Développement personnel·Economie·Management

L’entreprise, oasis de résonance ?

IDÉE. Et si l’entreprise était un lieu de résonance, au sens où l’entend Hartmut Rosa dans son ouvrage éponyme ? Par Benoît Meyronin, Grenoble École de Management (GEM)

La thèse de l’ouvrage du philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa qui est paru l’an passé (Résonance : Une sociologie de la relation au monde, Les éditions La Découverte, 2018, Paris) peut se résumer comme suit :

Tout, dans la vie, dépend de la qualité de notre relation au monde, c’est-à-dire de la manière dont les sujets que nous sommes font l’expérience du monde et prennent position par rapport à lui, bref : de la qualité de notre appropriation du monde.

Cette résonance implique selon l’auteur une « capacité de résonance », c’est-à-dire « une faculté de sympathie et d’empathie », qui « crée et signale une demande d’interaction et de coopération ». L’auteur soutient in fine que « l’intégralité ou l’échec des rapports au monde constitue le fondement d’une vie réussie ou ratée » : La « vie bonne » serait ainsi « le résultat d’une relation au monde caractérisée par l’instauration et le maintien d’axes de résonance stables, grâce auxquels les sujets peuvent se sentir portés et protégés dans un monde accueillant et responsif ».

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Ainsi sommairement synthétisée (mais avec ses mots), la question de la résonance n’est pas sans échos dans la sphère managériale. Sans prétendre ici à les évoquer tous, loin s’en faut, je voudrais plus simplement esquisser une « vision » de l’entreprise comme lieu de résonance – en lien avec ce qui m’anime sur le sujet de l’éthique du « care » et de sa concrétisation en entreprise.

I. L’entreprise serait-elle une forme de narration et de « trace » ?

Il est intéressant de constater que dès l’introduction, H. Rosa s’appuie sur des références et des personnages littéraires pour illustrer son propos. Dans le sillage de la position d’Howard S. Becker pour qui les œuvres de fiction (mais pas seulement) peuvent tout autant que les travaux issus des sciences humaines & sociales rendre compte de notre monde, notre auteur prend donc le parti de recourir à ce type de détours, mobilise d’autres formes de représentations du monde, d’autres narrations.

 

Il est ainsi significatif d’observer, parmi les chefs d’entreprise (fondateurs ou cofondateurs, donc, de leur société), combien cette dimension narrative est essentielle : toujours, ils aiment raconter « leur » histoire, à la première personne, une histoire qui donne sens et identité à l’objet social qu’ils ont créé et façonné. Ils ressentent un puissant besoin de dire qui ils sont à travers ce qu’ils ont réalisé, de raconter cette histoire, avant d’en arriver au sujet même qui est censé occuper les échanges. Ce « il était une fois une entreprise » tranche alors avec les histoires tronçonnées des grands groupes, fruits de fusions – acquisitions frénétiques dans lesquelles la lumière des origines s’est perdue…

A ces formes de narration s’ajoute toujours la question de la trace, ce « désir de laisser une trace de son passage dans le monde et de marquer une différence par son existence [qui] se laisse aisément interpréter comme un désir de résonance. A travers les enfants, à travers les « œuvres », le monde peut être amené à répondre à notre propre existence : celle-ci continue de vibrer même après la mort ».

Les entreprises « de fondateur » ont donc ceci de particulier qu’elles mobilisent une forme singulière de résonance avec le monde. A l’inverse, on peut penser que les grandes entreprises ont parfois perdu cette forme de résonance – il est ainsi symptomatique pour moi d’avoir assisté à une discussion autour de cette question lors d’une journée d’atelier avec un géant de la biopharmarcie : qui savait qui étaient exactement les trois scientifiques dont les patronymes composent aujourd’hui le nom de l’entreprise ? Qui pouvait dire finalement ce qui distinguait l’entreprise (dans son histoire, ses innovations, ses valeurs, etc.) de ses concurrentes au-delà des produits ?

Dans ce cas précis, une absence de narration – à l’inverse de la société UPSA dont une vaste frise raconte, au siège de l’entreprise, l’histoire (et met en valeur les grandes réalisations au profit de la santé humaine) – semblait troubler les participants. Si des axes de résonance existent, ce sont les fils ténus qui relient des personnes à des personnes dans un quotidien partagé, celui du travail, et non une histoire qui « fait résonance » et permet ainsi de retisser une autre forme de relation au monde.

On peut alors se demander si, pour ces grandes entreprises, peuvent se concrétiser des « poches de résonance » via leurs fondations notamment, via leurs démarches RSE, via aussi l’engagement sociétal de leurs salariés (et que le mécénat de compétence peut aider à traduire), afin que la relation au monde s’y joue dans un horizon plus vaste – répondant ainsi à la demande des salariés eux-mêmes.

II. L’entreprise comme « non-lieu » ou « oasis de résonance » ?

La thèse de l’anthropologue Marc Augé est bien connue : « Les non – lieux, ce sont aussi bien les installations nécessaires à la circulation accélérée des personnes et des biens (voies rapides, échangeurs, aéroports) que les moyens de transport eux-mêmes ou les grands centres commerciaux ».

Or, à la manière d’une Annie Ernaux pour qui un centre commercial peut devenir le lieu d’une expérience authentique, « un grand rendez-vous humain » et même un lieu qui « atteint la dignité de sujet littéraire », pour H. Rosa « même les fragments de monde tendanciellement inhospitaliers et hostiles tels que les déserts, les paysages enneigés ou les stations – service peuvent devenir, sous certaines conditions, de véritables oasis de résonance. » Pour lui, ce qui compte en effet n’est pas tant « le type d’activités » que « l’attitude au monde et l’expérience du monde qu’elle implique » – et la résonance, en ce sens, peut s’éprouver dans les contextes les plus variés – entreprises comprises.

S’il est vrai que « la qualité d’une communauté tout autant que la réussite ou l’échec de la vie individuelle pourrait peut-être se mesurer à la manière et à la fréquence avec laquelle on y rit et y pleure », alors l’entreprise, ce lieu de vie singulier dans lequel le « bien-être » des équipes et les services du quotidien (conciergerie, salles de sport, restauration, crèches…) prennent une place de plus en plus importante (« marque employeur » oblige), alors une entreprise où « l’on rit et où l’on pleure » tend à devenir – toutes proportions gardées – le signe d’une entreprise où il fait « bon vivre ».

H. Rosa nous rappelle ici, d’une certaine manière, que l’entreprise demeure un espace-temps fondamentalement ouvert sur les émotions, les affects, les moments de convivialité… Les salariés valorisent cet espace-temps dans un monde où, nous dit l’auteur, « la signification du travail comme sphère de résonance vitale pour les sujets modernes » semble être – et je partage pleinement cette vision – une évidence.

En ce sens, le monde de l’entreprise peut être – ou non – une telle oasis et les dirigeants peuvent alors s’inspirer de cette vision (de l’entreprise comme « oasis de résonance ») pour (re)nourrir leurs politiques RH/RSE, leurs stratégies de marque employeur/expérience collaborateur ou encore leurs logiques de site (les lieux de vie des équipes) – car penser l’entreprise en ces termes ouvre à n’en pas douter des pistes de travail passionnantes.

 The Conversation _______

Par Benoît MeyroninProfesseur senior à Grenoble École de Management, Grenoble École de Management (GEM)

 

 

 

 

 

 

 

Développement personnel·Management

Les 10 commandements de Superman.

Voulez-vous réussir comme Superman ? La science vous dit de faire l’une ou l’autre de ces 10 choses

Ou, si vous préférez, essayez-les toutes. Et ça va marcher. C’est la science qui le dit.

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Nous disposons tous du même temps. C’est pourquoi les personnes qui sont plus productives – et qui réussissent – utilisent leur temps plus efficacement.

Et voilà pourquoi mon  collègue Chris Winfield d’Inc. est une excellente ressource pour les entrepreneurs.

Chris est un entrepreneur et un écrivain . Si vous aimez ce billet (et les deux suivants de la série), il a créé un espace bonus spécial avec une feuille de calcul et 40 puissantes habitudes matinales à adopter.

Lire la suite « Les 10 commandements de Superman. »

Développement personnel·Management·Pour un meilleur emploi

Les 10 softskills du futur.

Après notre courte présentation lors de la plénière N°115, nous voici de retour à la charge, grâce à cette intervention traduite de l’anglais depuis le site 99 U, le site des créatifs.

Softskills

Nous avons tous entendu parler de la nécessité d’être plus humains pour éviter de devenir des robots. Mais que dire de la pratique de l’humanité pour s’assurer que nous ne devenons pas des monstres? Qu’il s’agisse des signaux émotionnels qui défilent lors d’une réunion pour le désarroi, une curiosité qui pourrait transformer une journée comme d’habitude en une étincelle interne vous rappelant pourquoi vous êtes entré Ce sacré travail ou l’art de faire de la place pour la résolution des conflits qui nous sauvera tous, voici dix façons de nous sauver et de nous empêcher de muter en monstres sur le lieu de travail.

  1. L’Empathie nous donne la capacité de nous mettre à la place des autres afin que nous puissions voir et sentir de leur point de vue. C’est un état d’esprit et une approche globale de l’être – sur le lieu de travail et dans la vie.
    1. Écouter: la première étape de la compréhension consiste à poser des questions. Puis faites une pause pour entendre comment votre collègue explique ce qu’il pense et ressent. En écoutant, vous obtiendrez un contexte précieux pour savoir d’où ils viennent.
    2. Évaluation: témoigner d’une appréciation sincère et célébrer les contributions des autres vous permet de montrer que vous les valorisez.
    3. Sensibilisation sur soi-même: Pour ressentir ce que les autres ressentent, il faut aussi comprendre
    4. Jugement: lorsque des personnes demandent des conseils ou partagent un problème, elles ne recherchent pas vos critiques. Considérez qu’ils ont peut-être déjà la réponse que vous pouvez aider à démêler. Parfois, se contenter de reconnaître ce qu’ils ont dit est la meilleure première étape.
    5. Présence: Avant les réunions, prenez un moment pour réfléchir à qui vous serez et à ce qu’ils traitent au travail – et dans la vie. Le temps est l’un de nos atouts les plus précieux, alors quitte à y être, soyez-y à fond.

 

  1. Intelligence émotionnelle: Il s’agit avant tout de soi : la prise de conscience de soi, l’autogestion, la conscience sociale et la gestion des relations. Être conscient de la façon dont votre comportement affecte les autres est au cœur de l’intelligence émotionnelle. Pensez à ces questions:

Quels types de comportements vous rendent dingue ? Où se présente votre anxiété? Que faites-vous quand vous ne vous sentez pas entendu ? Comment vos ressentiments transparaissent-ils dans les interactions avec les autres ?

  1. Communication efficace : Qu’est-ce qui nous empêche d’avoir une bonne communication? La frustration, le manque de confiance, le stress et le souci d’éviter des problèmes, qui viendraient s’ajouter à des heures interminables perdues. Il est important de partir d’un lieu d’écoute active, et de considérer les principes suivants. Aucun d’entre nous n’est télépathe, ni devin des états d’esprit. 90% de la communication est non verbale alors assurez-vous que les mots que vous utilisez transmettent avec précision le point que vous voulez faire, et que vous avez traité avec vos sentiments avant de parler. Comment ? Avec cette Trame : Le courage de dire ce qu’il y a vraiment dans votre esprit est important, mais rappelez-vous que « je pense, je me sens » est beaucoup plus efficace que de commencer par « vous », qui met les gens sur la défensive. Demander si l’information a du sens peut révéler un problème potentiel.
  2. Un état d’esprit de croissance

« Devenir, c’est mieux que d’être. »

Carol Dweck, Mindset : The New Psychology of Success

Une grande partie de ce que nous faisons est motivée par la peur, même sur le lieu de travail. Cette mentalité de peur favorise une culture de l’anti-changement, même dans les entreprises «innovantes». Permettre une prise de risque calculée est essentiel pour le développement de nouveaux produits et des solutions innovantes. Plutôt que de stigmatiser l’échec, un état d’esprit de croissance englobe celui-ci comme une partie nécessaire du progrès. Comme le souligne Carol Dweck, professeure de psychologie à l’Université Stanford, le fait de trouver des résultats positifs de façon proactive malgré tous les défis contribue à renforcer la résilience.

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  1. Curiosité et instigation

La curiosité est une partie naturelle de tout cycle créatif. Il ouvre la voie à la «pensée de la possibilité», plutôt que les affaires comme d’habitude. L’instigation est une invitation à remettre en question les solutions rapides, les solutions ternes et la médiocrité. Commencez par embrasser l’inconfort et l’inconnu, laissez place à des idées dissonantes, des opinions divergentes et des résultats apparemment improbables. Remettre en question les façons rigides de penser et de travailler permet de former de nouvelles idées. Permettez-vous de vivre des moments d’étonnement et d’émerveillement, et d’apporter cette pratique à votre travail. De grandes idées surgissent souvent lorsque l’esprit est immobile et à l’aise.

  1. Analyse stratégique et pensée analytique.

Beaucoup de gens se précipitent directement à la phase d’exécution juste après la découverte. L’étape manquante, l’analyse stratégique, garantit que les bonnes questions sont posées avant qu’une équipe ne se lance dans la résolution de problèmes. L’analyse stratégique aide à identifier les problèmes complexes en fournissant une vue de haut niveau sur le réseau interconnecté de ce qui peut souvent sembler être des problèmes isolés.

La pensée analytique permet aux gens de suspendre la prise de décision émotionnelle, et plutôt regarder logiquement à la recherche fondée sur des preuves et des tests. Dans le cadre du processus d’analyse, on regarde tout, de la cause et de l’effet à pro versus con à l’analyse coûts-avantages. C’est une erreur dans tout processus de développement de produits que l’analyse stratégique et la pensée analytique reposent sur les épaules d’une seule personne. Le projet le plus réussi exige que les solutions proviennent d’une équipe multidisciplinaire.

  1. Résolution de problèmes complexes

La résolution de problèmes complexes est plus efficace lorsque les membres d’une équipe examinent un mémoire de projet avec les yeux d’un stratège. Bien avant que des solutions ne soient proposées et que des temps importants soient consacrés, assurez-vous d’identifier le vrai problème avant de vous lancer dans des solutions. Afin d’entrer en mode de résolution de problèmes, vous devez comprendre le vrai problème à portée de main, identifier les défis dans la manière, résister à des solutions simples, identifier les contraintes et les voies de faisabilité, et, surtout, assurez-vous que vous êtes ouvert à l’expérimentation.

  1. Résolution des conflits

Il est inévitable que des conflits surgissent à un moment ou à un autre dans une équipe. Ils se produisent le plus souvent lorsque les rôles ne sont pas clairement définis, lorsqu’il y a eu une panne dans la communication, lorsque les hypothèses sont faites, et lorsque les flux de travail et les processus sont mal conçus. La plupart d’entre nous ne sont pas à l’aise avec l’expression d’émotions négatives: frustration, douleur, offense. Notre réaction par défaut est d’éviter l’inconfort, prétendre que rien n’est faux, ou inconsciemment devenir passif agressif. Permettre aux conflits de s’envenimer peut être extrêmement préjudiciable au moral et à la productivité. Parmi les compétences les plus efficaces à acquérir pour résoudre les conflits, il y a la maîtrise de l’écoute profonde, de la médiation et de la facilitation. Donner aux gens le bénéfice du doute et diriger avec curiosité sont aussi des outils puissants.

  1. Négociation et persuasion

En plus de comprendre le point de vue d’un autre et d’être résilient, le travail exige que nous trouvions des voies pour être efficaces. Cela exige de la négociation et de la persuasion. Ce n’est pas seulement pour l’équipe de vente. Vous devez être clair sur ce que vous voulez et ce que vous êtes prêt à consentir pour l’obtenir.

Compte tenu de l’avenir du travail et de la part croissante de l’économie dépendant des relations avec autrui, de plus en plus de professionnels seront forcés de devenir plus entreprenants. Une partie de ce qui fait le succès d’un entrepreneur est la capacité de présenter et de vendre ses services, c’est là que la négociation et la persuasion s’intégreront – non seulement pour les sous-traitants, mais aussi pour ses propres salariés internes.

  1. Leadership

Un grand leader reconnaît que la confiance, la transparence, l’intégration et le respect sont des piliers essentiels sur lesquels se construit une culture d’entreprise dynamique. Ils comprennent qu’il ne suffit pas de construire une culture, qu’elle doit être protégée et entretenue. Un grand leader doit aussi prendre des décisions difficiles et demander des comptes à chacun, y compris à lui-même.

En fin de compte, s’adapter aux changements qui se produisent dans le milieu de travail d’aujourd’hui consiste à mettre ces compétences humaines en pratique tant au niveau individuel qu’organisationnel. Bien que les compétences techniques et les besoins puissent changer, comprendre comment interagir et être plus humain en milieu de travail peut rester la seule constante.

Extrait de la masterclass DLW présentée à la Conférence Adobe 99U en 2019.

Dressler Shana

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Shana Dressler était auparavant directrice exécutive de Google 30 Weeks, l’incubateur pour les entrepreneurs de conception nommé comme l’un des 10 plus innovants du monde des entreprises de 2015 dans la conception. Elle travaille avec des entreprises fortune 500 offrant une formation en leadership et de coaching par le biais de sa société Turquoise Consulting et est le co-fondateur de DLW Creative Labs (avec Brian Quinn), qui offre des ateliers et des retraites pour former des entreprises et de la création professionnels de l’avenir du travail.

 

Développement personnel·Optimisme

Anaïs W., auteure indépendante présente son 5ème roman, « Suivre les vagues »

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Anaïs W. nous parle de sa vie d’auteure indépendante et nous présente son dernier roman, “Suivre les vagues“, un livre qui met en scène une “quête de vie” à travers le personnage d’Eléa.

Bonjour Anaïs, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre métier ?

Aujourd’hui, je suis auteure indépendante à temps plein, c’est mon activité principale depuis 2 ans et demi. J’étais en thèse scientifique quand je me suis lancée dans l’autoédition fin 2015.

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