Economie·Environnement - Climat·Société

Le coronavirus va freiner la transition énergétique.

Éolien, solaire, batteries électriques… La filière des énergies renouvelables va subir de plein fouet les conséquences du Coronavirus, à l’instar de l’industrie dans son ensemble. Mais le risque est fort que les gouvernements se détournent des renouvelables à la faveur des fossiles, dont les prix sont en chute. D’ores et déjà, les prévisions ont toutes été revues à la baisse.

Planète_coronaLes nouvelles installations solaires et éoliennes devraient reculer pour la première fois cette année.
iStock

Pour la première fois depuis 1980, les nouvelles installations de production solaire vont baisser cette année en raison de la pandémie de Covid-19. Un rapport de BloombergNEF (BNEF) revoit en effet à la baisse ses prévisions pour 2020, avec une demande mondiale en matière d’énergie solaire passant de 121-152 gigawatts (GW) initialement prévus à 108-143 GW. Pour l’éolien, BNEF anticipe également un « risque considérable ».

« Les usines chinoises redémarrent, la pression sur l’offre de composants et équipements clé devrait donc s’alléger », soulignent les auteurs. « Mais nous sommes plus préoccupés par la demande, les décideurs politiques pouvant détourner l’attention des énergies propres au profit de préoccupations plus pressantes », craignant-ils. Et ce d’autant plus que le prix des énergies fossiles, qu’il s’agisse du pétrole, du gaz ou du charbon, est en forte baisse.

Des effets encore plus forts en 2021

Le cabinet spécialisé Rystad (1) estime que les effets du virus se feront encore plus sentir à partir de 2021 avec un ralentissement des projets de 10 %, « alors que le dollar américain augmente et que les devises chutent à travers le monde ». « Nous prévoyons que ces mouvements sur le marché des changes amèneront les entreprises à suspendre la sous-traitance des principaux composants, qui sont généralement achetés en dollars américains » notent les experts.

Les pays les plus touchés seront l’Australie, le Brésil, le Mexique et l’Afrique du Sud, qui avaient tous d’ambitieux objectifs d’installation de panneaux solaires. « Les projets pourraient subir des augmentations de coûts en capital pouvant aller jusqu’à 36 % en raison de la dépréciation rapide des devises locales dans ces pays », précisent les experts. En Amérique latine, le Mexique et le Brésil ont la plus grande capacité de projets solaires photovoltaïques en cours de construction mais les deux pays connaissent une forte baisse des devises par rapport au dollar américain et les achats devraient s’arrêter complètement sur la plupart, sinon la totalité, des projets qui n’ont pas encore été engagés.

Les nouvelles installations éoliennes pourraient quant à elles décliner de près de 5 gigawatts, une baisse de 6,5 % au niveau mondial selon une étude du cabinet Wood Mackenzie (2), alors que 2020 aurait dû être une année record. « L’impact le plus significatif se situe en Chine et aux États-Unis où des livraisons record étaient attendues mais la France, l’Espagne et l’Italie pourraient être touchées encore plus fortement en pourcentage en raison des mesures drastiques de confinement », prédit Dan Shreve, directeur de la recherche sur l’énergie éolienne.

Des mesures de soutien

Du côté de la demande de batteries, BNEF entrevoit 3 GW à 9 GW de moins sur les 74 GW initialement prévus. Une forte contraction du marché de l’automobile, qui « aura des ramifications sur la demande de véhicules électriques et de batteries », est notamment à l’origine de ce phénomène. Pour ces experts, les difficultés des fournisseurs chinois ont en tout cas « mis en lumière la nécessité de diversifier les chaînes d’approvisionnement et renforcé l’argument en faveur d’une production localisée en Asie, en Europe et aux États-Unis, en particulier pour les batteries ».

En France, des mesures viennent d’être annoncées pour soutenir la filière : délais additionnels, maintien des tarifs d’achat pour trois mois, appels d’offres décalés. « La crise sanitaire que nous traversons ne doit en aucune façon nous faire renoncer aux objectifs ambitieux en termes de développement des énergies renouvelables », a déclaré dans un communiqué la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne.

Plusieurs associations de l’énergie regroupées dans la Électrification Alliance ont demandé aux gouvernements que les investissements de relance soient particulièrement dirigés vers l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la chaleur renouvelable ou encore la mobilité électrique.

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir l’étude du cabinet spécialisé Rystad

(2) Voir l’étude du cabinet Wood MacKenzie

 

Mon commentaire : il manque un élément à cet article. L’évolution du prix des énergies fossiles : le pétrole est aujourd’hui « quasi gratuit », pour quelqu’un qui à des tankers, un port pour les accueillir, et un endroit où le stocker. Parce que la demande est basse, et les marchés inondés de pétrole d’Arabie Saoudite, lors de la partie de poker menteur avec la Russie. Cela ne va pas durer ! Les pays de l’OPEP se sont mis d’accord pour une réduction de 10,5 millions de barils de pétrole brut par jour! Conclusion : dès que les SUV et les 4X4 vont sortir du déconfinement, les prix aussi : et nous nous retrouverons devant notre dilemme environnemental.

L’Ours. Généricours

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Réflexions sur la crise.

Qui est Gaël Giraud, l’auteur de cette tribune dans l’Obs parue sous forme d’entretien en Mars 2020 : « un Jésuite Economiste qui ne donne pas de leçons et sait rester à sa place ». En 2007, Gaël Giraud était professeur affilié à l’ESCP-Europe7, membre du CERAS. Depuis lors, il a été membre du conseil scientifique de Finance Watch, de la Fondation Nicolas Hulot, du Shift Project et du Campus de la transition écologique. Depuis 2018, il est fellow associé à l’Institut des Études Avancées de Nantes.

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Membre du centre de recherche et d’action sociales, il tient régulièrement une chronique sur l’actualité économique et financière dans la revue Projet.

Début 2020, Gaël Giraud devient président d’honneur de l’institut Rousseau, un nouveau cercle de réflexion qui se définit comme étant « apartisan, indépendant des partis » et « au croisement de la social-démocratie, de l’écologie et de la pensée républicaine». 

Cette crise est-elle comparable à des chocs économiques antérieurs ? 

Non, elle est unique. Contrairement au krach boursier de 1929 et à la crise des subprimes de 2008, elle touche d’abord et en son cœur l’économie réelle. L’appareil productif est mis à l’arrêt, les chaînes de valeurs mondiales ralentissent ou sont interrompues, le travail est “en grève” involontaire. Ce n’est pas seulement une crise keynésienne d’insuffisance de la demande, c’est aussi une crise d’offre. La pandémie marque l’entrée dans une époque nouvelle, traversée de risques liés au réchauffement climatique et amplifiés par un capitalisme financiarisé qui nous rend extrêmement vulnérables à la finitude du monde. 

De quelles vulnérabilités parlez-vous ? 

Tout le monde ne peut pas travailler depuis chez soi. Or nous avons collectivement construit un système dans lequel certains aliments, par exemple, font deux fois le tour de la planète avant d’arriver dans notre assiette. Pour maximiser le profit à court terme, nous avons bâti des chaînes d’approvisionnement à flux tendus selon le principe du « juste-à-temps ». Ces flux sont extrêmement fragiles car il suffit que, le long de la chaîne, une seule société soit à l’arrêt parce que ses salariés sont malades ou refusent de risquer leur vie au travail, pour que la chaîne s’interrompe. Certaines métropoles pourraient en faire la cruelle expérience dans les jours ou les semaines qui viennent avec l’approvisionnement alimentaire. Un système dans lequel la volatilité des marchés financiers est extrême parce qu’en dépit des avertissements répétés depuis plus de dix ans, nous n’avons mis aucun frein sérieux aux bulles et aux paniques boursières. Dans lequel, pour suivre des dogmes néolibéraux sans fondement scientifique, nous avons sous-doté l’hôpital et privatisé des services publics. Tout cela, nous le savons depuis des années. Aujourd’hui, cette fragilité nous explose à la figure. 

Dans l’immédiat, y a-t-il une menace sur les approvisionnements alimentaires ? 

Je ne le souhaite évidemment pas. Le maire de New York a néanmoins prévenu qu’il pourrait y avoir un rationnement alimentaire. 

Rien ne prouve que nos chaînes d’approvisionnement pourront tenir une quarantaine prolongée. Nous allons gagner la guerre contre ce virus, c’est certain. Mais dans combien de temps ? Là est la question. Il faut souhaiter que la diffusion des antiviraux (chloroquine ou autre) permette de soulager les hôpitaux suffisamment vite pour que la quarantaine soit la plus brève possible. Si l’interruption de certaines parties de la chaîne alimentaire devait survenir, à titre personnel, je préférerais jeûner (autant que possible) plutôt que de contraindre des salariés à risquer leur vie pour me fournir à manger tous les jours. 

Cette pandémie intervient dans une économie mondialisée et financiarisée. Que révèle-t- elle de cette financiarisation ? 

Les marchés financiers, sur lesquels nous tentons de faire reposer notre prospérité depuis plusieurs décennies, n’ont aucunement vu venir la pandémie. Pourtant, celle-ci n’est nullement un cygne noir, elle était parfaitement prévisible : l’OMS avait prévenu que les marchés d’animaux sauvages en Chine présentaient des risques épidémiologiques majeurs. Allons-nous continuer d’entretenir la fiction que les marchés financiers sont la boussole suprême de nos sociétés ? En outre, depuis trente ans, la globalisation marchande s’est construite sur l’abondance des énergies fossiles, et en particulier du pétrole. Ces énergies réchauffent massivement la planète. Elles ont aussi permis d’étendre les chaînes de production, de rendre négligeable le prix du transport, de délocaliser dans des pays à bas coût, la Chine en premier lieu. Le pétrole est l’ingrédient essentiel grâce auquel COVID-19 s’est transporté en 3 mois de Chine en Europe là où celui de 2002 avait mis un an. Aujourd’hui, la mise à l’arrêt de l’économie réelle fait chuter le cours de l’or noir. Cette chute a non seulement des effets sur les compagnies pétrolières (en particulier le schiste américain largement subventionné par les pouvoirs publics), mais aussi sur le secteur financier. Énormément d’actifs financiers sont appuyés sur les énergies fossiles. La fin de la globalisation marchande va sans doute provoquer une réduction massive de l’usage du pétrole pour le transport de marchandises et donc un effondrement de la valeur de certains actifs financiers. Cela ajoute à la panique d’institutions financières assises sur des montagnes de dettes privées (et non publiques) qui ne peuvent être remboursées qu’au prix d’une poursuite de la croissance du PIB. Or 2020 sera sans doute une année de récession pour la plupart des pays. Beaucoup d’investisseurs ont compris qu’ils risquaient de devenir rapidement insolvables. 

A quoi faut-il s’attendre ?

 A un krach plus important que celui de 2008, sauf si les Etats réagissent fortement et très vite pour éviter les faillites en chaîne dans l’économie réelle. L’administration Trump a déjà annoncé un effort de près de 1.000 milliards de dollars pour les ménages et les entreprises. La BCE a annoncé un plan de 750 milliards de rachats de dettes. Ce sont les bons ordres de grandeur, mais tout dépendra de la façon dont est utilisé cet argent. Il faut le flécher massivement vers les PME et les ménages. Faire du « quantitative easing for people », ce que nous aurions dû faire déjà en 2009. Sinon, ces sommes, une fois de plus, serviront uniquement à sauver les banques. Or les banques ne soignent pas contre le virus. Les pays qui oseront dépenser massivement pour leur économie réelle s’en sortiront mieux. Nous sommes “en guerre” ? Alors, il faut comprendre l’étendue des déficits publics auxquels nous devons consentir : le déficit public des Etats-Unis, rapporté au PIB fut de -12% en 1942, -26% en 1943, -21% en 1944, -20% en 1945. Pour ceux qui resteront attachés au dogme de l’austérité budgétaire (qui n’a pas de fondement économique), la récession qu’ils vont connaître risque de faire passer celle qui a suivi 2008 pour une promenade de santé. 

Il est question d’État-providence, de nationalisation, de relance budgétaire… Cette crise fait-elle sauter les dogmes économiques ? 

En effet. Je me réjouis que le président dise désormais en Conseil des ministres qu’il n’y a plus de limites à l’endettement public. Espérons que cette crise soit l’occasion de dégonfler nos mythologies économiques : à très court terme, que l’Etat finance d’urgence l’hôpital public pour sauver des vies tant qu’il est encore temps, acheter des ventilateurs, du matériel de réanimation…. et consente de nouveau à réguler le système des prix (au moins à court terme) pour éviter une inflation des produits de première nécessité et le comportement prédateur de quelques irresponsables. Puis, cette crise devra être une opportunité pour reconstruire notre service public en voie de démantèlement depuis trente ans ; abandonner le libre-échange (dont les bienfaits pour tous n’ont jamais été démontrés) pour la relocalisation des processus de production, la ré-industralisation de la France et un protectionnisme écologique, social et sanitaire raisonné ; que l’on cesse de courir après cette chimère qu’est la concurrence pure et parfaite (concept vide d’un point de vue théorique, toute concurrence étant toujours oligopolistique et donc inefficiente) au nom de laquelle la Commission Européenne interdit depuis des décennies tout une série d’initiatives qu’il faut prendre aujourd’hui d’urgence (par exemple, soutenir des secteurs industriels et commerciaux spécifiques) et, surtout, que l’on arrête de tout subordonner à la lutte contre le déficit public. Cette obsession repose sur une fausse analogie entre la gestion de “bon père de famille” et la gestion macro-économique. Combien de morts faudra-t-il dans nos services d’urgence pour le comprendre ? 

Cette pandémie rend-elle pensable la démondialisation ou le protectionnisme ? 

Elle nous contraint à comprendre qu’il n’y a pas de capitalisme viable sans un service public fort et à repenser de fond en comble notre manière de produire et de consommer car cette pandémie ne sera pas la dernière : le réchauffement climatique promet la multiplication des pandémies tropicales. La déforestation, tout comme les marchés d’animaux sauvages à Wuhan, nous met au contact d’animaux dont les virus nous sont inconnus. Le dégel du pergélisol menace de diffuser des épidémies dangereuses : la grippe espagnole de 1918, l’anthrax…Les élevages intensifs, d’animaux stressés et homogènes, facilitent aussi la propagation des épidémies. A brève échéance, il va falloir nationaliser des entreprises non viables et, peut-être certaines banques. Mais, très vite, nous devrons tirer les leçons de ce printemps : relocaliser la production, réguler la sphère financière, repenser les normes comptables pour valoriser la résilience de nos systèmes productifs, instaurer une taxe carbone et sanitaire aux frontières, lancer un plan de relance français et européen pour la réindustrialisation écologique, la rénovation thermique et la conversion massive vers les énergies renouvelables… La pandémie nous invite à transformer radicalement notre mode de socialisation. Aujourd’hui, le capitalisme connaît le coût de toute chose, mais la valeur de rien, pour reprendre la formule d’Oscar Wilde. Il nous faut comprendre que la véritable source de la valeur, ce sont nos relations humaines et avec notre environnement. A vouloir les privatiser, nous les détruisons et nous mettons à terre nos sociétés tout en supprimant des vies. Nous ne sommes pas des monades isolées, reliées entre elles uniquement par un système de prix abstrait, mais des êtres de chair en interdépendance avec d’autres et avec un territoire. Voilà ce que nous avons à réapprendre. La santé de chacun concerne tous les autres. Même pour les privilégiés, la privatisation des systèmes de santé est irrationnelle : ils ne peuvent se séparer totalement des plus modestes, ne fût-ce que pour se faire livrer à manger. La maladie les rattrapera donc toujours. La santé est un bien commun mondial et doit être gérée comme telle. 

C’est-à-dire ? 

Les communs, remis à l’honneur notamment par l’économiste américaine Elinor Ostrom, ouvrent un espace tiers entre le marché et l’Etat, entre le privé et le public. Ils peuvent nous guider vers un monde plus résilient, à même d’encaisser des chocs comme cette pandémie. La santé, par exemple, doit être traitée comme l’affaire de tous, avec des niveaux d’intervention stratifiés et articulés. Au niveau local, des communautés peuvent s’organiser pour réagir rapidement, en circonscrivant les clusters comme cela semble avoir été fait avec succès dans le Morbihan contre COVID-19 et, à l’inverse, comme cela n’a pas été fait en Lombardie. Au niveau étatique, il faut un service hospitalier public puissant. Au niveau international, il faut que les préconisations de l’OMS deviennent contraignantes. Rares sont les pays qui ont suivi les recommandations de l’OMS avant et pendant la crise. Nous écoutons plus volontiers les « conseils » du FMI que de l’OMS. Le drame actuel montre que nous avons tort. Ces derniers jours, nous avons vu des communs se constituer : des scientifiques qui, en dehors de tout cadre public ou privé, se sont spontanément coordonnés via l’initiative Opencovid19 pour mutualiser l’information sur les bonnes pratiques de dépistage du virus. La santé n’est qu’un exemple : l’environnement, l’éducation, la culture, la biodiversité sont des communs mondiaux. Il faut inventer des institutions qui permettent de les honorer, de reconnaître nos interdépendances et de rendre nos sociétés résilientes. Certaines existent déjà : Drugs for Neglected Disease Initiative (DNDI) est un magnifique exemple, créé par des médecins français il y a quinze ans, de réseau collaboratif tiers, où coopèrent le privé, le public et les ONG qui réussit à faire ce que ni le secteur pharmaceutique privé, ni les Etats, ni la société civile n’arrivent à faire seuls. 

Emmanuel Macron semble vous suivre. Il a parlé de « biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Qu’en pensez-vous ?          

Le lexique des communs est présent dans les discours du Président de la République depuis sa première allocation à l’Assemblée générale des Nations Unies du 25 septembre 2018. Les actes doivent accompagner la parole. Ensuite, “hors marché” ne signifie pas nécessairement “étatisé”. C’est tout l’intérêt d’inventer des règles de mise en commun (des risques, de la protection) que d’éviter une dichotomie simpliste. 

Au niveau individuel, nous découvrons la peur de la pénurie. Comment cela modifie-t-il nos imaginaires économiques ? 

Peut-être y-a-t-il un aspect positif dans cette crise ? Elle nous délivre du narcissisme consumériste, du “je veux tout, tout de suite”. Elle nous ramène à l’essentiel, à ce qui compte « vraiment » : la qualité des relations humaines, la solidarité. Elle nous rappelle, aussi, à quel point la nature est importante à notre santé mentale et physique. Ceux qui vivent confinés dans un 15m² à Paris ou à Milan le savent déjà… Le rationnement qui s’installe sur certains produits nous rappelle la finitude des ressources. Bienvenue dans le monde fini ! Pendant des années, les milliards dépensés en marketing nous ont fait confondre la planète avec un supermarché géant où tout serait indéfiniment à notre disposition. Nous faisons brutalement l’expérience du manque. Il y aura, je l’espère, un avant et un après. Comme un sevrage brutal, une cure de désintoxication. C’est très dur pour certains. Mais cela peut être salvateur. 

Sommes-nous en train d’apprendre la décroissance ? 

 Je pense qu’un certain romantisme “collapsologique” va être vite tempéré par la vision de ce que signifie, dans la configuration actuelle, l’arrêt brutal de l’économie : le chômage, la ruine, les vies brisées, les morts, la souffrance au quotidien de ceux chez qui le virus laissera des traces à vie. Dans le sillage de l’encyclique Laudato si du Pape François, je préfère espérer que cette pandémie sera l’occasion de réorienter nos vies et nos institutions vers une sobriété heureuse et le respect de la finitude. Le moment est décisif : on peut craindre ce que Naomi Klein a baptisé la « stratégie du choc ». (2007). Il ne faut pas que, sous prétexte de soutenir les entreprises, certains gouvernements affaiblissent encore davantage le droit du travail. Ou qu’ils en profitent pour resserrer encore la surveillance policière des populations. Ni que le commerce en ligne finisse de tuer les magasins de proximité alors qu’il faut, au contraire, tout relocaliser. Encore moins que les achats d’armes par certains gouvernements (au lieu d’acheter des ventilateurs) servent à contraindre les salariés modestes à risquer leur vie pour ne pas interrompre les chaînes d’approvisionnement des plus privilégiés. 

Cette pandémie est-elle liée au réchauffement climatique ? 

La destruction écologique à laquelle se livre notre économie extractiviste depuis plus d’un siècle partage avec cette pandémie une racine commune : nous sommes devenus l’espèce dominante de l’ensemble du vivant sur Terre. 

Nous sommes donc capables de briser les chaînes trophiques de tous les autres animaux (et c’est bien ce que nous faisons, des poissons jusqu’aux oiseaux) mais nous sommes aussi le meilleur véhicule pour les pathogènes. En termes d’évolution biologique, il est beaucoup plus “efficace” pour un virus de parasiter l’humain que le renne arctique, déjà en voie de disparition à cause du réchauffement. Et ce sera de plus en plus le cas à mesure que les dérèglements écologiques vont décimer les autres espèces vivantes. 

Bascule-t-on dans un monde géopolitique nouveau ? 

Il y a de nombreuses inconnues : que se passe-t-il en Russie et en Inde ? Dans des pays des Suds —- où l’on ne sait pas, à ce stade, si la maladie est freinée par la chaleur —, la grande jeunesse de la population pourrait fournir une très bonne barrière immunologique. Mais la déficience, quand ce n’est pas l’absence complète, de suivi sanitaire, d’infrastructure hospitalière et d’appareil statistique ne permet pas de comprendre, à ce jour, à quelle vitesse la pandémie se répand. Ce que l’on peut dire, c’est que le coronavirus exacerbe le bras de fer entre la Chine et les Etats-Unis. La propagande chinoise s’efforce d’instaurer l’idée que le pays a su stopper la pandémie et semble vouloir faire bénéficier le reste du monde de son expérience. Pékin a surtout à se faire pardonner d’être à l’origine du problème : les services publics chinois ont dissimulé l’épidémie pendant plus d’un mois avant de prendre la mesure de sa gravité. Reste que cette pandémie peut devenir pour la Chine ce que fut la Seconde Guerre mondiale pour les Américains : le moment d’un basculement géopolitique et d’une prise de leadership mondial. Surtout si l’économie des Etats-Unis devait connaître une très dure récession. Dans les pays occidentaux, on entend d’ailleurs une petite rengaine valorisant l’autoritarisme chinois. « Et si nos démocraties étaient mal armées ? Trop lentes ? Engluées dans les libertés individuelles ? » Cette antienne se fredonnait déjà avant la pandémie et me semble très dangereuse. La Chine est un pays totalitaire. La pandémie a-t-elle atteint le Xin Jang ? Sur le million de Ouïgours qui y vivent en camp de “rééducation”, combien ont été touchés ? Combien survivront à la prochaine pandémie ? Certains se demandent si, pour conserver leurs privilèges, ce ne serait pas le moment de basculer du laissez-faire vers l’autoritarisme (néo- libéral). Ce serait suicidaire. Comme l’écrivait déjà La Fontaine à propos de la peste : “ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés”.

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Sacrifier l’âne innocent ne sert à rien et relève d’un paganisme médiéval. Il faut éviter la peste, c’est la seule attitude rationnelle pour tout le monde

Tribune L’Obs, mars 2020. Gaël Giraud, directeur de recherche CNRS, Professeur Ecole Nationale des Ponts. Paris Tech’, jésuite. 

Environnement - Climat

Énergie, Climat, Biodiversité: les enjeux écologiques de notre temps.

Tel est le thème de la conférence que donnera le 25 Mars à partir de 17 H 30 à la Maison des Associations 2, rue des Corroyeurs à Dijon,  Jérôme Chabot, ingénieur agronome, sous l’égide de l’Association BCN. 

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Si la participation est gratuite, en revanche, l’inscription est impérative, pour des raisons de logistique et de sécurité : soit en laissant un message au 03.80.53.37.02 (répondeur), ou mieux par courriel à BCN :

Inscription

Nous vivons une époque cruciale : jamais l’impact des activités humaines sur la planète n’a été aussi fort, jamais nous n’avons été aussi nombreux, jamais nous n’avons été aussi savants qu’aujourd’hui sur l’état de la planète. Par conséquent, jamais notre responsabilité n’a été aussi grande  vis à vis du vivant et de son avenir : pour nous-mêmes et pour les vivants autres qu’humains.

Mais agir pour restaurer la possibilité d’un avenir plus harmonieux suppose de comprendre à quels mécanismes et à quels enjeux nous avons à faire, en matière d’énergie, de climat et de biodiversité ; et chemin faisant, de passer d’un déni commun et confortable à une lucidité exigeante et intranquille.

L’objectif de BCN est de vous donner une vision élargie de ces enjeux : ce constat scientifique, destiné à clarifier les mécanismes en oeuvre sera doublé d’une approche historique: il s’agira de comprendre comment nous en sommes arrivés à un tel degré d’emprise sur le vivant.

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Au terme de cet examen complet, se dessinera un portrait lucide de l’homme, dans sa relation à son environnement et au vivant ; et avec ce portrait une esquisse des scénarii possibles pour le futur, des scénarii différents les uns des autres et dont certains s’excluront entre eux.

Loin de délivrer des solutions toutes faites, cette conférence prétend vous donner des outils pour comprendre, pour mûrir votre point de vue, et vous proposera en conclusion quelques outils (éthiques et méthodologiques), ainsi que des voies philosophiques aptes à nous guider dans les temps qui viennent.

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Bourgogne Collaborative Network

Economie·Environnement - Climat

Environnement : le secteur numérique mondial, pas si propre ?

Une étude du cabinet Green IT parue ce mardi 22 octobre révèle l’ampleur de l’impact environnemental du secteur numérique mondial, et les solutions pour y remédier.

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Définition : Le secteur du numérique désigne le secteur d’activité économique relatif aux Technologies de l’Information et de la Communication et à la production et à la vente de produits et services numériques.

Nous le savions déjà, mais cette étude a mis des chiffres sur les idées. Green IT est un cabinet d’experts, qui mêle entreprises et associations. Cette étude porte sur l’empreinte environnementale du numérique mondial entre 2010 et 2025.

I. Comment se mesure l’impact environnemental du numérique mondial ?

Il se calcule par ce qui est nécessaire pour fabriquer les objets électroniques, comme l’utilisation de ressources non renouvelables (tels que les minerais), l’eau, l’énergie etc. Mais est également pris en compte le réchauffement climatique et les pollutions diverses qui découlent du secteur du numérique.

A y voir de plus près, notre impact numérique est bien plus important que l’on ne pourrait le penser. Car tout y passe : ordinateurs, smartphones, appareils connectés etc. Des objets devenus indispensables au quotidien. Au total, la simple fabrication de ces objets représente de 59 % à 84 % des impacts du secteur numérique. Et le résultat à l’échelle globale est sans appel : l’impact environnemental du numérique est égal à 5 fois le poids du parc automobile français (180 millions de véhicules).

II. Les objets connectés, principale menace

Et la tendance n’est pas à la baisse. « La taille de l’univers numérique va tripler à quintupler (…) et ses impacts environnementaux vont doubler à tripler » déclare Frédéric Bordage, principal auteur de l’étude. Le rapport dévoile en effet une évolution inquiétante de l’empreinte, conjuguée à un changement des responsables de celle-ci. Alors que les objets connectés ne représenteront toujours que 1 % des impacts en 2020, ceux-ci constitueront 18 % à 23 % de l’empreinte en 2025. Leur nombre sera d’ailleurs multiplié par 48 entre 2010 et 2025.

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III. Des solutions existent

Mais ce rapport alarmiste propose aussi des solutions. Parmi elles, réduire le nombre d’objets connectés en mutualisant et substituant leurs fonctionnalités, ou encore augmenter la durée de vie des équipements par allongement de la durée de garantie. L’étude indique aussi le rôle que peuvent jouer les pouvoirs publics en la matière, comme permettre de distinguer une mise à jour logicielle corrective d’une mise à jour évolutive, toutes deux responsables de la célèbre obsolescence programmée.

Le futur défi ne sera plus simplement de réduire l’impact environnemental provoqué par le secteur du numérique, mais davantage à un « usage raisonné » de celui-ci. « Souhaite-t-on augmenter indéfiniment la taille des télévisions ou plutôt réserver les dernières capacités numériques pour construire un avenir viable » conclut Frédéric Bordage.Pollution4

Le numérique représente 4,1 milliards d’utilisateurs, 34 milliards d’appareils et 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Par Sébastien Rouet – Publié le 22/10/2019 à 15h56.

Que faut-il en penser ? Honnêtement, la photo est réaliste : l’auteur ne veut pas courir le risque d’être démenti par les statistiques. Mais ensuite, beaucoup de raccourcis sont pris, qui font reposer toute la responsabilité sur le consommateur ! Le poste le plus énergivore n’est pas les terminaux, mais les 48 Millions de serveurs, qui consomment de l’énergie pour refroidir les « lames » (blades) où sont conservées les données, (les milliards de Téra Octets de mails inutiles ou non lus, et de façon générale, tout le stockage client-serveur).

Mais pas seulement : la course à l’innovation se traduit chaque jour par : de nouvelles applications, des milliers de comptes Instagram supplémentaires, de l’électronique embarquée supplémentaire. Autre facteur : le big data et l’Intelligence Artificielle, qui reposent sur la fiction que les données de « masse » ne coûtent rien. Alors, à quand un secteur numérique pesant 20 fois l’empreinte du secteur automobile ?