R&D conduit à une hausse de 1 point du taux d’innovation sur la période 2016-2018. 

Analyser l’innovation sans ces activités de R&D permet de rendre le champ le plus comparable possible entre les périodes 2014-2016 et 2016-2018. 

Dans les secteurs marchands non agricoles, hors activités de R&D, 40 % des sociétés de 10 salariés ou plus ont innové entre 2016 et 2018, contre 51 % des sociétés sur la période 2014- 2016. La part des sociétés innovantes en produits augmente entre les deux périodes (+ 5 points), alors que celle des sociétés innovantes en procédés recule. Les changements méthodologiques ne permettent cependant pas de conclure sur la cause réelle de cette baisse (effet de questionnaire ou baisse réelle d’innovations de procédés, notamment en organisation et marketing). 

Tous les secteurs sont concernés par ce recul de la part des sociétés innovantes hors activités de R&D, qui atteint – 15 points dans l’hébergement-restauration et – 14 points dans la construction, les transports et l’entreposage, ainsi que les activités de services administratifs et de soutien. La baisse de la part des sociétés innovantes est moins marquée dans les activités financières et d’assurance (– 4 points), l’industrie (– 5 points) et l’information-communication (– 6 points). 

Les dépenses pour innover représentent en moyenne 4 % du chiffre d’affaires 

Les dépenses pour les activités d’innovation comprennent les dépenses en R&D et celles relatives à une innovation ou une activité d’innovation telles que les acquisitions de machines, d’équipements ou de droits de  propriété intellectuelle, les achats de  matériels ou les dépenses de personnel. En 2018, elles atteignent 4 % du chiffre d’affaires des sociétés innovantes. Deux tiers de ces dépenses sont consacrés aux dépenses de R&D. 

 L’information-communication est le secteur qui investit le plus dans les activités d’innovation par rapport à son chiffre d’affaires : 12 % (dont 74 % pour la R&D) ; viennent  ensuite les activités spécialisées, scientifiques et techniques (7 % du chiffre d’affaires, dont 79 % pour la R&D). 

Quatre sociétés innovantes sur dix ont obtenu des financements pour innover 

Parmi les sociétés innovantes, 44 % ont reçu des financements pour les activités d’innovation. Les crédits d’impôt (crédit d’impôt recherche, crédit d’impôt innovation) et autres exonérations fiscales et sociales dédiés à l’innovation (jeune entreprise innovante, jeune entreprise universitaire, etc.) ou à la R&D (hors CICE) sont les modes de financement les plus utilisés : 26 % des sociétés innovantes en ont bénéficié. 

Viennent ensuite le recours aux capitaux propres ou aux emprunts (23 %) et les subventions ou prêts subventionnés (15 %). Ces sources de financement peuvent se cumuler. Les subventions pour les activités d’innovation proviennent plus souvent des orga- nismes nationaux (10 % des sociétés innovantes en bénéficient) ou des collectivités locales ou régionales (8 %) que de l’Union européenne (3 %). Les sociétés innovantes ont plus souvent obtenu des financements dans l’information- communication, l’industrie et les activités spécialisées, scientifiques et techniques (respectivement 65 %, 57 % et 50 %). L’utilisation de crédits d’impôt ou d’exonérations fiscales et sociales est la source de financement la plus répandue dans ces trois secteurs, ainsi que pour les activités financières et d’assurance. Dans les autres secteurs, moins de quatre sociétés innovantes sur dix ont obtenu un financement pour leurs activités d’innovation et elles sont alors plus souvent financées par des capitaux propres ou des emprunts. Les grandes sociétés ont plus souvent été financées pour leurs activités d’innovation que les petites sociétés : c’est le cas de 61 % des sociétés de 250 salariés ou plus, contre 40 % de celles de 10 à 49 salariés.

Une coopération le plus souvent verticale, rarement avec un concurrent 

Parmi les sociétés innovantes, 24 % ont coopéré pour innover sur la période 2016- 2018. La coopération s’engage le plus souvent avec les fournisseurs (14 %), avec des consultants ou des laboratoires (12 %) ou avec une entreprise appartenant au même groupe (10 %), soit une coopération essentiellement verticale. Seules 3 % des sociétés innovantes ont coopéré avec un concurrent. 

Le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques est celui qui coopère le plus pour innover : 37 % des sociétés sont engagées dans au moins une coopération. Elles sont 31 % dans l’information-communication.Si quasiment toutes les sociétés innovantes engagées dans une coopération ont au moins un partenariat au niveau local ou national (97 %), 32 % en ont au moins un au niveau européen ou avec un des pays membres de l’Association européenne de libre-échange (AELE), et 18 % au niveau mondial. 

Pour une société innovante sur deux, la législation influe sur les activités d’innovation. 

La législation influence les activités d’innovation : ainsi, 47 % des sociétés innovantes ont eu leurs activités d’innovation affectées par au moins une réglementation. Plus précisément, la législation a initié ou facilité les activités d’innovation de 24 % des sociétés innovantes et, au contraire, a empêché ou freiné ces activités pour 32 % d’entre elles. Les réglementations environnementales sont celles ayant eu le plus souvent un impact positif sur les activités d’innovation, tandis que la législation sur la sécurité des produits ou la protection des consommateurs s’est plus souvent avérée être un frein à l’innovation. Cette influence est surtout marquée pour les grandes sociétés, notamment lorsqu’elle s’avère être positive : 43 % des sociétés innovantes de 250 salariés ou plus déclarent que leurs activités d’innovation ont été initiées ou facilitées par au moins une réglementation, contre 21 % des sociétés innovantes de 10 à 49 salariés. Les activités d’innovation sont les plus dépendantes de la législation dans l’immobilier, les activités financières et d’assurance, l’industrie et les activités de services administratifs et de soutien, contrairement au secteur du commerce. ∎ 

Sources 

Les résultats proviennent de l’enquête Capacité à innover et stratégie (Community Innovation Survey, CIS 2018) réalisée entre mai et décembre 2019, par tous les pays membres de l’Union européenne. Elle porte sur la période 2016-2018 et couvre le champ des sociétés actives de 10 salariés ou plus implantées en France. Les unités interrogées sont les unités légales, ce qui correspond à la définition « juridique » de l’entreprise et non à la définition « économique » de la loi de modernisation de l’économie (LME). C’est pourquoi ces résultats sont présentés en utilisant l’appellation « société » plutôt que celle d’« entreprise. 

Le questionnaire de l’enquête CIS 2018 a été revu à la suite de la quatrième édition du manuel d’Oslo (2018) et a été envoyé, en France, à environ 20 000 sociétés. Les éditions précédentes se focalisaient principalement sur les sociétés innovantes alors que les questions sont désormais posées à toutes les sociétés (innovantes et non innovantes) et la définition de l’innovation a été modifiée. Les secteurs interrogés correspondent à l’indus- trie (sections B à E de la nomenclature NAF rév. 2), à la construction, au commerce de gros et de détail, aux transports et à l’entreposage, à l’hébergement-restauration, à l’information-communication, aux activités financières et d’assurance, aux activités immobilières, aux activités spécialisées, scientifiques et techniques (divisions 69 à 74) ainsi qu’aux activités de services administratifs et de soutien (divisions 77 à 81). 

Définitions

Une société est innovante au sens large lorsqu’elle introduit une innovation dans au moins une des deux catégories d’innovation possibles (produits ou procédés) ou lorsqu’elle s’engage dans des activités d’innovation en produits ou en procédés, ou dans des activités de R&D. Les activités d’innovation n’aboutissent pas nécessairement à une innovation. Elles incluent l’acquisition de machines, d’équipements, de bâtiments, de logiciels et de licences, les travaux d’ingénierie et de développement, le design industriel, la formation et le marketing s’ils sont entrepris spécifiquement pour développer ou mettre en œuvre une innovation de produit ou de procédé. Elles incluent également tous types d’activités de recherche et développement. Le crédit d’impôt recherche (CIR) est une réduction d’impôt calculée sur les dépenses engagées par les entreprises en recherche et développement. Peuvent bénéficier du CIR les Une société est innovante au sens large lorsqu’elle introduit une innovation dans au moins une des deux catégories d’innovation possibles (produits ou procédés) ou lorsqu’elle s’engage dans des activités d’innovation en produits ou en procédés, ou dans des activités de R&D. Les activités d’innovation n’aboutissent pas nécessairement à une innovation. Elles incluent l’acquisition de machines, d’équipements, de bâtiments, de logiciels et de licences, les travaux d’ingénierie et de développement, le design industriel, la formation et le marketing s’ils sont entrepris spécifiquement pour développer ou mettre en œuvre une innovation de produit ou de procédé. Elles incluent également tous types d’activités de recherche et développement. Le crédit d’impôt recherche (CIR) est une réduction d’impôt calculée sur les dépenses engagées par les entreprises en recherche et développement. Peuvent bénéficier du CIR les entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu et qui exercent une activité industrielle, commerciale ou agricole. 

Pour en savoir plus 

• « Enquête capacité à innover et stratégie 2018 », Insee Résultats, août 2020. 

• Bunel S., Hadjibeyli B., « Évaluation du crédit d’impôt innovation : dynamique des bénéficiaires depuis son introduction », in Les entreprises en France, coll. « Insee Références », décembre 2019. 

• Duc C., Ralle P., « Une certaine convergence de l’innovation dans les entreprises en Europe », in Les entreprises en France, coll. « Insee Références », décembre 2019. 

• Pradines N., « Cloud computing et big data : la dématérialisation au service des sociétés européennes », in L’économie et la société à l’ère du numérique, coll. « Insee Références », novembre 2019. 

• Duc C., « La moitié des sociétés procèdent à des innovations », Insee Première n° 1709, septembre 2018. 

Encadré 2 : Les sociétés non-innovantes : d’autres priorités comme motif principal de ne pas innover 

Entre 2016 et 2018, dans les secteurs marchands non agricoles, 59 % des sociétés de 10 salariés ou plus n’ont mené aucune activité d’innovation ou de R&D. Ces sociétés non innovantes ont moins souvent eu de demandes spécifiques d’utilisateurs (co-création, personnalisation, y compris personnalisation de masse) : 42 % d’entre elles ont dû fabriquer ou fournir des biens et services pour répondre à de telles demandes, contre 81 % des sociétés innovantes. Par ailleurs, elles ont moins souvent acheté de droits de propriété intellectuelle (1 % contre 6 %), de services techniques (14 % contre 46 %), de machines ou de logiciels (35 % contre 71 %) que les sociétés ayant mené des activités d’innovation ou de R&D. Elles ont également plus rarement coopéré que ces dernières : 3 % d’entre elles ont coopéré pour des activités hors activités d’innovation, contre 16 % des sociétés innovantes. 

Le moindre recours à de nouveaux financements, à l’achat de services techniques ou d’équipements et à la coopération semblent ainsi illustrer l’absence d’activités d’innovation pour ces sociétés, qui ont eu d’autres priorités comme motif principal de ne pas innover. Les réglementations ne sont pas considérées comme un obstacle aux activités d’innovation pour 87 % d’entre elles. C’est le cas pour 19 % d’entre elles et 17 % ont été freinées par le manque de personnel qualifié. Ces deux obstacles sont surtout présents pour l’industrie, les transports et la construction. Les coûts trop élevés de l’innovation ont par ailleurs empêché l’innovation pour 16 % des socié- tés non innovantes, particulièrement dans l’industrie, les transports, la construction et l’immobilier (19 %). Viennent ensuite le manque de moyens financiers internes pour innover et la présence de trop de concurrence sur le marché (14 %), ainsi que le manque de crédits, de fonds propres, de capacité de financement et de subventions publiques ou d’aides gouvernementales (12 %). 

Direction Générale : 88 avenue Verdier 92541 Montrouge Cedex Directeur de la publication : Jean-Luc Tavernier