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Flash- INSEE N°94 Populations légales en Bourgogne-Franche-Comté : 2 811 423 habitants au 1er janvier 2017

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Au 1er janvier 2017, la Bourgogne-Franche-Comté  compte 2 811 423 habitants. Entre 2012 et 2017 la région perd de la population. Les départements du Doubs et de la Côte-d’Or conservent une dynamique démographique positive. En revanche, dans les autres départements le nombre d’habitants diminue. 

Charles Pilarski, Philippe Rossignol (Insee) 

Avec 2 811 423 habitants au 1er janvier 2017, la Bourgogne- Franche-Comté rassemble 4,3 % de la population de France métropolitaine. Entre 2012 et 2017, elle est la seule région de métropole à perdre des habitants : près de 5 400. La baisse reste modeste mais elle devrait s’accentuer dans les années à venir. Cette évolution démographique est portée par un solde naturel faible sur cinq ans, les naissances l’emportant encore sur les décès jusqu’en 2015. Le solde migratoire reste légèrement déficitaire. 

Entre 2012 et 2017, six des huit départements sont désormais en décroissance démographique. Dans la Nièvre, la perte de population continue et s’accélère. C’est le département qui connaît le décrochage le plus important de métropole, devant la Haute-Marne et les Ardennes. Le Jura, la Saône-et-Loire, l’Yonne, la Haute-Saône ainsi que le Territoire de Belfort, qui gagnaient encore des habitants entre 2007 et 2012, en perdent désormais. Le retournement est particulièrement marqué pour la Haute-Saône et le Territoire de Belfort. Grâce à leur solde naturel positif, le Doubs et la Côte-d’Or sont les deux seuls départements de la région à gagner des habitants, mais à un rythme toutefois inférieur à la moyenne nationale (figure 1)

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À l’image de la région, les plus grandes communes perdent des habitants, à l’exception de Chalon-sur-Saône et surtout de Dijon qui gagne près de 4 900 habitants en cinq ans (figure 2).

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Cependant, si la population de Besançon diminue, ce n’est pas le cas de son intercommunalité dont la croissance démographique s’est amplifiée (figure 3). Situées aux franges de la région, Sens et Mâcon profitent du dynamisme des régions limitrophes, respectivement l’Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes : leur population augmente sensiblement. 

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Enfin, les pertes d’habitants s’accélèrent dans les communes isolées, ou situées dans des zones économiquement fragilisées. C’est le cas notamment d’Autun, de Cosne – Cours-sur-Loire, d’Audincourt et de Saint-Claude. ∎ 

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Economie·Nos synthèses par domaines.

Le Doubs : des territoires différenciés par leur économie et leurs liens avec l’extérieur

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A vocation agricole et industrielle, le Doubs est un département jeune dont la croissance démographique est soutenue, notamment par l’attractivité résidentielle de sa longue zone frontalière avec la Suisse. La population et les emplois se concentrent dans deux grands pôles économiques : le Grand Besançon Métropole à l’économie tertiarisée et le Pays de Montbéliard où l’ancrage industriel reste important malgré de fortes réductions d’emplois. Les conditions de vie plutôt favorables de la population à la frontière suisse, où le chômage et la pauvreté monétaire sont contenus, contrastent avec celles du nord-est du département. Pour se rendre à leur travail, davantage d’actifs quittent le Doubs qu’il n’en arrive. Une grande majorité travaillent en Suisse. Ceux venant travailler dans le département résident surtout en Haute-Saône. Les déplacements quotidiens sont également nombreux en provenance et à destination du Territoire de Belfort. 

Régine Bordet-Gaudin, Bénédicte Piffaut (Insee).

Avec 538 500 habitants et 103 hab/km2 en 2016, le Doubs est le deuxième département le plus densément peuplé de la région après le Territoire de Belfort. Il s’inscrit dans la tradition agricole et industrielle qui caractérise la Bourgogne-Franche-Comté. 

  1. Des atouts agricoles et industriels historiques 

Dans le département, l’agriculture est traditionnellement tournée vers l’élevage et la production de lait d’appellation d’origine protégée pour la fabrication de fromages renommés comme le Comté et le Mont d’Or. Avec une forêt qui couvre plus de 40 % de sa surface, le Doubs est au 1er rang des départements de la région pour sa production biologique naturelle et sa récolte annuelle en bois. Il bénéficie de la présence d’activités liées à l’exploitation forestière et à la transformation du bois telle que la construction bois. L’industrie est spécialisée dans la construction automobile avec l’implantation historique du groupe PSA à Sochaux, dans la métallurgie et l’agro-alimentaire ; elle représente 19 % des emplois en 2017 (sources). Dix ans après la crise de 2008, le nombre d’emplois salariés a diminué de 17,6 % contre 19,5 % dans l’industrie régionale. Malgré de fortes réductions d’effectifs, la fabrication de matériels de transport reste de loin le premier employeur industriel avec un tiers des salariés. Elle dispose, en outre, du pôle de compétitivité dans le domaine des véhicules et des mobilités du futur. Berceau de l’horlogerie, le Doubs profite aujourd’hui de l’implantation du pôle des microtechniques à Besançon qui soutient l’innovation dans de nombreux secteurs comme celui de la santé avec le cluster Innov’Health ou de l’aéronautique avec le cluster Aeromicrotech. La reconnaissance de ces savoir-faire industriels permet aux territoires « Nord Franche-Comté » et « Haut-Doubs » de bénéficier du programme national « Territoires d’industries ». En parallèle, l’emploi tertiaire progresse plus fortement dans le Doubs que dans l’ensemble de la région, et surtout dans les activités tertiaires marchandes (commerce, transports, services administratifs et de soutien, etc.), + 8,2 % au cours des dix dernières années contre + 3,5 %. Il augmente légèrement dans les activités non marchandes comprenant notamment les pôles hospitaliers de Besançon et de Pontarlier alors qu’il ne parvient pas à se maintenir dans la région. 

2. Démographie et niveau de vie soutenus par le travail frontalier 

Le Doubs est un département plutôt jeune, le plus jeune de la région. Sa croissance démographique perdure et repose sur un excédent des naissances sur les décès. Le nombre d’habitants augmente de 0,4 % en moyenne annuelle entre 2011 et 2016 alors qu’il se stabilise dans la région (figure 1). À l’horizon 2050, si les tendances récemment observées se poursuivaient, le département pourrait dépasser les 560 000 habitants. Il resterait le deuxième département le plus peuplé et le plus jeune de Bourgogne-Franche-Comté.

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Le travail en Suisse favorise l’installation de jeunes actifs sur la zone frontalière française. Avec 170 km de frontière avec le Doubs, une même identité linguistique, des salaires supérieurs, les pôles d’emplois suisses offrent des opportunités particulièrement attractives notamment dans l’industrie : 11 % des actifs du Doubs partent y travailler quotidiennement, soit 25 000 frontaliers, plaçant sur ce plan le département au 4e rang des départements français. Le Doubs est ainsi le département où le niveau de vie médian (définitions) de la population est le plus élevé de la région et le 15e de France métropolitaine. La pauvreté monétaire (définitions) y est moins répandue qu’en moyenne dans la région : 12,2 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2016 contre 13,1 % en Bourgogne-Franche-Comté. Néanmoins, les inégalités de niveau de vie peuvent être très importantes. Les actifs résidant dans le département sont plus qualifiés qu’en moyenne dans la région. La part de salariés exerçant un métier d’ouvrier qualifié ou de cadre est plus élevée, en lien notamment avec les emplois d’ouvriers hautement qualifiés en Suisse et de cadres dans les agglomérations bisontine et montbéliarde.

3. Sept emplois sur dix dans le nord du département 

Son relief contrasté avec, au nord la vallée du Doubs qui va d’est en ouest, et au sud une zone de moyenne montagne le long de la frontière, a influé fortement sur la répartition territoriale des acteurs économiques, des équipements et des infrastructures (figure 2). Ainsi, la population et les emplois se concentrent au nord du département, traversé notamment par l’autoroute A36 et la ligne grande vitesse Rhin-Rhône. Les intercommunalités de Besançon et de Montbéliard regroupent, à elles seules, les deux tiers de la population et 71 % des emplois.

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4. L’agglomération de Besançon attire des actifs de Haute-Saône 

Peu d’actifs se déplacent quotidiennement entre les agglomérations de Besançon et de Montbéliard distantes de plus de 80 kilomètres et dont les profils socio-économiques sont très différents. Le Grand Besançon Métropole affiche une croissance démographique soutenue par un solde naturel positif (définitions) qui favorise le développement des services à la population. Fortement tertiarisé, il abrite notamment le Centre hospitalier régional universitaire et l’Université de Besançon (figure 3). Dans ce territoire, 25 500 actifs viennent travailler quotidiennement alors qu’un peu moins de 10 000 le quittent pour leur activité professionnelle. Conséquence de la périurbanisation, les entrants habitent pour près de la moitié dans des territoires limitrophes situés dans le département, essentiellement dans les intercommunalités du Loue-Lison et du Doubs Baumois, en croissance démographique. Les autres navetteurs sont nombreux à résider en Haute-Saône, dans le Pays du Riolais et le Val Marnaysien, et dans le Jura (figure 4).

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À l’inverse, les actifs quittant chaque jour la communauté urbaine ont un emploi dans les territoires à proximité, notamment dans le Doubs Baumois. Cette intercommunalité compte plusieurs grands employeurs dont le Centre hospitalier de Baume-les-Dames ou Termoformage à Autrechaux.

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Besançon, pôle à l’économie plutôt tertiaire ; Montbéliard davantage tourné vers l’industrie. 

Implantation des établissements d’au moins 150 salariés et effectifs salariés en 2015. 

Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté no 65 – Décembre 2019 

Les plus grands établissements de l’industrie et du tertiaire 

                                                Tranche d’effectifs salariés

Industrie 

PSA Automobiles – Sochaux 5 000 et plus 

PSA Automobiles – Valentigney 1 000-1 999

Flex-N-Gate – Audincourt 500-999

Peugeot Motocycles – Beaulieu Mandeure 200-499 

Flowbird – Besançon 200-499 

 

Tertiaire CHU de Besançon 5 000 et plus

 Département du Doubs – Besançon 1 000-1 999

Hôpital de Pontarlier 1 000-1 999 

Grand Besançon Métropole – Besançon 500-999 

Centre hospitalier spécialisé – Novillars 500-999 

Source : Insee, Clap 2015 

5. Nombreux flux quotidiens entre le Pays de Montbéliard et le Grand Belfort 

À l’extrémité nord-est du département, le Pays de Montbéliard Agglomération fédère un grand nombre d’équipementiers et sous-traitants de la construction automobile autour de Peugeot SA. Depuis 20 ans, le territoire a été fortement impacté par les transformations et restructurations industrielles liées à la mondialisation et la crise économique récente ; il continue à perdre des emplois avec une baisse de 8,2 % entre 2011 et 2016. En conséquence, sa population diminue sensiblement (– 2 % en 5 ans) et est plutôt âgée. La pauvreté monétaire y est également importante : 15,5 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2016, le taux le plus élevé des intercommunalités du département. Le Pays de Montbéliard entretient des liens forts avec l’extérieur : il accueille quotidiennement 18 200 actifs qui viennent y travailler quand 11 200 résidents ont un emploi ailleurs. Les déplacements domicile-travail se font surtout en provenance et à destination du Grand Belfort, plus tertiarisé et avec lequel il forme l’essentiel du Pôle métropolitain Nord Franche-Comté. Les entrants sont davantage cadres ou exercent une profession intermédiaire et travaillent dans l’industrie ; les sortants sont majoritairement employés ou ouvriers et exercent surtout dans le tertiaire et le secteur de la construction. Les navettes sont également nombreuses vers la Suisse : un quart des actifs quittant le Pays de Montbéliard travaillent de l’autre côté de la frontière dans le Canton du Jura. Le Pays de Montbéliard attire également des actifs résidant en Haute-Saône, principalement dans le Pays d’Héricourt. Il capte, dans une moindre mesure, des actifs habitant les Deux Vallées Vertes. Ce dernier territoire compte quelques grands établissements industriels (Profialis, Fromagerie Clerval) et attire aussi de la main-d’œuvre habitant le Pays de Montbéliard. Sa population, plutôt âgée et en baisse, a le niveau de vie médian le plus faible du département. 

6. Zone frontalière : des niveaux de vie plus élevés 

Bien que situés à l’extrémité est de la région et malgré un relief montagneux, les territoires frontaliers sont très attractifs pour les jeunes actifs qui trouvent sur le marché du travail suisse dynamique des opportunités d’emplois et des salaires plus élevés. Ainsi, de 30 à 50 % de leurs actifs, principalement des ouvriers qualifiés, vont travailler en Suisse. Ces territoires gagnent donc des habitants grâce aux excédents migratoires et naturels. Ils sont ainsi devenus très résidentiels et davantage artificialisés. Cette croissance démographique s’accompagne d’un développement d’équipements et de commerces, notamment dans les intercommunalités du Plateau de Russey ou de Montbenoît. La pauvreté monétaire est contenue. La population bénéficie de revenus globalement très élevés : sur l’ensemble des sept intercommunalités de la bande frontalière, le niveau de vie médian annuel de la population atteint 27 600 € en 2016, mais il cache de fortes disparités (figure 5)

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Le développement du travail frontalier, l’installation de Suisses attirés par les prix attractifs de l’immobilier en France génèrent des tensions importantes sur le marché du logement où le montant des transactions immobilières est élevé. Ils entraînent aussi à la hausse les prix à la location, impliquant un reste à charge conséquent pour les bénéficiaires d’une aide au logement. C’est notamment le cas dans le Grand Pontarlier où un quart de ceux résidant dans le parc privé consacrent plus de 39 % de leur budget à se loger en 2016, contre 22 % des bénéficiaires dans le Doubs et 17 % dans la région. 

Ainsi, entre 2011 et 2016, la croissance démographique dans le Grand Pontarlier s’est essoufflée, désormais portée uniquement par le solde naturel. Avec 27 000 habitants, il est néanmoins le territoire le plus peuplé de la bande frontalière. Son tissu économique, plutôt tertiarisé, compte plusieurs établissements de plus de 200 salariés dont le Centre hospitalier et de grandes enseignes commerciales qui attirent les consommateurs suisses par leurs prix plus faibles. Il comprend aussi des entreprises comme Schrader et Nestlé France. De ce fait, il attire des actifs qui viennent y travailler ; près d’un emploi sur deux est occupé par des personnes résidant ailleurs. En outre, c’est le territoire de la bande frontalière où la part d’actifs travaillant en Suisse est la plus faible, 30 %. Quand c’est le cas, ils vont principalement dans le canton de Vaud. Le Val de Morteau, deuxième espace le plus peuplé de la bande frontalière avec 20 400 habitants, est fortement tourné vers la Suisse. Il est desservi par la route très fréquentée des micro techniques entre Besançon et Neuchâtel et le train des horlogers, ligne reliant Besançon à la Chaux-de-Fonds. Un actif sur deux travaille en Suisse, souvent ouvrier qualifié dans l’industrie horlogère et de précision. De nombreux cadres y habitent et travaillent également de l’autre côté de la frontière. Ce territoire, devenu très résidentiel, est ainsi celui où le niveau de vie médian annuel est le plus élevé, 30 400 € en 2016. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est très faible (5,5 %) mais les personnes en situation de pauvreté monétaire ont un niveau de vie parmi les plus faibles du département (9 880 € annuels). 

7. Les Portes du Haut-Doubs sous double influence 

Au centre du département, sur les contreforts du Massif du Jura, les intercommunalités du Pays de Sancey-Belleherbe et celle des Portes du Haut-Doubs constituent deux espaces interstitiels spécifiques. Dans le Pays de Sancey-Belleherbe, très peu densément peuplé, l’économie est tournée vers l’agriculture qui concentre un quart des emplois. Sa population a un niveau de vie médian parmi les plus faibles du Doubs. Les Portes du Haut-Doubs, situées à mi-distance entre Besançon et Pontarlier forment un territoire bipolarisé. Bénéficiant de nombreuses voies de communication le reliant aux grands pôles d’emplois du département et à la Suisse, des ménages de jeunes actifs sont venus s’y installer. Son offre de services s’est développée et l’emploi a progressé du fait de son dynamisme démographique et de la jeunesse de sa population, 20 % ayant moins de 14 ans. En 2016, plus de la moitié des actifs résident et travaillent sur ce territoire agricole et tertiaire.  

Directeur de la publication : Moïse Mayo 
Rédactrice en chef : Isabelle Revillier 
25020 BESANÇON CEDEX 
Mise en page : 
Crédits photos : CRT, L. Cheviet 
ISSN : 2497-4455  Dépôt légal : décembre 2019 
© Insee 2019 

 

Economie·Nos synthèses par domaines.

La CUCM : un rôle central dans l’ouest de la Saône-et-Loire malgré les crises industrielles successives.

INSEE_66Le territoire de la Communauté urbaine du Creusot-Montceau (CUCM) est situé à la limite entre l’ouest de la Saône-et-Loire où  il anime un ensemble de territoires industriels, et l’est plus dynamique dont il bénéficie peu de la proximité. Organisée autour du Creusot  au nord et de Montceau-les-Mines au sud,  la CUCM offre un ensemble varié d’équipements et de services. Sa population, très ouvrière, est relativement âgée et peu diplômée. La perte de nombreux emplois depuis 40 ans a entraîné une importante baisse de la population, avec des départs notamment d’actifs et de jeunes. Sa tradition industrielle et sa position géographique loin des métropoles et de leur effet d’entraînement ont fortement influencé cette trajectoire. Des secteurs ont disparu sans que la création de nouvelles activités industrielles et le développement du secteur tertiaire ne compensent la totalité des pertes d’emplois de l’industrie. Cette dernière, historiquement très spécialisée, a subi les différentes crises. Elle reste très structurante et bénéficie de mesures de soutien, notamment le programme «Territoires d’industrie». La CUCM dispose de facilités d’accès vers Paris et Lyon. Elle attire des actifs qui viennent y travailler quotidiennement, mais dans l’ensemble, elle entretient des liens assez faibles avec l’extérieur. Benoît Leseur, Hélène Ville (Insee).

Le territoire de la Communauté urbaine du Creusot- Montceau (CUCM) regroupe 95 000 habitants et 34 000 emplois en 2016. Il est bien desservi, traversé par la Route Centre Europe Atlantique (RCEA) et une ligne TGV qui le relie à Paris et Lyon. Le territoire s’organise autour de deux pôles urbains, Montceau-les-Mines au sud et Le Creusot au nord. Il bénéficie d’un ensemble varié d’équipements et services, relativement bien répartis. Son caractère urbain et son positionnement géographique le placent comme un trait d’union entre les territoires en déclin démographique de l’ouest de la Saône-et-Loire et les zones plus attractives de l’est situées sur l’axe Mâcon-Chalon- Dijon (figure 1)

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  1. Baisse de l’emploi : le revers d’une industrie historiquement très spécialisée.

Le poids économique de la CUCM repose sur son fort ancrage industriel. Il lui a permis de jouer un rôle central dans l’ouest de la Saône-et-Loire jusqu’au milieu des années 970 et aux premières crises dans ce secteur. Elle était alors le point de convergence d’un ensemble de territoires, Gueugnon, Autun, Digoin, Bourbon-Lancy, fédérés autour d’une même tradition industrielle. 

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Le développement économique du territoire a longtemps reposé sur trois activités indus- trielles emblématiques et une industrie de main-d’œuvre : en 1975, les 3/4 de ses emplois industriels étaient concentrés dans les  mines, la métallurgie et le textile. Or, ces trois ont subi de lourdes pertes. Les mines ont disparu du territoire, le textile quasiment, et si la métallurgie, fortement mécanisée, y a toujours une place prépondérante, elle ne regroupe plus aujourd’hui que 3 000 emplois contre plus de 10 000 en 1975.  Pour autant, le soutien des politiques publiques aux activités renforce certaines d’entre elles, notamment la filière transport. Il s’appuie en particulier sur la création du Mecateamcluster à Montceau-les-Mines et les projets liés au programme « Territoires d’industrie ». Cependant, il ne permet pas de compenser les pertes d’emplois subies dans les industries de main-d’œuvre. Au total, depuis 1975, l’industrie a ainsi perdu 14 500 emplois, une baisse de 68 %. En 40 ans, l’économie s’est transformée dans la CUCM. L’emploi tertiaire s’est fortement développé avec 11 000 emplois tertiaires supplémentaires mais ils n’ont pas compensé la totalité des pertes de l’industrie (figure 2)

 

2. Des gains d’emplois tertiaires modérés

Depuis 1975, l’économie de la CUCM s’est affaiblie : l’emploi total a diminué de 22 % tandis qu’il augmentait de 3 % dans le territoire de comparaison (méthodologie) (figure 3). Ce dernier est composé de cinq autres intercommunalités (définitions) aux caractéristiques similaires, où notamment l’industrie est bien implantée, mais aux trajectoires fortement liées aux orientations industrielles de ces territoires. 

L’emploi industriel a diminué, dans des proportions équivalentes à la CUCM, dans les intercommunalités de Maubeuge et de Montbéliard qui avaient également une industrie très spécialisée en 1975. L’automobile à Montbéliard, la métallurgie et la sidérurgie à Maubeuge ont perdu des emplois mais sont toujours dominantes. Les intercommunalités de Haguenau, Cholet et Louviers ont été moins exposées et plus tardivement aux crises industrielles : Haguenau a conservé une industrie très diversifiée, Cholet a compensé ses pertes dans le textile par des gains dans l’agroalimentaire, plus difficile à délocaliser, et l’industrie chimique et pharmaceutique s’est fortement développée à Louviers. L’emploi tertiaire a moins augmenté dans la CUCM que dans le territoire de comparaison (+ 68 % contre + 111 %) et en particulier moins que dans les intercommunalités de Haguenau, Cholet et Louviers. En 2015, la CUCM compte moins d’emplois tertiaires par habitant que le territoire de comparaison. 

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Toutefois, depuis 15 ans, les pertes industrielles se sont ralenties. En parallèle, le secteur tertiaire a continué à se développer, ce qui a permis à l’emploi total de se maintenir entre 1999 et 2010. Ce secteur est en revanche en repli sur la période plus récente.

3. Un territoire éloigné des métropoles et peu lié à l’extérieur. 

La CUCM entretient des liens relativement faibles avec l’extérieur. Elle conserve un rôle central pour les territoires industriels en déclin démographique de l’ouest de la Saône-et- Loire (Digoin, Gueugnon, Autun), mais a peu de relations avec la partie est, plus dynamique. Elle entretient tout de même des liens avec Chalon-sur-Saône, cœur du pôle d’emplois important le plus proche, mais ces liens restent limités. Cette ville n’offre pas le rayonnement et la dynamique de Strasbourg, Angers ou Rouen, dont bénéficient respectivement les intercommunalités de Haguenau, Cholet et  Louviers. Cet éloignement géographique des grandes villes, et en particulier des métropoles, impacte la CUCM qui ne peut profiter de leur attractivité et de leur effet d’entraînement. 

En conséquence, même si les navettes domicile-travail (définitions) se sont développées depuis et vers la CUCM en 25 ans, elles restent bien inférieures à celles qui animent les territoires de comparaison (figure 4) ; 5 700 actifs font quotidiennement le trajet vers la CUCM pour aller travailler, et presque autant font le trajet inverse. Dans les intercommunalités de comparaison, ils sont deux à trois fois plus nombreux. La CUCM dispose pourtant d’une gare TGV qui la place à 1 h 20 de Paris et à 40 minutes de Lyon. Malgré ces.liaisons, elle attire peu d’actifs qui viennent s’installer sur le territoire pour travailler plus loin. Les trajets se font principalement vers Chalon-sur-Saône ; seulement 300 personnes vont travailler en Île-de-France et moins de 200 vont à Lyon (figure 5)

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Parallèlement, ceux qui viennent de l’extérieur pour travailler dans la CUCM sont principalement des actifs résidant en Saône- et-Loire (88 %). La plupart habitent à proximité, à Chalon-sur-Saône ou dans les intercommunalités de Gueugnon, Charolles et Autun ; 45 % des navetteurs vivent dans ces trois dernières, également très industrielles et en perte d’emplois.

INSEE Analyses Bourgogne-Franche-Comté N°66 – Décembre 2019.

 

 

Economie·Société

Vous avez dit « Nudge » ?

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« Excellent départ », « Promis, ces marches vous mèneront … plus haut ». Apposés sur les escaliers de la station de métro de La Part-Dieu, à Lyon, ces messages encouragent les piétons à préférer la montée à pied, plutôt qu’en Escalator. Et ça marche ! La première expérimentation , installée fin 2014 à la Station Guillotière, à Lyon, avait donné d’excellents résultats  : le taux de fréquentation des marches avait bondi de 300 % ! Ce type d’intervention porte un nom : le « nudge » (« coup de pouce » en anglais, un concept anglo-saxon créé par les chercheurs Cass Sunstein et Richard Thaler.  « Le nudge cherche à faciliter le passage de l’intention à l’action en jouant sur l’environnement et nos biais cognitifs , explique Nicolas Fieulaine, chercheur en psychologie sociale à l’Université de Lyon 2. Appeler à la raison ne suffit pas . Notre cerveau est surchargé cognitivement. Nous oublions vite nos bonnes intentions, sauf si l’on nous y incite positivement en apportant pat exemple du sens à nos comportements. cela nous oblige, nous chercheurs, à nous intéresser à la manière de fonctionner des individus en allant enquêter sur le terrain durant plusieurs mois. »

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Dans certaines gares, apposer un visuel d’arbre au-dessus d’une poubelle a permis de booster de 25 % la qualité du tri. des dispositifs fondés sur les sons et les odeurs sont actuellement à l’étude. « Toutes nos interventions doivent être les plus transparentes possible, insiste Nicolas Fieulaine, qui enseigne le nudge à l’ENA. Mal utilisées ou appliquées au marketing, elles pourraient s’apparenter à de la manipulation.  Une charte éthique a d’ailleurs été conçue pour prévenir tout dérapage.

Valérie Josselin – Magazine Fémina du 22 décembre 2019.

Nudge, ou « coup de coude » en français1, souvent traduit « coup de pouce »2, est une technique pour inciter des personnes ou une population ciblée à changer leurs comportements ou à faire certains choix sans être sous contrainte ni obligations et qui n’implique aucune sanction. Cette méthode d’influence est qualifiée de « paternalisme libertarien » car elle permet de faire ses choix sans coercition. Elle a été mise en lumière, en 2008, par Richard Thaler et Cass Sunstein grâce à leur livre Nudge : Améliorer les décisions concernant la santé, la richesse et le bonheur. Ces derniers le définissent de la façon suivante :

« Le nudge, le terme que nous utiliserons, est un aspect de l’architecture du choix qui modifie le comportement des gens d’une manière prévisible sans leur interdire aucune option ou modifier de manière significative leurs motivations économiques. Pour ressembler à un simple « coup de pouce », l’intervention doit être simple et facile à esquiver. Les « coups de pouce » ne sont pas des règles à appliquer. Mettre l’évidence directement sous les yeux est considéré comme un coup de pouce. Interdire uniquement ce qu’il ne faut pas faire ou choisir ne fonctionne pas. »

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Le paysage associatif français.

« Les chiffres témoignent d’un fort désir d’engagement, et le monde des associations reste un corps social divers et actif. Et ce, malgré le manque de diversité dans leur composition sociale et la baisse des financements publics ».

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Vu de loin, le paysage associatif paraît immuable. De près, il se transforme. La base du tableau, les petites associations, s’élargit sensiblement, tandis que le sommet, les moyennes et grandes, se concentre. Au premier plan, le modèle économique change nettement : pour la première fois, le budget associatif consolidé stagne entre 2011 et 2017, et les subventions publiques ne représentent plus qu’un euro sur cinq. Il est essentiel de disposer de données plus régulières pour suivre ces mutations, et l’actualité invite à mieux connaître ce que pourrait être une « société de l’engagement ».

La France compte 1,5 million d’associations, immense biodiversité citoyenne. Sa démographie est positive, avec 200 000 associations de plus qu’en 2011, soit une augmentation de 2,4 % par an. Ce sont pour l’essentiel de petites associations locales de bénévoles. Les associations employeuses, elles, amorcent un léger recul en nombre. Ces chiffres témoignent d’un fort désir d’engagement, corroboré par le rythme élevé de développement du bénévolat.

Le nombre d’heures bénévoles augmente de 4,9 % par an, soit 1,4 million d’équivalents temps plein. Ces chiffres ne sont pas assez pris en compte dans la comptabilité nationale et les indicateurs de richesse. Si l’on écarte tout critère de durée minimale, ce sont 22 millions de Français qui donnent de leur temps. De nouvelles attitudes émergent et des formes d’engagement « informel » se développent, tels les collectifs citoyens, sans personnalité morale.

Il faut se réjouir d’un dynamisme témoignant d’une société française active, gage de démocratie et de lien social. Par comparaison, certaines sociétés d’Europe de l’Est, où la société civile organisée est menacée, inquiètent. Mais il ne faudrait pas pour autant céder à une euphorie française pour deux raisons.

La première tient aux gouvernances. De nombreuses associations peinent à renouveler leurs conseils ou leur présidence. Ces gouvernances restent « monopolisées » par les hommes (64 %), les seniors (41 %) et les catégories socioprofessionnelles supérieures (31 %). Cela conduit à une seconde alerte. Le bénévolat associatif apparaît insuffisamment ouvert à tous, en particulier aux personnes en difficulté.

Les jeunes précaires ne s’engagent pas. Les personnes dont le niveau de qualification est bas s’engagent moins. De fait, le bénévolat est touché par la société à deux vitesses. Avec un risque de renforcement des fractures. La mise en place du Service civique concernant 150 000 jeunes en 2018 et les annonces faites sur le Service national universel cherchent à corriger ces risques.

Bénévoles

I. Faire plus avec moins

Il faut saluer le rapport « Pour une politique de vie associative ambitieuse et le développement d’une société de l’engagement », remis au premier ministre en juin 2018. Il fourmille de propositions pour promouvoir des « parcours d’engagement tout au long de la vie », scolaire, active, retraitée.

Ces propositions nécessiteront un dialogue durable avec l’éducation nationale, mais aussi avec les partenaires sociaux, ainsi que des moyens. Que représentent les 8 millions d’euros du Fonds de développement de la vie associative pour 5 millions de responsables bénévoles, quand le budget annuel de la formation professionnelle est de 32 milliards ?

Il n’existe pas un, mais une multitude de modèles socioéconomiques associatifs. Cependant l’économie associative fait apparaître plusieurs tendances.

Premièrement, le budget associatif français ne progresse pratiquement plus entre 2011 et 2017, stabilisé à 113 milliards d’euros, après plusieurs décennies de forte croissance. C’est une rupture historique. Une baisse aurait même été enregistrée si les départements n’avaient pas externalisé certaines de leurs activités vers les associations.

Les associations doivent faire plus avec moins. Jusqu’où ? Des limites sont atteintes, les Ehpad le montrent. En outre, la privatisation des ressources est d’autant plus marquée que la baisse des financements publics s’accélère. Les ressources privées représentent 55 % du total de ressources en 2017, principalement grâce à la participation des usagers (42 %).

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Le service associatif « s’achète » désormais, avec de forts risques d’inégalité d’accès, y compris territoriale.

Les subventions publiques continuent de baisser ; leur poids est passé de 34 % des ressources en 2005 à 20 % en 2017. La commande publique est maintenant la modalité dominante de financement public. L’inscription de la subvention dans la loi du 31 Juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire l’a sécurisée en droit mais n’a pas arrêté sa chute en fait. Où s’arrêtera cette chute ? Un niveau raisonnable de subventions est nécessaire au paysage associatif.

Par ailleurs, la concentration s’accélère sous la pression des pouvoirs publics et de la mise en concurrence. Le nombre d’associations employeuses diminue, le secteur social se développe plus que les autres, le poids budgétaire des très grandes associations augmente : elles captent une part croissante des ressources publiques, marchandes mais aussi du mécénat. Jusqu’où iront la concentration et la mise en concurrence ?

II. Une redéfinition de l’intérêt général ?

Que faire ? Résister collectivement à la marchandisation et à la rigueur budgétaire, c’est, bien sûr, ce que fait le groupement Mouvement associatif. Mais au-delà ?

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Être pragmatiques en s’assumant, lorsque nécessaire, comme entreprises associatives, être imaginatifs pour conjuguer innovation financière et innovation sociale, être coopératifs en renforçant les fédérations, les groupements et les mutualisations.

L’intérêt général (re)devient d’actualité, la mission « Entreprise et intérêt général », lancée en janvier, et la loi Pacte [Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises] qui donnent une place plus grande aux impacts sociaux et environnementaux de l’activité de l’entreprise en témoignent. Sa définition politique et fiscale peut transformer le paysage associatif.

D’un côté, les associations jouent un rôle essentiel de co-construction de l’intérêt général sur les territoires avec les entreprises et les collectivités. De l’autre, des menaces apparaissent sur la spécificité du rapport associatif à l’intérêt général. Aujourd’hui la reconnaissance d’intérêt général associative repose principalement sur le rescrit fiscal délivré par Bercy. Est-ce normal ?

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Surtout, les associations craignent, à travers la modification du Code civil ou l’émergence de sociétés à objet social étendu (SOSE), une banalisation de l’intérêt général et un recul de sa dimension « non-lucrative ». Ce sujet n’est pas uniquement français et renvoie à l’Europe à travers la question des services sociaux d’intérêt général (SSIG). Les échéances européennes de 2019 qui auraient dû être une sérieuse préoccupation associative, ont été largement absorbées par la montée de la menace climatique, la montée du mouvement écologiste, et les premiers résultats (médiocres, voire mauvais) de la COP 21.

III. D’autres informations à caractère plus sociologique.

Qu’apprenons-nous par ailleurs dans le Panorama du Paysage Associatif français ? En premier lieu, qu’il est un monde d’ores et déjà paritaire : 50% des postes-clés sont déjà occupés par des femmes. La progression des femmes-présidentes entre 2005 et 2017 a été de 5 points. (De 31 à 36 %).

En revanche, la croissance élevée du travail bénévole du travail bénévole ne doit pas masquer les difficultés liées à la recherche de bénévoles, et particulièrement de dirigeants bénévoles. Les associations signalent des difficultés structurelles pour trouver des bénévoles : le contexte de forte professionnalisation du secteur associatif conduit à rechercher des bénévoles présentant la formation et les qualifications adéquates ; les difficultés sont particulièrement aigües concernant la recherche de dirigeants bénévoles et contribuent à un renouvellement insuffisant des structures dirigeantes des associations. Le profil des dirigeants bénévoles, et des présidents en particulier, est fortement marqué par le poids des hommes,  des seniors, des catégories socio-professionnelles moyennes ou supérieures, souvent issues du secteur public. Ainsi, en 2017, la part des CSP dans les présidences associatives était de :

  • 13 % d’enseignants
  • 23 % de cadres moyens
  • 17 % de cadres supérieurs
  •  8 % de professions libérales

contre 40 % pour l’ensemble  « étudiants – ouvriers – employés – agriculteurs ».

Dossier réalisé par Viviane Tchernonog – Chercheuse au centre d’Économie de la Sorbonne, co-auteur avec Lionel Prouteau de l’enquête « Paysage associatif français ».