Culture - Loisirs - Histoire

L’entretien du dimanche : Marjane Satrapi. »Il faut être dans l’action ».

Elle avait fait son entrée dans le cinéma en 2007,  avec l’adaptation de sa BD autobiographique, Persépolis, film d’animation césarisé, et sélectionné aux Oscars. Pour son cinquième long-métrage, l’artiste iranienne exilée Marjane Satrapi signe un biopic de Marie Curie, Radioactive*.

Radioactive

Q. Marie Curie est-elle pour vous un modèle  ?

Réponse : Elle a toujours été dans mon univers. Ma mère qui voulait que je sois une femme indépendante m’avait cité deux exemples, Marie Curie et Simone de Beauvoir. Comme j’avais des prédispositions pour les sciences et que toute ma scolarité, j’étais la matheuse de l’école, Marie Curie était mon modèle. Une lumière qui me suit dans les ténèbres.

Q. Quelles qualités faut-il retenir de Marie Curie, l’une des « Immortelles » du Panthéon ?

Réponse : Elle est évidemment d’une grande intelligence, mais aussi, intransigeante et dure avec elle-même. Elle pouvait être affectueuse, certes, mais pas sentimentale du tout. Elle n’est pas pour autant austère : elle a un grand amour pour la vie, elle adorait danser. Elle dessinait aussi  très bien, avec un grand sens de l’observation.

Q. Vous vouliez refaire de Marie Curie une héroïne dans l’esprit des Français d’aujourd’hui ?

Réponse : Je n’ai pas voulu en faire une héroïne. L’histoire de Marie Curie a déjà été racontée, elle a inspiré des films, des séries, des documentaires. Il m’a semblé intéressant de refaire un film aujourd’hui pour raconter comment la découverte de la radioactivité a changé notre monde. Que fait-on des découvertes ? Il est de notre responsabilité d’en faire bon usage. En parlant d’Hiroshima ou de Tchernobyl dans mon film, je montre l’usage indécent que l’on a fait des travaux de Pierre et Marie Curie, deux des plus décentes personnes de l’humanité.

Q. La science est au coeur de la belle histoire de Pierre et Marie Curie. C’était un couple singulier pour son temps ?

Réponse : Il n’y a pas de séparation entre la science et leur vie : c’est la même histoire. La science les réunit. Ils s’aiment follement parce qu’ils ont en commun une passion de la découverte, de la recherche. Une énergie extraordinaire se dégage de ce couple. Ils  sont très modernes, Marie Curie l’est, mais son mari encore plus. Au début du XXe siècle, l’émancipation des femmes a déjà commencé, mais il était rare qu’un homme accepte que sa femme soit sa collaboratrice, son égale.

Marie_Curie

Q. Qu’est-ce-que peut nous apporter cette femme forte qui pourrait être une femme d’aujourd’hui ?

Réponse : Madame Curie n’a jamais fait partie d’un quelconque mouvement féministe : elle est scientifique et se pense égale des hommes. Marie Curie agit : elle est une féministe de fait et non de parole. Il ne s’agit pas de lever le bras et de  dire des choses : il faut être dans l’action. Je suis un peu ébahie quand je vois des actrices hollywoodiennes se mettre en noir pour aller aux Golden Globes : c’est inutile. Il vaut mieux s’habiller en fuchsia et regarder droit dans une caméra. C’est ce que nous devons apprendre d’elle, c’est qu’il faut agir.

Marjane Satrapi

Q. Il ne sert donc à rien de revendiquer plus d’égalité pour les femmes ?

Réponse : Ce sont nos actions qui vont faire que nous aurons l’égalité. La parole au début est bien sûr nécessaire, et rien ne se passe sans la parole, mais ensuite il faut que cela se transforme en actes. C’est ainsi que l’on réussit à avancer.

Q. Marie Curie est une femme d’une grande liberté. Vous vous reconnaissez dans sa liberté ?

Réponse :Certainement ! S’il y a quelque chose que j’aime le plus au monde, c’est la liberté. Quand commence une nouvelle année, on se souhaite toujours une bonne santé. J’y ajoute toujours la liberté. Et cette liberté n’est pas un droit que l’on vous donne. Quand vous êtes une femme, quand vous êtes née dans un pays comme le mien, il faut prendre cette liberté par force. Mais la première personne qui nous enlève cette liberté, c’est nous-mêmes, quand nous nous empêchons de faire certaines choses : s’émanciper de nous-mêmes, c’est déjà un bon début.

La liberté est un long combat du peuple en Iran. Comment voyez-vous votre pays ?

Réponse : Cela fait 20 ans que je n’y suis pas retournée, ma relation avec l’Iran est basée sur la nostalgie, sur mon émotion, sur mes rêves. Toutes ces choses-là vont à l’encontre de l’analyse et empêchent de prendre du recul. Je ne pense pas qu’en m’exprimant, je ferais du bien à mon peuple et à mon pays.

Persépolis

Q. Vous êtes en colère contre le pouvoir iranien en place, contre le manque de libertés, la répression ?

Réponse : Mes premiers chapitres de Persépolis étaient remplis de colère et de haine. Mon lexique, ma façon de m’exprimer, me renvoyaient au même registre que les gens que je n’aimais pas, mais moi, j’avais l’impression d’être du bon coté de la chose. Pourtant, de cette façon-là, je faisais exactement comme eux : l’émotion est l’arme des fanatiques. Il suffit d’appuyer sur le bouton de l’émotion, et les gens crient et hurlent. Il est facile d’être un monstre si on ne prend pas de la distance.

Q. Vous êtes interdite  de séjour en Iran ?

Réponse : Personne ne m’a jamais dit de ne pas retourner en Iran, mais vous avez les éléments devant vous : des gens y sont retournés et n’en sont jamais repartis. Pourtant, ils avaient fait bien moins de choses que moi. Je ne me vois pas passer les trente prochaines années de ma vie en prison.

Q. Vous vous intéressez en particulier au sort des artistes iraniens, comme les cinéastes Jafar Panahi et Mohamed Rassoulof qui ont été condamnés à de la prison ?

Réponse : Je les suis bien sûr, mais vous savez, je ne suis pas communautariste. Je ne trouve pas que tous les films faits par des Iraniens sont forcément d’excellents films, même si bien sûr, quelques-uns m’intéressent. De la même manière, je ne pense pas que tous les films faits par des femmes sont de bons films.

Q. Vous ne vous revendiquez pas comme cinéaste femme ?

Réponse : Non, absolument pas ! C’est un ghetto et c’est une fausse bonne idée. Parler de film de femme, c’est être condescendant envers nous-mêmes. On ne doit juger un film, comme un livre, que sur sa seule valeur artistique.

Q. Il faut se réconcilier avec les hommes ?

Réponse : Je suis humaniste. la terre est faite d’hommes et de femmes et les mauvais comportements ne sont pas spécialement masculins. Bien sûr, ne me faites pas dire que je ne suis pas consciente des inégalités entre les femmes et les hommes, que l’on voit très bien à l »oeuvre dans le monde du travail. Mais je suis confiante : les choses vont changer et dans le cinéma, davantage de femmes vont pouvoir faire des films.

Propos recueillis par Nathalie Chifflet – Paru dans le B.P. du dimanche 8 Mars 2020.

Radioactive* : sortie en salle le 11 Mars 2020.

Actualités & News·Culture - Loisirs - Histoire·Formation et professionnalisation

Pensons Design.

Rendez-vous était pris pour ce Jeudi 12 Avril à Nicéphore-Cité, pour une journée thématique sur le design, précisément sur le sujet « De l’architecture d’intérieur au design d’espace. L’objectif du design d’espace c’est de proposer des solutions innovantes, uniques et pensées pour les besoins actuels et futurs des usagers pour créer des lieux aussi bien extérieurs qu’intérieurs, publics ou privés, mais également des objets du quotidien et du design urbain tout en étant fonctionnel, innovant, créatif et esthétique.

Le design d’espace utilise des matériaux, des revêtements, du mobilier, des équipements et parfois de l’ambiance sonore pour créer une identité et aménager un endroit pour permettre aux personnes de s’en approprier et de prendre le contrôle des espaces qu’ils fréquentent. Pour le définir, retenons 4 composantes : la construction, le lieu de vie, l’intérieur et l’individu. Au fil du temps, les designers vont s’approprier des matériaux de plus en plus variés : au sortir du Moyen-Age, 2 composantes, étroitement liées au chauffage : l’âtre, et les tentures, indispensables pour résister au froid des murs de pierre.

9h15-10h00 : De l’architecture intérieure au design d’espace ?

Avec l’intervention de Bernard Moïse, designer, fondateur de l’agence Moise Studio, Directeur pédagogique de Camondo Méditerranée et Président de l’Agora du design.

C’est à un véritable cours d’histoire de l’art que s’est livré Bernard Moîse, qui plus est abondamment illustré, qui couvre une période de 250 ans, soit de 1671 à 1921. La première borne se situe à mi -chemin entre la fin de la Renaissance et le début des Lumières.

Entre-temps, la construction a hésité entre le civil et le militaire : Versailles et la poliorcétique : d’un côté, on étale le luxe et on sépare les classes sociales (balcons et parterres), de l’autre, on assiège des villes et on les prend, ensuite on les protège et on les défend à la manière  de Vauban.

En 1671, arrive Louis XV, coquet, soucieux de son apparence et de son élégance ; l’expression de la décoration royale porte alors sur le tissu.

    Louis_XV

A cette première période « textile du sol au plafond », où les tapissiers sont les architectes d’intérieur, succède celle des sculpteurs ornemanistes, dont la palette va s’étendre du dessin aux moulures, ornements, corniches, frontons, luminaires… Tous les projets sont intégralement dessinés, avant de connaître un début de mise en oeuvre.

En 1694, Charles d’Aviler définit l’architecte d’intérieur comme « Un homme de dessein, intelligent en architecture et en mécanique… Il est nécessaire à l’architecte, car l invente et dispose des ouvrages.

Les Encyclopédistes Diderot et d’Alembert définissent l’ornement comme « un détail, sans utilité pratique, si ce n’est d’embellir ». Les premières Écoles des Beaux-Arts se créent et reconnaissent 4 disciplines : architecture, sculpture, peinture et gravure.

En 1766, l’Enseignement des Arts-Déco se met au service des Industries Naissantes : les opportunités vont en effet être très nombreuses : le gaz, l’électricité, le paratonnerre, mais aussi les grands réseaux – comme les égoûts de Paris, prélude au gruyère que constituent les sous-sols des métropoles.

Au début du XXe siècle, les bouleversements liés aux guerres, aux reconstructions, à l’avènement de l’aviation,  vont susciter une génération de « makers », c’est-à-dire de bricoleurs, d’aventuriers. Des mouvements architecturaux comme le Bauhaus, (La Staatliches Bauhaus est une école d’architecture et d’arts appliqués, fondée en 1919 à Weimar par Walter Gropius. Par extension, Bauhaus désigne un courant artistique concernant, notamment, l’architecture et le design, la modernité mais également la photographie, le costume et la danse. De leur côté, les créations de Le Corbusier, les apports du surréalisme conduisent à une nouvelle fonction que l’on appellera « ensemblier » : ainsi en est-il des créations de Philippe Starck.

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Pour mettre une touche finale à l’apport de l’innovation, « depuis la création au Marché », Bernard Moïse présente la réalisation du Showroom VIP de Microsoft, où la technologie s’efface le storytelling des usages du client.

 

10h00-10h45 : Présentation du cursus design d’espace, de la prépa au mastère, et des projets étudiants de l’Ecole Supérieure des Métiers d’Architecture de Montpellier.

Avec l’intervention Marie-Caroline Foulquier Gazagnes, Architecte DLPG et Enseignante à l’ESMA de Montpellier et Anthony Gallien, ancien étudiant de l’ESMA diplômé depuis 3 ans et embauché dans le cabinet d’architecte de Marie-Caroline Foulquier Gazagnes.

4 parties à cette présentation : quelques références iconographiques, dont l’incontournable Antigone de Montpellier.  Puis ce que l’on apprend au cours de la formation, ensuite la confrontation avec la réalité, et enfin quelques exemples de notre métier.

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 La London school of economics.

En premier lieu la recherche est multi-contextuelle : l’histoire, l’environnement, l’usage, l’appropriation qui en est faite, tout doit être intégré dans l’étude pour bâtir un projet « vraisemblable », intégrant l’aménagement urbain, les luminaires, les bancs… Tout projet est recevable, mais c’est d’abord une affaire d’argumentation, d’observation.

Antigone

Ainsi, pour aménager ce vaste « plan-masse » laissé par Ricardo Bofill, connu sous le nom d’Antigone, les options sont multiples, tout est une question d’étude, d’originalité et d’argumentation. Il s’agit de s’approprier un vaste espace de 40 hectares, dans une cité proche de la mer, comportant un centre classique, la Place de la Comédie, et une vaste pinède, celle de la Gaude. Pour occuper les « toits classés Architecte des Bâtiments de France », il faut s’ouvrir l’esprit, confronter les idées, rechercher d’autres idées… Au final, la formule est la suivante :

      Besoin du client  + Exigence Fonctionnelle = DESIGN.

10h55-11h40 : Présentation de la démarche « design d’espace et bien-être au travail » de la société Espace & Fonction
Avec l’intervention de Nathalie Rigaut, Consultante – Espaces de travail chez Steelcase.

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La philosophie de Steelcase résume un espace de travail à un écosystème : divers, adaptable et sain. Il doit améliorer mes performances en matière d’engagement de mes salariés.  37% du personnel est actuellement très désengagé. De plus, avec les nouveaux modes de travail et de coopération, 30 à 40 % des bureaux individuels sont inoccupés (réunions, déplacements, télétravail).

Steelcase fait face à certains paradoxes : le besoin de partager, face à celui de se concentrer ; le fait que 1/3 à 50 % des introvertis sont les créatifs des entreprises. or, l’espace façonne les comportements. Tout réaménagement doit donc commencer par définir le changement de comportement attendu. Enfin, comment établir une ambiance de collaboration, d’innovation, de confiance ?

Quelques chiffres à méditer : 89 % des Fortune 500 ont disparu entre 1955 et 2014.

75 % seront remplacées d’ici 2027.

65% des C.E.O. craignent d’être disruptés de leur activité par un nouvel entrant.

Il faut donc que l’innovation advienne, mais qu’elle soit dans un environnement plus agile. Comment imaginer des aménagements qui génèrent des postures physiques, émotives et cognitives propices ?  En distinguant :

1) le lounge « posture sofa », détendu, propice à l’échange informel.

2) Le travail soutenu : la posture standard.

3) le travail « quand on bouge », adapté aux moins de 30 ans, perché engagé.

Enfin, le maître-mot est la sérendipité, l’art de fonctionner à plusieurs, (et du même coup, de s’offrir collectivement « la possibilité d’une île… au trésor »). Comme chantait un certina Hugues Aufray :

 « Et quand tout sera terminé,

il faudra bien se séparer,   

Mais nous on n’oubliera jamais,

ce qu’on a fait ensemble ».

Pour favoriser cela, il faut procéder à du « job-shadowing », pour repérer les phases de :

  • concentration.
  • Collaboration
  • Acquisition de connaissances.
  • Socialisation
  • Régénération.

De cette manière, nous proposons une appropriation dynamique : de l’usage, de la rythmique, de la vivacité corps-esprit. L’idéal est selon, Bernard Moïse d’associer les architectes d’intérieur très en amont des chantiers, pour anticiper les critères d’efficacité, les indicateurs d’engagement; ainsi, il est possible de privilégier le type de compétences que l’on recherche, softskill, lutte contre la vulnérabilité et l’échec, et intégration du bien-être.

L’Ours.

Grizzly

 

Culture - Loisirs - Histoire

BCN a vu pour vous : De Gaulle.

 

Degaulle2Quatre-vingts ans : les heures sombres qui ont traumatisé nos parents s’éloignent… comme dans un dernier sursaut se sont effacées avec le Centenaire, celles de la Grande Guerre. Figure française historique du XXe siècle, Charles de Gaulle n’avait pourtant encore jamais eu droit à une adaptation de sa vie au cinéma. C’est désormais chose faite avec De Gaulle, en salles le 4 mars 2020. Porté par Lambert Wilson et Isabelle Carré, le long-métrage revient sur les quelques semaines qui ont mené au départ du général pour Londres et à l’appel du 18 juin 1940. Au coeur de ce film, on ne retrouve pas seulement les batailles politiques, mais surtout la vie intime et familiale de Charles et Yvonne de Gaulle. 

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I. Synopsis :

En juin 1940, le maréchal Pétain veut arrêter la lutte armée contre l’Allemagne. Le président du conseil Paul Reynaud et le Général de Gaulle veulent continuer le combat mais ne sont pas entendus. L’armistice est signé. De Gaulle décide de se rendre à Londres pour chercher de l’aide auprès du premier ministre Winston Churchill et ainsi poursuivre le conflit devenu mondial. De son côté, Yvonne son épouse, voit l’ennemi avancer dangereusement et décide donc de prendre la route avec leurs enfants. En Angleterre, le général reste sans nouvelles de sa famille et s’apprête à prononcer un discours qui va changer le cours de sa vie et de l’Histoire…

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II. Des critiques… mitigées.

Les critiques sont relativement satisfaites par De Gaulle. Ce « biopic quatre étoiles » pour Culturebox, qui considère le défi « relevé avec panache », tandis que La Croix salue « un film émouvant sur les heures sombres du printemps 1940 qui offre une vision sentimentale d’un stratège seul contre tous ». Le pari est également réussi pour Télé-Loisirs, qui salue « un biopic ambitieux réalisé comme un thriller politique et ménageant une vraie tension dramatique ». Dans l’ensemble, l’interprétation de Lambert Wilson est saluée par les critiques, Les Inrocks le jugeant « habité » par son personnage. Toutefois, toutes ne sont pas convaincues par l’émotion du film. Le Parisien reproche notamment à De Gaulle « la platitude du récit historique, trop classique ». Pour ce média, le long-métrage « manque de souffle » et « De Gaulle ne rentre pas dans l’histoire… du cinéma ». Un avis partagé par le média spécialisé Première qui déplore un « biopic coincé ».

III. Que faut-il vraiment en penser ?

Certes, ce n’est pas « J’accuse » … mais pour autant, est-on déjà sûr que ce De Gaulle-là n’entrera pas dans l’histoire du cinéma ? Avec le temps, le public oubliera le strass et les effets spéciaux pour ne retenir que le côté profondément humain de cette famille de haute tradition… Tradition militaire bien sûr, mais aussi haute rigueur morale, et simplicité toute campagnarde de la vie à La Boisserie, commune de Colombey-Les-deux-Églises.

De ce point de vue, le film est impeccable, sobre et émouvant ; on lui aurait sans nul doute reproché de ne pas avoir suivi l’abondante littérature produite par le Général lui-même, les quelques vidéos de l’homme seul partant pour Londres, avec pour ambition de « fusionner la France avec l’Empire britannique ». Cet épisode peu connu a pourtant existé, – cela paraît tellement incroyable aujourd’hui, à l’heure du Brexit – et le Grand Charles a réussi cette mission ! Seul l’effondrement prendra de vitesse ce nouvel avatar du destin.

Tout aussi abracadabrante est l’odyssée d’Yvonne qui s’échappe de Brest sur un bateau néerlandais, échappe aux bombardements allemands et parvient à rejoindre son grand homme à Londres.

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Porté par tous les acteurs, et en premier lieu par Lambert Wilson et Isabelle Carré, le film rend compte avec justesse de la douceur de ce printemps 1940, en opposition complète avec l’atrocité de la déroute et de l’effondrement d’une démocratie. Il s’agit de l’acte 1 d’une longue suite de rivalités et de déchirements. Ne disposant que de son éducation, de sa personnalité et de son caractère, De Gaulle portera la destinée de la France et d’une large partie de l’Europe pendant encore 30 ans. Il n’était que temps et que justice que ce sobre hommage lui soit rendu.

L’Ours.

Grizzly

 

 

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BCN a vu pour vous : « Judy ».

Renée Zellweger incarne Judy Garland à la fin de sa vie dans ce biopic. Critiques, bande-annonce, casting, tout ce qu’il faut savoir sur Judy.

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Tout le monde a entendu parler de Judy Garland, l’interprète vedette du « Magicien d’Oz », ainsi que de la scie « Somewhere over the rainbow ». C’est l’une des chansons les plus connues de la fin des années 1930. Incarnant les espoirs et les rêves d’une jeunesse aspirant à un monde idéal d’amour et de joie, la chanson fut écrite en une nuit pour Judy Garland qui l’interpréta dans le film Le Magicien d’Oz, et elle devint le thème musical qui devait bercer toute sa vie. En effet, on lui demanda de l’interpréter à presque toutes ses apparitions publiques.

La mélodie plaintive et les paroles simples de la chanson racontent le désir d’une adolescente de s’échapper du « désordre sans espoir » de ce monde (hopeless jumble), de la tristesse des gouttes de pluie, vers un nouveau monde plein de couleurs « par-delà l’arc-en-ciel » (over the rainbow). Cette chanson exprime aussi la croyance enfantine selon laquelle les cieux ouvriront un passage vers un lieu où « les soucis fondent comme du sorbet au citron » (troubles melt like lemon-drops).

Seconde chose que l’on sait généralement sur Judy Garland, c’est qu’elle vient de rapporter l’Oscar de la meilleure actrice à Renée Zellweger. Les cinéphiles français se souviennent du trophée obtenu par Marion Cotillard pour la Môme. De là à penser que les artistes « sulfureuses » fournissent de la matière à d’excellents biopics…

Synopis : Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz. Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants.

Les critiques : elles sont unanimes : Renée Zellweger a amplement mérité son Oscar de la meilleure actrice, décroché quelques semaines plus tôt pour ce rôle. « Renée Zellweger se livre corps et âme pour ce rôle exigeant, offrant une performance magistrale » selon Télé-Loisirs, Le Parisien note une interprétation « déchirante »,  Ouest France souligne que la légende d’Hollywood est « si bien incarnée par l’actrice de Bridget Jones ». Pour Première, ce biopic tout ce qui a de plus classique vaut d’ailleurs principalement pour cette performance d’actrice : « Sans jamais tomber dans l’imitation, elle rend compte de la complexité d’une vie de star lancée toute jeune et soumise à la pression d’un métier qui exige plus qu’il ne donne. Et finalement, elle nous parle autant d’elle que de Judy Garland. »

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Inspiré de la comédie musicale End of the Rainbow, le long-métrage avait « seulement » été cité aux Oscars dans la catégorie Meilleure actrice et Meilleurs coiffures et maquillages. Judy doit donc beaucoup à son interprète, visiblement inspirée par Liza Minelli. Le film satisfera les amateurs du genre, et décevra sans doute les spectateurs qui attendent une « proposition originale ».

Judy6L’on apprend dans ce film, que Judy s’est « pris son premier rateau » de  Mickey Rooney, un autre enfant-star de Hollywood. Celui-ci aura eu la chance de vivre deux fois plus longtemps : 94 ans, de divorcer deux fois plus souvent, et évoquait cette rencontre bien longtemps après la disparition de l’actrice. L’enfance et l’adolescence sous la tutelle de M. Mayer (des studios MGM) sont un perpétuel balancier entre l’esclavage de la production et l’occasion de briller, de sortir de l’enfance pauvre du Minnesota : cela laissera bien plus tard des séquelles.

Que faut-il en penser ? Attendre une proposition originale sur une biographie, suppose de « picorer », de piocher des extraits, comme ce fut le cas de « J’accuse », ou du prochain « De Gaulle »; ici,  le parti pris est différent. Pour incarner le personnage, l’actrice Renée Zellweger a dû elle aussi se mettre au chant pour incarner ce rôle. C’est bien elle qui chante dans Judy : la comédienne a répété plusieurs mois durant avec le directeur musical du film. C’est donc bien la voix de l’interprète de Bridget Jones, transformée par ses talents pour coller au plus près à celle de Judy Garland, qu’on entend dans ce biopic. C’est très courageux, et c’est aussi ce qui fait la force et l’émotion des scènes de show restituant la tournée de Londres. Un très bon moment.

L’Ours.

Grizzly

Culture - Loisirs - Histoire·Evènements·Revue de Presse

La voix de l’Europe porte encore.

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Spécialiste du nazisme, l’historien Ian Kershaw trace dans « L’âge global le portrait d’un continent européen prospère, puis secoué par les crises économiques et identitaires. A l’heure du Brexit et des populismes, il décrit une Europe écartelée entre les incertitudes et les motifs d’espoir.

Question :  Que représente pour vous le Mur de Berlin, qui figure sur la couverture de votre livre ?

Ce mur représente toujours d’après moi, la vision d’une Europe unie. Avec des jeunes,     « juchés » sur le Mur, qui ont réussi à surmonter les divisions de ce continent.

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Question :  Pourquoi cet « âge » est-il devenu « global »  après la Seconde Guerre Mondiale ?

La période qui suit la Seconde Guerre Mondiale est subordonnée d’entrée à deux superpouvoirs mondiaux, les États-Unis et la Russie : le livre s’ouvre d’ailleurs sur la guerre de Corée, pour montrer à quel point les intérêts mondiaux leur étaient subordonnés. Avec le temps sont venus se greffer les effets de la mondialisation. Et puis la Chute de Mur, la convergence économique, Internet, la révolution technologique des années 1990 et 2000 pour aller vers un monde de plus en plus lié et interconnecté.

Question :  En quoi la crise des missiles de Cuba, en 1962 constitue-t-elle un cap dans l’histoire ?

C’est la fin d’une première phase de peur profonde d’un conflit nucléaire et aussi la preuve que ce qui menace l’Europe est désormais lié aux intérêts des Américains et des Russes. 1960, le Mur de Berlin, 1962, les missiles de Cuba. La confrontation nucléaire prend fin à l’heure de ces deux événements. Contrairement à ce quel ‘on croit, le Mur met fin à la tension entre les peuples en Europe, et en 1962 surgit un moment de paix, de stabilité, lié à l’équilibre nucléaire entre les deux.

Question :  Vous décrivez cette période comme celle du retour à une certaine forme de « normalité » ?

Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le désir de paix était là en Europe, avec cette reconstruction d’une Europe pacifiée, avec l’idée que cela ne se reproduirait jamais. La stabilité a consolidé de développement pacifique en Europe. Au niveau culturel, des développements spécifiquement européens sont nés parce qu’ils prenaient racine dans l’horreur qu’a connue l’Europe, dans le traumatisme physique et psychologique de la guerre. On les a retrouvés notamment dans l’architecture et la littérature.

Question :  Un long chapitre est consacré à la guerre de Yougoslavie, un autre cap pour le continent européen ?

Ce n’est pas forcément un tournant, mais elle a rappelé à l’Europe que son sol pouvait encore être le théâtre de guerres, que toute forme de conflit n’avait pas totalement disparu. C’est un conflit que l’Europe occidentale n’a pas compris à ce moment-là, qui se déroulait dans un pays lointain, que l’on ne connaissait pas ou pas bien. On n’en a pas tiré les enseignements qu’on a pu tirer des deux guerres mondiales parce qu’elle ne nous touchait pas. Elle n’affectait pas notre quotidien d’Européen. C’était un avertissement.

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Question :  ces dernières années, l’Europe a été durement frappée par le terrorisme. Est-ce une autre forme de guerre ?

Je n’aime pas cette expression « guerre contre le terrorisme », ce n’est pas une guerre, c’est une question de sécurité et de défense. Il n’y a pas d’ennemi défini comme pour un conflit avec un État. C’est plutôt une manière de défendre un mode de vie et une civilisation. Le danger n’est pas tant, dans ces attaques terroristes, de détruire le continent européen, que de réduire les libertés individuelles dans ces pays,  en mettant l’accent sur la sécurité intérieure dans ces pays.

Question :  Certains établissent un parallèle entre le nazisme, dont vous êtes un spécialiste, et le djihadisme.

Pour moi, ce sont des phénomènes différents, que j’analyse de manière distincte. Le nazisme est né dans un contexte européen et allemand bien précis qu’il s’agit de comprendre en tant que tel, il est impossible de les comparer. Pour moi ce parallèle est une simplification.

Question :   Brexit, Allemagne affaiblie, Italie, contestation sociale en France… Les turbulences que connaît l’Europe traduisent-elles un mal global ?

Tout ça n’engendre pas forcément une crise générale de l’Europe, ce ne sont pas des éléments susceptibles de déstabiliser voire d’engendrer l’effondrement de l’Europe. Ce sont des phénomènes certes préoccupants, mais centralisés sur leur pays : Brexit, départ de Mme Merkel, M. Salvini, les gilets jaunes en France… la question des grèves en France est un problème spécifiquement français pour lequel la France trouvera une solution, ou pas.

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Question :  Dans cette Europe-là, quel rôle doit jouer Emmanuel Macron ?

C’est quasiment le seul dirigeant européen à avoir cherché à être novateur, à vouloir réformer, mais ses initiatives n’ont mené nulle part. A chaque fois,  ses projets de réforme fondamentaux du système européen se sont heurtés aux intérêts nationaux d’autres pays, notamment de l’Allemagne. Comme sur son projet de finaliser l’Union bancaire… Macron est un énième leader politique qui a échoué sur la question européenne.

Question :   Une demi-siècle plus tard, la démocratie à l’européenne fonctionne-t-elle encore ?

Cela ne fonctionne pas toujours brillamment, mais ça fonctionne. C’est une réussite, même si, aujourd’hui, les mouvements contestataires et de protestation existent. Elle fonctionne même si elle n’est pas égalitaire et équitable pour tout le monde. Churchill disait : « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». mais si on compare avec les années 30, on peut dire que la démocratie est consolidée.

Question :  Face aux poids lourds Donald Trump, Vladimir Poutine ou Xi-Jinping, la voix de l’Europe porte-t-elle encore ?

Oui, l’Europe a encore une voix, même si elle est plus faible que par le passé. L’Europe continue à être une puissance économique majeure dans le monde, malgré son déclin relatif par rapport à d’autres parties du globe. Sa voix restera d’autant plus forte si elle tient bon. Le Brexit atténue cette voix de l’Europe, mais surtout celle de la Grande-Bretagne, qui devient un pays esseulé, se contentant d’une toute ^petite voix dans les affaires du monde.

Question :  Le Royaume-Uni se retrouve donc affaibli par le Brexit ?

C’est le début de la fin. C’est en tout cas, la source d’un profond regret pour moi. Il va falloir des années avant que tout cela ne se mette réellement en place. Après, en termes de commodités en tant qu’écrivain britannique, j’attendrai plus longtemps pour passer la douane… Pour le reste, on verra.

Propos recueillis par Xavier Frère – Le grand entretien – Le bien Public du Dimanche 23 février 2020.

Bio Express : Ian Kershaw.

23 avril 1943 : naissance à Oldham (U.K.)

Années 60 : études supérieures à Liverpool et Oxford.

1983 : professeur invité à l’université de la Ruhr à Bochum (D.)

1987 : Premier livre sur Adolf Hitler, Le mythe Hitler.

1995 : publie L’opinion allemande sous le nazisme.

1999 – 2000 publie Hitler tome 1 et 2.

2016 : L’Europe en enfer, 1914 – 1949.

Janvier 2020 : L’âge global, l’Europe de 1950 à nos jours (Éditions du Seuil).