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Culture et industrie : ce que nous devons aux Celtes

Invention de la charrue, création de villes fortifiées, maîtrise de l’architecture du bois, art abstrait… Zoom sur l’apport des Celtes en Gaule.

Si l’on en croit le témoignage de César dans La Guerre des Gaules, dans l’antiquité, trois peuples se partageaient le territoire qu’occupe aujourd’hui la France : les Gaulois, les Belges et les Aquitains, qui étaient eux-mêmes subdivisés en une cinquantaine de tribus, Vénètes, Éduens, Ambiens, Rèmes… Depuis quarante ans, plus de 20 000 sites mis au jour dans l’Hexagone inscrivent ces populations dans un cadre bien plus vaste, celui d’une civilisation celtique qui couvrait toute une partie de l’Europe. La Gaule n’était qu’une pièce d’un ensemble marqué par sa grande cohérence et son originalité par rapport au monde méditerranéen, souligne Olivier Buchsenschutz, directeur de recherches émérite au CNRS, co-auteur avec Katherine Gruel du livre Réinventer les Celtes, paru aux éditions Hermann. Entretien.

La représentation traditionnelle de la France antique en fait un territoire peuplé de Gaulois qui deviennent Gallo-Romains. Faut-il oublier ces catégories au profit d’un ensemble plus vaste, les Celtes ?

La Gaule est une invention de César, et c’est lui qui crée ce fameux Hexagone et la division traditionnelle de l’Europe jusqu’au milieu du 20e siècle. L’archéologie montre qu’il existait une unité européenne celtique. À l’Âge du fer, les Celtes s’étendent du nord des Alpes à la Bretagne et jusqu’à la Hongrie. Ce sont plutôt des ruraux, même s’ils créent des agglomérations et des villes à deux reprises. Ils combinent élevage, culture des céréales et des légumes. Ils pratiquent une agriculture lourde, avec un certain nombre de techniques plus avancées que celles des Romains. Ils ont inventé la charrue, une moissonneuse rudimentaire et la meule rotative. Ils sont aussi à l’origine de la faux, ce qui signifie qu’ils stockent du foin, et qu’ils peuvent garder leur bétail l’hiver. En France, la photographie aérienne et les fouilles de sauvetage ont révélé quantité de fermes, qui vont de 1 à 20 ha, comme celle de Batilly-en-Gâtinais, dans le Loiret, dont les bâtiments et les cours dépassent la taille d’un village actuel.

Les Celtes qui occupaient le territoire actuel de la France présentaient-ils des spécificités qui les démarquaient des autres populations celtiques d’Europe ?

De l’Ouest de la France à l’Europe centrale, l’archéologie de l’âge du Fer trouve les mêmes vestiges. L’évolution des fortifications, des habitats, des costumes, des rituels funéraires… est d’une grande cohérence dans toute l’Europe. On est capable de distinguer dans les nécropoles des étapes de 20-25 ans. Les divisions sont plus chronologiques que régionales. Les costumes, par exemple, évoluent à chaque génération. Partout, on distingue aussi les mêmes grandes phases, celle des sites princiers du premier âge du Fer (entre les 8e et 5e siècles av. J.-C.) puis, vers les 4e-3e siècles av. J.-C., l’abandon des villes au profit de grandes fermes, l’essor d’agglomérations peuplées d’artisans et de commerçants en marge des structures familiales, paysannes et aristocratiques et enfin, vers 120, une reprise en main par la noblesse locale de ces agglomérations qui sont déplacées sur des hauteurs et fortifiées, avec la création des oppidum.(oppida).

L’oppidum de Bibracte

Peut-on identifier un legs celte en France ?

C’est plutôt une alternative qu’un legs, qui est, lui, très modeste. Ce n’est pas un hasard si on a fait des Gaulois des sauvages. Même si on ne parle plus beaucoup le grec ou le latin, nous sommes formatés par la culture gréco-romaine, on ne jure que par l’écrit, la ville et la pierre.

Or, notre héritage comporte à la fois des éléments venus du Néolithique, de l’âge du Bronze, des Celtes, des Romains et des Germains, et il est difficile de faire la distinction entre ces différentes couches. On peut identifier certaines innovations que l’on doit aux Celtes, en particulier dans le domaine de l’architecture du bois, qui est assez savante. Il est inadmissible que l’on puisse encore parler « d’architecture périssable » pour des constructions qui pouvaient durer plusieurs centaines d’années. Cette science du bois connaît des résurgences durant le haut Moyen Âge, où l’on trouve des villages entiers de maisons bâties sur des poteaux plantés, avant que ne se développent les bâtiments à pans de bois. On la retrouve aussi dans certaines traditions vernaculaires, comme les « loges » de la vallée de la Loire, des annexes en bois servant au stockage qui étaient construites par les paysans jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Figurine celte de Tchéquie.

Les Celtes ont aussi inauguré l’occupation de certains sites qui correspondent aujourd’hui à de grandes villes françaises.

Autour des années 500 avant J.-C., des villes fortifiées sont créées sur des collines dominant un carrefour naturel, entourées de riches sépultures des nobles qui les ont développées et de plaines avec des quartiers artisanaux. Depuis 10 ans, on a découvert de tels espaces artisanaux sur plusieurs centaines d’hectares, notamment dans la périphérie de Lyon et de Bourges, même si les cités fortifiées, qui sont sans doute sous les villes modernes, restent inaccessibles. Il y aurait aussi des indices de leur présence à Dijon. À Bourges, 15 ha ont été fouillés à 3 km de la cathédrale. Des unités de production de petits objets métalliques comme des fibules ont été mises au jour, liées à des unités d’habitation. Au nord de Lyon, sur plusieurs dizaines d’hectares, on a retrouvé des traces de métallurgie du fer et du bronze (outils, parures), du travail de la corne et de l’os et du tissage, dans la plaine de Vaise. Les deux sites datent du 5siècle av. J.-C.. Ils ont été abandonnés vers 400 avant J.-C. puis réoccupés à partir du 3e siècle avant notre ère.

Art abstrait celte.

Au-delà de la culture matérielle, la mentalité celte a-t-elle laissé une empreinte ?

L’héritage des Celtes, c’est aussi une échelle de valeur et une conception de l’art différentes de celles de leurs voisins méditerranéens. Quand les Gaulois se sont retrouvés devant des statues qui représentaient des hommes et des femmes à Delphes, ils ont pleuré de rire. Ils ne comprenaient pas pourquoi on imitait servilement la réalité. Ils ont créé un art original, dissymétrique, curviligne. Du 7e au 5e siècle av. J.-C., leurs représentations sont encore influencées par les objets importés de la Grèce et des colonies grecques d’Italie du Sud, comme le cratère de Vix (ndlr : un cratère en bronze retrouvé dans une tombe princière en Côte d’Or, où sont figurés des hoplites et des gorgones). Mais, assez rapidement, ils modifient les objets en bronze de prestige qu’ils importent. À Lavau par exemple, ils ont habillé d’or une céramique à figures noires. Ils ajoutent aussi des monstres sur les cruches à vin grecques.

Des thèmes importés du monde méditerranéen, comme « l’arbre de vie », qui symbolise l’axe du monde, sont tantôt traités de façon réaliste, tantôt fondus dans des motifs beaucoup plus complexes. Dans l’art celtique, le fond compte autant que le premier plan. Les vides entre les personnages ou l’animal représentés sont aussi bien traités que les pleins. Ensuite, aux 3e et 2e siècles av. J.-C., on arrive à un stade où les Celtes font exploser les modèles grecs dans les monnaies. Des mercenaires gaulois se rendent en Italie, en Grèce, en Turquie. Ils ramènent en Gaule des drachmes en or qu’ils imitent, mais en les modifiant à leur façon. Ils décomposent les chevaux, les têtes, et, à la fin de cette époque, les monnaies deviennent carrément abstraites. Il n’y a plus de sujet, mais des traits dans tous les sens. On en a beaucoup retrouvé en Allemagne et en France, notamment en Bretagne. On n’a vraiment pu lire cet art celtique qu’au 20e siècle, lorsque Malraux et les surréalistes s’y sont intéressés. Les Celtes nous ont appris l’art abstrait, ils nous ont permis de le comprendre. Quoique certains diraient plutôt que c’est l’art abstrait qui nous a permis de comprendre celui des Celtes.

Le Vase de Vix.

MARDI, 29 SEPTEMBRE 2020DE MARIE-AMÉLIE CARPIO – National Géographic du 29 Septembre.

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La voix de l’Europe porte encore.

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Spécialiste du nazisme, l’historien Ian Kershaw trace dans « L’âge global le portrait d’un continent européen prospère, puis secoué par les crises économiques et identitaires. A l’heure du Brexit et des populismes, il décrit une Europe écartelée entre les incertitudes et les motifs d’espoir.

Question :  Que représente pour vous le Mur de Berlin, qui figure sur la couverture de votre livre ?

Ce mur représente toujours d’après moi, la vision d’une Europe unie. Avec des jeunes,     « juchés » sur le Mur, qui ont réussi à surmonter les divisions de ce continent.

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Question :  Pourquoi cet « âge » est-il devenu « global »  après la Seconde Guerre Mondiale ?

La période qui suit la Seconde Guerre Mondiale est subordonnée d’entrée à deux superpouvoirs mondiaux, les États-Unis et la Russie : le livre s’ouvre d’ailleurs sur la guerre de Corée, pour montrer à quel point les intérêts mondiaux leur étaient subordonnés. Avec le temps sont venus se greffer les effets de la mondialisation. Et puis la Chute de Mur, la convergence économique, Internet, la révolution technologique des années 1990 et 2000 pour aller vers un monde de plus en plus lié et interconnecté.

Question :  En quoi la crise des missiles de Cuba, en 1962 constitue-t-elle un cap dans l’histoire ?

C’est la fin d’une première phase de peur profonde d’un conflit nucléaire et aussi la preuve que ce qui menace l’Europe est désormais lié aux intérêts des Américains et des Russes. 1960, le Mur de Berlin, 1962, les missiles de Cuba. La confrontation nucléaire prend fin à l’heure de ces deux événements. Contrairement à ce quel ‘on croit, le Mur met fin à la tension entre les peuples en Europe, et en 1962 surgit un moment de paix, de stabilité, lié à l’équilibre nucléaire entre les deux.

Question :  Vous décrivez cette période comme celle du retour à une certaine forme de « normalité » ?

Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le désir de paix était là en Europe, avec cette reconstruction d’une Europe pacifiée, avec l’idée que cela ne se reproduirait jamais. La stabilité a consolidé de développement pacifique en Europe. Au niveau culturel, des développements spécifiquement européens sont nés parce qu’ils prenaient racine dans l’horreur qu’a connue l’Europe, dans le traumatisme physique et psychologique de la guerre. On les a retrouvés notamment dans l’architecture et la littérature.

Question :  Un long chapitre est consacré à la guerre de Yougoslavie, un autre cap pour le continent européen ?

Ce n’est pas forcément un tournant, mais elle a rappelé à l’Europe que son sol pouvait encore être le théâtre de guerres, que toute forme de conflit n’avait pas totalement disparu. C’est un conflit que l’Europe occidentale n’a pas compris à ce moment-là, qui se déroulait dans un pays lointain, que l’on ne connaissait pas ou pas bien. On n’en a pas tiré les enseignements qu’on a pu tirer des deux guerres mondiales parce qu’elle ne nous touchait pas. Elle n’affectait pas notre quotidien d’Européen. C’était un avertissement.

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Question :  ces dernières années, l’Europe a été durement frappée par le terrorisme. Est-ce une autre forme de guerre ?

Je n’aime pas cette expression « guerre contre le terrorisme », ce n’est pas une guerre, c’est une question de sécurité et de défense. Il n’y a pas d’ennemi défini comme pour un conflit avec un État. C’est plutôt une manière de défendre un mode de vie et une civilisation. Le danger n’est pas tant, dans ces attaques terroristes, de détruire le continent européen, que de réduire les libertés individuelles dans ces pays,  en mettant l’accent sur la sécurité intérieure dans ces pays.

Question :  Certains établissent un parallèle entre le nazisme, dont vous êtes un spécialiste, et le djihadisme.

Pour moi, ce sont des phénomènes différents, que j’analyse de manière distincte. Le nazisme est né dans un contexte européen et allemand bien précis qu’il s’agit de comprendre en tant que tel, il est impossible de les comparer. Pour moi ce parallèle est une simplification.

Question :   Brexit, Allemagne affaiblie, Italie, contestation sociale en France… Les turbulences que connaît l’Europe traduisent-elles un mal global ?

Tout ça n’engendre pas forcément une crise générale de l’Europe, ce ne sont pas des éléments susceptibles de déstabiliser voire d’engendrer l’effondrement de l’Europe. Ce sont des phénomènes certes préoccupants, mais centralisés sur leur pays : Brexit, départ de Mme Merkel, M. Salvini, les gilets jaunes en France… la question des grèves en France est un problème spécifiquement français pour lequel la France trouvera une solution, ou pas.

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Question :  Dans cette Europe-là, quel rôle doit jouer Emmanuel Macron ?

C’est quasiment le seul dirigeant européen à avoir cherché à être novateur, à vouloir réformer, mais ses initiatives n’ont mené nulle part. A chaque fois,  ses projets de réforme fondamentaux du système européen se sont heurtés aux intérêts nationaux d’autres pays, notamment de l’Allemagne. Comme sur son projet de finaliser l’Union bancaire… Macron est un énième leader politique qui a échoué sur la question européenne.

Question :   Une demi-siècle plus tard, la démocratie à l’européenne fonctionne-t-elle encore ?

Cela ne fonctionne pas toujours brillamment, mais ça fonctionne. C’est une réussite, même si, aujourd’hui, les mouvements contestataires et de protestation existent. Elle fonctionne même si elle n’est pas égalitaire et équitable pour tout le monde. Churchill disait : « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». mais si on compare avec les années 30, on peut dire que la démocratie est consolidée.

Question :  Face aux poids lourds Donald Trump, Vladimir Poutine ou Xi-Jinping, la voix de l’Europe porte-t-elle encore ?

Oui, l’Europe a encore une voix, même si elle est plus faible que par le passé. L’Europe continue à être une puissance économique majeure dans le monde, malgré son déclin relatif par rapport à d’autres parties du globe. Sa voix restera d’autant plus forte si elle tient bon. Le Brexit atténue cette voix de l’Europe, mais surtout celle de la Grande-Bretagne, qui devient un pays esseulé, se contentant d’une toute ^petite voix dans les affaires du monde.

Question :  Le Royaume-Uni se retrouve donc affaibli par le Brexit ?

C’est le début de la fin. C’est en tout cas, la source d’un profond regret pour moi. Il va falloir des années avant que tout cela ne se mette réellement en place. Après, en termes de commodités en tant qu’écrivain britannique, j’attendrai plus longtemps pour passer la douane… Pour le reste, on verra.

Propos recueillis par Xavier Frère – Le grand entretien – Le bien Public du Dimanche 23 février 2020.

Bio Express : Ian Kershaw.

23 avril 1943 : naissance à Oldham (U.K.)

Années 60 : études supérieures à Liverpool et Oxford.

1983 : professeur invité à l’université de la Ruhr à Bochum (D.)

1987 : Premier livre sur Adolf Hitler, Le mythe Hitler.

1995 : publie L’opinion allemande sous le nazisme.

1999 – 2000 publie Hitler tome 1 et 2.

2016 : L’Europe en enfer, 1914 – 1949.

Janvier 2020 : L’âge global, l’Europe de 1950 à nos jours (Éditions du Seuil).

 

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Linkedin : perte de temps ou pari d’avenir ?

IL Y A PLUS de 673 millions d’utilisateurs sur Linkedin, mais « la plupart des gens ont un compte parce qu’on leur a dit qu’ils devraient ou qu’ils ont besoin d’en avoir un — ils ne l’utilisent jamais ou ne le mettent pas à jour », a déclaré Andrew Selepak, directeur du programme d’études supérieures en médias sociaux à l’Université de la Floride.

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Perte de temps.

Au cours des dernières années, Linkedin est devenu un outil de frustration dans la stratosphère des médias sociaux : Ce n’est pas amusant ou convivial, c’est un peu laid, et le site s’est embourbé dans les demandes de connexion spam et les tentatives des utilisateurs de commercialiser des produits « par rapport à l’établissement de relations, comme prévu », a déclaré Lewis Goldstein, président de Blue Wind Marketing. « Je reçois plusieurs messages par jour de gens qui essaient de me vendre quelque chose sans même avoir de conversation. »

Le site peut également encourager les postures. Il est malhonnête d’accepter chaque demande de connexion et de se vanter ensuite de vos vastes réseaux d’affaires alors que ces réseaux donnent en fait peu d’activité et peu d’interactions. « La plupart des gens ont rarement du contenu professionnel à partager — nous changeons d’emploi si souvent ou nous apparaissons dans des publications nationales ou nous venons d’obtenir de nouveaux diplômes », a déclaré M. Selepak. C’est probablement pourquoi les utilisateurs ne passent environ 17 minutes par mois sur Linkedin par rapport à 35 minutes par jour sur Facebook, a-t-il ajouté.

Linkedin peut être un excellent endroit pour trouver des adresses e-mail ou, si vous embauchez, pour parcourir les curriculum vitae avec peu d’effort, mais les gens ont tendance à laisser leur profil s’atrophier, a déclaré M. Selepak. De plus, il y a toujours le risque qu’ils soient avisés que vous les harcelez sur Linkedin.

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Pari sur l’avenir. 

Lorsque le Dr. Bill  Schindler a créé pour la première fois un profil Linkedin, il ne l’a fait que pour permettre à  ses étudiants de puiser dans ses contacts et ses liens afin d’y chercher des stages et des emplois. Mais lorsqu’il a voulu purger les demandes de connexion parvenues en 2015, le professeur agrégé d’anthropologie et d’archéologie au Washington College à Chestertown, dans le Maryland, est tombé sur un message d’un directeur de casting au réseau National Geographic.

« Je pensais que c’était une blague, mais j’ai décidé de l’appeler », a-t-il dit. « Quatre mois plus tard, je me suis retrouvé dans la savane africaine entourée d’une équipe de tournage. » Le spectacle, « The Great Human Race », a débuté en février 2016.

Son histoire est peut-être rare, mais à tout le moins, Linkedin permet aux gens de communiquer avec d’autres dans leur secteur économique ; c’est un curriculum vitae vivant et numérique que vous pouvez envoyer à des employeurs potentiels et un outil utilisé par les recruteurs pour trouver de meilleurs candidats. Il s’agit également d’une plateforme de marque personnelle où vous pouvez vous distinguer en tant que leader de la pensée dans votre industrie, a déclaré Aliza Licht, consultante numérique et auteure de « Laissez votre marque », un guide de carrière pour l’ère des médias sociaux.

Il ne suffit pas d’avoir un profil. « Il est essentiel d’être présent sur Linkedin », a déclaré Mme Licht. Vous devriez afficher régulièrement du contenu pertinent pour votre carrière — innovations de votre employeur, offres d’emploi dont vous avez entendu parler, changements dans l’industrie que vous avez observés — sur son fil de la page d’accueil, comme vous le feriez sur Facebook. « C’est une excellente façon de voir votre point de vue, vos valeurs et vos réalisations », a-t-elle dit, ce qui augmente la probabilité d’établir des liens et de trouver des occasions.

Témoignages brefs : Avez-vous trouvé Linkedin utile ou inutile?

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 « En tant qu’ancien vice-président des ventes et maintenant recruteur exécutif, je peux vous dire que Linkedin est une plateforme formidable pour identifier les bons candidats pour vos équipes et rester en contact avec votre réseau. Et, bien qu’il ne soit pas nécessaire de passer 35 minutes par jour sur Linkedin, les 17 minutes que les gens passent chaque mois à tenir leur profil à jour et à rester connectés sont très précieuses. Et en rejoignant certains groupes et forums, vous pouvez suivre les nouvelles des anciens élèves ou des informations précieuses de l’industrie.

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 « J’ai essayé Linkedin ainsi qu’un groupe de chasseurs de têtes professionnels. Chacun était utile à sa façon, mais n’a pas toujours donné de résultats. Le meilleur, c’est ce lien personnel. Si vous connaissez quelqu’un qui a une entrée quelque part, c’est la solution.» — Susan Booz

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 « Contrairement à Facebook, où je me rends rarement, j’utilise Linkedin. Je n’ai pas à passer beaucoup de temps à lire des bêtises. Il suffit d’un instant pour faire un scan pour savoir ce que fait quelqu’un. Je l’appellerais « l’anti-Facebook » — William Ramshaw

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« Dans certaines professions et industries, Linkedin est formidable. En tant que rédactrice technique dans l’industrie des logiciels et des TI, Linkedin est devenue ma principale source de pistes d’emploi. Beaucoup de recruteurs techniques semblent utiliser la fonction de recherche de Linkedin pour trouver un bassin de candidats qualifiés. Et les demandes que je reçois sont nationales, pas seulement locales ou régionales.» — Roland Winkler

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 « La plus grande valeur que je reçois de Linkedin, c’est lorsque j’examine des partenaires commerciaux potentiels. Plus souvent qu’autrement, je trouve un profil de Linkedin qui contredit ce qu’ils m’ont dit au sujet de leur expérience et de leurs qualifications. Le profil le plus utile était celui d’un « expert en production d’énergie de remplacement » qui a affirmé avoir une vaste expérience de l’élaboration de projets énergétiques de l’ordre de 100 à 300 millions de dollars. Selon leur profil Linkedin, leur entreprise était en fait inexperte dans ce domaine, et cherchait seulement à se diversifier.

Article paru dans le Wall Street Journal du 15/01/2020.

Ashley Mateo

Revue de Presse·Société

Il y a toujours de bonnes raisons pour faire quelque chose de mal.

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Le réalisateur et écrivain allemand Chris Kraus publie son quatrième roman, le premier en France, intitulé « La Fabrique des salauds », une vaste fresque historique.  Il y dépeint le déclin d’une époque, et la naissance, brutale, de la suivante. Et surtout, la capacité de l’homme à s’enfoncer dans l’horreur…

Q. Votre livre est inspiré de l’histoire familiale. Pourquoi en avoir fait un roman ?

Réponse : « Au départ, il y a un livre familial, publié uniquement pour la famille, qui n’expose que des faits pour la période 1905 – 1945. Or, mon grand-père a travaillé pour les services secrets de la S.S. du troisième Reich, avant de travailler pour la C.I.A. – comme le héros du livre. Je voulais traiter de cette thématique à travers la fiction. »

Q. Bien plus que la Seconde Guerre Mondiale, vous abordez la guerre froide, cette « irruption soudaine d’un nouveau monde »…

Réponse : « Oui, j’étais confronté, avec l’histoire familiale, à la continuité entre le nazisme et la R.F.A. J’ai voulu montrer comment, jusqu’à aujourd’hui, le passé continue à influencer le paysage politique de l’Allemagne ».

Q. Pourquoi vous être arrêté en 1974 ?

Réponse : « Déjà parce que j’avais atteint 900 pages ! j’aurais pu continuer jusqu’aux meurtres de la NSU (un groupe terroriste allemand d’extrême droite, qui a sévi de 2000 à 2011, NDLR), où tout le monde avait travaillé avec Gehlen, ex-officier de la Wehrmacht et… fondateur des services secrets allemands. Mais aussi parce que les attentats de 1972 aux J.O. de Munich et ceux de 1974 (commis par la Fraction Armée Rouge, NDLR) m’offraient une fin dramatique parfaite.

Q. Chez vos « salauds », il n’y a jamais de repentance…

Réponse : « Oui, c’est le point qui m’a le plus choqué dans ma famille. Mon grand-père, qui avait été membre des Einsatzgruppen, (les escadrons de la mort nazis, NDLR) n’a jamis montré le moindre regret. Ses frères non plus, ses amis non plus… C’est ce que je comprends le moins. C’était pourtant un homme qui avait une conscience, qui éprouvait des émotions, qui avait de l’amour pour sa famille… Et je me suis demandé « comment on devient un monstre ». Comment on peut toujours justifier ce qu’on fait de mal. Mais d’après mes recherches, les criminels n’ont pas de mauvaise conscience : il y a toujours de bonnes raisons pour faire quelque chose de mal. j’ai cherché des explications psychologiques. L’humain a développé des mensonges pour tromper son intelligence. C’est un phénomène d’autoprotection, qui conduit à se protéger contre ce qui est insupportable. Nous trompons nous-mêmes notre intelligence sur la vérité ».

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Q. La vision de la famille que vous présentez n’a rien d’un refuge…

Réponse : « Non, … en tant que romancier, on se sert de son vécu, et ma famille n’était pas un sanctuaire ! Cela m’a donné la liberté de n’avoir aucun compte à lui rendre. ma famille n’avait rien du refuge, plutôt une structure menaçante. D’ailleurs, on rejetait les gens qui venaient de l’extérieur. Dans les familles autoritaires, si on ne correspond pas au modèle, on est éjecté ».

Q. Vous en a-t-elle voulu d’utiliser l’histoire familiale ?

Réponse : « Les réactions ont été très diverses. je fais partie d’une famille nombreuse.  La seconde génération, celle de mes parents, a exprimé un rejet total, absolu, du texte. En revanche, ma génération, celle de mes cousins, a été reconnaissante d’avoir parlé  des secrets jusqu’ici cachés sous le tapis. Dans une famille nazie, on a souvent beaucoup réprimé la vérité, et évité qu’elle sorte ».

Q. Et vous-même, comment avez-vous régi en découvrant l’histoire de votre famille ?

Réponse : « C’est difficile, parce que les sentiments changent tout le temps. On passe par l’horreur, le refus de la vérité, on se découvre un zèle d’enquêteur pour trouver des réponses. J’ai ressenti un mélange d’effroi, de dégoût, mais aussi d’affection pour un grand-père aimant. Il y a ausi des sentiments positif : en dépit des conflits, cette histoire a provoqué l’aide des cousins ».

Q. Vous en avez parlé de vive voix avec votre grand-père ?

Réponse : « Mon grand-père est mort en 1989, avant la chute du Mur de Berlin. mais je n’ai appris qu’en 2000 son passé meurtrier. je l’avais aidé, pourtant, à rédiger ses mémoires… mais il avait choisi des mots à la limite du mensonge. Il n’a jamais écrit des choses vraiment fausses, mais a usé d’ellipses…. C’était codé. Par exemple : « Je ne pouvais pas éviter de participer à des expéditions punitives ». Il y avait des expressions comme « corvée de bois » – la même expression qui désignait les exécutions sommaires perpétrées pendant la Guerre d’Algérie. Il s’était débrouillé pour que, d’une certaine façon, la lecture de ses mémoires reste « clean ». j’aurais dû le comprendre tout de suite… mais je crois que ne voulais pas voir la vérité en face ».

Q. On a beaucoup comparé vote livre aux Bienveillantes de Jonathan Littell…

Réponse : « C’est un compliment pour moi. Ce livre m’a passionné. A l’époque de sa sortie, rien n’avait encore été écrit sur ce thème et de ce point de vue. J’ai aimé sa manière de mettre en scène un personnage, mais aussi un climat, avec un mélange de froideur et de rationalité. En Allemagne, son livre avait été très mal accueilli. On redoute de rendre les criminels trop humains, et ainsi de minimiser leurs actes. Sans surprise, mon livre a provoqué les mêmes réactions, le même scandale ».

Q. Que vous inspire la montée des populismes, voire des néonazis, en Allemagne, en Europe ?

Réponse : « C’est terrible, parce que c’est justement ce qu’on a essayé d’éviter, en martelant « plus jamais çà ». On a essayé au maximum de le faire passer à l’école, dans les média. Mais peut-être qu’on a trop diffusé ce message de façon officielle. On aurait plutôt dû pousser les gens à faire des recherches sur leurs proches. Il peut y voir une contradiction entre l ‘histoire officielle et le passé des familles. Je ne suis pas surpris par la montée du populisme. La meilleure preuve, c’est qu’à l’Est, où le pouvoir était communiste, le fascisme est encore plus fort. Les gens oublient vite le passé, et sont prêts à suivre tous les enchanteurs. En France, on a le même problème… »

Propos recueillis par Joël Carassio  – L’Entretien du Dimanche, « édition du 5 janvier 2020 – Le Bien Public.

Ouvrage : « La Fabrique des salauds’, éditions Belfond.

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BIO EXPRESS :

1963 : naissance à Göttingen (Allemagne de l’Ouest).

1991 – 1998 : étudie à l’académie allemande du film et de la télévision.

2006 : réalisateur, scénariste te écrivain, il connaît un grand succès avec Quatre minutes, un drame carcéral, qui collectionne les prix.

2017 : réalise The Bloom of Yesterday, avec Adèle Haenel.

2019 : Publie en France La Fabrique des salauds, son quatrième roman, sélectionné pour le Prix Fémina étranger.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nos synthèses par domaines.·Revue de Presse·Santé au travail

Le développement personnel : trop beau pour être vrai ?

Tout est le monde est preneur de recettes pour réussir sa vie. Le succès des livres qui les proposent en est la preuve. Mais les postulats du développement personnel tiennent-ils la route ? L’avis de Samuel Dock, auteur de « Éloge indocile de la psychanalyse ». (Philippe Rey)

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I. L’Important, c’est d’être soi-même.

La promesse est alléchante : nous libérer de l’imposture, des simulacres de la vie en société qui nous empêchent d’agir selon notre nature. Être soi-même nous garantit en outre la tranquillité. Si l’on s’est trouvé, plus besoin de chercher…

Les limites : Se connaître suppose que nous ayons un moi simple et immuable. « Or, nous sommes des êtres divisés, travaillés par nos désirs et nos contradictions, en réinvention permanente pour nous ajuster aux enjeux de la vie en société, explique Samuel Dock. C’est le sentiment d’être « manquant » qui nous pousse à chercher des réponses dans notre environnement extérieur, à désirer, à être créatif, à évoluer…

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II. « Qui veut peut ».

Émile Coué a été le premier à rappeler le pouvoir de l’autosuggestion, que l’essentiel de la vie est dans notre tête. Et de fait, si l’on change de point de vue, si l’on s’autorise « le possible », si l’on se met en contact avec nos ressources positives, on est beaucoup plus à même de réussir.

Les limites : Quand on veut, on ne peut pas toujours ! « Il y a ce que l’on veut (de façon consciente) et ce que l’on désire, et ce contenu psychique (inconscient) influence nos comportements, rappelle le psychanalyste. Faire croire que nous sommes tous capables de rebondir est aussi culpabilisant. Les drames, l’injustice existent et nous n’y pouvons rien. Certaines blessures restent difficilement surmontables, même si l’on y met du sens. »

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III. « Il faut penser positif ».

La pensée positive déclencherait d’heureuses coïncidences selon la loi de l’attraction, inspirée de la loi de Newton, qui stipule que tout dans l’univers est constitué d’énergie et émet une fréquence, y compris nos attitudes et nos pensées, dont la vibration aurait la capacité d’attirer à nous les gens et les expériences qui reflètent notre état d’esprit. Une chose est sûre : aborder un projet dans un état d’esprit positif facilite sa réalisation. Attire la chance, ça s’apprend !

Les limites :  le réel ne veut ni notre bonheur, ni notre malheur. Il s’impose à nous. « Peindre la vie en rose est un piège pour les personnes ayant de vraies difficultés psychologiques qui ne vont pas aller travailler leurs angoisses, met en garde Samuel Dock. En outre, la pensée positive nous endort. En stipulant qu’il faut commencer par se changer soi-même, elle nous pousse à accepter notre sort et nous décourage de toute action collective pour changer le monde ».

IV. « Croyez en vos talents ».

Nous avons tous un « talent » particulier. pour que nos vrais désirs se réalisent, encore faut-il savoir ce que nous voulons et croire en nous. C’est la meilleure façon de garder le cap. On arrête de subir et on devient créateurs de notre réalité.

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Les limites : On peut avoir des capacités et ne pouvoir les utiliser… à cause de nos blocages ! « Supposons que le développement personnel fonctionne et que nous devenions tous plus créatifs, plus riches, plus aimables. Que nous resterait-il à espérer ? , s’interroge Samuel Dock. Nous n’aurions plus aucun moteur pour avancer ». Ce que le développement personnel appelle « talents » est en réalité un capital culturel, social, économique, symbolique, qui nous a été le plus souvent transmis par héritage. Il nous fait croire que l’on peut compenser par soi-même ce que l’on n’a pas reçu  et raisonne toujours en termes de gains et non de pertes. Or, pour gagner, il faut parfois accepter de perdre un peu ».

Par Valérie Josselin – Version Fémina.