Economie·Nos synthèses par domaines.·Pour un meilleur emploi·Société

L’effet hétérogène du commerce international sur l’innovation.

L’évolution des marchés d’exportation d’une entreprise influe sur ses décisions d’innovation.  

Les entreprises manufacturières françaises brevettent davantage lorsqu’elles sont soumises à  un choc de demande étrangère, c’est-à-dire lorsque leurs marchés d’exportation croissent  plus fortement de manière exogène. La hausse du nombre de brevets est perceptible deux à  cinq ans après un tel choc de demande, mettant en évidence le temps nécessaire pour innover. Cet effet est entièrement imputable aux entreprises initialement les plus productives. Outre ses  effets sur l’innovation, un choc de demande étrangère a un effet positif et immédiat sur les ventes et  l’emploi des entreprises, et ceci quel que soit leur niveau de productivité

Matthieu Lequien (division des études macroéconomiques, Insee) 

De nombreux événements, comme la  crise liée à la Covid-19, ou les politiques  commerciales affectent le commerce  international. Au-delà de leurs effets  immédiats, ces chocs commerciaux  peuvent avoir des conséquences à long  terme, notamment sur l’innovation des  entreprises, l’un des principaux moteurs  de la croissance économique. L’ampleur  économique de ce lien est considérable.  Selon la spécification la plus prudente, une expansion de 1 % de la demande étrangère entraînerait 52 brevets prioritaires supplémentaires dans le secteur  manufacturier français, soit une hausse de 0,64 % de ces brevets. Cette étude analyse comment la quantité et la qualité  de cet effet sur l’innovation évoluent dans le temps et varient selon les entreprises (au sens des unités légales) ayant  différents niveaux initiaux de  productivité. 

Les innovateurs sont plus productifs,  réalisent un chiffre d’affaires plus  élevé et exportent davantage.

Un faible nombre d’entreprises  concentrent encore plus les brevets que  les exportations, elles-mêmes plus concentrées que le chiffre d’affaires ou  l’emploi. En effet, le top 1 % des entreprises déposant des brevets en possède  91 % en 2007, tandis que le top 1 % des  entreprises en matière d’exportations  (chiffre d’affaires) réalise 70 % des  exportations totales (respectivement  51 % du chiffre d’affaires total ;  figure 1). Dans un même secteur, les  entreprises exportatrices génèrent un chiffre d’affaires plus élevé, ont plus  d’employés que les non-exportatrices ;  elles sont aussi plus productives. Même  à secteur et emploi donnés, une entreprise exportatrice réalise un chiffre d’affaires supérieur à celui d’une entreprise  non exportatrice, avec une valeur ajoutée par travailleur supérieure de 18 %.  Au sein de ces entreprises exportatrices,  déjà plus grandes et performantes, les innovantes (celles avec au moins un brevet)  se démarquent : elles sont encore plus  grandes, plus productives et exportent  davantage et vers plus de destinations. 

En outre, innover et exporter sont fortement  liés : seules 5 % des entreprises ayant  déposé au moins un brevet entre 1995 et  2012 n’ont jamais exporté sur cette période. Ce lien entre innovation et exportations  porte non seulement sur la marge extensive,(les entreprises n’exportant pas brevettent très peu souvent), mais aussi sur la marge  intensive (plus une entreprise exporte, plus  elle a de chances d’innover. (figure 2). 

Au-delà de cette corrélation très nette entre exportations et innovation au sein des entre prises manufacturières françaises, l’étude  cherche à identifier l’effet causal des exportations sur l’innovation. La stratégie d’identification repose sur la construction d’un  choc de demande qui suit l’évolution des  marchés d’exportation d’une entreprise tout  en restant indépendant des décisions de  l’entreprise. 

Une hausse de la demande étrangère  conduit une entreprise à innover  davantage 2 à 5 ans après 

En premier lieu, une hausse exogène de la  demande étrangère adressée à une entreprise  conduit cette entreprise à innover davantage. Cet effet du choc de demande sur l’innovation (i.e. sur le nombre de brevets) est  spécifique aux entreprises en bénéficiant.  En effet, il est observé en comparant des entreprises appartenant aux mêmes secteurs ; il n’est donc pas seulement lié à l’appartenance sectorielle (contrairement à  [Acemoglu et Linn, 2014]). En outre, l’innovation a lieu 2 à 5 ans après un choc de  demande, ce qui est cohérent avec le temps  de la recherche et développement et du  dépôt de brevet (figure 3)

Impact de la demande exogène.

En revanche, les ventes et l’emploi augmentent immédiatement à la suite du choc : il y  a un effet tangible et immédiat sur l’activité  de l’entreprise, ce qui confirme que la  réponse à ce choc de demande étrangère est bien liée à l’augmentation de la taille du marché (figure 4)

Le chiffre d’affaires.

Seules les entreprises les plus  productives innovent davantage après une hausse de la demande étrangère. 

L’effet du choc de demande étrangère sur  l’innovation est entièrement porté par les  entreprises dont la productivité est supérieure à la médiane de leur secteur (mesurée  une année initiale avant tout choc de  demande). Aucun effet sur l’innovation  n’est visible dans les entreprises les moins productives et la différence d’effet entre entreprises plus ou moins productives est  toujours significative au seuil de (un) : 1 %. Cette réponse hétérogène pourrait a priori simplement refléter que les entreprises les plus productives bénéficient prioritairement du choc de demande. Mais ce n’est pas le cas puisque l’effet sur les ventes et l’emploi n’est pas différent pour les entreprises à productivité initiale faible ou  élevée. 

La construction de chocs de demande placebos, dans lesquels les produits ou les destinations déterminant l’exposition des entreprises aux marchés d’exportation ont été tirés au hasard, montre qu’il est hautement improbable qu’une entreprise à forte  productivité aurait autant innové « de toute  façon », c’est-à-dire sans le vrai choc. 

Une concurrence accrue après une hausse de la demande pourrait  freiner davantage l’innovation des entreprises les moins productives 

Ces résultats peuvent être interprétés à  travers le prisme d’un modèle de commerce  international avec concurrence monopolistique d’entreprises hétérogènes. Une  demande accrue sur les marchés d’exportation générerait un effet d’échelle qui rendrait l’innovation plus attrayante pour toutes les  entreprises, mais aussi un effet de concurrence par l’entrée d’entreprises supplémentaires sur ce marché. Cet effet de  concurrence réduirait de manière disproportionnée les incitations à innover dans  les entreprises à faible productivité. Avec  ces deux effets, un choc de demande étrangère générerait plus d’innovation dans les  entreprises à forte productivité que dans  celles à faible productivité. Les mécanismes identifiés par cette modélisation  rendent ainsi compte des résultats observés  empiriquement. Ce modèle est détaillé  dans [Aghion et al., 2020]. D’autres mécanismes pourraient naturellement être à  l’œuvre. Par exemple les entreprises les  plus productives pourraient plus facilement absorber un coût fixe de l’innovation grâce à leurs marges plus élevées, ou faire face à  de l’incertitude sur le rendement de la  R&D ou la taille de marché. ■ 

Définitions 

L’innovation est ici approchée par le nombre de dépôts de brevets prioritaires, c’est-à-dire la première publication décrivant une  invention, les dépôts suivants protégeant la  même propriété intellectuelle dans d’autres  juridictions n’étant pas prioritaires et donc  non comptabilisés. 

Sources :  Pour étudier comment la demande étrangère affecte l’innovation des entreprises,  l’étude mobilise les données des Douanes, la base Baci de commerce international du  Cepii, les données administratives DGFiP/ Insee Ficus/Fare et les données Patstat de brevets de l’Office européen des brevets. Les bases Patstat et le répertoire  Sirene ont été appariés sur le nom des  entreprises, par une méthode de Machine  Learning, afin d’associer aux déposants de  brevets leur numéro Siren (absent de Patstat). L’analyse porte sur les entreprises  françaises manufacturières et couvre la  période 1995-2012. 

L’effet hétérogène d’un accès facilité à l’exportation sur les investissements technologiques est documenté par [Bustos, 2011] et  [Lileeva et Trefler, 2010]. Cette étude contribue à la littérature, notamment avec l’utilisation des brevets pour mesurer linnovation des entreprises. Ainsi, l’innovation est approchée par le nombre de dépôts de  brevets prioritaires, c’est-à-dire la première  publication décrivant une invention, les  dépôts suivants protégeant la même propriété intellectuelle dans d’autres juridictions n’étant pas prioritaires et donc non  comptabilisés. Ceci évite de capturer le lien  mécanique qu’il peut y avoir entre nombre  de brevets et marchés d’exportation  puisqu’une entreprise présente sur de nombreuses destinations aura tendance à déposer de nombreux brevets non prioritaires  pour y protéger ses produits. Une deuxième  mesure de l’activité d’innovation porte sur  le nombre de citations venant d’autres brevets et reçues dans les cinq ans suivant le dépôt de ses brevets une année donnée.  Les résultats sont robustes à d’autres  mesures de brevets. 

Les analyses sont effectuées au niveau de  l’unité légale. Si un groupe enregistre ses brevets et ses exportations dans des unités  légales différentes, alors le lien entre brevets  et exportations n’est pas capturé. Ce problème se pose également dans le cas des  multinationales. Ainsi, les brevets peuvent être  localisés au nom d’une filiale dans un pays  étranger alors que la production et les exportations sont situées en France. Inversement,  l’activité de R&D peut être localisée en France  alors qu’une part importante de la production  est délocalisée dans d’autres pays. Dans tous  ces cas, le lien approprié entre les chocs à  l’exportation pour ce producteur et une innovation induite (brevets) n’est pas enregistré,  ce qui biaise les coefficients estimés vers 0.  Si l’information sur les groupes et les multinationales était disponible, les résultats empiriques en seraient probablement renforcés. 

Méthodes 

Pour identifier l’effet causal des exportations  sur l’innovation, la stratégie d’identification  repose sur la construction d’un choc de  demande qui suit l’évolution des marchés  d’exportation d’une entreprise tout en restant  indépendant des décisions de l’entreprise.  S’appuyant sur la méthodologie des instruments shift-share et de travaux comme [Hummels et al., 2014], ce choc est construit de la  manière suivante. Les entreprises sont exposées à des chocs agrégés, la croissance chaque année des importations dans un pays  pour un produit venant du reste du monde  sauf de France. Elles sont exposées au choc  agrégé venant d’un pays pour un produit  donné seulement si elles exportaient ce produit vers ce pays la première année de  l’échantillon. Plus précisément, le choc pour  une entreprise est égal à la somme de tous  les chocs agrégés pondérés par la part que  représentaient chaque pays et chaque produit  dans le chiffre d’affaires total de l’entreprise durant cette année initiale. Utiliser une année initiale (la première année pour chaque entreprise avec des exportations positives), qui  n’est ensuite plus utilisée dans les régressions, pour définir les marchés d’exportation  auxquels est exposée une entreprise permet  de s’assurer que l’innovation de l’entreprise à  une date donnée n’influe pas sur le choc de demande étrangère via la sélection chaque  année des marchés d’exportation. Exclure les  exportations françaises vers les marchés d’exportation pour le calcul du choc agrégé permet d’éliminer des sources de variation venant de France et qui pourraient être corrélées aux variables d’intérêt de l’entreprise française. 

La stratégie d’estimation principale consiste à régresser une variable d’intérêt de l’entreprise, la croissance de sa taille et son activité  de brevets, sur des avances et des retards  du choc de demande, des contrôles (niveaux  et évolutions des ventes et de l’emploi l’an née initiale) et des effets fixes secteur-année.  Pour pallier les nombreux zéros présents  dans les données de brevets, des régressions negative binomial sont aussi utilisées. 

Pour en savoir plus 

• Aghion P., Bergeaud A., Lequien M., Melitz  M.-J., “The Heterogeneous Impact of Market Size on Innovation: Evidence from French Firm-Level Exports”, Documents  de travail n° G2020/11, Insee,  novembre 2020. 

• Hummels D., Jørgensen R., Munch J.,  Xiang C., “The Wage Effects of Offshoring:  Evidence from Danish Matched Wor ker-Firm Data”, American Economic  Review, 104 (6), 1597–1629, juin 2014. 

• Bustos P., “Trade Liberalization, Exports,  and Technology Upgrading: Evidence on  the Impact of MERCOSUR on Argentinian  Firms », American Economic Review,  101 (1), 304–340, février 2011. 

• Lileeva A., Trefler D., “Improved access to  foreign markets raises plant-level productivity… for some plants”, The Quarterly  journal of economics, 125(3), 1051–1099,  aout 2010. 

• Acemoglu D., Linn J., “Market size in innovation: theory and evidence from the pharmaceutical industry”, The Quarterly journal of economics, 119 (3), 1049–1090,  août 2004.

 Direction Générale 88 avenue Verdier 92541 Montrouge Cedex – Directeur de la publication : Jean-Luc Tavernier 

Rédactrices en chef : A. Goin, S. Pujol  Rédacteurs : C. Lesdos, P. Glénat 

Maquette : B. Rols  Code Sage : IA2058  ISSN 2416-7851 © Insee 2019 

Insee Analyses figure dès sa parution sur le site internet de l’Insee :

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Pour recevoir par courriel les avis de parution : 

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Emploi en Bourgogne-Franche-Comté : de grandes agglomérations dépendantes de la demande locale et de petits territoires spécialisés très exposés à la demande extérieure .

Sur un territoire, certaines activités sont d’abord dédiées à satisfaire les besoins des consommateurs qui vivent à proximité, quand d’autres sont régies par une demande plus lointaine, qu’elle soit nationale ou  internationale. Les activités dites de proximité, qui concourent principalement à satisfaire les besoins  quotidiens de la population présente, génèrent en Bourgogne-Franche-Comté plus de 650 000 emplois, soit  61 % de l’emploi total. Comme en province, le maintien de ces activités de première nécessité dépend surtout de  l’évolution de la population. Elles sont restées stables dans la région. 

D’autres activités sont liées à la demande locale, mais répondent à des besoins plus occasionnels. Elles  représentent 19 % de l’emploi total. Depuis la crise économique de 2008, elles ont été davantage fragilisées. Enfin, 20 % de l’emploi régional restant dépend essentiellement de la demande extérieure. C’est plus qu’ailleurs en  province et s’explique par la surreprésentation de l’industrie dans la région. La dépendance de l’emploi, et donc de  l’appareil productif à cette demande extérieure, est très variable. Elle est particulièrement marquée dans certaines  intercommunalités situées en deuxième couronne comme Selongey ou Valdahon

Mélanie Chassard (Insee) 

Entre 2008 et 2016, l’emploi a reculé en  Bourgogne-Franche-Comté de l’ordre  de – 0,5 % par an, correspondant à 48 000 emplois de moins en 8 ans. Après  les épisodes sanitaires sans précédent que  le monde vient de connaître, la conjoncture nationale et internationale n’a jamais  été aussi incertaine. Les prévisions de  croissance sont en berne, et en Bourgogne-Franche-Comté, comme dans les  autres régions, l’emploi pourrait encore  reculer. Dans ce contexte, mieux connaître  la nature des emplois qui participent à la  richesse de la région, et savoir de quoi ces  emplois dépendent, revêt un enjeu d’autant  plus important. En effet, certains emplois  dépendent principalement de la demande  locale exprimée par les consommateurs  de la zone, et sont ainsi fortement liés  aux évolutions démographiques. D’autres  dépendent plutôt de la demande extérieure,  donc de l’activité économique nationale  voire internationale. Ainsi, selon que  l’appareil productif d’un territoire dépend  davantage de l’une ou l’autre demande, les  enjeux pour maintenir ses emplois ne seront pas les mêmes. Globalement dans la région, le nombre total d’emplois par habitant se situe au même niveau que la moyenne de province (38 pour 100 habitants) ; cependant des différences apparaissent selon que  les emplois dépendent de le demande locale  ou extérieure. 

Les travaux de Frocrain et Giraud.

Besoins courants de la population :  23 emplois nécessaires  pour 100 habitants 

Les emplois dits de proximité sont liés à la  demande locale (méthodes groupe 1). Avec  près de 650 700 emplois, ils représentent  ainsi 61 % de l’emploi total de la région  en 2016. Ils répondent aux besoins courants, voire quotidiens, de la population et  sont localisés près des consommateurs. Les  principales activités concernées relèvent du  commerce (boulangerie, hypermarchés,  restauration… ), des services (salons de  coiffure, activité des agences d’intérim,  services de nettoyage… ). L’action sociale,  de même que l’action publique sont très  présentes également, en particulier l’enseignement primaire et secondaire, l’accueil de jeunes enfants, l’hébergement pour  personnes âgées (figure 2). 

Répartition des emplois de proximité.

Le nombre d’emplois dits de proximité par  habitant (23,1 emplois pour 100 habitants  en Bourgogne-Franche-Comté) varie peu selon les régions. Il est malgré tout un peu  plus élevé en Île-de-France, en Provence Alpes-Côte d’Azur et en Nouvelle-Aquitaine,  régions dans lesquelles ces emplois répondent  également aux besoins des touristes (figure 1).  Le nombre d’emplois par habitant est le  même dans la région qu’en moyenne en province, également dans chaque sous-secteur  des emplois dits de proximité. Ainsi, pour  100 habitants, la région compte 3,4 emplois  dans le commerce, 3,2 emplois dans l’administration publique, 2,8 emplois dans les activités  pour la santé humaine, comme ailleurs. 

France entière

Le nombre d’emplois dit de proximité a  peu évolué entre 2008 et 2016 

Le nombre d’emplois dit de proximité d’un territoire dépend ainsi directement de la présence  des habitants, qu’ils soient résidents ou de pas sage. Au niveau régional, la population a très  peu progressé entre 2008 et 2016 (+ 0,07 %  par an), ce qui explique la quasi-stabilité du  nombre d’emplois dit de proximité sur la  même période (- 0,05 % par an). Cette très  légère baisse est imputable en partie au nombre  croissant de navetteurs qui vivent aux franges  de la région et qui travaillent et consomment  davantage en dehors de la région, et près de  leur lieu de travail. Dans les autres régions,  l’emploi dit de proximité a augmenté. Mais  comme en Bourgogne-Franche-Comté, cette  dynamique a été très largement comparable à  celle de la population. 

Ainsi, les emplois dits de proximité, contrai rement au reste des emplois, n’ont pas ou  très peu été impactés par la crise économique  qu’a connue la France à partir de 2008. Le  ratio par habitant est resté le même au cours  de la période 2008-2016. Les évolutions démo graphiques récentes montrent cependant que  la population régionale diminue et que cette  tendance devrait se prolonger sur le long terme  en raison notamment du vieillissement de la  population. Les habitudes de consommation  courantes de la population ont depuis peu été  bouleversées par le contexte sanitaire de l’an née 2020 et les citoyens aspirent à consommer  mieux et de manière plus durable. Ces deux  facteurs peuvent, à très court terme, être susceptibles de perturber l’évolution des emplois  dits de proximité dans la région comme dans  le reste de l’hexagone. 

208 300 emplois pour les services  dont l’usage est moins fréquent 

Aux emplois dits de proximité s’ajoutent les  emplois liés aux besoins moins courants des consommateurs locaux. Les activités liées à  ces besoins dépendent également davantage  de la demande locale que de la demande  extérieure (méthode groupe 2). Ces activités  génèrent 208 300 emplois en Bourgogne Franche-Comté, soit 19 % de l’emploi total.  Les activités de services telles que l’hôtellerie, le commerce de détail de la papeterie,  du livre, d’équipements informatiques, y  sont surreprésentées, au même titre que les  activités créatives, artistiques et de spectacle,  l’enseignement supérieur, les activités liées à  l’architecture, à la comptabilité, ou encore au  transport ferroviaire et urbain. Les emplois  correspondants sont surtout l’apanage des plus  grandes villes et ont tendance à se concentrer,  au plan national comme régional, dans les  métropoles. 

Depuis 2008, ces activités ont été plus  fragilisées. Les emplois associés ont en  effet diminué de 0,5 % par an entre 2008  et 2016 en Bourgogne-Franche-Comté, malgré une démographie stable. Ces activités qui  dépendent aussi de la demande locale ont pu  être soumises à des arbitrages budgétaires, en  raison entre autres des variations de niveau de  vie des ménages. En effet, contrairement aux  services et équipements de proximité, ces activités sont davantage liées aux loisirs et confort matériel. Elles sont moins indispensables dans  la vie quotidienne des ménages et donc plus  facilement restreintes en cas d’incertitude  économique. 

Les emplois exposés à la demande  extérieure plus présents en Bourgogne Franche-Comté 

Les autres activités présentes sur le territoire national dépendent bien plus de la  demande extérieure. La région compte ainsi  216 500 emplois dont l’activité est liée à la  demande extérieure, soit 20 % de son emploi  total. Ces activités qualifiées d’exposées (méthode groupes 3 et 4) sont les plus dépendantes du contexte économique. Elles sont sensibles aux variations de la demande nationale et  mondiale, mais aussi à la concurrence des autres  producteurs. Puisqu’elles ne répondent pas à  une demande de consommation locale, elles  sont susceptibles de s’exercer ailleurs, dans  d’autres régions, voire dans d’autres pays. En  Bourgogne-Franche-Comté, l’emploi dans les  activités exposées est en proportion plus présent  qu’ailleurs : 1,5 point de plus qu’en province. Ces emplois relèvent souvent des secteurs  industriels ou agricoles, mais le commerce  de gros, de même que certaines branches des  services sont également concernés. 

Les activités dites exposées les plus fréquentes, réparties sur l’ensemble du territoire  national, sont l’élevage de bovins, de volailles,  la culture céréalière, la production d’électricité, la fabrication d’emballage et produits  plastiques, l’industrie pharmaceutique, le  travail du bois, l’industrie du cuir, le commerce  de gros de fruits et de légumes, la fabrication de vêtement, les services de la défense,  la recherche-développement scientifique. 

Ensemble, ces activités rassemblent en  Bourgogne-Franche-Comté 140 100 emplois  en 2016 et ont connu un déclin marqué depuis  2008. Ces emplois ont en effet reculé de 1,6 %  par an entre 2008 et 2016. 

Automobile, viticulture, production  de fromage, des activités  emblématiques de la région 

Parmi les activités dites exposées à la demande  extérieure, certaines sont plus rares et sont souvent emblématiques des emplois d’un territoire.  Ces activités rassemblent 76 400 emplois  en Bourgogne-Franche-Comté. Parmi elles,  la construction de véhicules automobiles, la  métallurgie, l’horlogerie, la culture de la vigne,  la production de fromage, de condiments, en  sont sans doute les exemples les plus illustratifs  de la région (figure 3). 

Les emplois rares.

C’est dans ces activités que l’emploi a le plus  diminué dans la région entre 2008 et 2016  (- 2,6 % par an). Et cette baisse est plus marquée qu’en moyenne en province (- 2,1 %  par an). Leur présence sur un territoire dépend de  différents paramètres. En effet, les ressources naturelles ont permis le développe ment des activités viticoles. L’essor d’une  activité peut aussi tenir à l’histoire et aux  savoir-faire locaux, comme les activités  industrielles de niche, de l’horlogerie et de  la lunetterie, implantées de longue date en  Bourgogne-Franche-Comté. 

Dans les grandes agglomérations,  l’emploi dépend surtout de la demande locale..

 Au sein de la région, selon les intercommunalités, le poids des activités liées à la demande  locale et celui lié à la demande extérieure  sont très variables et exposent différemment  chaque territoire au contexte économique et  démographique (figure 4). 

Intercommunalités exposées

Dans les grandes intercommunalités de Besançon, Nevers, Mâcon, Dijon, Pontarlier,  Auxerre, Lons-le-Saunier et Vesoul, les  emplois sont davantage dépendants de la  demande émise localement. Les emplois dits  de proximité y sont très présents, supérieurs  ou égaux à 30 emplois pour 100 habitants. Les  activités dédiées aux besoins plus occasionnels  de la population s’y concentrent également.  Dans ces grands pôles d’emplois, les activités  de proximité comme celles plus occasionnelles, permettent de satisfaire les besoins des  habitants, mais également ceux des personnes  de passage, qui viennent y travailler quotidiennement. Le développement des emplois dits  de proximité dans ces grandes villes se fait au  détriment des intercommunalités plus résidentielles qui les entourent. Ainsi à Arc-sur-Tille,  Genlis, Brazey-en-Plaine autour de Dijon, à  Marnay, Fraisans, Ornans, près de Besançon ou  encore à Héricourt sous l’influence de Belfort et Montbéliard, le nombre d’emplois dits de  proximité par habitants est deux fois moins  élevé. Dans ces territoires, c’est davantage la  dépendance vis-à-vis de la demande extérieure,  quand l’emploi industriel ou agricole y est  développé, qui est plus marquée

De nombreux territoires moins peuplés  exposés à la demande extérieure 

L’emploi exposé est plus présent en moyenne  dans la région. Ainsi, parmi les 119 intercommunalités, le poids des emplois exposés  est élevé, supérieur à 28 % pour 21 d’entre  elles, comme Ornans, Nuits-Saint-Georges ou  Saint-Amour. Il est plus élevé encore, supé rieur à 35 %, pour 12 autres. Sont notamment  concernées les intercommunalités situées en  deuxième couronne de grandes agglomérations, dont l’appareil productif est très spécialisé, pour peu d’emplois dits de proximité.  Ainsi, à Selongey, Valdahon, Saint-Florentin  et Moirans-en-Montagne, l’emploi exposé représente plus de 40 % de l’emploi total. À l’inverse, le niveau d’emplois dits de  proximité y est relativement faible et avoisine  15 emplois pour 100 habitants, contre 23 en  moyenne régionale. 

Enfin, certains territoires présentent une double  exposition, à savoir une certaine dépendance à  la demande locale et une dépendance, souvent  un peu plus marquée à la demande extérieure.  Les intercommunalités davantage isolées, loin de l’influence des grands pôles d’emplois sont  les plus concernées. L’économie locale y est  plus autocentrée et le nombre d’emplois dits  de proximité proche de la valeur régionale, car  les besoins quotidiens des consommateurs sont  satisfaits localement. Parallèlement, l’appareil  productif de ces territoires est tourné vers  l’industrie ou l’agriculture. C’est notamment  le cas des intercommunalités de Luxeuil, de  Gray, de Montbéliard, de Poligny, de Beaune  ou encore de Montbard. Ces zones sont à la fois des pôles d’équipement de proximité pour leurs  habitants et ceux des territoires voisins et des  pôles d’emplois très spécialisés. Se positionner  sur des activités rares et tournées vers l’extérieur, notamment en termes de qualification  des emplois, peut être une vraie opportunité,  et l’ouverture vers des marchés extérieurs est aussi une source de richesse. ■ 

Insee Bourgogne-Franche-Comté 8 rue Louis Garnier CS 11997 

25020 BESANÇON CEDEX Directeur de la publication : Moïse Mayo 

Rédactrice en chef : Marie Léger  Mise en page : STDI  Crédits photos :  CRT, L. Cheviet  ISSN : 2497-4455 

Dépôt légal : octobre 2020 © Insee 2020 

Pour en savoir plus 

•  P. Frocrain et P. Giraud, « L’évolution de l’emploi dans les secteurs exposés et  abrités en France », Économie et statistiques N° 503-504, 2018. 

•  M. Chassard, « Petites villes de Bourgogne-Franche-Comté : un passé démographique et industriel qui contribue au déficit de croissance », Insee Analyses  Bourgogne-Franche-Comté n° 38, juillet 2018. 

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Les agences de publicité : un secteur moins dynamique en France qu’en Europe

Les multinationales françaises et étrangères du secteur des agences de publicité réalisent les deux tiers du chiffre d’affaires du secteur. Les agences de publicité filiales d’autres secteurs sont principalement intégrées à des groupes de transports (poste et logistique surtout) ou de commerce. Par ailleurs, le secteur des agences de publicité est composé d’une  myriade de petites entreprises. 

Les agences de publicité sont nettement moins dynamiques que les autres services aux  entreprises (SAE) : leur valeur ajoutée stagne et les ventes croissent modérément (+1,8 % par an entre  2009 et 2019 en volume) ; les prix sont stables depuis 2014 du fait d’une forte pression tarifaire.  Non prioritaire en temps de crise, leur activité diminue au printemps 2020.  Bruno Hadot (division Services, Insee)

Les agences de publicité coordonnent ou réalisent tout ou partie des campagnes  publicitaires pour le compte des annonceurs. Elles demeurent des acteurs  incontournables du marché de la publicité malgré la montée en puissance des  médias numériques, qui favorisent  l’émergence de nouveaux intermédiaires. Les entreprises du secteur des  agences de publicité réalisent un chiffre  d’affaires de 12,3 milliards d’euros et une valeur ajoutée de 5,0 milliards en  2017. Elles emploient 64 000 salariés.

Parmi les 17 300 entreprises du secteur,  près de 800 entreprises sont constituées  en groupe et près de 16 600 sont  mono-unités légales (figure 1)

Un secteur dominé par quelques  grands acteurs .

Dans le secteur de la publicité, les entre prises organisées en groupe emploient  43 500 salariés et réalisent un chiffre d’affaires de 8,0 milliards d’euros. Les dix premières entreprises, parmi lesquelles Publicis, Gutenberg, Networks et Kantar, génèrent ainsi 40 % du chiffre d’affaires du secteur et 60 % du chiffre d’affaires des entreprises organisées en groupe. La moitié sont des multinationales françaises, l’autre moitié des  multinationales étrangères (Gutenberg, Kantar, Vizeum, McCann, CPM). Les entreprises du secteur organisées en  groupe sont des entreprises spécialisées.  Bien que seule la moitié des filiales de ces  entreprises soient des agences de publicité,  elles génèrent les trois quarts du chiffre  d’affaires consolidé, soit 6,1 milliards d’euros. Les entreprises sont aussi constituées de  régies publicitaires (6 % du chiffre d’affaires des filiales des entreprises de publicité), d’unités légales du secteur des  sondages-études de marché (4 %) ou encore  d’unités légales spécialisées dans la production de films publicitaires (2 %). 

Les unités légales indépendantes réalisent  un tiers du chiffre d’affaires du secteur. 

Très nombreuses (96 % de l’ensemble des  entreprises), les entreprises mono-unités  légales ne réalisent qu’un tiers du chiffre  d’affaires du secteur (4,3 milliards d’euros).  Ce sont majoritairement des microentreprises (63 % du chiffre des affaires des  entreprises mono-unités légales). Par ailleurs, ces entreprises ont un taux de  marge supérieur à celui des entreprises organisées en groupe (16 % contre 9 %).  Elles investissent moins : leur taux d’investissement est de 19 % contre 40 % pour  celui des entreprises organisées en groupe.  Parmi les entreprises mono-unités légales,  les microentreprises, souvent plus récentes,  sont celles qui investissent le plus (27 %).

 Des agences de publicité intégrées aussi à des entreprises d’autres secteurs.

700 unités légales sont intégrées à des entreprises d’autres secteurs et dégagent un chiffre  d’affaires de 3,7 milliards d’euros. Ces filiales  appartiennent à des entreprises du secteur de  l’affrètement et de l’organisation des transports (33 % du chiffre d’affaires de ces unités  légales). Des entreprises ayant une activité de  poste (13 %) et des centrales d’achats alimentaires (7 %) intègrent aussi des agences de  publicité (figure 2). Depuis 2007, la grande  distribution est autorisée à faire réaliser des publicités à la télévision et est un annonceur  de premier plan, ce qui a pu inciter les entreprises de ce secteur à filialiser cette activité. 

Par secteur.

La production progresse modérément  au cours des dix dernières années .

De 2009 à 2019, la production des agences  de publicité (unités légales du secteur ou  intégrées à d’autres secteurs) croît en  volume de 2,0 % (figure 3) en moyenne par  an, à un rythme plus soutenu que celui de la consommation des ménages (+ 1,0 % en  volume). Par ailleurs, les exigences des  annonceurs, de taille généralement supérieure à celle des agences, et la forte concurrence liée au nombre d’agences, au-delà de  quelques grands acteurs, pèsent sur les prix.  Les grands événements sportifs (championnats mondiaux et européens de football,  Jeux olympiques) n’ont pas généré un  regain d’activité durable. 

L’activité des agences est très sensible à la  conjoncture. En cas de crise, les dépenses  publicitaires jouent pour les entreprises le rôle  de variable d’ajustement et sont les premières  à être reportées ou annulées. De plus, les  supports de diffusion évoluent : la part des  dépenses publicitaires dans les médias traditionnels (presse, publicité extérieure, télévision, radio, cinéma) recule en valeur alors que  celle des médias numériques (réseaux sociaux,  Internet) s’accroît considérablement. Les agences de publicité sont affectées dès le début 2020 par la crise sanitaire comme l’ensemble des services, mais le retour à la normale  semble moins rapide que dans d’autres  secteurs. Leur chiffre d’affaires diminuerait  de 6 % en volume au premier trimestre, avec une baisse de près de 15 % de février à mars.  La chute serait plus prononcée en avril et mai (baisse de près de 25 % par rapport à février). En juin, elle serait enrayée, mais l’activité  resterait fortement déprimée (– 22 % par  rapport à février). Au total, l’activité se  replierait de 20 % au deuxième trimestre. 

La valeur ajoutée créée par les agences de  publicité est stable entre 2009 et 2017. Elle  s’élève à 5,1 milliards d’euros. Cette stabilité s’explique par un recours répandu à la  sous-traitance, dont le montant équivaut à  35 % du chiffre d’affaires (soit 4,9 milliards) et augmente plus vite que le chiffre d’affaires. La stratégie de différenciation de l’offre aux annonceurs peut entraîner un besoin accru de prestations très spécifiques.  Dotées d’une offre vraisemblablement plus  fournie, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont davantage recours à la  sous-traitance (33 % du montant total) que  les PME (27 %. Les frais de personnel sont également  stables (4,2 milliards d’euros) en valeur. Les  effectifs salariés baissent. 

En dépit d’un taux de marge assez stable sur  la période (14 %), le secteur des agences de  publicité accroît ses investissements depuis  dix ans : le taux d’investissement passe de  18 % en 2009 à 28 % en 2017. Cette évolution traduit une hausse des investissements  immatériels sur la période (+ 47 %). 

Les agences de publicité en France  moins dynamiques que  leurs homologues européennes. 

En 2017, la France réalise 11 % du chiffre  d’affaires du secteur des agences de publicité des pays de l’Union européenne. Elle se  situe au troisième rang, loin derrière le  Royaume-Uni (24 %) et l’Allemagne  (16 %). Rapportée au PIB, la valeur ajoutée  de ce secteur en France est légèrement inférieure à la moyenne des pays européens,  elle est notamment très en deçà des valeurs  ajoutées britannique et néerlandaise  (figure 4)

VA sur PIB.

En outre, le chiffre d’affaires et la valeur ajoutée dégagés par les agences publicitaires sont  moins dynamiques en France qu’en Allemagne  et au Royaume-Uni. Ainsi, entre 2009 et 2017,  les chiffres d’affaires des agences implantées  au Royaume-Uni et en Allemagne progressent  respectivement de 59 % et de 42 %, contre  seulement 9 % pour celles implantées en  France. Ces différences se répercutent sur les  évolutions de la valeur ajoutée. Au Royaume Uni, les agences ont davantage profité de l’essor de la publicité sur Internet. 

La publicité est une activité très réglementée  en France : certains produits dangereux ne  peuvent pas être promus sur tout ou partie des  supports publicitaires, la publicité comparative  est très encadrée et le temps d’antenne dédié  aux messages publicitaires est contrôlé par le  Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).  Selon un rapport du Sénat, la limitation horaire par jour des spots publicitaires est moins contraignante sur les chaînes de télévision  privées au Royaume-Uni et en Allemagne. 

La conception d’une campagne de publicité, principale activité des agences de publicité.

Le cœur de métier des agences publicitaires  est le conseil, la conception et la création  d’une campagne de communication. Elles  peuvent aussi participer à des campagnes  publicitaires sans en assurer la conception  globale : création de site internet publicitaire,  distribution de prospectus, études média. Ces  deux activités représentent respectivement  48 % et 20 % du chiffre d’affaires des agences  de publicité indépendantes. Les agences intégrées à des groupes de publicité réalisent les  deux tiers de leur chiffre d’affaires (69 %) dans le conseil, la conception et la création de  campagnes. Quant aux agences intégrées à  des groupes d’autres secteurs, près de la  moitié de leur chiffre d’affaires (46 %) est liée  au cœur de métier et un quart à la création de  site internet publicitaire, la distribution de  prospectus et les études média. 

La refacturation d’éditions publicitaires (films, prospectus qui ne sont pas réalisés en  interne) représente une part non négligeable de l’activité des agences indépendantes (20 %  du chiffre d’affaires) alors qu’elle est moins  présente dans l’activité des agences intégrées aux groupes de publicité (5 %) et de celles  intégrées aux groupes d’autres secteurs (8 %). Les filiales d’autres secteurs intégrées à des groupes de publicité ont des activités beaucoup plus diversifiées, en dehors du cœur de  métier : des activités de régie publicitaire  (10 % du chiffre d’affaires de ces filiales),  d’études de marché (6 %), de conseils en communication (6 %) ou encore de vente de  films publicitaires (5 %). 

Une activité majoritairement nationale  et tournée vers les entreprises. 

Les agences de publicité et les filiales des  entreprises de publicité réalisent essentiellement leur activité en France (entre 80 % et  90 % de leur chiffre d’affaires). Leur clientèle est principalement composée d’entre prises. Le commerce, les industries  agroalimentaires, la chimie (parfumerie), la  construction automobile et l’immobilier  sont les principaux clients des activités de  publicité selon l’enquête Achats (sources). Les agences intégrées à des groupes de publicité exercent 57 % de leur activité avec des  entreprises situées hors du groupe. Les  échanges hors du groupe sont nettement  moins importants pour les unités légales  d’autres secteurs (42 %). Les agences de  publicité intégrées à des groupes d’autres  secteurs réalisent la même proportion (30 %)  de leur chiffre d’affaires avec des entreprises du groupe auquel elles appartiennent et avec  des entreprises situées hors du groupe. 

Des emplois très qualifiés et des emplois d’ouvriers liés à la distribution  de prospectus. 

Comme dans l’ensemble des services  marchands non financiers, en 2015, 29 % des  salariés sont ouvriers (figure 5). Mais les  employés y sont moins représentés : 22 %  des salariés contre 37 %. Du fait de leur  volonté de proposer une offre globale aux  annonceurs, les agences de publicité abritent  des métiers variés. Les métiers de conducteurs livreurs ou coursiers sont occupés par  28 % des hommes. En revanche, les femmes  sont aussi présentes dans ces métiers de  chauffeurs (15 % des femmes) que dans les  métiers de cadres de la publicité (14 %). Le  poids des métiers moins qualifiés s’explique  par la présence de grandes sociétés spécialisées dans la distribution de prospectus, de  journaux gratuits et d’échantillons publicitaires, employant la très grande majorité de  leurs salariés sous le statut d’ouvrier. Près de la moitié des salariés des agences de publicité  sont couverts par la convention collective de la publicité et un quart par celle des entreprises de distribution directe. 

L’étude des effectifs.

Dans les agences publicitaires hors sociétés  de distribution de prospectus, les hommes  ont davantage le statut de cadre et profession intellectuelle supérieure (14 % des  salariés) et les femmes celui d’employé  (18 % des salariés). Les métiers liés au  numérique émergent dans le secteur (techniciens d’étude et développement informatique, ingénieurs et cadres d’étude recherche  et développement en informatique), mais ils  ne sont pas tous répertoriés dans la nomenclature usuelle des professions. Par ailleurs, les contrats à durée indéterminée sont majoritaires (75 %, contre 63 %  dans les services marchands non financiers).  62 % des salariés des agences de publicité  occupent des postes à temps complet, soit  nettement moins que dans les services  marchands non financiers (74 %). Cette  différence s’explique en partie par une assez  forte présence féminine : les agences  emploient en effet quasiment autant de  femmes (51 %) que d’hommes (49 %). 

Des écarts de rémunération hommes femmes moins élevés que dans  l’ensemble des services marchands 

Les écarts de rémunération brute entre les  hommes et les femmes sont plus faibles dans  la convention des entreprises de distribution  directe (5 %) que dans la convention collective  de la publicité (29 %), où les femmes sont plus  souvent à temps partiel. Globalement, les  hommes sont rémunérés 18 % de plus (9 % en  équivalent temps plein). Les différences de  rémunération sont toutefois moins élevées que  dans l’ensemble des services marchands non  financiers (23 %), où les secteurs les plus  rémunérateurs (informatique, ingénierie)  emploient majoritairement des hommes et les  services aux ménages davantage de femmes. 

Les emplois sont concentrés dans la région  francilienne, où sont principalement implantées les plus grandes agences de publicité :  48 %, contre 20 % pour l’ensemble des  services marchands non financiers. Cela est  dû, comme dans l’informatique, à la proximité des clients, vraisemblablement les  états-majors des sociétés. En outre, la proximité avec les médias favorise vraisemblablement l’activité des agences.

Sources 

Les activités des agences de publicité cor respondent à la sous-classe 73.11Z dans la  nomenclature NAF rév.2. 

Le dispositif Esane permet de produire des  statistiques structurelles d’entreprises. Il exploite conjointement les données administratives et les données issues de l’enquête  sectorielle annuelle (ESA) et de l’enquête annuelle de production. 

Les indices de production, les indices de prix  de production et les indices de chiffre d’affaires  sont utilisés pour l’analyse conjoncturelle. Les déclarations annuelles de données  sociales (DADS) portent sur l’emploi et les  rémunérations. Les postes annexes sont  exclus de cette étude. 

Les statistiques structurelles sur les entre prises d’Eurostat fournissent des données  sur le secteur des activités des agences de  publicité pour l’ensemble des États membres  de l’Union européenne. 

L’enquête Achats est une enquête inédite qui  porte sur l’année 2017. Elle interroge les entreprises sur la structure précise de leurs achats et  charges. 

 Définitions

Un groupe de sociétés est une entité économique formée par une société contrôlante  et l’ensemble des sociétés qu’elle contrôle.  Dans cette étude, le groupe se réfère à des  entreprises organisées en groupe et composées d’au moins deux unités légales (filiales). L’unité légale est une entité juridique (personne  morale ou personne physique) de droit public  ou privé. Elle est obligatoirement déclarée aux  administrations compétentes (greffes des tribunaux de commerce, Sécurité sociale, Direction  générale des finances publiques, etc.). L’unité  légale est l’unité principale enregistrée dans Sirene. Elle ne doit pas être confondue avec la  notion d’entreprise au sens de la loi de modernisation de l’économie de 2008, unité statistique  dont le contour est plus large et qui constitue  une entité économique autonome. Selon la loi de modernisation de l’économie de  2008, l’entreprise est la plus petite combinaison  d’unités légales qui constitue une unité organisationnelle de production de biens et de services  jouissant d’une certaine autonomie de décision. Elle se décline en catégorie d’entreprises selon l’effectif, le chiffre d’affaires et le total  de bilan : les microentreprises, les petites  et moyennes entreprises (PME), les entre prises de taille intermédiaire (ETI) et les  grandes entreprises (GE). 

Le taux de marge est le rapport de l’excédent brut d’exploitation à la valeur ajoutée. Le taux d’investissement est le rapport des investissements à la valeur ajoutée. (VA).

Pour en savoir plus 

• « Les services marchands en 2019 et  début 2020 – Rapport sur les comptes »,  Documents de travail n° E2020/02, Insee,  juillet 2020. 

• « La croissance du marché publicitaire se maintient en 2019 », Baromètre unifié du marché publicitaire, France Pub, IREP, Kantar. 

• Desjonquères A., de Maricourt C., Michel C.,  « Data scientists, community managers…  et informaticiens : quels sont les métiers du numérique ? » , in L’économie et la société  à l’ère du numérique, coll. « Insee Références », novembre 2019.

Directeur de la publication : Jean-Luc Tavernier 

Rédactrices en chef : A. Goin, S. Pujol  Rédacteurs : P. Glénat – C. Lesdos-Cauhapé 

Maquette : B. Rols, RPV Code Sage : IP201820 ISSN 0997 – 3192 (papier) ISSN 0997 – 6252 (web) © Insee 2020 

Insee Première figure dès sa parution sur le site internet de l’Insee :

https://www.insee.fr/fr/statistiques?collection=116 

Pour recevoir par courriel les avis de parution (60 numéros par an) :

https://www.insee.fr/fr/information/1405555

 

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Confinement : des conséquences économiques inégales selon les ménages

Le confinement de la population mis en place entre le 17 Mars et le 11 Mai 2020 s’est traduit par une contraction sans précédent de l’activité économique en France. En mai 2020, un  quart des personnes déclarent que leur situation financière s’est dégradée, et cette proportion  est d’autant plus élevée que le niveau de vie du ménage était initialement bas. Les ménages avec enfants sont aussi plus touchés que les ménages sans enfant. Les dispositifs de  maintien d’activité ont amorti les effets de la chute de l’activité économique sur les ménages de  manière inégale selon leur profil. La moitié des ouvriers, et un quart des cadres, déclarent être  passés, au moins en partie, par le chômage technique ou partiel entre le début du confinement et le mois de mai. Les cadres ont plus souvent travaillé à distance : 80 % des cadres en activité en  mai ont eu recours au moins partiellement au télétravail, contre 35 % des employés et seulement  6 % des ouvriers. Un quart des personnes ayant télétravaillé ont le sentiment que leur temps de  travail a augmenté. Si ces dispositifs ont permis de maintenir les relations d’emploi, au moins à  court terme, pour la majorité des salariés, les jeunes ont été bien plus exposés aux conséquences  de la chute de l’activité économique. 

Pauline Givord, Julien Silhol (Insee).

Avec la contribution de François Beck, Laura Castell, Cyril Favre-Martinoz, Stéphane Legleye, Nicolas Paliod, Patrick Sillard (Insee), Muriel Barlet, Aude Leduc, Philippe Raynaud (Drees)

L’accélération de la pandémie de Covid-19  en France au cours du mois de mars a  abouti au confinement de la population, du  17 mars au 11 mai 2020, avec une restriction des déplacements au strict nécessaire.  La levée de ces restrictions à partir du  11 mai s’est faite progressivement. Si la progression de l’épidémie de  Covid-19 a été contenue, le confinement  a frappé de plein fouet l’économie française. L’activité économique a reculé de  19 % au deuxième trimestre 2020 par  rapport au deuxième trimestre 2019  [Insee, 2020].

Les mesures exceptionnelles de soutien à l’activité, notamment  le recours au chômage partiel, ont  permis d’amortir les conséquences pour  les ménages : la baisse du revenu disponible brut des ménages n’a été que de  2,6 % au deuxième trimestre 2020.Néanmoins, les disparités entre les  ménages sont marquées. L’enquête  EpiCov (sources), dont la première vague a eu lieu en mai 2020, permet  d’analyser les conséquences pour les  ménages du confinement, notamment  sur leur situation financière. 

En mai, un quart des ménages déclare  que leur situation financière s’est  dégradée à la suite du confinement. 

En mai 2020, 23 % des ménages déclarent  que leur situation financière s’est dégradée  depuis le début du confinement. À l’inverse, seulement 2% déclarent que leur  situation financière s’est améliorée, tandis  que pour les deux tiers, elle est restée stable. Cette dégradation est d’autant plus forte  que les revenus des ménages étaient initialement faibles. Parmi les 10 % de ménages  les plus pauvres (ceux dont le niveau de  vie se situait en dessous du premier  décile), 35 % perçoivent une dégradation  de leur situation financière. Cette  proportion est deux fois plus faible pour les  10 % de ménages les plus aisés (figure 1).  Cette dégradation de la situation financière a pu se traduire par des difficultés  concrètes pour de nombreux foyers.  Parmi les ménages qui ont perçu une  détérioration de leur situation financière  au moment du confinement, 42 %  déclarent en mai que « leur situation  financière est juste et qu’il faut faire  attention » (contre 34% pour l’ensemble de la population) , 27 % que leur situation financière est « difficile » (contre  11 % pour l’ensemble de la population)  et 7 % qu’ ils « ne peuvent pas s’en sortir  sans s’endetter » (2 % pour l’ensemble  de la population). 

Cette situation s’explique essentielle ment par la chute de l’activité économique. Ainsi, les retraités paraissent préservés de cette situation, tandis qu’un  tiers des actifs déclarent une perte de  revenu. De nombreux autres facteurs sont également corrélés avec le fait d’avoir  perçu une dégradation des revenus. Alors que  la plupart des commerces (hors alimentaire),  des services personnels et des hôtels-cafés-restaurants ont été fermés pendant le  confinement, les artisans et les commerçants  ont été les plus directement touchés par la  chute de l’activité. Plus de la moitié des indépendants déclarent une dégradation de leur  situation financière. Les ouvriers sont ensuite  les plus affectés, avec 37 % de ménages  déclarant une perte de revenu. Pour les autres  catégories socioprofessionnelles, ces proportions se situent entre 25 % (pour les cadres et  professions intellectuelles supérieures, qui  incluent les professions libérales) et 30 %  (pour les agriculteurs). 

Les ménages avec enfants déclarent plus  souvent que les ménages sans enfant,  que leur situation financière de leur foyer  s’est dégradée depuis le confinement .

Ces écarts observés entre catégories socio professionnelles s’expliquent en partie par  le fait que les mesures visant à maintenir  l’emploi et les revenus ne sont pas accessibles à tous de la même façon. Le recours  au travail à distance facilite la continuité de  l’activité, ce qui explique que les salariés  qui ont télétravaillé (encadré) sont moins  nombreux à déclarer une perte financière  liée au confinement, même une fois tenu  compte de leur situation financière initiale  et de leur catégorie socioprofessionnelle. En  revanche, si le chômage partiel permet de  maintenir la relation d’emploi, la rémunération peut baisser pour les salariés : si la  rémunération en activité partielle ne pouvait  être inférieure au Smic, le minimum garanti  pendant le confinement correspondait à  84 % du salaire net. 

Les ménages avec enfants sont plus  nombreux à déclarer une dégradation de leur  situation financière. C’est le cas de 33 %  d’entre eux, contre 18 % des ménages sans  enfant. Même en tenant compte de l’âge, de  la catégorie socioprofessionnelle, du niveau  de vie et du fait d’être passé par le chômage  partiel ou d’avoir télétravaillé, cette surreprésentation des ménages avec enfants parmi ceux dont la situation financière s’est dégradée demeure. Au moins deux éléments  peuvent l’expliquer. La fermeture des  établissements scolaires, contraignant les  parents à assurer la garde et le suivi scolaire  de leurs enfants, a pu les obliger à restreindre  leur temps de travail. Les droits aux arrêts de  travail pour garde d’enfants ont notamment  été généralisés à la suite de la fermeture des  établissements scolaires. Ces derniers sont  rémunérés par l’assurance maladie, et à  partir du 1er mai, selon les modalités de l’activité partielle, ce qui peut se traduire par une  perte de revenu. De plus, la fermeture des  cantines scolaires a pu entraîner des frais, les  familles ayant dû prendre en charge ces  repas, sans bénéficier des subventions que  constituent les tarifs sociaux. 

En mai, un tiers des personnes en emploi  sont passées par le chômage technique  ou partiel depuis le début du confinement 

Parmi les personnes en emploi avant le  début du confinement, 16 % déclarent en  mai être passées totalement, et 20 % en  partie, par le chômage technique ou partiel (figure 2). Depuis le début du confinement,  le recours par les entreprises aux dispositifs  d’activité partielle ont été facilités. La  réduction d’activité était le plus souvent liée  à des pertes de débouchés [Dares, 2020].  Outre la baisse drastique de la demande, il a pu être difficile pour certaines entreprises de  maintenir des conditions de travail garantissant la sécurité sanitaire, selon les modes de  production et les secteurs d’activité. De  même, à l’intérieur des entreprises, certaines  catégories d’emploi ont été plus directement touchées que d’autres. De fait, alors que  24 % des ouvriers sont passés totalement au  chômage partiel ou technique entre mi-mars  et mai, cette proportion est de seulement  8 % pour les cadres. Cet écart s’explique en  partie par les possibilités différenciées de  recours au travail à distance. 

Alors que 80 % des cadres en activité  déclarent télétravailler la semaine avant  l’enquête (57 % travaillant exclusivement  depuis leur domicile), c’est le cas de 6 % des ouvriers (figure 3). Cependant,  si avant le confinement le recours au télétravail était surtout le fait des cadres [Hallépée,  Mauroux, 2019], ce dispositif s’est élargi à  d’autres salariés avec le confinement. Ainsi,  parmi les salariés qui ont travaillé au moins  une heure la semaine précédant l’enquête en  mai, 28 % des professions intermédiaires et  21 % des employés ont travaillé exclusivement depuis leur domicile. Au total, 28 % des personnes en emploi qui ont travaillé la  semaine précédant l’enquête l’ont fait  exclusivement depuis leur domicile, et 16 %  partiellement. À l’inverse, 56 % ont travaillé  uniquement en dehors de leur domicile. 

Répartition du télétravail par C.S.P.

Parmi les personnes qui ont exclusivement  télétravaillé la semaine précédant l’enquête,  25 % déclarent que leur temps de travail a augmenté pendant le confinement, contre 16 %  parmi celles qui n’ont pas télétravaillé. Même  en tenant compte du nombre d’enfants, du fait  de télétravailler ou pas, ainsi que du genre,  relativement aux autres catégories socioprofessionnelles, les cadres, et dans une moindre  mesure les professions intermédiaires, sont  plus nombreux à déclarer une augmentation de  leur temps de travail depuis le début du confinement. Les salariés passés au télétravail  exclusif sont aussi plus nombreux à déclarer  travailler plus. Néanmoins, sans surprise, la  présence de jeunes enfants dans le ménage  réduit nettement la probabilité de déclarer une  augmentation de son temps de travail. 

Les femmes sont plus nombreuses à déclarer  que leur temps de travail a augmenté : c’est  le cas de 23 % d’entre elles, contre 15 % des  hommes. Cela peut s’expliquer en partie par  la surreprésentation des femmes parmi les  professions qui ont été particulièrement  mobilisées pendant le confinement, comme  les professions de santé, les caissiers ou  encore les enseignants, qui, pour assurer une  continuité pédagogique à distance, ont dû  renouveler profondément leurs modes de  travail. À l’inverse, plus d’un tiers des actifs,  hommes ou femmes, déclaraient que leur  temps de travail avait diminué pendant le  confinement, qu’ils aient travaillé depuis leur  domicile ou non. 

Parmi les jeunes en emploi avant le confinement, plus d’un tiers ne  travaillent pas en mai 

Tous les salariés n’ont pas bénéficié des  dispositifs de maintien dans l’emploi. Parmi  les personnes en emploi au début du confinement interrogées en mai, 3 % ont perdu leur  emploi du fait d’une fin de contrat ou d’un  licenciement, et la très grande majorité  d’entre eux (80 %) n’avait pas retrouvé d’emploi au moment de l’enquête. Plus généralement, 27 % des personnes en emploi avant le  confinement déclarent ne pas avoir travaillé  la semaine avant l’enquête, ce qui s’explique  aussi par la pose de congés ou le recours au  chômage technique ou partiel. 

Les disparités sont marquées selon les  profils de salariés, notamment en fonction  de l’âge (figure 4). Ainsi, 9 % des personnes  en emploi avant le confinement âgées de 15  à 24 ans ont perdu leur emploi contre moins  de 2 % des actifs de 40 ans à 65 ans. Parmi  les jeunes de moins de 25 ans qui étaient en  emploi avant le confinement, 37 % déclarent  ne pas avoir travaillé la semaine précédant  l’enquête en mai. 

Étant les plus à risque d’occuper des  emplois temporaires, les jeunes récemment  entrés sur le marché du travail ont été les  premières victimes de la chute brutale de  l’activité économique. En effet, face à la  baisse de l’activité et à l’incertitude sur  leurs débouchés, les entreprises ont pu  préférer ne pas pérenniser leur main  d’œuvre temporaire (CDD ou intérim) ou  réduire leurs embauches. D’après les  premières enquêtes conjoncturelles menées  par la Dares, fin mars, 11 % des entreprises  déclaraient une baisse de leurs effectifs. En  outre, l’emploi intérimaire s’est contracté de  54 % entre fin décembre 2019 et fin avril  2020 [Maillard, 2020], et les embauches en  CDD pour les dix derniers jours de mars se  situent environ 60 % en deçà de leur niveau  de fin mars 2019 [Milin, 2020]. ■ 

Sources

L’enquête Épidémiologie et conditions de  vie (EpiCov) a été mise en place par la Drees,  l’Inserm, Santé Publique France et l’Insee dans  le contexte de la pandémie de Covid-19. Son  objectif est double : estimer la dynamique de  l’épidémie à un niveau national et départemental et étudier l’effet du confinement et de l’épidémie sur les conditions de vie. 

La première vague de l’enquête s’est déroulée  entre le 2 mai et le 2 juin 2020, à cheval entre  le confinement de la population et le début du  déconfinement. 135 000 personnes âgées de 15 ans ou plus au 1er janvier 2020, résidant hors  Ehpad, maisons de retraite et prisons, en  France métropolitaine, en Martinique, en Guadeloupe et à la Réunion, ont été sélectionnées  dans la base Fidéli 2018 de l’Insee et interrogées. L’enquête s’est déroulée principalement  sur Internet mais aussi par téléphone : le recours  à ce second mode permettant d’augmenter le  taux de participation et d’interroger des per sonnes sans accès Internet ou en ayant un  usage limité, et d’assurer ainsi la représentativité des réponses recueillies. Les niveaux de vie  sont connus grâce à la base Fidéli. 

L’enquête comprend des questions détaillées  sur la situation vis-à-vis de l’emploi (notam ment sur l’activité partielle), les conditions de  travail, en particulier le recours au télétravail  (encadré) et le temps de travail. Afin de  réduire le temps de passation de l’enquête,  certaines questions, comme celles portant sur  l’évolution ressentie du temps de travail, n’ont  été posées qu’à environ 10 % des enquêtés.  Ce sous-échantillon reste représentatif de la  population cible, mais la précision de la  mesure sur ces questions peut être plus faible. 

ENCADRE : Mesure du télétravail

Dans l’enquête EpiCov, il était demandé aux personnes qui avaient travaillé au moins une heure  la semaine précédente si elles télétravaillaient avant le confinement, et pour celles qui n’avaient  jamais télétravaillé, si elles avaient commencé à télétravailler depuis le confinement. Parmi celles  qui étaient dans l’un ou l’autre cas, il était ensuite demandé de préciser si les 7 jours précédents,  elles avaient « travaillé exclusivement depuis leur domicile » (désigné ici comme du télétravail  exclusif), ou si « il leur était arrivé de se rendre sur leur lieu de travail » (télétravail partiel). 

Dans l’enquête EpiCov, en mai 2020, 17 % des personnes en emploi déclarent qu’elles  télétravaillaient avant le confinement. Cette proportion est beaucoup plus élevée que celles  des dernières enquêtes Surveillance médicale des expositions des salariés aux risques  professionnels (Sumer) et Relations professionnelles et Négociations d’entreprise (Réponse).  Selon ces enquêtes, en 2017, seuls 3 % des salariés pratiquaient régulièrement le télétravail  et 7 % au moins occasionnellement [Hallépée, Mauroux, 2019]. 

Plusieurs raisons expliquent ces différences. Dans l’enquête EpiCov, les questions concernant le télétravail n’étaient posées qu’aux personnes ayant déclaré avoir travaillé au moins une  heure la semaine précédant l’enquête. Or, parmi les personnes s’étant déclaré en emploi,  seulement 73 % ont travaillé la semaine précédant l’enquête. Cette situation peut s’expliquer,  au moins en partie, par le fait que certaines étaient au chômage partiel ou en congés au moment  de l’enquête. Il est cependant probable que les salariés pour lesquels le télétravail n’était pas  possible sont plus à risque de connaître une réduction d’activité, entraînant une surreprésentation des télétravailleurs parmi les personnes qui travaillaient juste avant l’enquête. Néanmoins,  même en faisant l’hypothèse extrême que l’ensemble des actifs qui avaient un emploi mais  n’ont pas travaillé au moins une heure la semaine précédant l’enquête n’ont jamais télétravaillé,  la proportion de télétravailleurs avant le confinement serait estimée à 12 %. Cet écart résiduel  peut provenir aussi d’une différence de mesure : dans l’enquête EpiCov, le télétravail est mesuré  uniquement sur un mode déclaratif. Il peut simplement désigner du travail à la maison, ce qui  ne répond pas à la définition stricte du télétravail dans le Code du travail. Selon celui-ci, le  télétravail correspond au fait de recourir à des technologies de l’information et de la communication pour effectuer, hors des locaux de l’employeur, le travail qui aurait pu être réalisé sur  le poste du travail habituel, ce qui était la définition retenue dans les enquêtes Reponse et  Sumer 2017. À titre de comparaison, dans l’enquête Emploi, 47 % des personnes en emploi  au sens du BIT déclarent avoir travaillé à domicile dans les quatre semaines précédant l’en quête, contre seulement 23 % sur la période équivalente en 2019 [Jauneau, Vidalenc, 2020].  Enfin, les ordonnances sur le travail du 22 septembre 2017 ont assoupli les conditions de  recours au télétravail jusque-là limité à une pratique régulière et conditionné à une mention  dans le contrat de travail ou en avenant à celui-ci (article L1222-9). Si des enquêtes spécifiques seront nécessaires pour le vérifier, il est possible que ces ordonnances en aient favorisé la  pratique, au moins occasionnelle, d’autant plus que la fin de l’année 2019 a été marquée par  des grèves longues des transports qui ont pu accélérer le recours au travail à distance.

Définitions

Le niveau de vie est égal au revenu disponible  du ménage divisé par le nombre d’unités de  consommation (UC). Le niveau de vie est donc  le même pour tous les individus d’un même  ménage. Les unités de consommation sont  généralement calculées selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE modifiée qui attribue  1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC  aux autres personnes de 14 ans ou plus et  0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. 

Si on ordonne la distribution des niveaux de vie, les déciles sont les valeurs qui partagent cette distribution en dix parties égales.  

Ainsi, le premier décile est le niveau de vie  au-dessous duquel se situent 10 % des  niveaux de vie ; le neuvième décile est le  niveau de vie au-dessous duquel se situent  90 % des niveaux de vie. L’activité partielle est un dispositif qui permet  à l’employeur en difficulté de faire prendre en  charge tout ou partie du coût de la rémunération  des salariés. Pour réduire les conséquences  économiques liées à la crise sanitaire, le décret  n°2020-325 du 25 mars 2020 relatif à l’activité  partielle a largement étendu la possibilité de recours à ce dispositif, réduit le délai d’acceptation et augmenté l’allocation compensatrice  versée aux entreprises. Pendant la période de  confinement, un salarié en activité partielle percevait au minimum 70 % de sa rémunération  brute (environ 84 % du salaire net), sans que  ce montant puisse être inférieur au Smic. 

 Pour en savoir plus  :  Insee Première figure dès sa parution sur le site internet de l’Insee. https://www.insee.fr/fr/statistiques?collection=116 :

Des données complémentaires sont disponibles en téléchargement avec cette  publication

• Jauneau Y., Vidalenc J., « Durée travaillée et travail à domicile pendant le confine ment : des différences marquées selon les professions », Insee Focus n° 207,  octobre 2020. 

• Bajos N. et al., « Les inégalités sociales  au temps du Covid-19 », Questions de  santé publique n° 40, IReSP, octobre 2020.  

• Warszawski J. et al., « En mai 2020, 4,5 %  de la population vivant en France métropolitaine a développé des anticorps contre le  SARS-CoV-2. Premiers résultats de l’enquête nationale EpiCov », Drees, Études  et Résultats n° 1167, octobre 2020. 

• Albouy V., Legleye S., « Conditions de vie  pendant le confinement : des écarts selon  le niveau de vie et la catégorie socioprofessionnelle », Insee Focus n° 197, juin 2020. 

• Dares, « Activité et conditions d’emploi de  la main-d’œuvre pendant la crise sanitaire  Covid-19, Synthèse des résultats de l’enquête flash – juin 2020 », 2020. 

• Maillard S., « L’emploi intérimaire recule de  40,4 % au 1er trimestre 2020 », Dares Indi cateurs n° 018, juin 2020. 

• Milin K., « Forte contraction des embauches  et des fins de contrat au premier trimestre  2020 », Dares Indicateurs n° 023, juillet 2020. • Insee, « Au deuxième trimestre 2020, le  revenu brut disponible des ménages recule  mais le taux d’épargne bondit », Informations Rapides n° 216, août 2020.  

• Hallépée S., Mauroux A., « Quels sont les  salariés concernés par le télétravail ? »,  Dares Analyses n° 051, novembre 2019. 

• Pisarik J., Rochereau T., Célant N., « État  de santé des Français et facteurs de  risque. Premiers résultats de l’Enquête  santé européenne-Enquête santé et protection sociale 2014 », Études et Résultats  n° 998, Drees, mars 2017.

Direction Générale : 88 avenue Verdier 92541 Montrouge Cedex 

Directeur de la publication : Jean-Luc Tavernier 

Rédactrices en chef : A. Goin, S. Pujol 

Rédacteurs : C. Tchobanian 

Maquette : B. Rols, R. Pinelli Vanbauce Code Sage : IP201822  – ISSN 0997 – 3192 (papier) – ISSN 0997 – 6252 (web) – © Insee 2020 

 

Economie·Environnement - Climat·Société

Un argument pour la décroissance.

Les écologistes vont avoir un argument pour prôner la décroissance.
Les émissions de CO2 ont chuté de 9% dans le monde pendant le premier semestre de l’année.
Du fait du confinement.
Du fait des restrictions de circulation.
Une preuve de plus, s’il en fallait, que la croissance et l’écologie ne sont pas compatibles.

Hier soir, 14 octobre, nôtre ami Jérôme nous a présenté sa conférence sur les risques climatiques. Les contraintes Covid-19 nous limitant à 10 personnes, aucune campagne complémentaire d’inscription n’avait été lancée. Et malgré cela, le standard (03 80 53 37 02) a encore reçu des demandes hier après-midi. A toutes ces personnes, il conviendra de préciser que 2 autres séances sont prévues, les 10 Novembre et 10 Décembre.

A nous qui avions participé aux répétitions, Jérôme nous a vite confirmé qu’il était solide, affûté, sûr de son fait, sérieux. Bien sûr, compte tenu des prochaines sessions à venir, nous n’allons pas délivrer ici la trame de l’exposé…(à moins de gros chèque libellé en $).

Jérôme au pupitre.

Mais ce fut une belle conférence ! Un public captivé, grave, bien au fait de la question posée, préoccupé par l’avenir de la planète et des générations futures. Un conférencier faisant preuve à plusieurs reprises de sa parfaite connaissance du sujet. Qui fera l’objet d’un prochain article !

L’Ours.