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En français, WhatsApp se dit Olvid.

Par Thomas Baignères, cofondateur de la messagerie française Olvid, la plus sécurisée au monde. Il nous explique son fonctionnement et sa nécessité dans un monde numérique où nos vies privées et nos données sont menacées.

Volet N° 4 de notre série sur les Gafam – Propos recueillis par Antoine Colonna.

Olvid version tablette, bientôt Desktop ?

Comment vous est venue l’idée de créer Olvid ?

En 2014, alors que nous étions tous les deux étudiants en cryptographie, Mathieu Finiasz et moi-même avions étudié les messageries instantanées sous l’angle de la sécurité. Certaines (comme Signal) se démarquaient avec un chiffrement de bout en bout. Les messages envoyés sont chiffrés avant de quitter votre appareil, pour n’être déchiffrés que chez le destinataire. Entre les deux, les messages sont protégés, y compris du fournisseur de service.

Si l’histoire s’arrêtait là, Olvid n’aurait pas de raison d’être. Nous nous sommes intéressés à ce fameux chiffrement. Nous avons constaté que lors d’unque toutes les messageries qui le proposent imposent un annuaire centralisé qui, dans le cas de WhatsApp par exemple, regroupe les numéros de téléphone des 2,5 milliards d’utilisateurs. La messagerie s’appuie ensuite sur cet annuaire pour distribuer les identités cryptographiques (les clés publiques) des utilisateurs.

Le système fonctionne sous réserve que cet annuaire soit intègre, or un système qui centralise les communications de 2,5 Milliards d’utilisateurs ne peut pas l’être… Nous avons donc voulu savoir s’il était possible de créer une messagerie permettant à ses utilisateurs de discuter avec la même sécurité que lors d’une discussion physique à huis clos. Sans reposer sur le moindre tiers de confiance, sans qu’il suffise de pirater ou contrôler un serveur quelque part pour prendre connaissance des conversations, sans avoir à partager la moindre donnée personnelle comme son numéro de téléphone… Pour des cryptologues, cela ne doit pas être bien compliqué ? Eh bien si ! Il nous aura fallu près de six ans pour lancer la première version d’Olvid, la première messagerie qui chiffre tout, sans donnée personnelle, sans annuaire.

Une telle sécurité n’est-elle pas une aubaine pour les activités illégales ?

Ces activités illégales sont exercées par des groupes puissants. Ils connaissent les risques et s’en protègent. Notre question est : comment les gens bienveillants font-ils pour se protéger? On a parfois cité la messagerie Telegram comme outil de communication privilégié de certains milieux terroristes. pourtant Telegram ne propose justement pas de chiffrement de bout en bout dès l’instant où vous entamez une discussion de groupe (à partir de trois personnes). Elle n’apporte pas plus de sécurité que l’e-mail !

Comment êtes-vous vus par les autorités françaises ?

Quand vous développez un produit mettant en oeuvre beaucoup de mécanismes cryptographiques, votre interlocuteur est l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (l’Anssi). Nous les avons rencontrés très tôt pour leur expliquer ce que nous faisions. Olvid est aujourd’hui la première messagerie instantanée certifiée par l’Anssi. Nous comptons aujourd’hui de nombreux utilisateurs dans les différents ministères.

Récemment WhatsApp a perdu des millions d’utilisateurs à cause du changement des règles utilisateurs, expliquant partager ses données avec son propriétaire Facebook. Est-ce une aubaine contre le Goliath américain ?

Cette décision a entraîné une réelle réflexion pour un nombre considérable d’utilisateurs, fatigués d’être traités comme de vulgaires produits. Un grand nombre d’entre eux ont ainsi découvert Olvid (nous avons connu une croissance du nombre de téléchargements supérieure à 5000 % en deux semaines). Et c’est bien normal puisque notre proposition est aux antipodes de celle de WhatsAPP : Facebook génère son revenu en exploitant les données personnelles de ses utilisateurs. Nous faisons exactement l’inverse : nous protégeons ces données de la manière la plus forte qui soit. Notre entreprise génère du revenu grâce à des options supplémentaires, payantes. A la différence des autres, nous affichons le prix. C’est simple, clair et honnête.

La donnée, ou data, est décrite comme l’or noir du XXIe siècle. Êtes-vous en train de percer un trou dans l’oléoduc géant des Gafam, en créant un écosystème technologique alternatif et indépendant ?

Je n’aime pas cet acronyme. (Les Gafam). Il laisse supposer que le business model de toutes ces entreprises est identique. En pratique, ce n’est pas le cas. On ne peut pas comparer les efforts faits par Apple en matière de vie privée et l’exploitation crapuleuse de ces données par un Facebook.

Thomas Baignères.

Nous pensons néanmoins qu’il est important de se doter d’outils réellement respectueux des utilisateurs, tant au niveau des individus que des entreprises. Si ‘est cela qu’on entend par écosystème indépendant, alors, oui, il faudra compter avec nous.

A-t-on l’espoir de voir d’autres entreprises françaises rejoindre cet écosystème ?

Certainement ! Les ingénieurs européens et français en particulier, sont mondialement reconnus. Nous avons le savoir-faire, le talent et la volonté. Mais pour être compétitif, il serai impensable de se passer de nos partenaires européens.

Une partie de vos applications est gratuite, une autre payante est destinée aux entreprises. Quels sont les grands axes de votre développement pour les mois à venir ?

En parallèle de fonctionnalités plutôt grand public (Gif animés, réactions aux messages, etc.) nous allons continuer à développer les fonctionnalités à destination des entreprises. En ce moment, nous travaillons au développement d’un fédérateur d’identités qui permettra de déployer Olvid très simplement au sein d’une entreprise, laquelle restera ainsi maître de ses annuaires et des identités numériques de ses utilisateurs. Il faut savoir que dans une grande entreprise, les fuites de données ne sont pas l’exclusivité du Comité de Direction. Au contraire les fuites interviennent à tous les niveaux. Pour que notre promesse soit respectée, nous devons faire notre possible pour qu’il soit facile de déployer Olvid auprès du plus grand nombre, et c’est e que permettra notre fédérateur d’identités.

Une messagerie sécurisée.

Mais ce n’est pas le seul sujet sur lequel nous travaillons ! Nous développons aussi des versions desktop d’Olvid, un système de visioconférence chiffré de bout en bout… Les idées ne manquent pas !

Le Spectacle du Monde – Trimestriel N°4 – Printemps 2021.

Economie·Nos synthèses par domaines.·Société·Technétronique

Israël : le 6e Gafam.

Face à la Silicon Valley, Israël construit sa puissance. Alors que la plupart des États subissent les Gafam, l’État hébreu a développé une stratégie originale lui permettant de peser à l’intérieur même de cet écosystème. Un modèle détaillé dans « Israël, le 6e Gafam ? », dont voici des extraits.

Volet N°3 de notre série : une affaire de stratégie ?

Tel-Aviv

La réussite d’Israël et de ses start-up tient à plusieurs facteurs. Pour le célèbre entrepreneur Yossi Vardi, celle-ci s’explique notamment, par le fait que « Notre gouvernement finance l’innovation, nous avons d’excellents universités axées sur les domaines scientifiques, avec des synergies entre le monde académique et industriel. Et Tsahal, l’armée israélienne, obligatoire pour les garçons et les filles de 18 ans, catalyse aussi la recherche et le développement et façonne la mentalité des jeunes ».

Après la période sioniste où il fallait capter l’eau pour s’établir, c’est désormais l’énergie du « brain power »et le savoir-faire des entreprises de la tech qui nourrissent Israël. Mieux que de chercher une paix toujours incertaine avec ses voisins, le pays veut devenir « la terre des solutions » selon Chemi Peres, le fils de Shimon Peres, fondateur du fonds Pitango.

Un pragmatisme déterminant.

« L’État israélien a créé des lieux d’innovation ainsi que des programmes d’accompagnement liés en n’oubliant pas de financer les meilleurs projets. Ainsi, 21 incubateurs d’entreprises sont financés par l’État et sont, le plus souvent, confiés à des acteurs privés de l’innovation par filières. Cela a clairement permis la montée en puissance des start-up israéliennes.

Israël consacre plus de 4 % de son PIB à la R&D, un seul pays au monde fait mieux, la Corée du Sud. /…/ L’État hébreu est l’investisseur quasi exclusif des soutiens publics à l’innovation civile. Il investit près de 400 millions de dollars chaque année afin de soutenir la R&D. De plus, il met en place des politiques d’incitation fiscale aux entreprises qui réalisent de la R&D en Israël.

Yossi Vardi

La mentalité renforce encore l’efficacité des structures, ainsi, la prise de risque est valorisée : l’échec est une étape obligatoire de la construction individuelle et collective. Ainsi un entrepreneur qui n’a pas échoué deux ou trois fois aura beaucoup moins de crédit auprès d’un fonds d’investissement. Cela passe, aussi, par la culture de « l’exit » qui ne signifie pas échec, mais réussite de l’entrepreneur.

Le secteur des nouvelles technologies israélien est un petit cercle où tout le monde se connaît. Le phénomène de réseau et d’entraide joue, donc, un rôle primordial dans le développement des start-up. Des entrepreneurs qui se sont rencontrés lors de leurs études ou au sein de l’unité 8200 s’associent pour créer leur start-up puis lèvent des fonds auprès d’entrepreneurs plus âgés (Ex : Mobileye Round 1).

Unité 8200

« En Israël, vous pouvez marcher dans la rue et voir le PDG d’une grande entreprise et vous l’approcher et lui dire « Salut, j’ai une entreprise, pouvons-nous nous asseoir ensemble et parler ? » Et souvent, ils répondent : « Parlons », parce que si vous ne connaissez pas cette personne, votre mère connaît sa mère, c’est comme ça, tout le monde connaît tout le monde. Si vous deviez le faire dans des pays comme la Chine ou l’Inde, où les hiérarchies sont très claires, ce serait une très grosse erreur, mais en Israël il n’y a pas de frontières« , témoigne Eynat Guez, fondatrice de Papaya.

A cela s’ajoute la qualité du capital humain puisque Israël investit énormément dans ses formations universitaires d’excellence. Ces derniers ont intégré une forme de pensée tournée vers le consommateur. Il y a de nombreuses passerelles vers le monde de l’entreprise. Par exemple, au Sud du pays, à l’entrée du désert du Néguev, dans la ville de Beer-Sheva, se trouve la capitale du cyberespace, le Cybershark. Cette dernière repose sur un joint-venture public-privé entre les entreprises de la cybersécurité.

Les universités participent, activement, aux activités de R&D. Ainsi, la plupart des demandes de brevets sont déposées par des entreprises associées à des universités, environ 72 % en 2016 et 73 % en 2015, avec par exemple l’Université hébraïque, l’Institut Weizmann, la Technion, l’Université de Tel-Aviv ou l’Université Ben-Gourion.

Une pensée stratégique.

La force de l’État d’Israël réside dans le maillage national qui est fait par l’installation des start-up et des divers centres de R&D, d’investissement et des incubateurs.

Israël a compris depuis longtemps, et ce bien avant la création de l’État, qu’au regard de ses difficultés géostratégiques, il lui fallait, pour être puissant, se développer dans des secteurs-clés. C’est cette stratégie qui a été mise en place dès le départ et a permis à l’État hébreu d’adopter une stratégie de puissance et d’influence du faible au fort productive. Ainsi, en se rendant indispensable dans les secteurs clés de l’innovation et de la cybersécurité, la sphère médicale , le secteur des IoT et de la défense, Israël a su créer un lien de dépendance avec les États les plus puissants du monde;

Ce noyautage subtil des grandes puissances de l’histoire contemporaine s’est réalisé grâce à la mainmise sur des secteurs clés et niches indispensables au développement des nouvelles technologies d’aujourd’hui et surtout de demain. En outre, bien que les exits et l’émigration des élites aient des conséquences dommageables pour le développement local en Israël, cela permet d’infiltrer directement les États forts ciblés et de noyauter leur R&D, leurs entreprises ainsi que leurs stratégies. /…/

Israël a su, dès la mutation de son économie et avec une certaine vision prospective, investir dans les Nouvelles Technologies appelées aujourd’hui NBIC pour développer son économie, se protéger au travers d’une approche de type soft power tout en capitalisant sur la diaspora juive et ainsi asseoir sa puissance.

Beer-Sheva, porte du Neguev.

Israël a su transcender ses frontières pour asseoir avec force ses start-up ainsi que leurs produits de type NBIC, l’un des objectifs étant de faire rayonner cette nouvelle économie et d’en devenir l’un des principaux acteurs au niveau mondial.

De plus, le passage d’un système originel de type ‘socialiste’ vers une approche libérale de son économie a permis d’accélérer le développement des solutions NBIC au bénéfice in fine d’un marché mondialisé.

Aujourd’hui, malgré l’interdiction croissante des VC funds dans l’économie israélienne des start-up, force est de constater que ces dernières ont noué un lien certain avec les Gafam notamment au travers des nouveaux services proposés par ces derniers, qu’Israël a toujours la main sur les centres R&D des start-up cédées dont les principaux décisionnaires sont issus des unités d’élite de Tsahal.

Force est de constater que cet État a réussi [à faire émerger] sur son territoire un nombre certain d’acteurs majeurs des NBIC dont notamment les Gafam, ces organisations étant intéressées par la capacité à innover vite avec une certaine agilité sur des sujets d’avenir clés. /…/

L’État d’Israël n’est-il donc pas devenu au travers de son développement, à son insu, le 6e Gafam ? Ou s’agit-il d’une stratégie de puissance en permanence remise en cause au bénéfice de l’hégémonie de cet État non pas locale, mais mondiale, en infiltrant avec un certain savoir-faire les réseaux du cyberespace ; terrain de jeu des opérateurs de cette nouvelle économie volatile et instable à ce jour ?

Enjeux et perspectives.

Les opportunités créées par ce que l’on peut appeler désormais le cyberespace permettent déjà à Israël, le 6e Gafam, de maîtriser de nombreuses solution notamment en termes de cybersécurité, smart home et outils d’aide au quotidien (par exemple Waze…) bien que n’étant plus en possession capitalistique des organisations propriétaires comme évoqué précédemment.

Il semblerait aujourd’hui que les recherches menées jusqu’alors s’agissant des NBIC esquissent une liaison entre les sciences et les technologies de l’infiniment petit, la fabrication et la transformation du vivant, les machines et systèmes apprenants et l’exploration du cerveau animal et humain.

La convergence NBIC ne permettrait-elle pas de repousser les limites que l’on croyait figées et d’être enfin une solution nouvelle et efficace pour prévenir et combattre efficacement les maladies chroniques et le vieillissement ?

Il y a donc fort à parier que des start-up israéliennes orientées NBIC travaillent déjà à l’émergence de solutions en ce sens tant ces axes risquent de devenir stratégiques sur le plan humain notamment au cours des prochaines décennies.

La maîtrise de ces nouvelles solutions est ainsi nécessaire pour permettre à Israël de continuer à développer son écosystème start-up tant local que mondial, mais aussi préserver son avance technologique et donc ainsi sa puissance au travers toujours d’une stratégie de type soft power.

« Israël, le 6e Gafam ? Une stratégie de puissance technologique » d’Éloïse Brasi, Éric Laurençon et Patrick Nouma Anaba.

Les auteurs.

VA Press.

Actualités & News·Economie·L'éditorial·Société

Éditorial : sidérant.

Je lisais aux aurores que finalement, Néandertal, cette espèce « brouillon » de l’humanité avait vraiment MIEUX réussi que Cro-Magnon, le modèle achevé d’homo-sapiens; « le Cro-Magnon est si indécrottablement abruti qu’il a ravagé son environnement virtuel, détruit ses forêts et pollué ses océans, s’est reproduit jusqu’à l’absurde, a brûlé toute l’énergie fossile, et la quasi-totalité de l’espèce va mourir de chaud et de stupidité, dans à peine cinquante ans simulés » (Hervé Le Tellier – L’Anomalie). Gallimard.

Que faut-il vraiment en penser ?

Voici un autre extrait de l’accélération de notre histoire, tiré de notre Newsletter financière : TTSO – Meilleur placement.com

LA BATAILLE DE L’ÉPARGNE

Selon la banque de France, la manne d’épargne supplémentaire accumulée par les Français pourrait atteindre 130 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année, soit plus que le plan de relance du gouvernement (100 milliards). Et selon le gouvernement : « La mobilisation de l’épargne des Français est la clé de la reprise ».

LE SONDAGE DONT TOUT LE MONDE PARLE

Notre étude réalisée avec OpinionWay est reprise par tous les journaux.
78% des Français interrogés disent avoir davantage économisé l’an dernier, du fait de la baisse de leurs dépenses (sortie, voyage, etc.) alors qu’ils ont continué à toucher leur salaire.
En moyenne, les Français ont épargné 276 euros par mois en 2020, un record.
Il y a bien sûr des Français très affectés par la crise, des hôteliers restaurateurs aux intermittents du spectacle en passant par les salariés qui ont perdu leur emploi.
Et il y a de fortes disparités : 20 % des ménages les plus aisés ont accumulé 70 % de cette épargne.

COMMENT PROFITER DE CE BUTIN ?

Selon les Échos, le surplus d’épargne des Français est au cœur d’une bataille politique.
Plusieurs élus évoquent la question d’une hausse de la fiscalité.
Dans le but d’aiguiller cette épargne vers des placements plus utiles à l’économie réelle. Mais aussi, tout simplement, pour remplir les caisses de l’État.
On rappelle cependant que la majorité de cette épargne est placée dans des livrets… défiscalisés.
Pour l’instant, le gouvernement a balayé toute hausse de la fiscalité pour répondre à la crise. Il cherche d’autres moyens d’orienter cette épargne vers la dépense et les investissements, et notamment… des incitations fiscales. La carotte plutôt que le bâton.

POUR L’INSTANT……l’État n’a pas besoin d’argent.
Parce que les taux sont négatifs : l’État est payé pour emprunter…
Et parce qu’il n’y a pas d’inflation : la BCE peut faire tourner la planche à billets.
Difficile donc d’imaginer le gouvernement prendre des mesures impopulaires comme une hausse d’impôt.
Mais attention, en cas de retour d’inflation, et de hausse des taux, l’État pourrait être sous pression du fait du déficit et de la dette. Il aura donc deux choix : arrêter de faire des cadeaux et faire des réformes structurelles. Ou augmenter les impôts, sur les classes aisées. On vous laisse imaginer ce qu’il choisira.

Que conclure de tout cela ?
L’Ours.
Tout le monde voit bien que le navire a pris – et continue à prendre – l’eau , et chacun espère un sauveur (JFK – Mahatma Gandhi – Nelson Mandela) pour monter à la passerelle et donner le cap. C’est oublier que lorsqu’un début d’unanimité apparaît, la logique du « chacun pour soi » émerge à nouveau. Deux exemples : le vaccin du Covid, bien mondial ? Ben voyons… L’océan arctique, sanctuaire de l’humanité, à l’image de l’Antarctique ? Vous rêvez : il y a du pétrole et d’autres ressources rares sous la banquise, et une voie maritime commerciale pour transporter les céréales de la Sibérie, « enfin réchauffée ».
Difficile d’y voir clair, n’est-ce-pas ?
Economie·Pour un meilleur emploi·Société

Création d’entreprises : un nouveau record de créations malgré la crise sanitaire.

En 2020, le nombre total de créations d’entreprises en France atteint un nouveau record avec 848 200 créations, soit 4 % de plus qu’en 2019, et ce malgré la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. Cette hausse est de nouveau portée par les immatriculations d’entreprises individuelles sous le régime du micro-entrepreneur (+ 9 %), tandis que les créations d’entreprises individuelles classiques diminuent (− 13 %). Les créations de sociétés sont stables.

Les secteurs contribuant le plus à la hausse sont les activités de transports et d’entreposage (+ 22 %), le commerce (+ 9 %) et les activités immobilières (+ 10 %). À l’opposé, le nombre de créations diminue dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques (− 3 %), l’enseignement (− 8 %) et les autres services aux ménages (− 1 %).

Les créations s’accroissent dans la plupart des régions, excepté en Corse et en Martinique.

Hors micro-entrepreneurs, seules 7 % des entreprises ont des salariés au moment de leur création ; elles emploient alors 3 salariés en moyenne. Les créateurs d’entreprises individuelles en 2020 ont en moyenne 36 ans. Parmi eux, quatre sur dix sont des femmes.

Un nouveau record : 848200

En 2020, dans l’ensemble de l’économie  marchande hors secteur agricole, le  nombre total de créations d’entreprises est de 848 200, soit 32 900 de plus qu’en  2019. Il augmente ainsi de 4 % et atteint un nouveau record malgré la crise  sanitaire  figure 1. En effet, lors du  premier confinement, le nombre de  créations a temporairement chuté, mais  un rattrapage a eu lieu pendant l’été et le  rythme des créations a été soutenu jusqu’à  la fin de l’année. 

Comme en 2019, cette hausse est  principalement due à l’essor des  immatriculations d’entreprises  individuelles sous le régime du  micro-entrepreneur. Celles ci s’accroissent de 9 % en 2020,  soit 45 900 immatriculations  supplémentaires, pour atteindre  547 900 créations. En  revanche, le nombre de créations  d’entreprises classiques diminue  fortement. En effet, les créations  d’entreprises individuelles classiques décroissent de 13 % en 2020, soit  12 600 créations de moins, pour un total  de 82 200 créations. Les créations sous  forme de société sont stables en 2020  et s’élèvent à 218 100 créations. Elles  stagnent pour la première fois depuis  2013. 

Ainsi, en 2020, la part des micro entrepreneurs dans le nombre total de  créations continue d’augmenter (65 %,  après 62 % en 2019.), tandis que celle  des entreprises individuelles classiques  diminue (10 %, après 12 % en 2019)  ainsi que celle des sociétés (26 %, après  27 % en 2019). Au sein de ces dernières,  les sociétés par actions simplifiées  (SAS) représentent désormais 67 % des  créations et les sociétés à responsabilité  limitée (SARL) 31 %.

Essor des créations dans les transports, le commerce et les activités immobilières 

En 2020, le secteur des transports et de  l’entreposage est le premier contributeur à  la hausse globale. Le nombre de créations  y augmente fortement : + 18 000 créations,  soit + 22 % en 2020 après + 25 % en 2019   figure 2. Avec 101 100 nouvelles entreprises  en 2020, ce secteur génère 12 % de l’ensemble  des créations. Comme en 2019, son expansion est le fait des autres activités de poste et de  courrier, essentiellement dans la livraison  à domicile, (+ 22 400 créations, soit + 37 %  par rapport à 2019), principalement sous le  régime du micro-entrepreneur (+ 25 300).  Dans ces activités, le nombre de créations  est en essor depuis plusieurs années. Il  s’est néanmoins accéléré depuis la fin du  confinement en mai 2020. 

Par secteur d’Activité.

Le deuxième secteur contributeur à la hausse globale est celui du commerce :  + 11 000 créations, soit + 9 %. Avec  130 300 nouvelles entreprises, ce secteur  génère 15 % de l’ensemble des créations en 2020. L’augmentation est portée par les activités de vente à distance sur  catalogue général (+ 6 600 créations, soit  + 50 %), essentiellement sous le régime du  micro-entrepreneur (+ 6 200 créations),  et les activités de vente à distance sur  catalogue spécialisé (+ 5.200 créations, soit  + 68 %), principalement sous le régime du  micro-entrepreneur (+ 4 300 créations). Les créations dans ces activités sont également  en essor depuis plusieurs années, mais ont  pu être favorisées par la crise sanitaire. 

Le secteur des activités immobilières  est le troisième secteur contribuant le  plus à la hausse globale des créations :  + 3 300 créations, soit + 10 %. Au  sein de ce secteur, l’accroissement  le plus fort concerne les agences  immobilières (+ 2 500 créations),  principalement sous forme  d’immatriculations sous le régime du micro-entrepreneur depuis la fin du  premier confinement (+ 2 400 créations). 

Recul des créations dans les activités spécialisées et l’enseignement 

En 2020, le nombre de créations diminue  dans les activités spécialisées, scientifiques  et techniques avec − 4 200 créations,  soit − 3 % après une hausse de 17 % en  2019  figure 2. Avec 139 500 nouvelles  entreprises en 2020, ce secteur reste  le premier en nombre de créations  et représente 16 % de l’ensemble des  créations. Son repli est majoritairement  le fait des activités de conseil pour les affaires et autres conseils de gestion,  qui étaient en essor depuis 2016 :  − 2 200 créations en 2020, soit − 4 % par  rapport à 2019. Il s’agit principalement  d’immatriculations sous le régime du  micro-entrepreneur (− 2 900). 

Le nombre de créations décroît également  dans l’enseignement : – 3 100 créations,  soit − 8 % en 2020. Ce recul touche  particulièrement les activités d’enseignement  de disciplines sportives et d’activités de loisirs  (− 1 900 créations, soit − 21 % par rapport  à 2019, dont − 1 600 immatriculations sous  le régime du micro-entrepreneur) dans le  contexte de la crise sanitaire. 

En 2020, le troisième secteur en repli  est celui des autres activités de services  aux ménages, soit, pour les créations,  essentiellement les activités de coiffure,  soins de beauté et autres services  personnels non comptabilisés ailleurs :  − 600 créations, soit − 1 % en 2020. Les  créations diminuent particulièrement  dans les autres services personnels non comptabilisés ailleurs (− 2 200, soit − 8 %, dont -1900immatriculations sous le  régime du micro-entrepreneur), qui incluent  notamment les activités de coaching et développement personnel ou les activités  des salons de tatouage et piercing.

 Correction de la répartition entre micro-entrepreneurs et entrepreneurs individuels classiques depuis 2015 

La répartition des créations d’entreprises individuelles entre individuels ayant opté pour  le régime de la micro-entreprise (dits micro-entrepreneurs) et entreprises individuelles classiques a été  corrigée pour les années 2015 à 2019, sans que le nombre total de créations d’entreprises individuelles  soit affecté, ni le nombre total de créations d’entreprises tous types confondus. 

En effet, depuis la transformation du régime du micro-entrepreneur par la loi Pinel du 18 juin 2014,  les liasses déclaratives transmises à l’Insee pour alimenter les statistiques de créations  d’entreprises n’étaient pas toutes correctement renseignées, entraînant une classification erronée  de certains micro-entrepreneurs comme de certaines entreprises individuelles classiques. Ce  problème n’avait aucune conséquence pour les entreprises elles-mêmes, notamment sur leur  situation au regard des prélèvements obligatoires ou les usages du répertoire Sirene. Cependant,  cela a conduit à sous-estimer les créations de micro-entrepreneurs depuis 5 ans, et, à l’inverse, à  surestimer d’autant les créations d’entreprises individuelles classiques

Après correction, le nombre de créations d’entreprises individuelles sous le régime du micro entrepreneur en 2019 est de 502 000, contre 386 000 avant correction, soit une révision de + 116 000,  tandis que le nombre de créations d’entreprises individuelles classiques est diminué d’autant et s’établit  à 95 000 en 2019 contre 211 000 avant correction. 

En 2020, 548 000 créations d’entreprises individuelles sont sous le régime du micro-entrepreneur et  82 000 sont des entreprises individuelles classiques.

Les créations d’entreprises  augmentent dans la plupart des régions 

En 2020, le nombre de créations  d’entreprises s’accroît dans la plupart des  régions  figure 3. L’Île-de-France reste la  région contribuant le plus à la hausse globale,  avec 7 600 créations supplémentaires en 2020, même si le nombre de créations  n’y augmente que de 3 %. Dans cette  région, le premier secteur contributeur  à la hausse est celui des transports et  de l’entreposage (+ 9 100 créations),  notamment dans les autres activités de  poste et de courrier (+ 12 100 créations,  dont + 12 200 immatriculations de  micro-entrepreneurs). En 2020, 48 % des  créations d’entreprises des transports  et de l’entreposage ont lieu en Île-de France. Le commerce y est le deuxième  secteur contributeur à la hausse  (+ 5 200 créations), notamment dans  la vente à distance (+ 4 300 créations  dont + 3 300 immatriculations de micro entrepreneurs). Alors qu’il était le plus  dynamique en 2019, le secteur des activités  spécialisées, scientifiques et techniques est  en repli : − 5 200 créations, notamment dans  les activités de conseil pour les affaires et  autres conseils de gestion (− 2 600 créations,  essentiellement sous le régime du micro entrepreneur). 

Autour de l’IDF, une ceinture à 4% et plus.

Par ailleurs, le nombre de créations  augmente fortement à La Réunion  (+ 19 %), dans le Grand Est (+ 8 %), en  Normandie et en Bourgogne-Franche Comté (+ 7 %). À l’inverse, il se replie dans  deux régions touristiques, dans le contexte  de la crise sanitaire : la Corse (− 7 %) et la Martinique (− 1 %). 

7 % des entreprises classiques ont des salariés au moment de leur création 

En 2020, 2 % des nouvelles entreprises  emploient au moins un salarié au  moment de leur création, contre 3 % en  2019  figure 4. En excluant les micro entrepreneurs, la part des entreprises  employeuses à la création passe à 7 %, en  hausse par rapport à 2019 (5 %). 

2,4 salariés moyens à la création.

Hors micro-entrepreneurs, les nouvelles  entreprises sont le plus souvent  employeuses dans l’hébergement et la  restauration (14 %), la construction (13 %),  l’industrie et les autres services aux ménages  (9 %). À l’opposé, cette proportion est la plus  faible dans les activités immobilières (2 %)  ainsi que dans les activités financières et  d’assurance et les activités d’information et  communication (3 %). 

Les entreprises employeuses au moment  de leur création en 2020 démarrent leur  activité avec 3,0 salariés en moyenne,  contre 2,9 en 2019. Parmi celles-ci, l’effectif  salarié moyen à la création est le plus  élevé dans l’industrie (4,1), la construction  et les transports et l’entreposage (3,9) et  le plus bas dans les activités immobilières  (2,0). 

Des créateurs d’entreprises  individuelles de plus en plus jeunes 

En 2020 comme en 2019, les créateurs  d’entreprises individuelles ont en  moyenne 36 ans. La part des moins de  30 ans s’accroît : elle est de 41 % en 2020,  contre 38 % en 2019 comme en 2018   figure 5. Elle est plus élevée chez les  micro-entrepreneurs (42 %) que chez  les créateurs d’entreprises individuelles  classiques (33 %). 

41% des créateurs ont moins de 30 ans.

Tous types d’entreprises individuelles  confondus, les créateurs sont les plus jeunes  dans les transports et l’entreposage (30 ans en  moyenne et 62 % ont moins de 30 ans). Dans  l’information et la communication, les créateurs  sont également relativement jeunes (33 ans en  moyenne). À l’inverse, ils sont généralement  plus âgés dans l’industrie (40 ans en moyenne)  et les activités de services administratifs et de  soutien (39 ans en moyenne). 

Quatre créateurs d’entreprises  individuelles sur dix sont des femmes 

La part des femmes.

En 2020, les femmes ont créé 39 % des  nouvelles entreprises individuelles. Cette  proportion est quasi stable depuis 2015,  alors qu’elle augmentait progressivement  depuis 30 ans (29 % en 1987 et 33 % en  2000). Elle reste quasi identique pour  les créations d’entreprises individuelles  classiques et pour les immatriculations  sous le régime du micro-entrepreneur.  Comme les années précédentes, la part  des hommes est la plus élevée dans la  construction (98 %), les transports et  l’entreposage (92 %) ainsi que l’information  et la communication (74 %). À l’opposé,  les femmes sont majoritaires dans la  santé humaine et l’action sociale (74 %),  les autres services aux ménages (71 %),  l’industrie (58 %) et l’enseignement (52 %).● 

Hugo Gourdon (Insee) 

Sources

Les statistiques sur les créations  d’entreprises proviennent du répertoire  des entreprises et des établissements (REE, issu de Sirene) géré par l’Insee. 

L’étude porte sur l’ensemble des activités  marchandes non agricoles. Ce champ inclut  les activités financières. La décomposition  en secteurs d’activité s’appuie, pour  l’essentiel, sur les niveaux d’agrégation  A10 ou A21 de la nomenclature d’activités française révision 2 (NAF rév. 2, 2008). Certains postes ont été renommés pour  être plus explicites.

Définitions

Une création d’entreprise correspond à la mise en œuvre d’une nouvelle combinaison de facteurs de  production, avec pour restriction qu’aucune autre entreprise ne soit impliquée dans cet évènement. 

Les créations d’entreprises sont en fait des créations d’unités légales. On parle néanmoins de  créations d’entreprises en raison de la spécificité de la situation au moment de la création. En  effet, au moment de son immatriculation, il n’est pas possible de déterminer si une unité légale  est indépendante ou appartient à un groupe. Par défaut, au moment de la création, toute entité  est donc indépendante et considérée comme une entreprise. 

Les créations d’entreprises correspondent donc aux unités légales du répertoire Sirene, qui  enregistrent un début d’activité relevant de l’un des cas suivants : 

 l’immatriculation d’une nouvelle unité légale avec création d’une nouvelle combinaison de  facteurs de production ; 

 le cas où l’entrepreneur redémarre une activité après une interruption de plus d’un an ; 

 le cas où l’entrepreneur redémarre une activité après une interruption de moins d’un an, mais  avec changement d’activité ;

  la reprise, par une unité légale nouvellement immatriculée de tout ou partie des activités d’une  autre unité légale lorsqu’il n’y a pas de continuité économique entre la situation du cédant et  celle du repreneur. On considère qu’il n’y a pas continuité économique de l’unité légale si, parmi  les trois éléments suivants concernant son siège, au moins deux sont modifiés lors de  la reprise : l’unité légale contrôlant l’établissement siège, l’activité économique et la localisation. 

Cette définition s’appuie sur les concepts harmonisés au niveau européen, à part pour les  entreprises individuelles sous le régime du micro-entrepreneur (dits micro-entrepreneurs). Pour  ces dernières, on ne sait pas s’il y aura ou non un début d’activité. On comptabilise donc des demandes d’immatriculation au répertoire Sirene ; certaines se traduiront par une vraie  création d’activité, d’autres par un démarrage différé, voire jamais réalisé. Une partie de ces  demandes, enfin, seront invalidées par l’Acoss : les personnes relevant de la Mutualité sociale  agricole (MSA) ou de diverses professions réglementées n’ont en effet pas le droit d’être sous le  régime du micro-entrepreneur. Ces radiations seront prises en compte ultérieurement dans la  démographie d’entreprises dite « structurelle ». 

Les créations d’entreprises classiques correspondent aux créations d’entreprises hors micro entrepreneurs. 

Un micro-entrepreneur bénéficie du régime de même nom (appelé auto-entrepreneur  jusque 2014), qui offre des formalités de création d’entreprise allégées et un mode de calcul et de paiement simplifié des cotisations sociales et de l’impôt sur le revenu. Il s’applique aux  entrepreneurs individuels qui en font la demande, sous certaines conditions. 

Les entreprises individuelles sont les entreprises dont la personnalité morale n’est pas  différente de la personnalité physique. 

Les entreprises individuelles classiques désignent les entreprises individuelles hors micro entrepreneurs. 

Une société est une entité dotée d’une personnalité morale. 

Une société par actions simplifiée (SAS) groupe des associés dont la responsabilité est limitée à  leur apport personnel et qui ont la possibilité de disposer de prérogatives indépendantes de leur  part de capital. La SAS est une société de capitaux, ce qui la rapproche de la société anonyme (SA). 

Une société à responsabilité limitée (SARL) groupe des associés dont la responsabilité est  limitée à leur apport personnel et dont les pouvoirs (droits de vote, droits sur les bénéfices…)  sont proportionnels à la part du capital détenue. 

Pour en savoir plus 

• Richet D., Bignon N., « Micro entrepreneurs immatriculés en 2018 : dans les transports, deux sur  trois travaillent via une plateforme  numérique », Insee Première n° 1821,  octobre 2020. 

Dorolle A., « Les créateurs d’entreprises  de 2018 : deux sur trois sont seuls à  l’origine du projet de création », Insee  Première n° 1818, septembre 2020. 

Gourdon H., « Les créations d’entreprises  en 2019 : l’essor des immatriculations de  micro-entrepreneurs se poursuit », Insee  Première n° 1790, janvier 2020.

Direction générale : 88 Avenue Verdier 92541 Montrouge Cedex 

Directeur de la   publication : Jean-Luc Tavernier Rédactrices en chef : A. Goin, S. Pujol 

 Rédacteurs : P. Glénat, C. Lesdos C. Tchobanian Maquette : B. Rols 

Code Sage : IP211837 ISSN 0997 – 3192 (papier) ISSN 0997 – 6252 (web) © Insee 2021  http://www.insee.f

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INSEE Analyses N°83.

En Bourgogne-Franche-Comté, le solde  naturel poursuit sa dégradation en 2019 

 

Au 1er janvier 2020, la population de Bourgogne-Franche-Comté est estimée à 2 794 500 habitants. Elle baisse de 0,3 % sur un an, en raison notamment d’un déficit naturel qui s’accentue. Le taux d’accroissement naturel  est le plus faible des régions métropolitaines. C’est la conséquence d’une forte baisse des naissances et d’une  relative stabilité des décès. Moins de femmes en âge d’avoir des enfants et vieillissement de la population expliquent  le décrochage du solde naturel par rapport à la France métropolitaine. L’indice de fécondité de la région est aussi  plus faible qu’en moyenne en métropole. Dans tous les départements de la région le solde naturel se dégrade, sauf  dans le Jura. Le Doubs est le seul département dont l’accroissement naturel est supérieur au niveau national. En Haute-Saône, en Saône-et-Loire, dans l’Yonne et le Territoire de Belfort, les naissances diminuent et les décès  augmentent. 

Caroline Logeais, Fabrice Loones (Insee)

Au 1er janvier 2020, 2 794 500 habitants résideraient en Bourgogne-Franche Comté, soit 4,3 % de la population de  France métropolitaine. En nombre d’habitants, la région se situe au 11e rang des 13  régions de métropole devant le Centre-Val  de Loire et la Corse. 

Le solde naturel (définitions) ne soutient  plus la croissance démographique de la  région qui pâtit de plus, d’un solde migratoire (définitions) tout juste stabilisé après  plusieurs années de déficit. 

Le déficit naturel s’accentue 

En Bourgogne-Franche-Comté, le solde  naturel est négatif depuis 2015 (figure 1) Ce déficit naturel, qui s’est creusé d’année  en année est dorénavant davantage porté  par le recul des naissances. Le nombre de  décès s’est quant à lui stabilisé sur les trois  dernières années. En 2014, le solde naturel  excédentaire apportait 2 500 habitants à la région. Cinq ans plus tard, en 2019, celui-ci lui  en fait perdre 4 100. 

Visuellement, le solde négatif.

Cette dégradation n’est pas spécifique à la  région. En effet, le solde naturel, moteur  de la croissance de la population, est  sur une tendance à la baisse dans toutes les régions, à l’exception des Hauts de  France. La croissance démographique de la  France métropolitaine ralentit : en 2019,  il y a 115 100 naissances de plus que de décès.

Ce solde naturel reste positif mais  ne cesse de diminuer, apportant deux  fois moins d’habitants qu’en 2014. La  dégradation du solde naturel, à l’échelle  nationale, est due à la fois aux mouvements de baisse des naissances et de  hausse des décès

 En 2019, le taux d’accroissement naturel négatif (définitions) de Bourgogne-Franche Comté (figure 2) s’établit à – 1,5‰ habitants.  En France métropolitaine, l’excédent naturel contribue encore à faire progresser la  population de + 1,8 ‰ portant l’écart avec  la région à 3,3 points. Attirant davantage de  jeunes actifs, les départements de la grande  région parisienne, des grandes métropoles  et de l’axe Genève-Lyon-Marseille pré sentent un accroissement naturel en hausse.  Au contraire, les départements ruraux de la  « diagonale du vide », ceux de la Corse et  de l’ouest de la Normandie et de la Bretagne  ont un taux d’accroissement naturel inférieur  à – 0,5 ‰. 

La Nièvre, isolée.

En Bourgogne-Franche-Comté, le taux  d’accroissement naturel se dégrade dans  tous les départements excepté dans le Jura.  Il est négatif dans cinq départements sur huit,  en particulier dans la Nièvre (- 7,3 ‰), en  Saône-et-Loire (- 3,4 ‰) et dans l’Yonne  (- 3,3 ‰). Dans les trois départements les  plus jeunes de la région, le Doubs, le Territoire de Belfort et la Côte-d’Or, l’accroissement naturel reste positif. 

Un fort recul des naissances 

En 2019, 26 100 bébés sont nés en Bourgogne-Franche-Comté, soit 730 naissances  de moins qu’en 2018 (figure 3). Dans les  années 2000, le nombre de naissances était  supérieur à 30 000. Cette tendance à la  baisse se poursuit depuis 2006. Elle est plus  prononcée qu’au niveau France métropolitaine : – 2,7 % contre – 0,8 %. Elle est aussi plus forte que l’an passé (- 2,1 %). À part  en Nouvelle-Aquitaine, la baisse de la nata lité est sensible dans toutes les régions de  métropole mais c’est en Bourgogne-Franche Comté qu’elle est la plus forte, loin devant la Normandie et le Grand Est (- 1,3 %). La diminution des naissances résulte à la fois  de la baisse du nombre de femmes en âge de procréer et de leur fécondité. Ces deux  phénomènes se conjuguent et contribuent  chacun pour moitié à cette dégradation. La  population féminine de 15 à 49 ans diminue depuis dix ans : – 5 600 personnes en  moyenne par an, soit (- 1 %).  

Site par site.

En France métropolitaine, la baisse n’est  que de 0,3 % par an. Globalement, la région peine à retenir ses habitantes de 20 à 40 ans et accuse un déficit plus important sur cette classe d’âge, où elles sont plus fécondes.

Le nombre d’enfants par femme diminue

 En Bourgogne-Franche-Comté, l’indice  conjoncturel de fécondité (définitions)  s’établit à 1,78 enfant par femme en 2019, niveau inférieur à la moyenne métropolitaine  de 1,84 (figure 4). Jusqu’en 2008, l’indice  régional était pourtant proche de la moyenne  nationale de 2 enfants par femme, mais il  s’est dégradé plus vite dans la région. Au  cours de l’année 2019, la seule baisse de la  fécondité a entraîné près de 360 naissances  en moins par rapport à 2018. 

L’ICF en baisse régulière.

Après 35 ans, les mères de Bourgogne Franche-Comté font moins d’enfants qu’en  moyenne métropolitaine. En effet, si, entre  15 et 34 ans, l’indice conjoncturel de fécondité régional est légèrement supérieur  à la moyenne métropolitaine, de 35 à 49 ans,  il y est inférieur : 0,35 contre 0,45. 

De façon générale, la fécondité est plus élevée chez les employées et ouvrières que chez  les cadres. Globalement, les femmes ont en  moyenne des enfants plus tard. Cependant,  l’âge moyen des mères à la naissance est  légèrement inférieur en Bourgogne-Franche Comté, 30,4 ans contre 31 pour la France  métropolitaine. Le taux de natalité (définitions) y est aussi  plus faible : 9,3 ‰ habitants contre 11 ‰ pour la France métropolitaine. Il perd 0,3  point entre 2018 et 2019. Cette tendance à la  baisse est nationale mais la région a l’un des  taux les plus faibles avec la Corse (8,3 ‰)  et la Nouvelle-Aquitaine (9 ‰). 

Relative stabilité des décès en 2019 

En 2019, 30 200 habitants de Bourgogne Franche-Comté sont décédés soit une  centaine de plus qu’en 2018. Ce nombre de  décès est stable dans la région (+ 0,3 %) et  se situe dans la moyenne nationale (+ 0,5 %).  L’évolution du nombre de décès résulte de  deux phénomènes qui, en 2019 comme en  2018 s’annihilent. En effet, le vieillissement  de la population régionale accroît le nombre  de décès de 700 personnes par rapport à  2018. Mais, en contrepartie, les conditions  de mortalité (définitions) se sont légèrement  améliorées en 2019 et compensent cette  hausse. 

Les habitants sont plus âgés en Bourgogne Franche-Comté qu’en France métropolitaine  et le vieillissement se poursuit. En 2019, la  région compte 102 personnes de 65 ans et  plus pour 100 jeunes de moins de 20 ans (85  en moyenne en métropole pour 100 jeunes  de moins de 20 ans). 

L’écart avec la France métropolitaine se  creuse et résulte à la fois de l’avancée en âge  de la génération nombreuse des baby-boomers dans la région et d’un déficit de jeunes. La moitié des décès intervient avant l’âge  de 84 ans et 89 ans est l’âge où il y en a le plus (figure 5). Le taux de mortalité (définitions) est plus  élevé dans la région. Il s’établit à 10,8 ‰  habitants contre 9,2 ‰ en France métropolitaine. La Bourgogne-Franche-Comté détient  le plus fort taux de mortalité des régions  métropolitaines avec la Nouvelle-Aquitaine.  Ce taux s’accroît depuis une dizaine d’années dans la région.

Le taux de mortalité (définitions) est plus  élevé dans la région. Il s’établit à 10,8 ‰ habitants contre 9,2 ‰ en France métropolitaine. La Bourgogne-Franche-Comté détient  le plus fort taux de mortalité des régions  métropolitaines avec la Nouvelle-Aquitaine.  Ce taux s’accroît depuis une dizaine d’années dans la région. 

Espérance de vie moins élevée  dans la région 

Le taux de mortalité, moins favorable dans  la région qu’au niveau national, se traduit  par une espérance de vie (définitions) moins  élevée. De manière générale, les catégories sont plus exposées au risque de décès prématuré (conditions de travail, comportements  individuels, accès aux soins). 

Dans la région, l’espérance de vie à la naissance se stabilise depuis 5 ans. 

L’écart entre les genres se resserre. Les  modes de vie féminins sont de plus en  plus semblables à ceux des hommes, qu’il  s’agisse de durée de travail ou des types  d’activités professionnelles, de consommation de tabac ou d’alcool notamment.  En Bourgogne-Franche-Comté, selon les  conditions de mortalité de l’année 2019, une  personne âgée de 75 ans peut espérer vivre  jusqu’à l’âge de 87 ans si c’est un homme,  et de 89,6 si c’est une femme. 

Pour autant, ces espérances de vie à 75 ans  sont inférieures à la moyenne nationale de  six mois pour les hommes et de sept mois  pour les femmes. 

Le Doubs, seul département ayant  un taux d’accroissement naturel  supérieur au niveau national 

Avec + 1,9 ‰ habitants, le Doubs est le seul  département dont le taux d’accroissement  naturel reste largement positif et supérieur  au niveau national. Il est toutefois en retrait  par rapport à 2018 en raison uniquement de  la baisse des naissances. De plus, le taux de  mortalité, en 2019, y est le plus faible de  la région. Sa forte propension à attirer des  populations jeunes, en lien avec la proximité  de la Suisse, en fait un département parmi les  plus dynamiques en termes de démographie. En Côte-d’Or, la baisse des décès compense  tout juste la baisse des naissances, ainsi le solde naturel est stable. Avec un indice  de fécondité de 1,61 enfant par femme, la  Côte-d’Or est le cinquième département de  France métropolitaine où la fécondité est  la plus basse et l’âge moyen des mères à la  naissance y est plus élevé qu’ailleurs. 

Le Jura est le seul département de la région  à cumuler hausse des naissances et baisse  des décès, mais le solde naturel y demeure  négatif. La fécondité est en hausse par rapport à 2018. 

Dans la Nièvre, le solde naturel reste très  négatif. Ce département cumule la plus  importante accélération du vieillissement  de sa population et la plus forte diminution  du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants. Ainsi le taux de mortalité est le  plus élevé de la région et le taux de natalité  le plus faible. 

Le solde naturel en Saône-et-Loire est le plus  bas de la région et c’est dans ce département  qu’il décroît le plus. Comme dans l’Yonne et  dans une moindre mesure en Haute-Saône,  le fléchissement de la croissance naturelle  est partagé entre la hausse des décès, consécutive au vieillissement de la population, et  la baisse des naissances, due au recul de la  fécondité (sauf dans l’Yonne) et au moindre  nombre de femmes en âge de procréer. 

Le Territoire de Belfort subit également ce  double-effet, dégradant ainsi son solde naturel. Néanmoins, un taux de natalité élevé et un  taux de mortalité faible lui permettent d’avoir  un accroissement naturel toujours positif. ■ 

 Sources

Tous les ans, l’Insee effectue des estimations de population. Cette opération a pour objectif d’estimer au 1er janvier de chaque année la population  nationale par sexe, âge et état matrimonial et les populations régionales et départementales par sexe et groupe d’âges. Ces estimations de population  sont notamment utilisées pour le calcul des différents indicateurs démographiques : taux de natalité, taux de mortalité, indicateur conjoncturel de  fécondité, quotients de mortalité, espérance de vie. 

Le recensement de la population sert de base aux estimations annuelles de population. Il en fixe les niveaux de référence pour les années où il  est disponible. Pour les années 2019 et suivantes, les estimations de population sont provisoires. Elles sont réalisées en actualisant la population  du dernier recensement grâce à des estimations, d’une part, du solde naturel et, d’autre part, du solde migratoire et d’un ajustement, introduit pour  tenir compte de la rénovation du questionnaire du recensement en 2018 et rendre comparables les niveaux de population annuels successifs. Le  nouveau questionnaire permet de mieux appréhender les liens familiaux qui unissent les personnes habitant un même logement et d’améliorer la  connaissance des lieux d’habitation des personnes ayant plusieurs résidences, notamment des enfants de parents séparés. Une explication détaillée  est disponible dans la documentation relative au recensement de la population (note technique : Rénovation du questionnaire du recensement de  la population 2018. Méthode d’estimation de l’effet questionnaire (ajustement) à partir des enquêtes annuelles de recensement). Les statistiques d’état civil sur les naissances et les décès sont issues d’une exploitation des informations transmises par les mairies à l’Insee

Définitions, méthodes 

Le solde naturel est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d’une période. Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties  au cours d’une période. 

Le taux d’accroissement naturel correspond à la différence entre les naissances et les décès enregistrés au cours de l’année, rapportée à la  population totale moyenne de l’année. Il est exprimé pour mille habitants. 

Le taux de natalité correspond au nombre de naissances enregistrées au cours de l’année, rapporté à la population totale moyenne de l’année. Il  est exprimé pour mille habitants. 

Le taux de fécondité à un âge donné (ou pour une tranche d’âges) est le nombre d’enfants nés vivants des femmes de cet âge au cours de l’année,  rapporté à la population moyenne de l’année des femmes de même âge. 

L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) est la somme des taux de fécondité par âge observés une année donnée. Cet indicateur peut être  interprété comme le nombre moyen d’enfants qu’aurait une génération fictive de femmes qui connaîtrait, tout au long de leur vie féconde, les taux  de fécondité par âge observés cette année-là. Il est exprimé en nombre d’enfants par femme. C’est un indicateur synthétique des taux de fécondité  par âge de l’année considérée. 

Le taux de mortalité (brut) correspond au nombre de décès enregistrés au cours de l’année rapporté à la population totale moyenne de l’année.  Il est exprimé pour mille habitants. 

Les conditions de mortalité sont approchées par les taux de mortalité par sexe et âge. Ils correspondent au nombre de décès enregistrés pour  un sexe et un âge (ou tranche d’âges) donnés, rapporté à la population totale du même sexe et du même âge. L’espérance de vie à la naissance est égale à la durée de vie moyenne d’une génération fictive qui connaîtrait tout au long de son existence les  conditions de mortalité par âge de l’année considérée. C’est un indicateur synthétique des taux de mortalité par âge de l’année considérée.

 

Insee Bourgogne-Franche-Comté 8 rue Louis Garnier 

CS 11997 25020 BESANÇON CEDEX Directeur de la publication : Bertrand Kauffmann 

Rédactrice en chef : Marie Léger  Mise en page : STDI Crédits photos : CRT, L. Cheviet Dépôt légal : janvier 2021 © Insee 2021 ISSN : 2497-4455 

Pour en savoir plus 

•  Chassard M., « Bourgogne-Franche-Comté : la baisse de la population s’accentue  en 2017 et 2018, conséquence d’un solde naturel de plus en plus négatif », Insee  Flash Bourgogne-Franche-Comté n° 99, janvier 2020. 

•  Papon S., « Depuis plus d’un siècle, les décès sont les plus nombreux en hiver »,  Insee Focus n° 209, octobre 2020. 

•  Papon S., « En un siècle, le pic des naissances s’est décalé de l’hiver à l’été et  s’est atténué », Insee Focus n° 204, septembre 2020.