Culture - Loisirs - Histoire

Jean Sans peur : un diplomate « musclé ».

Jean 1er de Bourgogne naît au palais ducal de Dijon en 1371 et meurt sur le pont de Montereau-Fault-Yonne en 1419, en présence du dauphin de France, le futur Charles VII.

Jean-Sans-Peur

L’exposition “Jean Sans Peur (1419-2019)” proposée par les Archives Départementales de la Côte-d’Or, présentait la vie de Jean 1er de Bourgogne, à travers une vingtaine de documents (traités, de paix ou de mariage, documents comptables, sceaux, lettres échangées avec le dauphin de France ou l’héritier d’Angleterre, illustrations issues de tableaux et d’enluminures…). Les documents présentés reviendront sur des événements marquants de sa vie : la croisade de Nicopolis en 1396, l’assassinat de Louis d’Orléans, frère du roi, en 1407, dont il est l’instigateur, ou sa propre mort sur le pont de Montereau.

Depuis quelque temps, je voyais passer cet entrefilet insistant sur l’exposition aux archives départementales, 8 Rue Jeannin, commémorant le 600e Anniversaire de l’assassinat de Jean sans Peur « en mission diplomatique ».  Au passage, qu’adviendra-t-il de cette exposition – qui devait s’achever le 3 Avril 2020 -, en plein confinement ?

Pour le Far-Westien que je suis, émigré à deux reprises dans la Capitale des Ducs, la saga des Valois n’est entrée que très progressivement dans mon patrimoine. On pourrait presque dire que la politique des Ducs en matière de vins fut ma première « Charte Qualité »… Diable ! Ainsi, Jean Ier, fondateur de la dynastie, aurait été une sorte de nouveau Talleyrand avant l’heure ? Maurice Druon ne m’avait pas laissé cette impression dans « Les Rois Maudits ». Retour aux faits : nous nous situons en pleine Guerre de 100 Ans, le Connétable Du Guesclin est mort depuis longtemps, et Jeanne … déjà Pucelle (elle a 6 ans). En bref, sur le terrain, les anglais « dominent » depuis la Bataille d’Azincourt en 1415.

Le , le dauphin Charles, âgé de quinze ans, résidant à l’hôtel Saint-Pol à Paris, est menacé dans sa vie par les tueurs bourguignons de Jean sans Peur, aux ordres de Capeluche, qui viennent d’envahir Paris (par traîtrise, en se faisant ouvrir l’une des portes de la Capitale). Ceux-ci massacrent le comte d’Armagnac et un grand nombre de partisans armagnacs du jeune dauphin. Entouré par des conseillers fidèles à la couronne de France, Charles se réfugie à Bourges, capitale de son duché de Berry, pour y organiser la résistance face aux Anglais et aux Bourguignons. Pourtant, il se retrouve rapidement contraint de traiter avec le duc de Bourgogne s’il veut défaire les Anglais. Jean sans Peur et le dauphin Charles se rencontrent une première fois le  à Pouilly-le-Fort, puis à nouveau le 11 juillet, pour signer le traité de Pouilly-le-Fort, dit « la paix du Ponceau ». Le 19, un Te Deum célèbre à Paris leur prochaine réconciliation. Mais celle-ci est différée par une attaque des Anglais qui, progressant le long de la Seine, s’emparent de Poissy le 31 juillet et menacent Paris. Le duc de Bourgogne fait évacuer la famille royale à Troyes. Enfin, Jean et Charles conviennent de sceller leur alliance sur le pont qui traverse l’Yonne à Montereau, le .

Pont_surYonneCependant, les partisans armagnacs n’ont « toujours pas digéré » l’assassinat de Louis d’Orléans, survenu douze ans plus tôt et toujours impuni en 1419. En effet, Jean sans Peur, après avoir commandité ce meurtre afin d’éliminer son concurrent du conseil du roi Charles VI, avait d’ailleurs proclamé haut et fort qu’il était l’instigateur de ce crime. 

Sur le pont de Montereau

Le , les deux armées arrivent vers 15 h sur les deux berges de l’Yonne2, de part et d’autre du pont de Montereau. Jean sans Peur est informé que l’on veut attenter à sa vie, son entourage accentue sa surveillance afin de protéger le duc. Il en est de même pour le dauphin. Au milieu du pont, des charpentiers ont élevé un enclos avec une porte de chaque côté. Il est convenu que les deux rivaux entreront dans l’enclos avec chacun une escorte de dix personnes et que les portes seront fermées pendant toute la durée de l’entrevue. Chacun des dix hommes prête serment. Malgré les dispositions prises, le duc de Bourgogne réfléchit encore sur le bien-fondé de cette dangereuse rencontre. De chaque côté de l’Yonne, les deux princes s’épient. Enfin, à 17 h, le duc de Bourgogne se décide : il s’avance vers le pont de Montereau. Lorsque les conseillers du régent dauphin, voient apparaître sur le pont le duc de Bourgogne, ils s’avancent vers le duc et lui disent : « Venez devers, Monseigneur, il vous attend ». D’un geste, Tanneguy III du Chastel encourage le dauphin à pénétrer dans le sas destiné à la rencontre entre les deux cousins et il y accompagne Jean sans Peur. Ce dernier, rassuré, s’écrie : « Voilà en qui je me fie »3. Jean sans Peur, armé de son épée, se présente au rendez-vous du pont, accompagné d’une escorte de dix hommes armés.

Le duc s’agenouille avec respect devant le dauphin, qui lui reproche d’avoir préservé sa neutralité, sinon son alliance avec les Anglais : le duc lui répond « qu’il avait fait ce qu’il devait ». Le ton monte, et dès lors,  deux versions contradictoires s’opposent entre les partisans du dauphin et ceux du duc de Bourgogne. Les chroniqueurs bourguignons prétendent que Jean sans Peur s’est fait agresser immédiatement, sans avoir entamé de discussion. Les partisans du dauphin prétendent de leur côté que ce dernier se serait montré arrogant et qu’il aurait signifié au dauphin qu’il restait tributaire du roi son père et donc dans l’incapacité de traiter en son nom.

Le sire de Navailles (Soutien bourguignon) aurait appuyé cet argument en insistant sur la subordination du jeune dauphin au roi Charles VI. Il aurait même fait le geste de tirer son épée du fourreau, ce qui aurait déclenché la réaction immédiate de la garde armée du dauphin. Il périra lui aussi en défendant Jean sans Peur.

Suivant la version bourguignonne, Tanneguy du Chastel porte un coup de hache au visage du duc en criant « Tuez, tuez ! ». Cependant que le dauphin est écarté de la scène, les hommes d’armes de chaque parti brandissent leurs épées et c’est alors la curée.

Le cadavre du duc de Bourgogne a la main droite sectionnée, à l’instar de ce qu’avaient fait les séides de Jean sans Peur quelques années auparavant, après l’assassinat de Louis Ier d’Orléans6. Pour les Bourguignons, le dauphin est considéré comme le principal instigateur de l’assassinat du duc de Bourgogne, malgré ses dénégations. Il est aujourd’hui difficile de trancher entre ces deux versions qui restent historiquement contradictoires.

Cet acte entraîne des conséquences « catastrophiques » pour la dynastie française de Valois et pour la France, déjà très affaiblies par les luttes de pouvoir et la défaite d’Azincourt. Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur et nouveau duc de Bourgogne, fait alliance avec les Anglais, ce que son père avait toujours semblé éviter, bien qu’il ait observé une neutralité bienveillante à leur égard et ponctuellement bénéficié de leur aide. Cette alliance aboutit au traité de Troyes, ratifié le , qui, à l’instigation du nouveau duc de Bourgogne avec la complicité de la reine Isabeau de Bavière, a pour objet de déshériter le dauphin Charles en confiant, en ses lieu et place, la succession du roi de France Charles VI au roi d’Angleterre Henri V.  Heureusement, après de nombreuses péripéties, un couronnement à Reims et un bûcher, l’affaire se terminera bien… en 1453 !

L’Ours.

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L’entretien du dimanche : Marjane Satrapi. »Il faut être dans l’action ».

Elle avait fait son entrée dans le cinéma en 2007,  avec l’adaptation de sa BD autobiographique, Persépolis, film d’animation césarisé, et sélectionné aux Oscars. Pour son cinquième long-métrage, l’artiste iranienne exilée Marjane Satrapi signe un biopic de Marie Curie, Radioactive*.

Radioactive

Q. Marie Curie est-elle pour vous un modèle  ?

Réponse : Elle a toujours été dans mon univers. Ma mère qui voulait que je sois une femme indépendante m’avait cité deux exemples, Marie Curie et Simone de Beauvoir. Comme j’avais des prédispositions pour les sciences et que toute ma scolarité, j’étais la matheuse de l’école, Marie Curie était mon modèle. Une lumière qui me suit dans les ténèbres.

Q. Quelles qualités faut-il retenir de Marie Curie, l’une des « Immortelles » du Panthéon ?

Réponse : Elle est évidemment d’une grande intelligence, mais aussi, intransigeante et dure avec elle-même. Elle pouvait être affectueuse, certes, mais pas sentimentale du tout. Elle n’est pas pour autant austère : elle a un grand amour pour la vie, elle adorait danser. Elle dessinait aussi  très bien, avec un grand sens de l’observation.

Q. Vous vouliez refaire de Marie Curie une héroïne dans l’esprit des Français d’aujourd’hui ?

Réponse : Je n’ai pas voulu en faire une héroïne. L’histoire de Marie Curie a déjà été racontée, elle a inspiré des films, des séries, des documentaires. Il m’a semblé intéressant de refaire un film aujourd’hui pour raconter comment la découverte de la radioactivité a changé notre monde. Que fait-on des découvertes ? Il est de notre responsabilité d’en faire bon usage. En parlant d’Hiroshima ou de Tchernobyl dans mon film, je montre l’usage indécent que l’on a fait des travaux de Pierre et Marie Curie, deux des plus décentes personnes de l’humanité.

Q. La science est au coeur de la belle histoire de Pierre et Marie Curie. C’était un couple singulier pour son temps ?

Réponse : Il n’y a pas de séparation entre la science et leur vie : c’est la même histoire. La science les réunit. Ils s’aiment follement parce qu’ils ont en commun une passion de la découverte, de la recherche. Une énergie extraordinaire se dégage de ce couple. Ils  sont très modernes, Marie Curie l’est, mais son mari encore plus. Au début du XXe siècle, l’émancipation des femmes a déjà commencé, mais il était rare qu’un homme accepte que sa femme soit sa collaboratrice, son égale.

Marie_Curie

Q. Qu’est-ce-que peut nous apporter cette femme forte qui pourrait être une femme d’aujourd’hui ?

Réponse : Madame Curie n’a jamais fait partie d’un quelconque mouvement féministe : elle est scientifique et se pense égale des hommes. Marie Curie agit : elle est une féministe de fait et non de parole. Il ne s’agit pas de lever le bras et de  dire des choses : il faut être dans l’action. Je suis un peu ébahie quand je vois des actrices hollywoodiennes se mettre en noir pour aller aux Golden Globes : c’est inutile. Il vaut mieux s’habiller en fuchsia et regarder droit dans une caméra. C’est ce que nous devons apprendre d’elle, c’est qu’il faut agir.

Marjane Satrapi

Q. Il ne sert donc à rien de revendiquer plus d’égalité pour les femmes ?

Réponse : Ce sont nos actions qui vont faire que nous aurons l’égalité. La parole au début est bien sûr nécessaire, et rien ne se passe sans la parole, mais ensuite il faut que cela se transforme en actes. C’est ainsi que l’on réussit à avancer.

Q. Marie Curie est une femme d’une grande liberté. Vous vous reconnaissez dans sa liberté ?

Réponse :Certainement ! S’il y a quelque chose que j’aime le plus au monde, c’est la liberté. Quand commence une nouvelle année, on se souhaite toujours une bonne santé. J’y ajoute toujours la liberté. Et cette liberté n’est pas un droit que l’on vous donne. Quand vous êtes une femme, quand vous êtes née dans un pays comme le mien, il faut prendre cette liberté par force. Mais la première personne qui nous enlève cette liberté, c’est nous-mêmes, quand nous nous empêchons de faire certaines choses : s’émanciper de nous-mêmes, c’est déjà un bon début.

La liberté est un long combat du peuple en Iran. Comment voyez-vous votre pays ?

Réponse : Cela fait 20 ans que je n’y suis pas retournée, ma relation avec l’Iran est basée sur la nostalgie, sur mon émotion, sur mes rêves. Toutes ces choses-là vont à l’encontre de l’analyse et empêchent de prendre du recul. Je ne pense pas qu’en m’exprimant, je ferais du bien à mon peuple et à mon pays.

Persépolis

Q. Vous êtes en colère contre le pouvoir iranien en place, contre le manque de libertés, la répression ?

Réponse : Mes premiers chapitres de Persépolis étaient remplis de colère et de haine. Mon lexique, ma façon de m’exprimer, me renvoyaient au même registre que les gens que je n’aimais pas, mais moi, j’avais l’impression d’être du bon coté de la chose. Pourtant, de cette façon-là, je faisais exactement comme eux : l’émotion est l’arme des fanatiques. Il suffit d’appuyer sur le bouton de l’émotion, et les gens crient et hurlent. Il est facile d’être un monstre si on ne prend pas de la distance.

Q. Vous êtes interdite  de séjour en Iran ?

Réponse : Personne ne m’a jamais dit de ne pas retourner en Iran, mais vous avez les éléments devant vous : des gens y sont retournés et n’en sont jamais repartis. Pourtant, ils avaient fait bien moins de choses que moi. Je ne me vois pas passer les trente prochaines années de ma vie en prison.

Q. Vous vous intéressez en particulier au sort des artistes iraniens, comme les cinéastes Jafar Panahi et Mohamed Rassoulof qui ont été condamnés à de la prison ?

Réponse : Je les suis bien sûr, mais vous savez, je ne suis pas communautariste. Je ne trouve pas que tous les films faits par des Iraniens sont forcément d’excellents films, même si bien sûr, quelques-uns m’intéressent. De la même manière, je ne pense pas que tous les films faits par des femmes sont de bons films.

Q. Vous ne vous revendiquez pas comme cinéaste femme ?

Réponse : Non, absolument pas ! C’est un ghetto et c’est une fausse bonne idée. Parler de film de femme, c’est être condescendant envers nous-mêmes. On ne doit juger un film, comme un livre, que sur sa seule valeur artistique.

Q. Il faut se réconcilier avec les hommes ?

Réponse : Je suis humaniste. la terre est faite d’hommes et de femmes et les mauvais comportements ne sont pas spécialement masculins. Bien sûr, ne me faites pas dire que je ne suis pas consciente des inégalités entre les femmes et les hommes, que l’on voit très bien à l »oeuvre dans le monde du travail. Mais je suis confiante : les choses vont changer et dans le cinéma, davantage de femmes vont pouvoir faire des films.

Propos recueillis par Nathalie Chifflet – Paru dans le B.P. du dimanche 8 Mars 2020.

Radioactive* : sortie en salle le 11 Mars 2020.

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Pensons Design.

Rendez-vous était pris pour ce Jeudi 12 Avril à Nicéphore-Cité, pour une journée thématique sur le design, précisément sur le sujet « De l’architecture d’intérieur au design d’espace. L’objectif du design d’espace c’est de proposer des solutions innovantes, uniques et pensées pour les besoins actuels et futurs des usagers pour créer des lieux aussi bien extérieurs qu’intérieurs, publics ou privés, mais également des objets du quotidien et du design urbain tout en étant fonctionnel, innovant, créatif et esthétique.

Le design d’espace utilise des matériaux, des revêtements, du mobilier, des équipements et parfois de l’ambiance sonore pour créer une identité et aménager un endroit pour permettre aux personnes de s’en approprier et de prendre le contrôle des espaces qu’ils fréquentent. Pour le définir, retenons 4 composantes : la construction, le lieu de vie, l’intérieur et l’individu. Au fil du temps, les designers vont s’approprier des matériaux de plus en plus variés : au sortir du Moyen-Age, 2 composantes, étroitement liées au chauffage : l’âtre, et les tentures, indispensables pour résister au froid des murs de pierre.

9h15-10h00 : De l’architecture intérieure au design d’espace ?

Avec l’intervention de Bernard Moïse, designer, fondateur de l’agence Moise Studio, Directeur pédagogique de Camondo Méditerranée et Président de l’Agora du design.

C’est à un véritable cours d’histoire de l’art que s’est livré Bernard Moîse, qui plus est abondamment illustré, qui couvre une période de 250 ans, soit de 1671 à 1921. La première borne se situe à mi -chemin entre la fin de la Renaissance et le début des Lumières.

Entre-temps, la construction a hésité entre le civil et le militaire : Versailles et la poliorcétique : d’un côté, on étale le luxe et on sépare les classes sociales (balcons et parterres), de l’autre, on assiège des villes et on les prend, ensuite on les protège et on les défend à la manière  de Vauban.

En 1671, arrive Louis XV, coquet, soucieux de son apparence et de son élégance ; l’expression de la décoration royale porte alors sur le tissu.

    Louis_XV

A cette première période « textile du sol au plafond », où les tapissiers sont les architectes d’intérieur, succède celle des sculpteurs ornemanistes, dont la palette va s’étendre du dessin aux moulures, ornements, corniches, frontons, luminaires… Tous les projets sont intégralement dessinés, avant de connaître un début de mise en oeuvre.

En 1694, Charles d’Aviler définit l’architecte d’intérieur comme « Un homme de dessein, intelligent en architecture et en mécanique… Il est nécessaire à l’architecte, car l invente et dispose des ouvrages.

Les Encyclopédistes Diderot et d’Alembert définissent l’ornement comme « un détail, sans utilité pratique, si ce n’est d’embellir ». Les premières Écoles des Beaux-Arts se créent et reconnaissent 4 disciplines : architecture, sculpture, peinture et gravure.

En 1766, l’Enseignement des Arts-Déco se met au service des Industries Naissantes : les opportunités vont en effet être très nombreuses : le gaz, l’électricité, le paratonnerre, mais aussi les grands réseaux – comme les égoûts de Paris, prélude au gruyère que constituent les sous-sols des métropoles.

Au début du XXe siècle, les bouleversements liés aux guerres, aux reconstructions, à l’avènement de l’aviation,  vont susciter une génération de « makers », c’est-à-dire de bricoleurs, d’aventuriers. Des mouvements architecturaux comme le Bauhaus, (La Staatliches Bauhaus est une école d’architecture et d’arts appliqués, fondée en 1919 à Weimar par Walter Gropius. Par extension, Bauhaus désigne un courant artistique concernant, notamment, l’architecture et le design, la modernité mais également la photographie, le costume et la danse. De leur côté, les créations de Le Corbusier, les apports du surréalisme conduisent à une nouvelle fonction que l’on appellera « ensemblier » : ainsi en est-il des créations de Philippe Starck.

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Pour mettre une touche finale à l’apport de l’innovation, « depuis la création au Marché », Bernard Moïse présente la réalisation du Showroom VIP de Microsoft, où la technologie s’efface le storytelling des usages du client.

 

10h00-10h45 : Présentation du cursus design d’espace, de la prépa au mastère, et des projets étudiants de l’Ecole Supérieure des Métiers d’Architecture de Montpellier.

Avec l’intervention Marie-Caroline Foulquier Gazagnes, Architecte DLPG et Enseignante à l’ESMA de Montpellier et Anthony Gallien, ancien étudiant de l’ESMA diplômé depuis 3 ans et embauché dans le cabinet d’architecte de Marie-Caroline Foulquier Gazagnes.

4 parties à cette présentation : quelques références iconographiques, dont l’incontournable Antigone de Montpellier.  Puis ce que l’on apprend au cours de la formation, ensuite la confrontation avec la réalité, et enfin quelques exemples de notre métier.

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 La London school of economics.

En premier lieu la recherche est multi-contextuelle : l’histoire, l’environnement, l’usage, l’appropriation qui en est faite, tout doit être intégré dans l’étude pour bâtir un projet « vraisemblable », intégrant l’aménagement urbain, les luminaires, les bancs… Tout projet est recevable, mais c’est d’abord une affaire d’argumentation, d’observation.

Antigone

Ainsi, pour aménager ce vaste « plan-masse » laissé par Ricardo Bofill, connu sous le nom d’Antigone, les options sont multiples, tout est une question d’étude, d’originalité et d’argumentation. Il s’agit de s’approprier un vaste espace de 40 hectares, dans une cité proche de la mer, comportant un centre classique, la Place de la Comédie, et une vaste pinède, celle de la Gaude. Pour occuper les « toits classés Architecte des Bâtiments de France », il faut s’ouvrir l’esprit, confronter les idées, rechercher d’autres idées… Au final, la formule est la suivante :

      Besoin du client  + Exigence Fonctionnelle = DESIGN.

10h55-11h40 : Présentation de la démarche « design d’espace et bien-être au travail » de la société Espace & Fonction
Avec l’intervention de Nathalie Rigaut, Consultante – Espaces de travail chez Steelcase.

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La philosophie de Steelcase résume un espace de travail à un écosystème : divers, adaptable et sain. Il doit améliorer mes performances en matière d’engagement de mes salariés.  37% du personnel est actuellement très désengagé. De plus, avec les nouveaux modes de travail et de coopération, 30 à 40 % des bureaux individuels sont inoccupés (réunions, déplacements, télétravail).

Steelcase fait face à certains paradoxes : le besoin de partager, face à celui de se concentrer ; le fait que 1/3 à 50 % des introvertis sont les créatifs des entreprises. or, l’espace façonne les comportements. Tout réaménagement doit donc commencer par définir le changement de comportement attendu. Enfin, comment établir une ambiance de collaboration, d’innovation, de confiance ?

Quelques chiffres à méditer : 89 % des Fortune 500 ont disparu entre 1955 et 2014.

75 % seront remplacées d’ici 2027.

65% des C.E.O. craignent d’être disruptés de leur activité par un nouvel entrant.

Il faut donc que l’innovation advienne, mais qu’elle soit dans un environnement plus agile. Comment imaginer des aménagements qui génèrent des postures physiques, émotives et cognitives propices ?  En distinguant :

1) le lounge « posture sofa », détendu, propice à l’échange informel.

2) Le travail soutenu : la posture standard.

3) le travail « quand on bouge », adapté aux moins de 30 ans, perché engagé.

Enfin, le maître-mot est la sérendipité, l’art de fonctionner à plusieurs, (et du même coup, de s’offrir collectivement « la possibilité d’une île… au trésor »). Comme chantait un certina Hugues Aufray :

 « Et quand tout sera terminé,

il faudra bien se séparer,   

Mais nous on n’oubliera jamais,

ce qu’on a fait ensemble ».

Pour favoriser cela, il faut procéder à du « job-shadowing », pour repérer les phases de :

  • concentration.
  • Collaboration
  • Acquisition de connaissances.
  • Socialisation
  • Régénération.

De cette manière, nous proposons une appropriation dynamique : de l’usage, de la rythmique, de la vivacité corps-esprit. L’idéal est selon, Bernard Moïse d’associer les architectes d’intérieur très en amont des chantiers, pour anticiper les critères d’efficacité, les indicateurs d’engagement; ainsi, il est possible de privilégier le type de compétences que l’on recherche, softskill, lutte contre la vulnérabilité et l’échec, et intégration du bien-être.

L’Ours.

Grizzly

 

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BCN a vu pour vous : De Gaulle.

 

Degaulle2Quatre-vingts ans : les heures sombres qui ont traumatisé nos parents s’éloignent… comme dans un dernier sursaut se sont effacées avec le Centenaire, celles de la Grande Guerre. Figure française historique du XXe siècle, Charles de Gaulle n’avait pourtant encore jamais eu droit à une adaptation de sa vie au cinéma. C’est désormais chose faite avec De Gaulle, en salles le 4 mars 2020. Porté par Lambert Wilson et Isabelle Carré, le long-métrage revient sur les quelques semaines qui ont mené au départ du général pour Londres et à l’appel du 18 juin 1940. Au coeur de ce film, on ne retrouve pas seulement les batailles politiques, mais surtout la vie intime et familiale de Charles et Yvonne de Gaulle. 

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I. Synopsis :

En juin 1940, le maréchal Pétain veut arrêter la lutte armée contre l’Allemagne. Le président du conseil Paul Reynaud et le Général de Gaulle veulent continuer le combat mais ne sont pas entendus. L’armistice est signé. De Gaulle décide de se rendre à Londres pour chercher de l’aide auprès du premier ministre Winston Churchill et ainsi poursuivre le conflit devenu mondial. De son côté, Yvonne son épouse, voit l’ennemi avancer dangereusement et décide donc de prendre la route avec leurs enfants. En Angleterre, le général reste sans nouvelles de sa famille et s’apprête à prononcer un discours qui va changer le cours de sa vie et de l’Histoire…

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II. Des critiques… mitigées.

Les critiques sont relativement satisfaites par De Gaulle. Ce « biopic quatre étoiles » pour Culturebox, qui considère le défi « relevé avec panache », tandis que La Croix salue « un film émouvant sur les heures sombres du printemps 1940 qui offre une vision sentimentale d’un stratège seul contre tous ». Le pari est également réussi pour Télé-Loisirs, qui salue « un biopic ambitieux réalisé comme un thriller politique et ménageant une vraie tension dramatique ». Dans l’ensemble, l’interprétation de Lambert Wilson est saluée par les critiques, Les Inrocks le jugeant « habité » par son personnage. Toutefois, toutes ne sont pas convaincues par l’émotion du film. Le Parisien reproche notamment à De Gaulle « la platitude du récit historique, trop classique ». Pour ce média, le long-métrage « manque de souffle » et « De Gaulle ne rentre pas dans l’histoire… du cinéma ». Un avis partagé par le média spécialisé Première qui déplore un « biopic coincé ».

III. Que faut-il vraiment en penser ?

Certes, ce n’est pas « J’accuse » … mais pour autant, est-on déjà sûr que ce De Gaulle-là n’entrera pas dans l’histoire du cinéma ? Avec le temps, le public oubliera le strass et les effets spéciaux pour ne retenir que le côté profondément humain de cette famille de haute tradition… Tradition militaire bien sûr, mais aussi haute rigueur morale, et simplicité toute campagnarde de la vie à La Boisserie, commune de Colombey-Les-deux-Églises.

De ce point de vue, le film est impeccable, sobre et émouvant ; on lui aurait sans nul doute reproché de ne pas avoir suivi l’abondante littérature produite par le Général lui-même, les quelques vidéos de l’homme seul partant pour Londres, avec pour ambition de « fusionner la France avec l’Empire britannique ». Cet épisode peu connu a pourtant existé, – cela paraît tellement incroyable aujourd’hui, à l’heure du Brexit – et le Grand Charles a réussi cette mission ! Seul l’effondrement prendra de vitesse ce nouvel avatar du destin.

Tout aussi abracadabrante est l’odyssée d’Yvonne qui s’échappe de Brest sur un bateau néerlandais, échappe aux bombardements allemands et parvient à rejoindre son grand homme à Londres.

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Porté par tous les acteurs, et en premier lieu par Lambert Wilson et Isabelle Carré, le film rend compte avec justesse de la douceur de ce printemps 1940, en opposition complète avec l’atrocité de la déroute et de l’effondrement d’une démocratie. Il s’agit de l’acte 1 d’une longue suite de rivalités et de déchirements. Ne disposant que de son éducation, de sa personnalité et de son caractère, De Gaulle portera la destinée de la France et d’une large partie de l’Europe pendant encore 30 ans. Il n’était que temps et que justice que ce sobre hommage lui soit rendu.

L’Ours.

Grizzly

 

 

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BCN a vu pour vous : « Judy ».

Renée Zellweger incarne Judy Garland à la fin de sa vie dans ce biopic. Critiques, bande-annonce, casting, tout ce qu’il faut savoir sur Judy.

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Tout le monde a entendu parler de Judy Garland, l’interprète vedette du « Magicien d’Oz », ainsi que de la scie « Somewhere over the rainbow ». C’est l’une des chansons les plus connues de la fin des années 1930. Incarnant les espoirs et les rêves d’une jeunesse aspirant à un monde idéal d’amour et de joie, la chanson fut écrite en une nuit pour Judy Garland qui l’interpréta dans le film Le Magicien d’Oz, et elle devint le thème musical qui devait bercer toute sa vie. En effet, on lui demanda de l’interpréter à presque toutes ses apparitions publiques.

La mélodie plaintive et les paroles simples de la chanson racontent le désir d’une adolescente de s’échapper du « désordre sans espoir » de ce monde (hopeless jumble), de la tristesse des gouttes de pluie, vers un nouveau monde plein de couleurs « par-delà l’arc-en-ciel » (over the rainbow). Cette chanson exprime aussi la croyance enfantine selon laquelle les cieux ouvriront un passage vers un lieu où « les soucis fondent comme du sorbet au citron » (troubles melt like lemon-drops).

Seconde chose que l’on sait généralement sur Judy Garland, c’est qu’elle vient de rapporter l’Oscar de la meilleure actrice à Renée Zellweger. Les cinéphiles français se souviennent du trophée obtenu par Marion Cotillard pour la Môme. De là à penser que les artistes « sulfureuses » fournissent de la matière à d’excellents biopics…

Synopis : Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz. Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants.

Les critiques : elles sont unanimes : Renée Zellweger a amplement mérité son Oscar de la meilleure actrice, décroché quelques semaines plus tôt pour ce rôle. « Renée Zellweger se livre corps et âme pour ce rôle exigeant, offrant une performance magistrale » selon Télé-Loisirs, Le Parisien note une interprétation « déchirante »,  Ouest France souligne que la légende d’Hollywood est « si bien incarnée par l’actrice de Bridget Jones ». Pour Première, ce biopic tout ce qui a de plus classique vaut d’ailleurs principalement pour cette performance d’actrice : « Sans jamais tomber dans l’imitation, elle rend compte de la complexité d’une vie de star lancée toute jeune et soumise à la pression d’un métier qui exige plus qu’il ne donne. Et finalement, elle nous parle autant d’elle que de Judy Garland. »

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Inspiré de la comédie musicale End of the Rainbow, le long-métrage avait « seulement » été cité aux Oscars dans la catégorie Meilleure actrice et Meilleurs coiffures et maquillages. Judy doit donc beaucoup à son interprète, visiblement inspirée par Liza Minelli. Le film satisfera les amateurs du genre, et décevra sans doute les spectateurs qui attendent une « proposition originale ».

Judy6L’on apprend dans ce film, que Judy s’est « pris son premier rateau » de  Mickey Rooney, un autre enfant-star de Hollywood. Celui-ci aura eu la chance de vivre deux fois plus longtemps : 94 ans, de divorcer deux fois plus souvent, et évoquait cette rencontre bien longtemps après la disparition de l’actrice. L’enfance et l’adolescence sous la tutelle de M. Mayer (des studios MGM) sont un perpétuel balancier entre l’esclavage de la production et l’occasion de briller, de sortir de l’enfance pauvre du Minnesota : cela laissera bien plus tard des séquelles.

Que faut-il en penser ? Attendre une proposition originale sur une biographie, suppose de « picorer », de piocher des extraits, comme ce fut le cas de « J’accuse », ou du prochain « De Gaulle »; ici,  le parti pris est différent. Pour incarner le personnage, l’actrice Renée Zellweger a dû elle aussi se mettre au chant pour incarner ce rôle. C’est bien elle qui chante dans Judy : la comédienne a répété plusieurs mois durant avec le directeur musical du film. C’est donc bien la voix de l’interprète de Bridget Jones, transformée par ses talents pour coller au plus près à celle de Judy Garland, qu’on entend dans ce biopic. C’est très courageux, et c’est aussi ce qui fait la force et l’émotion des scènes de show restituant la tournée de Londres. Un très bon moment.

L’Ours.

Grizzly