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Création d’entreprises : un nouveau record de créations malgré la crise sanitaire.

En 2020, le nombre total de créations d’entreprises en France atteint un nouveau record avec 848 200 créations, soit 4 % de plus qu’en 2019, et ce malgré la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. Cette hausse est de nouveau portée par les immatriculations d’entreprises individuelles sous le régime du micro-entrepreneur (+ 9 %), tandis que les créations d’entreprises individuelles classiques diminuent (− 13 %). Les créations de sociétés sont stables.

Les secteurs contribuant le plus à la hausse sont les activités de transports et d’entreposage (+ 22 %), le commerce (+ 9 %) et les activités immobilières (+ 10 %). À l’opposé, le nombre de créations diminue dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques (− 3 %), l’enseignement (− 8 %) et les autres services aux ménages (− 1 %).

Les créations s’accroissent dans la plupart des régions, excepté en Corse et en Martinique.

Hors micro-entrepreneurs, seules 7 % des entreprises ont des salariés au moment de leur création ; elles emploient alors 3 salariés en moyenne. Les créateurs d’entreprises individuelles en 2020 ont en moyenne 36 ans. Parmi eux, quatre sur dix sont des femmes.

Un nouveau record : 848200

En 2020, dans l’ensemble de l’économie  marchande hors secteur agricole, le  nombre total de créations d’entreprises est de 848 200, soit 32 900 de plus qu’en  2019. Il augmente ainsi de 4 % et atteint un nouveau record malgré la crise  sanitaire  figure 1. En effet, lors du  premier confinement, le nombre de  créations a temporairement chuté, mais  un rattrapage a eu lieu pendant l’été et le  rythme des créations a été soutenu jusqu’à  la fin de l’année. 

Comme en 2019, cette hausse est  principalement due à l’essor des  immatriculations d’entreprises  individuelles sous le régime du  micro-entrepreneur. Celles ci s’accroissent de 9 % en 2020,  soit 45 900 immatriculations  supplémentaires, pour atteindre  547 900 créations. En  revanche, le nombre de créations  d’entreprises classiques diminue  fortement. En effet, les créations  d’entreprises individuelles classiques décroissent de 13 % en 2020, soit  12 600 créations de moins, pour un total  de 82 200 créations. Les créations sous  forme de société sont stables en 2020  et s’élèvent à 218 100 créations. Elles  stagnent pour la première fois depuis  2013. 

Ainsi, en 2020, la part des micro entrepreneurs dans le nombre total de  créations continue d’augmenter (65 %,  après 62 % en 2019.), tandis que celle  des entreprises individuelles classiques  diminue (10 %, après 12 % en 2019)  ainsi que celle des sociétés (26 %, après  27 % en 2019). Au sein de ces dernières,  les sociétés par actions simplifiées  (SAS) représentent désormais 67 % des  créations et les sociétés à responsabilité  limitée (SARL) 31 %.

Essor des créations dans les transports, le commerce et les activités immobilières 

En 2020, le secteur des transports et de  l’entreposage est le premier contributeur à  la hausse globale. Le nombre de créations  y augmente fortement : + 18 000 créations,  soit + 22 % en 2020 après + 25 % en 2019   figure 2. Avec 101 100 nouvelles entreprises  en 2020, ce secteur génère 12 % de l’ensemble  des créations. Comme en 2019, son expansion est le fait des autres activités de poste et de  courrier, essentiellement dans la livraison  à domicile, (+ 22 400 créations, soit + 37 %  par rapport à 2019), principalement sous le  régime du micro-entrepreneur (+ 25 300).  Dans ces activités, le nombre de créations  est en essor depuis plusieurs années. Il  s’est néanmoins accéléré depuis la fin du  confinement en mai 2020. 

Par secteur d’Activité.

Le deuxième secteur contributeur à la hausse globale est celui du commerce :  + 11 000 créations, soit + 9 %. Avec  130 300 nouvelles entreprises, ce secteur  génère 15 % de l’ensemble des créations en 2020. L’augmentation est portée par les activités de vente à distance sur  catalogue général (+ 6 600 créations, soit  + 50 %), essentiellement sous le régime du  micro-entrepreneur (+ 6 200 créations),  et les activités de vente à distance sur  catalogue spécialisé (+ 5.200 créations, soit  + 68 %), principalement sous le régime du  micro-entrepreneur (+ 4 300 créations). Les créations dans ces activités sont également  en essor depuis plusieurs années, mais ont  pu être favorisées par la crise sanitaire. 

Le secteur des activités immobilières  est le troisième secteur contribuant le  plus à la hausse globale des créations :  + 3 300 créations, soit + 10 %. Au  sein de ce secteur, l’accroissement  le plus fort concerne les agences  immobilières (+ 2 500 créations),  principalement sous forme  d’immatriculations sous le régime du micro-entrepreneur depuis la fin du  premier confinement (+ 2 400 créations). 

Recul des créations dans les activités spécialisées et l’enseignement 

En 2020, le nombre de créations diminue  dans les activités spécialisées, scientifiques  et techniques avec − 4 200 créations,  soit − 3 % après une hausse de 17 % en  2019  figure 2. Avec 139 500 nouvelles  entreprises en 2020, ce secteur reste  le premier en nombre de créations  et représente 16 % de l’ensemble des  créations. Son repli est majoritairement  le fait des activités de conseil pour les affaires et autres conseils de gestion,  qui étaient en essor depuis 2016 :  − 2 200 créations en 2020, soit − 4 % par  rapport à 2019. Il s’agit principalement  d’immatriculations sous le régime du  micro-entrepreneur (− 2 900). 

Le nombre de créations décroît également  dans l’enseignement : – 3 100 créations,  soit − 8 % en 2020. Ce recul touche  particulièrement les activités d’enseignement  de disciplines sportives et d’activités de loisirs  (− 1 900 créations, soit − 21 % par rapport  à 2019, dont − 1 600 immatriculations sous  le régime du micro-entrepreneur) dans le  contexte de la crise sanitaire. 

En 2020, le troisième secteur en repli  est celui des autres activités de services  aux ménages, soit, pour les créations,  essentiellement les activités de coiffure,  soins de beauté et autres services  personnels non comptabilisés ailleurs :  − 600 créations, soit − 1 % en 2020. Les  créations diminuent particulièrement  dans les autres services personnels non comptabilisés ailleurs (− 2 200, soit − 8 %, dont -1900immatriculations sous le  régime du micro-entrepreneur), qui incluent  notamment les activités de coaching et développement personnel ou les activités  des salons de tatouage et piercing.

 Correction de la répartition entre micro-entrepreneurs et entrepreneurs individuels classiques depuis 2015 

La répartition des créations d’entreprises individuelles entre individuels ayant opté pour  le régime de la micro-entreprise (dits micro-entrepreneurs) et entreprises individuelles classiques a été  corrigée pour les années 2015 à 2019, sans que le nombre total de créations d’entreprises individuelles  soit affecté, ni le nombre total de créations d’entreprises tous types confondus. 

En effet, depuis la transformation du régime du micro-entrepreneur par la loi Pinel du 18 juin 2014,  les liasses déclaratives transmises à l’Insee pour alimenter les statistiques de créations  d’entreprises n’étaient pas toutes correctement renseignées, entraînant une classification erronée  de certains micro-entrepreneurs comme de certaines entreprises individuelles classiques. Ce  problème n’avait aucune conséquence pour les entreprises elles-mêmes, notamment sur leur  situation au regard des prélèvements obligatoires ou les usages du répertoire Sirene. Cependant,  cela a conduit à sous-estimer les créations de micro-entrepreneurs depuis 5 ans, et, à l’inverse, à  surestimer d’autant les créations d’entreprises individuelles classiques

Après correction, le nombre de créations d’entreprises individuelles sous le régime du micro entrepreneur en 2019 est de 502 000, contre 386 000 avant correction, soit une révision de + 116 000,  tandis que le nombre de créations d’entreprises individuelles classiques est diminué d’autant et s’établit  à 95 000 en 2019 contre 211 000 avant correction. 

En 2020, 548 000 créations d’entreprises individuelles sont sous le régime du micro-entrepreneur et  82 000 sont des entreprises individuelles classiques.

Les créations d’entreprises  augmentent dans la plupart des régions 

En 2020, le nombre de créations  d’entreprises s’accroît dans la plupart des  régions  figure 3. L’Île-de-France reste la  région contribuant le plus à la hausse globale,  avec 7 600 créations supplémentaires en 2020, même si le nombre de créations  n’y augmente que de 3 %. Dans cette  région, le premier secteur contributeur  à la hausse est celui des transports et  de l’entreposage (+ 9 100 créations),  notamment dans les autres activités de  poste et de courrier (+ 12 100 créations,  dont + 12 200 immatriculations de  micro-entrepreneurs). En 2020, 48 % des  créations d’entreprises des transports  et de l’entreposage ont lieu en Île-de France. Le commerce y est le deuxième  secteur contributeur à la hausse  (+ 5 200 créations), notamment dans  la vente à distance (+ 4 300 créations  dont + 3 300 immatriculations de micro entrepreneurs). Alors qu’il était le plus  dynamique en 2019, le secteur des activités  spécialisées, scientifiques et techniques est  en repli : − 5 200 créations, notamment dans  les activités de conseil pour les affaires et  autres conseils de gestion (− 2 600 créations,  essentiellement sous le régime du micro entrepreneur). 

Autour de l’IDF, une ceinture à 4% et plus.

Par ailleurs, le nombre de créations  augmente fortement à La Réunion  (+ 19 %), dans le Grand Est (+ 8 %), en  Normandie et en Bourgogne-Franche Comté (+ 7 %). À l’inverse, il se replie dans  deux régions touristiques, dans le contexte  de la crise sanitaire : la Corse (− 7 %) et la Martinique (− 1 %). 

7 % des entreprises classiques ont des salariés au moment de leur création 

En 2020, 2 % des nouvelles entreprises  emploient au moins un salarié au  moment de leur création, contre 3 % en  2019  figure 4. En excluant les micro entrepreneurs, la part des entreprises  employeuses à la création passe à 7 %, en  hausse par rapport à 2019 (5 %). 

2,4 salariés moyens à la création.

Hors micro-entrepreneurs, les nouvelles  entreprises sont le plus souvent  employeuses dans l’hébergement et la  restauration (14 %), la construction (13 %),  l’industrie et les autres services aux ménages  (9 %). À l’opposé, cette proportion est la plus  faible dans les activités immobilières (2 %)  ainsi que dans les activités financières et  d’assurance et les activités d’information et  communication (3 %). 

Les entreprises employeuses au moment  de leur création en 2020 démarrent leur  activité avec 3,0 salariés en moyenne,  contre 2,9 en 2019. Parmi celles-ci, l’effectif  salarié moyen à la création est le plus  élevé dans l’industrie (4,1), la construction  et les transports et l’entreposage (3,9) et  le plus bas dans les activités immobilières  (2,0). 

Des créateurs d’entreprises  individuelles de plus en plus jeunes 

En 2020 comme en 2019, les créateurs  d’entreprises individuelles ont en  moyenne 36 ans. La part des moins de  30 ans s’accroît : elle est de 41 % en 2020,  contre 38 % en 2019 comme en 2018   figure 5. Elle est plus élevée chez les  micro-entrepreneurs (42 %) que chez  les créateurs d’entreprises individuelles  classiques (33 %). 

41% des créateurs ont moins de 30 ans.

Tous types d’entreprises individuelles  confondus, les créateurs sont les plus jeunes  dans les transports et l’entreposage (30 ans en  moyenne et 62 % ont moins de 30 ans). Dans  l’information et la communication, les créateurs  sont également relativement jeunes (33 ans en  moyenne). À l’inverse, ils sont généralement  plus âgés dans l’industrie (40 ans en moyenne)  et les activités de services administratifs et de  soutien (39 ans en moyenne). 

Quatre créateurs d’entreprises  individuelles sur dix sont des femmes 

La part des femmes.

En 2020, les femmes ont créé 39 % des  nouvelles entreprises individuelles. Cette  proportion est quasi stable depuis 2015,  alors qu’elle augmentait progressivement  depuis 30 ans (29 % en 1987 et 33 % en  2000). Elle reste quasi identique pour  les créations d’entreprises individuelles  classiques et pour les immatriculations  sous le régime du micro-entrepreneur.  Comme les années précédentes, la part  des hommes est la plus élevée dans la  construction (98 %), les transports et  l’entreposage (92 %) ainsi que l’information  et la communication (74 %). À l’opposé,  les femmes sont majoritaires dans la  santé humaine et l’action sociale (74 %),  les autres services aux ménages (71 %),  l’industrie (58 %) et l’enseignement (52 %).● 

Hugo Gourdon (Insee) 

Sources

Les statistiques sur les créations  d’entreprises proviennent du répertoire  des entreprises et des établissements (REE, issu de Sirene) géré par l’Insee. 

L’étude porte sur l’ensemble des activités  marchandes non agricoles. Ce champ inclut  les activités financières. La décomposition  en secteurs d’activité s’appuie, pour  l’essentiel, sur les niveaux d’agrégation  A10 ou A21 de la nomenclature d’activités française révision 2 (NAF rév. 2, 2008). Certains postes ont été renommés pour  être plus explicites.

Définitions

Une création d’entreprise correspond à la mise en œuvre d’une nouvelle combinaison de facteurs de  production, avec pour restriction qu’aucune autre entreprise ne soit impliquée dans cet évènement. 

Les créations d’entreprises sont en fait des créations d’unités légales. On parle néanmoins de  créations d’entreprises en raison de la spécificité de la situation au moment de la création. En  effet, au moment de son immatriculation, il n’est pas possible de déterminer si une unité légale  est indépendante ou appartient à un groupe. Par défaut, au moment de la création, toute entité  est donc indépendante et considérée comme une entreprise. 

Les créations d’entreprises correspondent donc aux unités légales du répertoire Sirene, qui  enregistrent un début d’activité relevant de l’un des cas suivants : 

 l’immatriculation d’une nouvelle unité légale avec création d’une nouvelle combinaison de  facteurs de production ; 

 le cas où l’entrepreneur redémarre une activité après une interruption de plus d’un an ; 

 le cas où l’entrepreneur redémarre une activité après une interruption de moins d’un an, mais  avec changement d’activité ;

  la reprise, par une unité légale nouvellement immatriculée de tout ou partie des activités d’une  autre unité légale lorsqu’il n’y a pas de continuité économique entre la situation du cédant et  celle du repreneur. On considère qu’il n’y a pas continuité économique de l’unité légale si, parmi  les trois éléments suivants concernant son siège, au moins deux sont modifiés lors de  la reprise : l’unité légale contrôlant l’établissement siège, l’activité économique et la localisation. 

Cette définition s’appuie sur les concepts harmonisés au niveau européen, à part pour les  entreprises individuelles sous le régime du micro-entrepreneur (dits micro-entrepreneurs). Pour  ces dernières, on ne sait pas s’il y aura ou non un début d’activité. On comptabilise donc des demandes d’immatriculation au répertoire Sirene ; certaines se traduiront par une vraie  création d’activité, d’autres par un démarrage différé, voire jamais réalisé. Une partie de ces  demandes, enfin, seront invalidées par l’Acoss : les personnes relevant de la Mutualité sociale  agricole (MSA) ou de diverses professions réglementées n’ont en effet pas le droit d’être sous le  régime du micro-entrepreneur. Ces radiations seront prises en compte ultérieurement dans la  démographie d’entreprises dite « structurelle ». 

Les créations d’entreprises classiques correspondent aux créations d’entreprises hors micro entrepreneurs. 

Un micro-entrepreneur bénéficie du régime de même nom (appelé auto-entrepreneur  jusque 2014), qui offre des formalités de création d’entreprise allégées et un mode de calcul et de paiement simplifié des cotisations sociales et de l’impôt sur le revenu. Il s’applique aux  entrepreneurs individuels qui en font la demande, sous certaines conditions. 

Les entreprises individuelles sont les entreprises dont la personnalité morale n’est pas  différente de la personnalité physique. 

Les entreprises individuelles classiques désignent les entreprises individuelles hors micro entrepreneurs. 

Une société est une entité dotée d’une personnalité morale. 

Une société par actions simplifiée (SAS) groupe des associés dont la responsabilité est limitée à  leur apport personnel et qui ont la possibilité de disposer de prérogatives indépendantes de leur  part de capital. La SAS est une société de capitaux, ce qui la rapproche de la société anonyme (SA). 

Une société à responsabilité limitée (SARL) groupe des associés dont la responsabilité est  limitée à leur apport personnel et dont les pouvoirs (droits de vote, droits sur les bénéfices…)  sont proportionnels à la part du capital détenue. 

Pour en savoir plus 

• Richet D., Bignon N., « Micro entrepreneurs immatriculés en 2018 : dans les transports, deux sur  trois travaillent via une plateforme  numérique », Insee Première n° 1821,  octobre 2020. 

Dorolle A., « Les créateurs d’entreprises  de 2018 : deux sur trois sont seuls à  l’origine du projet de création », Insee  Première n° 1818, septembre 2020. 

Gourdon H., « Les créations d’entreprises  en 2019 : l’essor des immatriculations de  micro-entrepreneurs se poursuit », Insee  Première n° 1790, janvier 2020.

Direction générale : 88 Avenue Verdier 92541 Montrouge Cedex 

Directeur de la   publication : Jean-Luc Tavernier Rédactrices en chef : A. Goin, S. Pujol 

 Rédacteurs : P. Glénat, C. Lesdos C. Tchobanian Maquette : B. Rols 

Code Sage : IP211837 ISSN 0997 – 3192 (papier) ISSN 0997 – 6252 (web) © Insee 2021  http://www.insee.f

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Éditorial : un grand homme de l’industrie.

Paru dans l’Entretien du Dimanche le 31 Janvier, voici le témoignage de Louis Gallois, qui à 77 ans vient de quitter ses fonctions de président de directoire de PSA. Retour sur le parcours du « plus beau CV de l’industrie française », qui a également multiplié les engagements au profit des moins favorisés.

Louis Gallois

Le Bien Public : Dans votre carrière, vous avez affronté les chocs pétroliers (1973 et 1979), la crise financière (2008) et maintenant la crise du Covid…

Louis Gallois :  » Nous n’avons jamais traversé une telle crise ! C’est une crise mondiale qui ne vient pas de l’intérieur du système économique, d’un impact jamais vu en dehors des guerres… Et surtout, elle génère énormément d’incertitude, elle paralyse les investissements. »

Le Bien Public : « Une crise mondiale, dont la Chine semble tirer avantage…

Louis Gallois :  » Elle est la seule grande économie qui aura connu la croissance en 2020. Il y a maintenant 3 grands blocs dans le monde. Et l’Europe doit jouer son rôle, sinon elle deviendra le terrain de jeu de l’affrontement entre les États-Unis et la Chine. »

Le Bien Public : « Un rôle autonome, ou avec les États-Unis ?

Louis Gallois : « Autonome. Les États-Unis sont évidemment nos alliés, mais après Obama, qui avait commencé à prendre ses distances, et après Trump, l’Europe doit apprendre à compter sur ses propres forces, fixer des règles du jeu qui la mettent à parité avec les autres. Nous assistons à une régionalisation des chaînes de valeur en Chine et aux États-Unis, l’Europe doit s’y engager aussi… »

Le Bien Public : Vous parlez de régionalisation, d’autres de « relocalisation ».

Louis Gallois : « Je préfère parler de réindustrialisation. Certaines relocalisations peuvent être nécessaires dans l’alimentaire ou la santé, mais il ne s’agit pas de relocaliser l’industrie d’il y a vingt ans : nous voulons l’industrie des vingt prochaines années, plus technologique, plus haut de gamme, plus verte, tournée vers des marchés émergents. »

Le Bien Public : « Avec quel espoir pour nos vieilles régions industrielles ? A Sochaux, l’usine Peugeot emploie moins de 8.000 salariés, contre plus de 40.000 il y a trente ans…

Louis Gallois : « L’automobile fait partie des industries de l’avenir, mais il est clair que l’on construit plus de voitures avec moins de personnes, et on ne refera pas des usines de 40.000 personnes… Ces régions ont beaucoup souffert, elles se sont épuisées dans ces drames industriels. Je me souviens d’être allé faire du ski à La Bresse (Vosges) et je voyais le long de la route ces usines fermées, « à vendre »… Personne ne rachète ces usines, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’espoir, dès qu’on rassemble les énergies. Voyez le bassin d’Oyonnax la vallée de l’Arve ou le Creusot : je me souviens avoir eu à gérer la faillite de Creusot-Loire (en tant que Directeur Général de l’Industrie, en 1983), m’être rendu sur place protégé par des CRS… Aujourd’hui, le territoire du Creusot a retrouvé son dynamisme industriel, il lui reste à le faire savoir. La chance de ces territoires est que l’industrie n’aime pas les métropoles, où le terrain est rare et cher. »

Le Bien Public : « A condition d’être compétitif…

Louis Gallois : « La compétitivité est indispensable, mais je préfère parler plus globalement d’attractivité : il faut que l’industrie se sente bien sur son territoire, avec des services publics, des médecins, évidemment Internet et demain la 5G, car il n’y aura pas d’industrie technologique sans 5 G ! C’est en partant des territoires qu’on pourra refaire le tissu industriel français. L’autre levier, c’est la reconquête française des technologies clés, comme le numérique ou l’intelligence artificielle.

Le Bien Public : « Vous avez dirigé des entreprises très différentes… Quelles sont les qualités d’un patron ? ».

Louis Gallois : « Je n’en sais rien… Il faut avoir une bonne santé, bien dormir la nuit… Je citerai Carlos Tavarès (DG de Stellantis), dans un récent entretien : « J’ai besoin d’un équilibre entre ma vie familiale, ma vie sportive, ma vie professionnelle… » Il a raison : j’ai toujours cloisonné, pour ne pas me laisser envahir par le métier ».

Le Bien Public : « Aujourd’hui, un PDG du CAC 40 perçoit 78 fois la rémunération moyenne des salariés de son entreprise. C’est justifié ?

Louis Gallois : « C’est à la fois assez incompréhensible pour les gens, et en même temps « lié à un marché » des patrons, qui est une réalité. Quand je suis passé de la SNCF à EADS, mon salaire a été multiplié par dix, ça m’a fait un choc… »

Le Bien Public : « Vous aviez alors demandé une diminution de ce salaire …

Louis Gallois : « Et on m’a expliqué que je risquais de dévaloriser l’entreprise, que cela allait peser sur toute la hiérarchie… A chacun de se faire son opinion. Mais je ne crois pas que l’on puisse légiférer sur le sujet. »

Le Bien Public : « Vous avez donné votre nom à un rapport – le rapport Gallois – qui plaide en novembre 2012 pour un « choc de compétitivité ».

Louis Gallois : « Ce rapport est tombé au bon moment, l’opinion publique prenait conscience que la désindustrialisation devenait un drame national… Cela a permis de faire émerger la notion de « compétitivité », qui était jusque-là un mot tabou, au moins à gauche. C’était l’offre qui était malade, pas la demande. D’où le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (C.I.C.E.) et le pacte de responsabilité… Le Plan de relance actuel prévoit 30 milliards pour l’industrie ; cette politique de l’offre doit être poursuivie avec persévérance, car il faudra vingt ans pour reconquérir l’industrie.3

Le Bien Public : « Un volet du rapport Gallois est resté sans suite, votre plaidoyer pour « un nouveau pacte social »…

Louis Gallois : « Oui, cela manque pour qu’un pays aussi éruptif que la France ne perde pas une partie de son énergie dans des batailles internes. Ce nouveau pacte social, sans abandonner les acquis de 1945 comme la Sécurité sociale, doit prendre en compte l’aspiration des gens à participer aux décisions qui les concernent. Dans les entreprises, cela veut dire, en particulier, une présence plus importante dans les conseil d’administration des salariés, qui expriment la voix des entreprises et en connaissent la réalité intime. »

Le Bien Public : « Vous présidez le fonds d’expérimentation « Territoire zéro chômeur de longue durée ». C’est un objectif atteignable ?

Louis Gallois : « Sur les dix territoires retenus, deux l’ont déjà atteint : tout nouveau chômeur de longue durée qui le veut, peut être embauché. Ce n’est pas facile, mais c’est possible si tout le monde s’engage. Le chômage de longue durée est la gangrène du corps social : des fils n’ont jamais vu leur père travailler… Et cette expérimentation démontre l’utilité de l’économie sociale et solidaire, trop sous-estimée ».

Propos recueillis par Francis Brochet. – Le Bien Public du Dimanche 31 Janvier 2021.

Au Cercle des Investisseurs.

BIO EXPRESS

Né le 26 Janvier 1944 à Montauban. HEC, ENA en 1972. Adhésion à la CFDT et au Parti Socialiste.

  • 1981 : directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Recherche, puis Directeur Général de l’Industrie, retour en 1988 au côté de Jean-Pierre Chevènement à la Défense.
  • PDG de la SNECMA (1989), d’Aérospatiale (1992), de la SNCF (1996), d’EADS-Airbus (2006 – 2012).
  • 2012 : Commissaire général à l’investissement, auteur d’un rapport sur la compétitivité.
  • 2014 : Président du conseil de surveillance de PSA.
  • Président de la Fédération Nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS, devenue FAS), président du fonds « Territoire zéro chômeur de longue durée », co-président de La Fabrique de l’Industrie.
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Économie : attention au transport routier de marchandises. (TRM)

Le travail présenté par Nathalie, la méthodologie mise au point par Xavier doivent être pour tout notre groupe l’occasion de naviguer entre les icebergs : une approche sectorielle « futée » doit être notre marque de fabrique collective. Déjà sévèrement impacté par la première vague de la pandémie, le TRM redoute les conséquences du nouveau confinement. Surtout pour les plus petites entreprises du secteur...

Un secteur fragilisé par son morcellement.

C’est une première victoire qui redonne un peu d’espoir aux routiers. Le 5 Novembre dernier, après une réunion téléphonique avec le ministre délégué aux transports, Jean-Baptiste Djebbari, les syndicats de chauffeurs annonçaient l’ouverture de 250 relais routiers sur l’ensemble du territoire. Sur présentation de leu(r carte professionnelle, les conducteurs peuvent désormais accéder à l’un de ces établissements pour y prendre un repas chaud à table, faire une pause, accéder aux sanitaires… Une restriction contrarie cependant les transporteurs : les restaurants ne seront ouverts que de 18 h à 10 h sur arrêté préfectoral. Pas de repas chaud à midi donc !

Des Héros de la continuité économique

« On pense que c’est déjà un bon début parce qu’il n’y avait que 50 relais routiers d’ouverts au premier confinement. Et on aura un interlocuteur en permanence pour ajuster les relais qui auront besoin d’être ouverts », estime néanmoins Thierry Douline, président CFTC Transports. Aires de repos inaccessibles, points de restauration fermés, douches et toilettes condamnées, stations-services closes..; depuis le début de la crise sanitaire, les organisations patronales du secteur et les syndicats professionnels dénoncent les conditions de travail inacceptables des conducteurs routiers. « C’est une première victoire pour les conditions de travail et d’hygiène de ces héros qui assurent la continuité de l’économie du pays », se sont réjouies toutes ces structures dans un communiqué commun. Mais elles restent sceptiques quant à la volonté réelle du gouvernement de soutenir leur profession. En pleine pandémie, dans une France deux fois confinée et confrontée à des ruptures d’approvisionnement le transport routier de marchandises a vaillamment poursuivi son activité. Apportant ainsi son soutien vital aux principaux secteurs d’activité qui animent l’économie du pays.

Des conditions de travail à rétablir.

Oubliés dans le Plan de Relance du Gouvernement !

Pourtant, alors qu’il représente 90 % du fret de marchandises en France, le secteur est le grand oublié du fameux Plan de relance annoncé par le Premier Ministre Jean Castex ( 100 milliards d’€ sur 3 ans). Pas un mot sur le TRM dans le dispositif ! Le ferroviaire, lui rafle la plus belle part du gâteau avec 4,7 milliards d’euros. Tandis que « l’avion vert » bénéficiera d’une aide de 1,9 milliard d’euros. pas un centime n’est directement prévu pour le transports routier. Même si certaines mesures, comme le développement de la filière hydrogène ou l’amélioration des infrastructures routières, devraient tout de même lui être profitables. L’absence de mesures spécifiques pour le TRM dans le Plan de relance est d’autant plus incompréhensible que le fret routier a connu une baisse de 50 % à 60 % de son activité en moyenne pendant le confinement. « certaines entreprises annoncent des pertes allant jusqu’à 20 % encore aujourd’hui ! Les transporteurs qui continuaient de rouler ont vu exploser leurs coûts alors même quec de nombreux clients exerçaient une pression à la baisse sur les prix. ces pressions persistent. Pour beaucoup d’entreprises, les comptes d’exploitation sont dans le rouge ! « , s’alarme la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers (FNTR).

A l’évidence, un soutien à la profession à la profession s’imposait pour aider les plus petites entreprises du secteur à se relever. Comme le rappelle une étude récente de l’INSEE, le secteur routier de marchandises comprend 83 % de TPE ! Caractéristiques : elles occupent moins de 10 personnes et ont un chiffre d’affaires annuel ou un total de bilan n’excédant pas 2 millions d’euros. On dénombre ensuite 16 % d’autres petites et moyennes entreprise (PME) et 0,4 % d’entreprises de taille intermédiaire et de grandes entreprises. la profession se démarque par un très fort poids de ses PME : ces dernières réalisent 45 % du chiffre d’affaires du secteur, contre 18 % dans l’ensemble du transport.

Des objectifs de report modal : décongestionner les routes ?

Dépôts de bilan en perspective.

Des chiffres qui illustrent bien la nécessité d’aider les plus petites entreprises de TRM, généralement plus fragiles financièrement, à surmonter cette frise sanitaire. Mais il y a aussi un intérêt plus stratégique, pour toute l’économie nationale à soutenir le transport routier. Car même si l’on atteint les objectifs de report modal (pour décongestionner les routes) , le TRM représentera toujours plus de 75 % du fret de marchandises en France. « Il est et restera incontournable. Il est un levier à court et moyen terme pour réussir la transition énergétique, pour améliorer la compétitivité française et l’emploi. Le gouvernement doit enfin en prendre la mesure… »rappellent les représentants des entreprises de transport routier.

En attendant ce jour improbable, le secteur souffre. Au troisième trimestre 2020, selon la note de conjoncture de la FNTR, l’activité du TRM accentue sa baisse. le solde d’opinion, indicateur qui mesure l’activité économique par rapport à la même période de l’exercice précédent, se trouve très en-dessous de sa moyenne habituelle depuis 4 trimestres consécutifs. Une chute qui bientôt, dépassera celle observée lors de la crise financière de 2008. 56 % des chefs d’entreprise estiment que leur activité ca régresser, contre seulement 8 % qui envisagent une hausse. les autres sont dans l’incertitude. « dans un secteur composé à 95 % de TPE/PME, cette situation signifie très concrètement des dépôts de bilan en perspective et des menaces sur l’emploi. Il en va de l’avenir des 40.000 entreprises du secteur et de leurs 400.000 salariés, prévient la FNTR.

Des charges d’exploitation élevées.

Allongement des délais de paiement, pertes de marchés, tensions sur les prix: les trésoreries de la plupart des TPE du TRM sont exsangues… Une épreuve peut-être plus douloureuse pour celles-ci car le secteur se caractérise par des charges d’exploitation élevées, inhérentes aux activités selon l’INSEE. La part de la valeur ajoutée dans le chiffre d’affaires est ainsi plus faible que pour l’ensemble des transporteurs (36,2 % contre 42,1 %). Cela est dû au poids important des achats de matières premières (11% de la valeur ajoutée), en particulier de carburant stocké. Le taux de valeur ajoutée est encore plus faible dans les transports routiers de fret interurbains (33,2%).

Les « autres achats et charges externes » pèsent aussi fortement sur la valeur ajoutée : ils représentent 80 % des consommations intermédiaires et 50 % du chiffre d’affaires du secteur. Plus d’un tiers des dépenses de ce poste est consacré à la sous-traitance, soit 15 % du chiffre d’affaires du secteur (21% pour l’ensemble du transport). Le recours à la sous-traitance est plus élevé dans les plus grandes entreprises (21% du chiffre d’affaires) que dans les microentreprises (7ù) et les autres PME (12%). plus des deux tiers de cette sous-traitance participent à l’activité principale des entreprises, le reste de son fonctionnement (nettoyage, comptabilité…).

Un autre tiers des « autres achats et charges externes » est consacré à l’entretien et aux réparations ,aux loyers et charges locatives et aux assurances. En sous-traitant une partie de leur activité principale, les plus grandes entreprises réduisent le poids de ce type de dépenses. le tiers restant regroupe les achats non stockés de carburants, les redevances de crédit-bail, les autres frais annexes et le coût du personnel extérieur. Les entreprises sollicitent beaucoup l’emploi intermédiaire(24.000 intérimaires), notamment en raison des difficultés de recrutement de personnel roulant qui se sont accrues depuis 2017.

Le taux de marge du secteur est aussi plus faible que celui de l’ensemble des transports (13,4 % contre 24,8%). les frais de personnel sont en effet relativement plus élevés dans le transport routier de marchandises, avant tout du fait du volume des emplois, les frais de personnel par salarié étant plus faibles. Toutefois, le taux de marge des entreprises ne reflète que partiellement leur rentabilité : celle-ci doit s’apprécier relativement au capital engagé. La rentabilité économique de ce secteur est ainsi supérieure à celle de l’ensemble des transports (10,4 % contre 5,5%). Une vérité statistique qui remonte à l’année 2017 et qui n’est certainement plus qu’un lointain souvenir en 2020…

Chiffres-clés de la Profession : CA : 47,6 milliards d’euros. (Source : INSEE et FNTR).

Nombre d’entreprises : 31.800

Nombre de salariés : 400.000

Revue CGA Contact – N° 141 Novembre/décembre 2020 – auteur : Nasser NEGROUCHE.

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L’effet hétérogène du commerce international sur l’innovation.

L’évolution des marchés d’exportation d’une entreprise influe sur ses décisions d’innovation.  

Les entreprises manufacturières françaises brevettent davantage lorsqu’elles sont soumises à  un choc de demande étrangère, c’est-à-dire lorsque leurs marchés d’exportation croissent  plus fortement de manière exogène. La hausse du nombre de brevets est perceptible deux à  cinq ans après un tel choc de demande, mettant en évidence le temps nécessaire pour innover. Cet effet est entièrement imputable aux entreprises initialement les plus productives. Outre ses  effets sur l’innovation, un choc de demande étrangère a un effet positif et immédiat sur les ventes et  l’emploi des entreprises, et ceci quel que soit leur niveau de productivité

Matthieu Lequien (division des études macroéconomiques, Insee) 

De nombreux événements, comme la  crise liée à la Covid-19, ou les politiques  commerciales affectent le commerce  international. Au-delà de leurs effets  immédiats, ces chocs commerciaux  peuvent avoir des conséquences à long  terme, notamment sur l’innovation des  entreprises, l’un des principaux moteurs  de la croissance économique. L’ampleur  économique de ce lien est considérable.  Selon la spécification la plus prudente, une expansion de 1 % de la demande étrangère entraînerait 52 brevets prioritaires supplémentaires dans le secteur  manufacturier français, soit une hausse de 0,64 % de ces brevets. Cette étude analyse comment la quantité et la qualité  de cet effet sur l’innovation évoluent dans le temps et varient selon les entreprises (au sens des unités légales) ayant  différents niveaux initiaux de  productivité. 

Les innovateurs sont plus productifs,  réalisent un chiffre d’affaires plus  élevé et exportent davantage.

Un faible nombre d’entreprises  concentrent encore plus les brevets que  les exportations, elles-mêmes plus concentrées que le chiffre d’affaires ou  l’emploi. En effet, le top 1 % des entreprises déposant des brevets en possède  91 % en 2007, tandis que le top 1 % des  entreprises en matière d’exportations  (chiffre d’affaires) réalise 70 % des  exportations totales (respectivement  51 % du chiffre d’affaires total ;  figure 1). Dans un même secteur, les  entreprises exportatrices génèrent un chiffre d’affaires plus élevé, ont plus  d’employés que les non-exportatrices ;  elles sont aussi plus productives. Même  à secteur et emploi donnés, une entreprise exportatrice réalise un chiffre d’affaires supérieur à celui d’une entreprise  non exportatrice, avec une valeur ajoutée par travailleur supérieure de 18 %.  Au sein de ces entreprises exportatrices,  déjà plus grandes et performantes, les innovantes (celles avec au moins un brevet)  se démarquent : elles sont encore plus  grandes, plus productives et exportent  davantage et vers plus de destinations. 

En outre, innover et exporter sont fortement  liés : seules 5 % des entreprises ayant  déposé au moins un brevet entre 1995 et  2012 n’ont jamais exporté sur cette période. Ce lien entre innovation et exportations  porte non seulement sur la marge extensive,(les entreprises n’exportant pas brevettent très peu souvent), mais aussi sur la marge  intensive (plus une entreprise exporte, plus  elle a de chances d’innover. (figure 2). 

Au-delà de cette corrélation très nette entre exportations et innovation au sein des entre prises manufacturières françaises, l’étude  cherche à identifier l’effet causal des exportations sur l’innovation. La stratégie d’identification repose sur la construction d’un  choc de demande qui suit l’évolution des  marchés d’exportation d’une entreprise tout  en restant indépendant des décisions de  l’entreprise. 

Une hausse de la demande étrangère  conduit une entreprise à innover  davantage 2 à 5 ans après 

En premier lieu, une hausse exogène de la  demande étrangère adressée à une entreprise  conduit cette entreprise à innover davantage. Cet effet du choc de demande sur l’innovation (i.e. sur le nombre de brevets) est  spécifique aux entreprises en bénéficiant.  En effet, il est observé en comparant des entreprises appartenant aux mêmes secteurs ; il n’est donc pas seulement lié à l’appartenance sectorielle (contrairement à  [Acemoglu et Linn, 2014]). En outre, l’innovation a lieu 2 à 5 ans après un choc de  demande, ce qui est cohérent avec le temps  de la recherche et développement et du  dépôt de brevet (figure 3)

Impact de la demande exogène.

En revanche, les ventes et l’emploi augmentent immédiatement à la suite du choc : il y  a un effet tangible et immédiat sur l’activité  de l’entreprise, ce qui confirme que la  réponse à ce choc de demande étrangère est bien liée à l’augmentation de la taille du marché (figure 4)

Le chiffre d’affaires.

Seules les entreprises les plus  productives innovent davantage après une hausse de la demande étrangère. 

L’effet du choc de demande étrangère sur  l’innovation est entièrement porté par les  entreprises dont la productivité est supérieure à la médiane de leur secteur (mesurée  une année initiale avant tout choc de  demande). Aucun effet sur l’innovation  n’est visible dans les entreprises les moins productives et la différence d’effet entre entreprises plus ou moins productives est  toujours significative au seuil de (un) : 1 %. Cette réponse hétérogène pourrait a priori simplement refléter que les entreprises les plus productives bénéficient prioritairement du choc de demande. Mais ce n’est pas le cas puisque l’effet sur les ventes et l’emploi n’est pas différent pour les entreprises à productivité initiale faible ou  élevée. 

La construction de chocs de demande placebos, dans lesquels les produits ou les destinations déterminant l’exposition des entreprises aux marchés d’exportation ont été tirés au hasard, montre qu’il est hautement improbable qu’une entreprise à forte  productivité aurait autant innové « de toute  façon », c’est-à-dire sans le vrai choc. 

Une concurrence accrue après une hausse de la demande pourrait  freiner davantage l’innovation des entreprises les moins productives 

Ces résultats peuvent être interprétés à  travers le prisme d’un modèle de commerce  international avec concurrence monopolistique d’entreprises hétérogènes. Une  demande accrue sur les marchés d’exportation générerait un effet d’échelle qui rendrait l’innovation plus attrayante pour toutes les  entreprises, mais aussi un effet de concurrence par l’entrée d’entreprises supplémentaires sur ce marché. Cet effet de  concurrence réduirait de manière disproportionnée les incitations à innover dans  les entreprises à faible productivité. Avec  ces deux effets, un choc de demande étrangère générerait plus d’innovation dans les  entreprises à forte productivité que dans  celles à faible productivité. Les mécanismes identifiés par cette modélisation  rendent ainsi compte des résultats observés  empiriquement. Ce modèle est détaillé  dans [Aghion et al., 2020]. D’autres mécanismes pourraient naturellement être à  l’œuvre. Par exemple les entreprises les  plus productives pourraient plus facilement absorber un coût fixe de l’innovation grâce à leurs marges plus élevées, ou faire face à  de l’incertitude sur le rendement de la  R&D ou la taille de marché. ■ 

Définitions 

L’innovation est ici approchée par le nombre de dépôts de brevets prioritaires, c’est-à-dire la première publication décrivant une  invention, les dépôts suivants protégeant la  même propriété intellectuelle dans d’autres  juridictions n’étant pas prioritaires et donc  non comptabilisés. 

Sources :  Pour étudier comment la demande étrangère affecte l’innovation des entreprises,  l’étude mobilise les données des Douanes, la base Baci de commerce international du  Cepii, les données administratives DGFiP/ Insee Ficus/Fare et les données Patstat de brevets de l’Office européen des brevets. Les bases Patstat et le répertoire  Sirene ont été appariés sur le nom des  entreprises, par une méthode de Machine  Learning, afin d’associer aux déposants de  brevets leur numéro Siren (absent de Patstat). L’analyse porte sur les entreprises  françaises manufacturières et couvre la  période 1995-2012. 

L’effet hétérogène d’un accès facilité à l’exportation sur les investissements technologiques est documenté par [Bustos, 2011] et  [Lileeva et Trefler, 2010]. Cette étude contribue à la littérature, notamment avec l’utilisation des brevets pour mesurer linnovation des entreprises. Ainsi, l’innovation est approchée par le nombre de dépôts de  brevets prioritaires, c’est-à-dire la première  publication décrivant une invention, les  dépôts suivants protégeant la même propriété intellectuelle dans d’autres juridictions n’étant pas prioritaires et donc non  comptabilisés. Ceci évite de capturer le lien  mécanique qu’il peut y avoir entre nombre  de brevets et marchés d’exportation  puisqu’une entreprise présente sur de nombreuses destinations aura tendance à déposer de nombreux brevets non prioritaires  pour y protéger ses produits. Une deuxième  mesure de l’activité d’innovation porte sur  le nombre de citations venant d’autres brevets et reçues dans les cinq ans suivant le dépôt de ses brevets une année donnée.  Les résultats sont robustes à d’autres  mesures de brevets. 

Les analyses sont effectuées au niveau de  l’unité légale. Si un groupe enregistre ses brevets et ses exportations dans des unités  légales différentes, alors le lien entre brevets  et exportations n’est pas capturé. Ce problème se pose également dans le cas des  multinationales. Ainsi, les brevets peuvent être  localisés au nom d’une filiale dans un pays  étranger alors que la production et les exportations sont situées en France. Inversement,  l’activité de R&D peut être localisée en France  alors qu’une part importante de la production  est délocalisée dans d’autres pays. Dans tous  ces cas, le lien approprié entre les chocs à  l’exportation pour ce producteur et une innovation induite (brevets) n’est pas enregistré,  ce qui biaise les coefficients estimés vers 0.  Si l’information sur les groupes et les multinationales était disponible, les résultats empiriques en seraient probablement renforcés. 

Méthodes 

Pour identifier l’effet causal des exportations  sur l’innovation, la stratégie d’identification  repose sur la construction d’un choc de  demande qui suit l’évolution des marchés  d’exportation d’une entreprise tout en restant  indépendant des décisions de l’entreprise.  S’appuyant sur la méthodologie des instruments shift-share et de travaux comme [Hummels et al., 2014], ce choc est construit de la  manière suivante. Les entreprises sont exposées à des chocs agrégés, la croissance chaque année des importations dans un pays  pour un produit venant du reste du monde  sauf de France. Elles sont exposées au choc  agrégé venant d’un pays pour un produit  donné seulement si elles exportaient ce produit vers ce pays la première année de  l’échantillon. Plus précisément, le choc pour  une entreprise est égal à la somme de tous  les chocs agrégés pondérés par la part que  représentaient chaque pays et chaque produit  dans le chiffre d’affaires total de l’entreprise durant cette année initiale. Utiliser une année initiale (la première année pour chaque entreprise avec des exportations positives), qui  n’est ensuite plus utilisée dans les régressions, pour définir les marchés d’exportation  auxquels est exposée une entreprise permet  de s’assurer que l’innovation de l’entreprise à  une date donnée n’influe pas sur le choc de demande étrangère via la sélection chaque  année des marchés d’exportation. Exclure les  exportations françaises vers les marchés d’exportation pour le calcul du choc agrégé permet d’éliminer des sources de variation venant de France et qui pourraient être corrélées aux variables d’intérêt de l’entreprise française. 

La stratégie d’estimation principale consiste à régresser une variable d’intérêt de l’entreprise, la croissance de sa taille et son activité  de brevets, sur des avances et des retards  du choc de demande, des contrôles (niveaux  et évolutions des ventes et de l’emploi l’an née initiale) et des effets fixes secteur-année.  Pour pallier les nombreux zéros présents  dans les données de brevets, des régressions negative binomial sont aussi utilisées. 

Pour en savoir plus 

• Aghion P., Bergeaud A., Lequien M., Melitz  M.-J., “The Heterogeneous Impact of Market Size on Innovation: Evidence from French Firm-Level Exports”, Documents  de travail n° G2020/11, Insee,  novembre 2020. 

• Hummels D., Jørgensen R., Munch J.,  Xiang C., “The Wage Effects of Offshoring:  Evidence from Danish Matched Wor ker-Firm Data”, American Economic  Review, 104 (6), 1597–1629, juin 2014. 

• Bustos P., “Trade Liberalization, Exports,  and Technology Upgrading: Evidence on  the Impact of MERCOSUR on Argentinian  Firms », American Economic Review,  101 (1), 304–340, février 2011. 

• Lileeva A., Trefler D., “Improved access to  foreign markets raises plant-level productivity… for some plants”, The Quarterly  journal of economics, 125(3), 1051–1099,  aout 2010. 

• Acemoglu D., Linn J., “Market size in innovation: theory and evidence from the pharmaceutical industry”, The Quarterly journal of economics, 119 (3), 1049–1090,  août 2004.

 Direction Générale 88 avenue Verdier 92541 Montrouge Cedex – Directeur de la publication : Jean-Luc Tavernier 

Rédactrices en chef : A. Goin, S. Pujol  Rédacteurs : C. Lesdos, P. Glénat 

Maquette : B. Rols  Code Sage : IA2058  ISSN 2416-7851 © Insee 2019 

Insee Analyses figure dès sa parution sur le site internet de l’Insee :

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