Développement personnel·Optimisme

Dire merci, ça fait du bien !

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Ce petit mot du quotidien, comme nos applaudissements pour les soignants, peut nous faire plus de bien que nous le pensons. La psychologue Rebecca Shankland, enseignante en psychologie à l’Université de Grenoble, explique…

Au-delà du merci de politesse, ce témoignage de gratitude est riche en bénéfices. Les chercheurs en psychologie ont évalué par de nombreuses études ses effets dans les relations sociales, mais aussi sur notre santé morale, et même physique ! A condition de dépasser l’automatisme, justement, pour redonner tout ce sens à ce « mot magique ».

C’est bon pour la santé.

Gratitude_Shankland2Notre corps en profiterait directement : « Les observations par imageries médicales de la fréquence cardiaque, de la tension et de la sudation ont montré une réduction des manifestations liées au stress et du taux de cortisol notamment (-23%) sous l’effet d’émotions positives comme celle que génère le sentiment de reconnaissance », rapporte Rebecca Shankland, l’enseignante grenobloise, auteure de « Les pouvoirs de la gratitude », (éditions Odile Jacob).

 

 

Le rythme cardiaque ralentit, la tension baisse, c’est donc bon pour le coeur, pour l’organisme moins exposé aux phénomènes d’oxydation, mais aussi pour les fonctions cérébrales. La gratitude décuple ainsi étonnamment la créativité et l’agilité intellectuelle.

C’est bon pour le moral.

« Éprouver de la gratitude réduit le sentiment de solitude car cela permet de nous sentir reliés aux autres », précise encore Rebecca Shankland. Et cela nous fait énormément de bien. Il n’en fallait pas davantage pour souligner, grâce à plusieurs études, l’effet protecteur de la gratitude contre la dépression. « Plus nous savons dire merci aux autres, à la vie qui nous gâte, moins nous nous sentons déprimés », confirme la psychologue, recherches à l’appui.

Ça se cultive.

Les experts en psychologie positive proposent des techniques, comme la tenue régulière d’un journal de gratitude pour y inscrire les bienfaits reçus. « C’est tellement efficace que la méthode a été intégrée à des protocoles de soins de patients dépressifs, », ajoute Rebecca Shankland. Autre exercice:  s’efforcer d’être simplement plus réceptifs à ce que nous ressentons, à ce que nos sens perçoivent, par la méditation en pleine conscience ou des exercices d’attention. Cela aide à mieux mesurer les dons reçus, petits ou grands.

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Ça s’apprend.

Nous n’avons donc jamais fini d’apprendre à dire merci. Même si cela commence très tôt, avec nos enfants. Comment leur faire comprendre à quel point c’est important ? « En donnant l’exemple, en se disant souvent merci entre adultes, aux enfants … », conseille avant tout la psychologue grenobloise. Certes, les enfants qui l’entendent vont l’intégrer, mais le sentiment de gratitude, si protecteur pour eux, ne sera pas forcément au rendez-vous. Une fois de plus, des études l’ont mis en évidence : plus l’attente de l’adulte est importante, moins l’enfant éprouve sincèrement de reconnaissance.

À nous de les féliciter aussi quand ils remercient pour qu’ils se rendent compte que cela compte pour nous. Finalement, rien n’est dû, tout se donne pour être reçu avec plaisir.

Sophie VIGUIER-PINSON.

Le Bien Public du Dimanche 26 Avril – Bien-être en partenariat avec Tempo- Santé.

 

 

 

 

L'éditorial·Optimisme

L’éditorial distancié.

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Vous souvenez-vous de « Propos sur le bonheur » ? Nous en avions parlé ici même le 31 janvier 2019. Nous en étions alors au Niveau 1, celui de l’Initiation ; voici venu le temps des Idées, aujourd’hui je vous entraîne au niveau de la Confirmation. Puisé dans « Éléments de Philosophie », voici ce que dit Alain de la Solidarité.

La contrainte naturelle qui vous force à vivre ici et non là, qui vous a fait naître en cette ville et vous a fermé dans ce petit collège, délivre l’esprit de cette vaine psychologie [celle de vouloir plaire à tout prix]. La solidarité est ce lien naturel. Non point entre semblables qui se conviennent, au contraire entre inconciliables, indiscrets, ennemis. Vous ne choisissez point, hors d’une grande fortune qui vous fait errants et secs, sans l’adoption forcée et les vieilles femmes  à roupies. D’autant que l ‘ardeur du jeu, dans les premières années, nous fait aimer l’espèce. Ajoutez le langage commun, et le ton chantant de chaque ville, dont aucune nuance n’est perdue…

Quand les liens sont plus serrés, les amitiés en naissent plus fortes et plus durables, comme entre deux prisonniers, entre deux écoliers, entre deux soldats. Mais pourquoi ? Parce que la contrainte nous fait accepter ce qui ne manquerait pas de nous rebuter d’abord, si nous étions libres. Et la bienveillance réciproque, même forcée, en appelle par des signes bien clairs une autre ; le riche ignore ces trésors-là. Presque tous les hommes conservent avec bonheur ces premiers fruits de leur sagesse, et souvent sans savoir pourquoi; car il est également ignoré que tous les hommes deviennent meilleurs par la bienveillance, mais que le jeu des passions doit rompre inévitablement presque tous les attachements libres. Les effets visibles dans l’expérience ont pourtant mis en honneur la fidélité, qui consiste à vouloir aimer malgré tout. Il faut se garder ici de renverser l’ordre. Ce n’est point par sa force qu’un attachement est fidèle, au contraire c’est par sa fidélité qu’il est fort. Aussi ne faut-il pas se plaindre trop de cette contrainte du fait, qui nous rend fidèles par nécessité. Il faut dire seulement que la fidélité forcée est moins clairvoyante, qu’elle fait moins naître ce qu’elle voudrait, qu’elle se contente enfin plus aisément. De toute façon il faut gagner l’amour qu’on a.

Ces victoires ne feraient point une société. L’amitié ne naît pas inévitablement de la contrainte, il s’en faut bien. La haine peut aussi peut naître du voisinage, car toute passion s’échauffe par la réplique, et imite sa propre image. Tout est bon pour se haïr, même un mur branlant si on s’injurie par-dessus, même un chien battu. Le plus ordinaire est l’indifférence, surtout, ce qui est commun, si les mêmes métiers ne voisinent point. Mais cela même trompe comme une porte bien fermée. Car toutes ces paroles et tous ce visages, nous façonnent autant que le vent, la pluie et le soleil font les noeuds du chêne. Je n’ai jamais pu parler à un homme sans prendre son accent; ce n’est que par les remarques des autres que je m’en suis aperçu. Ainsi chacun imite les sourires et les grimaces, les gestes et les petites actions. Voici comment chacun est de son village, et souvent ne retrouve une certaine aisance que là. Comme un lit que l’on fait à sa forme. Et c’est bien autre chose que de l’aimer.

Je n’oublie point ces mouvements de panique ou de folle espérance, cette puissance de la rumeur et de la mer humaine que l’on subit partout où il y a des  hommes, et encore  mieux dans son propre pays, encore mieux à la porte de sa propre maison.  Ce n ‘est qu’un fait d’animal, et le jugement n’y est pour rien. Mais par cette disposition prophétique des passions, qui croient toujours que les émotions annoncent quelque chose, il arrive que le jugement suit. La honte n’est qu’entre ce jugement forcé et un autre. Et quand je ne céderais pas à ces mouvements de foule, me voilà porté à une grande colère ; il faut toujours qu’ils me donnent leur folie, ou la folie qui les brave. J’étais pris, me voilà emporté. Il n’y aurait donc de sociétés que de convulsionnaires et dans le fait toutes y arrivent, comme la guerre le fait voir. Voilà des passions redoublées et un autre corps. Comment vivre en Léviathan ?

Éléments de Philosophie – Alain – 10 Mars 1940.

N.B. : Léviathan :  Monstre symbolisant la force et le pouvoir du mal. Ils ont peur et obéissent au léviathan de l’or, à la capitale des banques (MicheletJournal,).Y a-t-il donc en chacun de nous un léviathan invisible qui n’apparaît que lorsqu’il est chassé hors de sa noire tanière par la peur, la fureur (Morand).

https://bourgognecollaborativenetwork.com/2019/01/31/propos-sur-le-bonheur-jeremiades/

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Printemps.
Optimisme·Pour un meilleur emploi·Recrutement & RH

Vous avez dit « profil atypique »?

Bonjour les amis, je profite de cet article pour tenter de répondre à une question :

Revendiquer son « profil atypique » nuit-il à votre recherche d’emploi?

Malgré tout ce que l’on voit paraître dans les médias, vous appuyer d’un parcours non linéaire n’est pas toujours une bonne stratégie face à des recruteurs qui souhaitent être rassurés.

En effet, le terme « atypique » plaît de plus en plus aux candidats pour se décrire en entretien d’embauche. Dans l’absolu, ce n’est pas un problème car avoir une trajectoire particulière correspond à une réalité pour beaucoup, et il ne faut pas réellement vous en cacher. Néanmoins, il ne faut pas s’en contenter comme d’une qualité à ne pas justifier.

A l’heure actuelle, tous le monde peut comprendre si l’on explique, qu’il peut ne pas y avoir de cohérence entre notre formation et nos expériences professionnelles, ou la décision d’une reconversion dans un domaine complètement différent. Simplement, vous devez savoir parler de votre histoire sans vous sentir coupable de vos choix.

Votre objectif sera de ne pas « perdre » le recruteur dans des explications farfelues, mais plutôt expliquer « sans gêne » les raisons qui ont motivé cette transition. Car toutes les explications sont recevables.

A vrai dire, quand même préparer les éventuelles objections du recruteurs qui sont tout à fait légitimes. Comme exemple, un changement de cap après un échec montre votre résilience et votre volonté. Une (ou des) expérience(s) à l’étranger (ou un long voyage) peut présenter une volonté passée de découvrir le monde et d’autres cultures, sans oublier votre travail des langues étrangères.

Transformez ce que vous pensez être un handicap en une qualité ou un point fort. Un parcours atypique peut se vendre comme le développement d’une adaptabilité (plutôt qu’une instabilité), et il démontre votre polyvalence ainsi que votre flexibilité.

Moralité, il faut assumer votre parcours et en parler librement en essayant de devancer les possibles interrogations.

Aussi, privilégiez les PME aux grands groupes qui préfèrent les parcours linéaires sans failles, en mettant en avant votre personnalité et votre autonomie.

Enfin, ne jamais avoir honte de son parcours qui correspond à ses choix de vie et ses passions.

 

Je suis un candidat atypique, est-ce une chance? (Alphea Conseil – 2019)

Se définir « atypique » nuit-il à votre emploi? (cadremploi.fr)

Pourquoi les entreprises peinent à les recruter? (Forbes – 2019)

Comment trouver un emploi avec un profil atypique? (Quimper emploi – 2017)

 

Optimisme·Revue de Presse

Spécial Halloween : les irlandais ont-ils retrouvé l’Atlantide ?

Hy-Brasil est référencé dans les journaux des explorateurs et dans la mythologie celtique.

Halloween

L’imagination se confond avec la réalité où l’île de Hy-Brasil est rappelée dans les registres des voyageurs et des anciennes légendes irlandaises. L’Irlande pourrait bien avoir sa propre version d’Atlantis.

Lire Plus: Les mythes et légendes irlandais les plus fantasmagoriques qui entourent Halloween

Les informations rassemblées par l’historienne Fiona Broome , ainsi que par les passionnés de mythologie celtique, montrent l’intersection du mythe et de la réalité en ce qui concerne l’île de Hy-Brasil, également connue sous les variantes Hy-Breasal, Hy-Brésil, Hy-Breasil, Brazir, entre autres.

Dans le folklore celtique, ce pays insulaire tire son nom de Breasal, le haut roi du monde. Cependant, alors que l’Atlantique commençait à être explorée de manière plus approfondie, le nom de Hy Brazil aurait pu être rattaché à un lieu réel, fournissant ainsi des preuves qui se rattachent au mythe irlandais.

Hy-Brasil a été noté sur les cartes dès 1325 lorsque le cartographe génois Dalorto a placé l’île à l’ouest de l’Irlande. Sur les cartes de navigation successives, il apparaît au sud-ouest de la baie de Galway.

Saint-Barrind et Saint-Brendan ont tous deux trouvé l’île au cours de leurs voyages respectifs et sont rentrés chez eux avec des descriptions presque identiques d’Hy-Brasil, qu’ils ont surnommées la «Terre promise».

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Une carte catalane d’environ 1480 indique qu’une île est «Illa de brasil» au sud-ouest de l’Irlande, où ce lieu mythique était censé se trouver.

Les expéditions quittèrent Bristol en 1480 et 1481 pour la rechercher et une lettre écrite peu après le retour de John Cabot de son expédition en 1497 signalait que des terres découvertes par Cabot avaient été «découvertes dans le passé par les hommes de Bristol qui avaient trouvé Hy Brasil». « 

Certains historiens affirment que le navigateur Pedro Álvares Cabral pensait avoir atteint cette île en 1500, nommant ainsi le pays du Brésil. Cependant, Cabral n’a pas choisi le nom ‘Brésil’. Le pays s’appelait d’abord Ilha de Vera Cruz (île de la Vraie Croix), plus tard Terra de Santa Cruz (Terre de la Sainte-Croix) et plus tard encore «Brésil».

Lire la suite: Le cavalier sans tête et d’autres monstres de la pègre celtique

La théorie généralement admise stipule qu’elle a été renommée en brésilien, qui a une couleur rouge extrême (donc «brasil» dérivée de «brasa»: ember), une plante très précieuse dans le commerce portugais et abondante dans le pays nouvellement trouvé.

La caractéristique géographique la plus distinctive de Hy-Brasil est qu’elle apparaît sur les cartes comme un cercle parfait, avec un canal semi-circulaire au centre. L’image centrale sur le drapeau brésilien, un cercle avec un canal au centre, était le symbole d’Hy-Brasil sur les premières cartes.

A la fois, St-Barrind et St-Brendan ont confirmé le périmètre circulaire de l’île, qui ont parcouru séparément le rivage pour déterminer où se trouvait l’île, mais ne l’ont jamais trouvée. Très probablement, ils marchaient en rond.

L’une des visites les plus célèbres à Hy-Brasil a été organisée en 1674 par le capitaine John Nisbet de Killybegs, comté de Donegal, en Irlande. Son équipage et lui se trouvaient dans des eaux familières à l’ouest de l’Irlande lorsqu’un brouillard s’est formé.

Lorsque le brouillard s’est dissipé, le navire était dangereusement proche des rochers. Tout en se repérant, le bateau a ancré dans trois brasses d’eau et quatre membres de l’équipage ont ramé à terre pour rendre visite à Hy-Brasil. Ils ont passé une journée sur l’île et sont revenus avec de l’argent et de l’or qui leur avaient été donnés par un vieil homme qui y vivait.

Lire la suite: Briser le mythe de la populaire «île du château» en Irlande

La dernière observation supposée aurait été faite en 1872 par Roderick O’Flaherty. Dans ‘Une description chorographique de West ou H-Iar Connaught (1684)’, il nous parle du «vieil homme» rapporté en disant:

«Morogh O’Ley, qui vécut aujourd’hui à O’Brasil pendant deux jours, s’imagina reconnaître de là-bas les îles d’Aran, Golamhead, Irrosbeghill et d’autres endroits du continent occidental, endroits qu’il connaissait déjà. . « 

La dernière observation documentée de Hy-Brasil remonte à 1872, lorsque l’auteur TJ Westropp et plusieurs de ses compagnons ont vu l’île apparaître puis disparaître. C’était la troisième fois que M. Westropp voyait Hy-Brasil, mais lors de ce voyage, il avait amené sa mère et des amis pour vérifier l’existence de l’île.

Il est encore difficile de dire si l’île existe – ou a jamais existé -, mais il est difficile de nier les récits mythiques et réels de l’île.

Alors, mythe ou légende ? Nous avons tous lu l’Atlantide de Pierre Benoît.  Depuis, l’ouvrage a été (à mon avis) surpassé par le fabuleux Nuit des Temps de René Barjavel…  Pour faire le lien, rappelez-vous le Kon-Tiki de Thor Heyerdahl ; ce n’était pas un simple radeau, il avait pour but de prouver la faisabilité des migrations transpacifiques. Eh bien, le voyage de Saint-Brendan a connu la même destinée : son voyage a été reconstitué, et retracé :

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L’ouvrage de Tim Severin « The Brendan Voyage » retrace l’odyssée :

Alors, si tout était authentique et reconstituable dans le récit de St_Brendan, plus de 900 ans avant Christophe Colomb, comment ne pas croire à Hy-Brasil, l’équivalent irlandais de l’Atlantide ?

L’Ours.

Economie·L'éditorial·Nos synthèses par domaines.·Optimisme

« Notre modèle économique est dans l’impasse, il faut le changer » (Jacques Crahay, UWE)

« Notre modèle économique est dans l’impasse, il faut le changer. » Jamais un président de l’Union wallonne des entreprises n’a parlé comme Jacques Crahay. Cela ne lui vaut pas que des amis: « On a voulu me dégommer. » Qu’à cela ne tienne, il veut faire avancer le débat. « Mon but, c’est que l’UWE devienne une force de proposition. »

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Quand on est basé à Warcoing (Pecq), près de Tournai, et qu’on est président de l’Union wallonne des entreprises (UWE), on roule beaucoup. Jacques Crahay passe du temps dans sa voiture. Il a transformé la corvée en plaisir depuis qu’il écoute des podcasts orientés économie et philosophie. « J’écoute des penseurs souvent avant-gardistes, des Philippe Bihouix, Jean-Marc Jancovici, Gaël Giraud, Agnès Sinaï, et cætera. Pendant une heure, je suis plongé dans leurs pensées, ils m’emmènent au fond des choses. Ils m’ont amené à me dire qu’il fallait sortir de la pensée classique. »

Vous vous êtes dit: l’UWE doit sortir de la pensée classique?

Tout le monde doit faire ce travail, l’UWE aussi. J’étais un peu énervé qu’à l’UWE, on soit toujours dans la revendication. Bon, soyons clairs: c’est un syndicat de patrons, la revendication est donc normale. Mais ce n’est pas une raison pour se limiter à dire « Nous, on est parfaits, c’est la faute des politiques, c’est la faute des syndicats. » J’avais envie de changer cet état d’esprit. Je suis personnellement plus attaché à la coopération qu’à la compétition. On n’avance pas vraiment quand on est chacun dans son silo.

Il faut passer à autre chose?

Je suis parti du constat que j’ai fait il y a quelques années déjà chez Cosucra, l’entreprise que je dirige : les gens sont de bonne volonté, mais n’ont pas suffisamment d’informations pour pouvoir prendre des décisions dans l’intérêt de l’entreprise. Quand il s’agit de décider dans son domaine d’expertise ça va, mais dès qu’il faut impliquer d’autres domaines d’expertise, on est bloqués, on envoie plus haut dans la hiérarchie, la hiérarchie n’a pas l’expertise et doit se faire briefer, elle prend une décision qui redescend et qu’il faut corriger ensuite, etc. On perd du temps, ce n’est pas du tout efficace. Autrement dit, l’organisation nous empêche de bien travailler. L’organisation pyramidale n’est plus efficace, elle n’est pas adaptée à la réalité d’aujourd’hui, à la complexité des matières et à la vitesse du changement. J’en ai conclu qu’il fallait changer, aller vers un management collaboratif. Ce n’est facile à mettre en place, car cela revient à changer la culture de l’entreprise, ses habitudes. Mais que c’est enthousiasmant de créer la confiance! Que cela fait du bien de se parler plutôt que de se manger le nez et de rejeter la faute sur le département d’à côté! Je me suis dit que cela serait bon aussi pour l’UWE.

« L’UWE est un syndicat de patrons, la revendication est normale. Mais ce n’est pas une raison pour se limiter à dire: ‘Nous, on est parfaits, c’est la faute des politiques, c’est la faute des syndicats’. »

C’est peut-être plus facile dans le cadre d’une entreprise dont vous êtes le propriétaire et patron ?

C’est plus facile dans une entreprise qui vous appartient, oui, mais ce constat vaut pour toute organisation qu’elle soit commerciale, non-marchand, qu’il s’agisse d’une école, peu importe. On a tout intérêt à collaborer, à se faire confiance. Dans le monde professionnel, on prétend que, ce qui compte, c’est le boulot. Ce n’est pas vrai: le boulot n’est pas le principal, ce qui est important c’est d’être bien dans son boulot, de faire quelque chose de bien ensemble.

Ce n’est pas le discours ambiant, depuis des décennies…

Non, mais il y a un basculement énorme en cours. Les nouvelles générations ne veulent pas d’une voiture de fonction, elles veulent travailler à quelque chose qui a du sens pour elles. Un changement fondamental de valeurs est en train de se produire, accéléré par le changement climatique. Le GIEC a mis un gros coup en rendant incontestables les risques liés au réchauffement. En un an, une prise de conscience très large s’est faite au niveau individuel: beaucoup d’individus modifient leur manière de consommer, ou en tout cas y réfléchissent. Le problème, c’est que cela ne suffit pas et qu’on ne sait pas comment agir collectivement. Les dirigeants d’entreprise, eux, ne veulent pas en parler parce que cela met leur business a mal.

 

Les patrons ignorent le problème?

Individuellement, ils le connaissent. Avec une acuité variable, sans doute, mais ils savent qu’on ne peut plus continuer sur le modèle d’une croissance sans limites alors que les ressources sont limitées. Les petites entreprises ne le réalisent peut-être pas encore totalement parce qu’elles sont le nez dans le guidon, mais, les grandes ont plus de ressources à leur disposition et sont parfaitement au courant, surtout celles qui sont en lien direct avec le consommateur final: la demande de changement ne leur échappe pas. Les patrons savent mais ils n’en parlent pas publiquement parce qu’ils sont dans un modèle économique où tout repose sur la croissance. Ce modèle est dans l’impasse, mais le reconnaître est très compliqué pour un dirigeant, car son entreprise dépend de ce modèle.

Je prends un exemple: si j’ai contracté des emprunts bancaires pour financer des investissements, vais-je spontanément diminuer mon activité et donc mon chiffre d’affaires pour réduire ma consommation d’énergie? Non, je sais que je dois le faire, mais je suis lié à la croissance de mes activités et, donc, je continue à faire comme si de rien n’était. Vais-je investir pour polluer moins, alors que des concurrents ailleurs dans le monde ne s’encombrent pas de ces considérations? Si je le fais, je serai plus cher et je perdrai mes marchés. On ne parvient pas, dans le modèle existant, à implémenter quelque chose de différent, car tout est basé sur les prix.

C’est schizophrénique: on est lié à un schéma que l’on sait devoir changer, mais qu’on ne change quand même pas. C’est un tabou. J’ai d’ailleurs beaucoup de difficultés à identifier les dirigeants qui veulent prendre le sujet à bras-le-corps. C’est une discussion que je ne peux pas avoir de manière ouverte au sein de l’UWE. On a bien notre mémorandum, où figure l’objectif d’une économie bas carbone, mais cela ne vit pas pour autant dans l’organisation.

« Les patrons savent qu’on ne peut plus continuer sur le modèle d’une croissance sans limite alors que les ressources sont limitées. Mais ils ne veulent pas en parler parce que cela met leur business à mal. »

Le développement durable, c’est un tabou à l’UWE ?

Aujourd’hui, on vient plus à l’UWE pour défendre son pré carré que pour essayer de réfléchir collectivement et défendre l’intérêt de l’ensemble. D’accord, les patrons ne sont pas, par nature, très collectifs. Il est vrai aussi que le paysage patronal est très segmenté. Il y a des membres de 24 fédérations à l’UWE, elles représentent des secteurs différents avec des problématiques différentes. Dans ces conditions, ce n’est pas évident d’avoir une approche transversale. Mais c’est ce que je cherche à développer: que chacun apporte sa pierre à l’édifice du développement durable.

Quand vous dites cela à l’UWE, on ne vous dit pas : « Jacques, avec quoi tu viens »?

On me dit: « On ne t’a pas nommé pour ça. » Trois semaines avant de prononcer mon discours de prise de fonction, je l’ai partagé avec le bureau de l’UWE. J’ai dû écrire huit versions pour que cela passe la rampe. J’ai enlevé 75% des idées d’origine, comme le mot « sobriété » par exemple, qui avait mis le feu aux poudres. On m’a accusé de partisan de la décroissance, de président des écolos, etc. Disons que ce fut une période instructive.

Qu’avez-vous appris ?

J’ai pu observer des choses intéressantes. En bureau, on me dit « oui, on est d’accord avec toi » et puis, derrière, on manigance pour me bloquer. En janvier, on a voulu me dégommer. Les structures étant mal faites, on ne m’a finalement pas dégommé.

C’est-à-dire ?

Il fallait demander l’avis de 110 administrateurs, autant dire que cela devenait public et qu’il aurait fallu se justifier publiquement. Moi, j’ai dit: « Si vous pensez devoir me démissionner, faites-le, mais c’est vous qui l’annoncerez et c’est vous qui expliquerez pourquoi il faut se passer de moi, trois mois après m’avoir nommé. » Cette étape n’a pas été franchie.

Cela dit, vous n’êtes pas le président des écolos. Vous êtes un industriel qui fait des bénéfices…

Je suis un industriel et, en plus, un industriel qui consomme beaucoup d’énergie. Je ne suis pas plus blanc qu’un autre. Mais je veux attirer l’attention sur le fait qu’il faut revoir le modèle.

« En bureau, on me dit ‘oui, on est d’accord avec toi’ et puis, derrière, on manigance pour me bloquer. »

Tout le monde n’a pas votre liberté de parole…

C’est vrai. Je dirige une entreprise familiale, nous en sommes propriétaires. Je ne suis pas le manager d’une entreprise détenue par des Japonais, des Américains ou des Allemands. Oui, c’est plus facile pour moi de parler librement. Mais c’est possible pour une multinationale aussi. Regardez Solvay, avez-vous vu comment cette société s’est transformée? C’est remarquable, rien à voir avec du « window dressing ».

Revenons à l’UWE. On a voulu vous écarter, mais vous êtes toujours là. Et maintenant, ça bouge ou pas?

Oui, mais lentement. Je vois bien que le staff de l’UWE est très volontaire dans cette approche, mais il connaît bien ses membres. Ils sont motivés à avancer, mais ne veulent pas ruer dans les brancards et se mettre à dos les fédérations ou les entrepreneurs. Je les rejoins, car il est plus efficace de faire bouger les organisations sans cliver. Mais il faut aussi avancer à un certain rythme, sinon cela s’enlise et rien ne se passe. Vous savez, le fameux « on en reparle plus tard… ».

Vous vous dites: j’aurai réussi si…

Je ne veux pas réussir, je veux avancer. L’important est que l’organisation évolue. On s’est donc d’abord concentrés sur la gouvernance. En janvier prochain, le conseil de 110 membres deviendra un conseil de stratégie, qui fera des propositions d’orientation à long terme, mais ne sera plus exécutif comme aujourd’hui. Le conseil donnera l’impulsion au bureau de 30 membres qui, lui, sera exécutif. Le conseil ne se réunira plus seulement pour faire du networking, mais aussi pour s’emparer de tel ou tel thème précis et important et il deviendra beaucoup plus attractif qu’aujourd’hui.

Au-delà de la gouvernance, que faut-il changer ?

On a vécu pendant 150 ans sur l’énergie fossile et sur l’énorme réserve de travail que donnait cette énergie fossile. On n’a pas arrêté de chercher à augmenter la productivité, ce qui s’est fait par une utilisation de plus en plus grande de l’énergie fossile. La croissance est venue de là. Aujourd’hui, on est dans un cul-de-sac. Ce n’est plus soutenable. On ne peut plus baser l’économie sur l’extraction de matières et d’énergie fossile, on ne peut plus faire comme s’il n’y avait pas de limites. Il n’y a pas de solution au niveau de consommation des ressources où nous sommes. De toute façon, il faudra réduire notre consommation, quoiqu’il arrive. Pour une entreprise, cela veut dire qu’on ne peut plus foncer sur un produit parce qu’il y a un marché à prendre. Il faut au contraire se demander si c’est utile pour la société de produire tel produit et, dans l’affirmative, si on le produit de la bonne manière. En fait, il faut accepter la fin de la domination économique sur la société.

« Les patrons ne sont pas, par nature, très collectifs. »

Aujourd’hui, des matières premières venant du Brésil sont transformées en Europe puis redistribuées dans le monde entier, à nouveau transformées et à nouveau redistribuées dans le monde entier… Cela ne tient pas la route. À l’avenir, il faudra un approvisionnement plus proche en matières premières, des lieux de transformation plus proches pour alimenter des clients plus proches et, tout ça, avec le moins d’énergie fossile possible. Je ne dis pas qu’il faut retourner à la cueillette et au potager pour tous, mais le but est d’avoir une alimentation saine et moins consommatrice de ressources.

Changer le modèle: plus facile à dire qu’à faire…

Ce n’est pas simple, mais on doit le faire. On ne peut plus se contenter de dire: « Il faudrait y réfléchir. » Le problème, c’est que les patrons n’ont plus le temps de réfléchir. Ils sont pris dans l’immédiat, ils gèrent une urgence puis une autre, alors qu’ils devraient au contraire être une force de réflexion. Pour ne pas subir les choses, il faut arrêter de se réfugier derrière le « je n’ai pas le temps ». Cette réflexion doit démarrer, sinon on va louper un moment crucial pour l’orientation de notre région. Pourquoi cela ne vient-il pas? Notamment parce qu’il n’y a pas de cadre pour y réfléchir. Mon but, c’est que l’UWE se saisisse de ces sujets, qu’elle devienne une force de proposition pour arriver à un modèle économique plus équilibré. Pour cela, il faut dépasser les conceptions classiques et les convenances, il faut prendre quelques risques.

La Wallonie a de beaux atouts à jouer, non?

C’est clair. D’abord, il y a du territoire disponible. Ensuite, l’économie wallonne ne dépend plus de grosses industries, elle est faite d’entreprises petites et moyennes. C’est un avantage quand il s’agit de changer, d’évoluer. Encore faut-il que le gouvernement donne les bonnes impulsions, pour convertir l’économie sur des terrains plus porteurs.

Vous en doutez?

Le gouvernement est conscient des enjeux. On le voit dans sa déclaration de politiques régionale qui intègre bien trois visions complémentaires de la société: libérale, sociale et environnementale. Si les partis de la coalition parviennent à faire abstraction de leurs différences pour développer un vrai plan sur le long terme à 10, 20 ans, alors on est dans le bon. Après, il y a la question budgétaire: il faudra que les investissements nécessaires – c’est-à-dire la dette – soient possibles du point de vue européen.

De quels terrains plus porteurs parlez-vous?

Le bâtiment, l’alimentation, la mobilité, tout ce qui est non délocalisable et qui permet à la Wallonie de prendre soin d’elle-même. Il y a moyen de retrouver une économie plus en phase avec la société, une économie moins tyrannique. L’économie est là pour nous faire vivre et nous rendre service, elle n’est pas là pour nous dicter sa loi.

L’entrepreneur est quelqu’un d’optimiste. S’il ne l’est pas, il ne se lance pas. N’est-ce pas incompatible avec votre propos plutôt pessimiste: « On va dans le mur » ?

Je ne suis pas pessimiste, je veux qu’on agisse. Mais à tout prendre, je préfère être taxé de pessimiste, mais faire bouger les choses, plutôt que de ne rien faire pour ne pas déranger les optimistes. On ne peut pas ignorer les messages des scientifiques. Celui qui ne change rien va dans le mur. Nous, les entreprises, avons un rôle à jouer. Nous, les patrons, avons un rôle à jouer. Qu’il le veuille ou non, le patron a une influence, car il est observé dans et hors de son entreprise. Si le patron montre l’exemple, s’il regarde plus loin que son bénéfice en fin d’année, cela percolera autour de lui et les choses changeront.

Paul Gérard – du Journal L’Écho.