Actualités & News·Culture - Loisirs - Histoire·Société

Culturosons : la Newsletter culturelle du Conseil Départemental de Côte d’or.

Chers adhérents, chers sympathisants, chers lecteurs,

le Conseil Départemental accompagne la vie culturelle de notre territoire : soutien aux bibliothèques, aux théâtres, aux écoles de musique, saison Arts&Scènes en Côte-d’Or…, mais aussi aides aux initiatives culturelles locales proposées par de très nombreuses associations œuvrant à la vitalité culturelle de notre territoire.

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Comme vous le savez peut-être, le Département a initié une démarche citoyenne autour de la culture : CulturOsons !

Il s’agit d’établir un dialogue avec les habitants du Département en interrogeant les pratiques, les envies et les besoins en matière culturelle afin d’imaginer ensemble la culture de demain en Côte-d’Or au travers :

– du site Internet du Département, via ce lien : https://www.cotedor.fr/culturosons

– un questionnaire en ligne que vous êtes invités à renseigner et à relayer auprès de vos contacts ;

– un forum participatif sur lequel vous pouvez poster vos suggestions et idées.

– des pages dédiées sur les réseaux sociaux Facebook et Instagram

Le Département organisera en juin des ApérosCulture, véritables RDV virtuels sur inscription, pour débattre et imaginer ensemble la culture de demain en Côte-d’Or. Puis, la démarche se poursuivra cet automne par des rencontres avec les acteurs de la culture en Côte-d’Or.

Mais dès à présentnous vous remercions de bien vouloir prendre quelques minutes pour remplir ce questionnaire :

www.cotedor.fr/culturosons

N’hésitez pas à le relayer auprès de vos proches et de vos publics.

Pour en savoir plus, connectez-vous sur nos réseaux sociaux Facebook et Instagram et ceux du Département et visitez le site Internet du Conseil Départemental.

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Que faut-il en penser ? : Lors de notre récent article sur Jean Sans Peur, nous avions regretté d’avoir découvert par « le journal » l’exposition éponyme aux Archives Départementales. L’information était pourtant bien présente sur le site du CD 21. Ce qui manque, c’est donc « l’automatisme » qui relie l’agenda culturel à l’action de mécène ou de relais culturel de cette instance. N’hésitez donc pas à répondre au questionnaire (très complet) pour créer ce sillon neuronal : ainsi, vous n’aurez plus d’excuse !

L’Ours.

Culture - Loisirs - Histoire

Lu pour vous : Le Bûcher des Vanités.

N’ayant pas de film à vous proposer durant cette période de confinement, (les salles obscures survivront-elles au-delà ?), j’ai pensé à cette lecture hivernale, qui nous a tous touchés de près.

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Vivre à New-York, une vanité ?

I.  D’où vient le titre initial ?

Le Bûcher des Vanités est un autodafé qui a lieu le 7 février 14971 quand les disciples du Frère Dominicain Jérôme Savonarole rassemblent des milliers d’objets pour les brûler, à Florence, le jour du Mardi Gras. Savonarole fut, pour un temps, le maître de Florence et l’ami de Charles VIII qui prétendait conquérir l’Italie. Excommunié par le pape Alexandre VI, il fut soumis à la torture et finalement pendu et brûlé le 23 mai 1498.

Les objets visés par cette destruction sont ceux qui poussent au péché, spécialement ceux qui touchent à la vanité, comme les miroirs, les cosmétiques, les robes richement travaillées, les bijoux, les instruments de musique. D’autres objets aboutissent sur le bûcher : livres immoraux, chansons non religieuses, images licencieuses. Quelques chefs-d’œuvre de la peinture florentine, des nus d’inspiration mythologique de Botticelli sont portés par le peintre lui-même au bûcher2.

Le fascinant destin de Jérôme Savonarole se situe dans la longue lignée des réformistes de la pensée chrétienne, d’Origène, Arius, Pelage ou Jean Hus, en attendant Luther qui en a confirmé l’expression. Roland Barraux, écrivain et diplomate français propose un  spectacle théâtral pour illustrer la pensée et l’action de ce personnage qui continue à inspirer jusqu’au Vatican des voix pour sa réhabilitation, voire sa canonisation.

II. Le vrai roman, celui de Tom Wolfe.

Le Bûcher des vanités est un roman de Tom Wolfe publié en 1987. Premier roman de son auteur, il est rapidement devenu un best-seller mondial. Rapportés à ma chronologie personnelle, les événements qui me ramènent à New-York, alias The big Apple, alias « La ville-monde » de Fernand Braudel sont multiples.

Les informations, les marchandises, les capitaux, les crédits, les hommes, les ordres, les lettres marchandes y affluent et en repartent2. La puissance d’une « ville-monde » ou « superville » s’exerce sur une partie de l’espace terrestre appelée « économie-monde ». La mondialisation, c’est-à-dire la formation d’une seule économie-monde à l’échelle du monde, confère à la « ville-monde » une puissance planétaire.

  • J’ai décroché New-York comme sujet au bac ; je connaissais mon sujet par cœur. J’ai même fait le plan de la ville à mon examinateur, qui croyait que je bluffais ! Il fallait donc que j’aille ensuite vérifier sur place.
  • En 1983, en fin d’études pour Orange (qui ne s’appelait pas encore ainsi), nous y passons 8 jours, et visitons les principaux lieux décrits dans le livre : il nous arrive comme à Sherman, une évasion peu glorieuse, mais de Harlem, voisin du Bronx, et déjà à l’époque aussi mal famé que celui du Bûcher…
  • Le 11 Septembre 2001, nous voyons tomber les Tours jumelles du World Trade Center : retournerons-nous un jour à Manhattan, et à « Ground Zero » ?
  • L’histoire s’est arrêtée un moment ; ces 10 ans, c’était pour mieux reprendre souffle. Le Bûcher comptait de façon prémonitoire sur Dominique Strauss-Kahn, notre brillant Président du FMI, dont la trajectoire allait croiser Nafissatou dans l’Hôtel Sofitel de Tribeca (Triangle Beyond Canal). Celle-ci affirme qu’il a commis ces actes de tentative d’agression sexuelle, de viol et de séquestration le 14 mai 2011, dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York, où elle est employée comme femme de chambre depuis 2008.

Le pitch : Sherman McCoy est un golden boy de Wall Street, marié à une décoratrice d’intérieur mondaine, Judy, et père d’une fille de six ans, Campbell. Tout près de là, vit la charmante Maria Ruskin, sa maîtresse, dans un petit « nid d’amour » à loyer bloqué, (à Paris, on dirait un immeuble « reconstruction loi de 1948 »).

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Revenant de l’aéroport où il était allé chercher Maria, Sherman se trompe de sortie d’autoroute et se retrouve en plein milieu du Bronx, un quartier pauvre et majoritairement peuplé de Noirs et de Latinos. Incapables de retrouver leur chemin et effrayés par la population des quartiers qu’ils traversent, Maria et lui commencent à paniquer, la tension atteignant son paroxysme lorsqu’ils heurtent un pneu gisant au milieu de la chaussée sur une rampe d’accès d’autoroute. Sherman sort de voiture pour dégager la voie et deux jeunes Noirs surgissent alors, et lui proposent de l’aider. Sherman, craignant une embuscade, les attaque par surprise. Il lance le pneu sur l’un des jeunes, renverse le second d’un coup d’épaule et parvient à remonter dans la voiture, côté passager. Maria, passée au volant, redémarre en trombe, et dans sa fuite la voiture touche l’un des jeunes, Henry Lamb, âgé de 19 ans.

Après avoir été soigné aux urgences pour une simple blessure au poignet, ce dernier tombe dans le coma, en ayant eu le temps d’indiquer à sa mère la marque et une partie de la plaque d’immatriculation de la voiture qui l’a renversé. Une enquête est menée et conduit rapidement à Sherman, qui devient alors la proie des journalistes et des politiciens profitant de l’affaire pour favoriser leur réélection. Henry Lamb devient vite le symbole du combat contre une justice pour les Blancs.

Toute l’ambiguïté du personnage de Sherman réside dans le fait que, s’il n’est pas coupable du crime dont on l’accuse, il a bel et bien commis un acte raciste en présumant que les deux jeunes Noirs s’apprêtaient à l’agresser et en les attaquant le premier, et ce avant qu’ils ne se soient montrés menaçants à son égard.

Au fur et à mesure du récit, Sherman, qui se prenait pour un Maître de l’Univers à l’abri des ennuis touchant le commun des mortels, commet boulette sur boulette, au point de voir son monde s’écrouler. Il perd sa femme, son travail, ses amis et subit de nombreuses humiliations, jusqu’à comprendre qu’il est temps de se changer en animal et de se battre. Acculé à la ruine par de nombreux procès injustes et menacé de prison, il renonce à son ancien monde, pour tenir le rôle que « tout le monde attend de lui » : qu’il morde !

III. Analyse

Le Bûcher des vanités décrit l’acharnement médiatique et judiciaire subi par un homme blanc et riche, érigé en coupable idéal d’un crime commis contre un jeune Noir sans histoire du Bronx. Sur fond d’enjeux d’argent et de pouvoir, politiciens, leaders communautaires et religieux, membres de l’administration judiciaire et journalistes tentent de se servir de cette affaire pour tirer un profit personnel des tensions ethniques et sociales agitant la société new-yorkaise.

Le New York des années 1980, véritable sujet de ce roman, est montré par Tom Wolfe comme une ville injuste, raciste et dysfonctionnelle, où se croisent et s’entrechoquent les appétits d’individus cyniques, cupides et corrompus, menant certains à leur perte.

IV. L’Auteur.

Né(e) à : Richmond, Virginie,  le 02/03/1931, Mort(e) à : New York, le 15/05/2018

Biographie : Tom Wolfe est un écrivain américain.

Il s’inscrit à la Washington and Lee University (dont il recevra dans les années 1970 un doctorat honoris causa). Il passe ensuite un doctorat en études américaines à l’Université Yale sur l’influence communiste sur les écrivains américains de 1928 à 1942.

À la sortie de Yale, en 1956, il a entamé à New York une carrière de journaliste et d’essayiste. Dans les années soixante, il devient (avec Norman Mailer, Truman Capote, Joan Didion, Hunter S. Thompson) un des créateurs de ce qu’on a appelé le « Nouveau Journalisme » aux États-Unis. Ses reportages et ses articles présentent une critique implicite de différents aspects de la société américaine.

Son premier roman, « Le Bûcher des vanités » (Bonfire of vanities, 1987) est devenu un best-seller mondial. Brian de Palma a réalisé une adaptation de ce roman en 1990. Tom Hanks, Melanie Griffith et Bruce Willis y tiennent les rôles principaux.

Son deuxième roman, Un homme, un vrai « A Man in Full », dépeint les tensions raciales sous-jacentes dans la ville d’Atlanta, au Sud des États-Unis.

Son troisième roman, « Moi, Charlotte Simmons » (I Am Charlotte Simmons), paru en 2004 (traduction française en 2006) offre une image réaliste de la vie sur le campus d’une grande université américaine.
Son quatrième roman « Bloody Miami » (« Back to Blood ») analyse les rapports entre les différentes communautés de Miami, déchirées entre les Cubains, les Blancs, les Haïtiens et les Afro-Américains.
Ses ouvrages, et notamment The Electric Kool-Aid Acid Test, issu de son enquête sur l’élaboration du LSD, ont ironiquement fait de lui un emblème des Sixties et du mouvement hippie, alors qu’il est conservateur à bien des égards.

L’écrivain et pionnier du « nouveau journalisme » décède, à l’âge de 88 ans, après avoir été hospitalisé plusieurs jours pour une infection.

L’Ours.

Généricours

Culture - Loisirs - Histoire

Jean Sans peur : un diplomate « musclé ».

Jean 1er de Bourgogne naît au palais ducal de Dijon en 1371 et meurt sur le pont de Montereau-Fault-Yonne en 1419, en présence du dauphin de France, le futur Charles VII.

Jean-Sans-Peur

L’exposition “Jean Sans Peur (1419-2019)” proposée par les Archives Départementales de la Côte-d’Or, présentait la vie de Jean 1er de Bourgogne, à travers une vingtaine de documents (traités, de paix ou de mariage, documents comptables, sceaux, lettres échangées avec le dauphin de France ou l’héritier d’Angleterre, illustrations issues de tableaux et d’enluminures…). Les documents présentés reviendront sur des événements marquants de sa vie : la croisade de Nicopolis en 1396, l’assassinat de Louis d’Orléans, frère du roi, en 1407, dont il est l’instigateur, ou sa propre mort sur le pont de Montereau.

Depuis quelque temps, je voyais passer cet entrefilet insistant sur l’exposition aux archives départementales, 8 Rue Jeannin, commémorant le 600e Anniversaire de l’assassinat de Jean sans Peur « en mission diplomatique ».  Au passage, qu’adviendra-t-il de cette exposition – qui devait s’achever le 3 Avril 2020 -, en plein confinement ?

Pour le Far-Westien que je suis, émigré à deux reprises dans la Capitale des Ducs, la saga des Valois n’est entrée que très progressivement dans mon patrimoine. On pourrait presque dire que la politique des Ducs en matière de vins fut ma première « Charte Qualité »… Diable ! Ainsi, Jean Ier, fondateur de la dynastie, aurait été une sorte de nouveau Talleyrand avant l’heure ? Maurice Druon ne m’avait pas laissé cette impression dans « Les Rois Maudits ». Retour aux faits : nous nous situons en pleine Guerre de 100 Ans, le Connétable Du Guesclin est mort depuis longtemps, et Jeanne … déjà Pucelle (elle a 6 ans). En bref, sur le terrain, les anglais « dominent » depuis la Bataille d’Azincourt en 1415.

Le , le dauphin Charles, âgé de quinze ans, résidant à l’hôtel Saint-Pol à Paris, est menacé dans sa vie par les tueurs bourguignons de Jean sans Peur, aux ordres de Capeluche, qui viennent d’envahir Paris (par traîtrise, en se faisant ouvrir l’une des portes de la Capitale). Ceux-ci massacrent le comte d’Armagnac et un grand nombre de partisans armagnacs du jeune dauphin. Entouré par des conseillers fidèles à la couronne de France, Charles se réfugie à Bourges, capitale de son duché de Berry, pour y organiser la résistance face aux Anglais et aux Bourguignons. Pourtant, il se retrouve rapidement contraint de traiter avec le duc de Bourgogne s’il veut défaire les Anglais. Jean sans Peur et le dauphin Charles se rencontrent une première fois le  à Pouilly-le-Fort, puis à nouveau le 11 juillet, pour signer le traité de Pouilly-le-Fort, dit « la paix du Ponceau ». Le 19, un Te Deum célèbre à Paris leur prochaine réconciliation. Mais celle-ci est différée par une attaque des Anglais qui, progressant le long de la Seine, s’emparent de Poissy le 31 juillet et menacent Paris. Le duc de Bourgogne fait évacuer la famille royale à Troyes. Enfin, Jean et Charles conviennent de sceller leur alliance sur le pont qui traverse l’Yonne à Montereau, le .

Pont_surYonneCependant, les partisans armagnacs n’ont « toujours pas digéré » l’assassinat de Louis d’Orléans, survenu douze ans plus tôt et toujours impuni en 1419. En effet, Jean sans Peur, après avoir commandité ce meurtre afin d’éliminer son concurrent du conseil du roi Charles VI, avait d’ailleurs proclamé haut et fort qu’il était l’instigateur de ce crime. 

Sur le pont de Montereau

Le , les deux armées arrivent vers 15 h sur les deux berges de l’Yonne2, de part et d’autre du pont de Montereau. Jean sans Peur est informé que l’on veut attenter à sa vie, son entourage accentue sa surveillance afin de protéger le duc. Il en est de même pour le dauphin. Au milieu du pont, des charpentiers ont élevé un enclos avec une porte de chaque côté. Il est convenu que les deux rivaux entreront dans l’enclos avec chacun une escorte de dix personnes et que les portes seront fermées pendant toute la durée de l’entrevue. Chacun des dix hommes prête serment. Malgré les dispositions prises, le duc de Bourgogne réfléchit encore sur le bien-fondé de cette dangereuse rencontre. De chaque côté de l’Yonne, les deux princes s’épient. Enfin, à 17 h, le duc de Bourgogne se décide : il s’avance vers le pont de Montereau. Lorsque les conseillers du régent dauphin, voient apparaître sur le pont le duc de Bourgogne, ils s’avancent vers le duc et lui disent : « Venez devers, Monseigneur, il vous attend ». D’un geste, Tanneguy III du Chastel encourage le dauphin à pénétrer dans le sas destiné à la rencontre entre les deux cousins et il y accompagne Jean sans Peur. Ce dernier, rassuré, s’écrie : « Voilà en qui je me fie »3. Jean sans Peur, armé de son épée, se présente au rendez-vous du pont, accompagné d’une escorte de dix hommes armés.

Le duc s’agenouille avec respect devant le dauphin, qui lui reproche d’avoir préservé sa neutralité, sinon son alliance avec les Anglais : le duc lui répond « qu’il avait fait ce qu’il devait ». Le ton monte, et dès lors,  deux versions contradictoires s’opposent entre les partisans du dauphin et ceux du duc de Bourgogne. Les chroniqueurs bourguignons prétendent que Jean sans Peur s’est fait agresser immédiatement, sans avoir entamé de discussion. Les partisans du dauphin prétendent de leur côté que ce dernier se serait montré arrogant et qu’il aurait signifié au dauphin qu’il restait tributaire du roi son père et donc dans l’incapacité de traiter en son nom.

Le sire de Navailles (Soutien bourguignon) aurait appuyé cet argument en insistant sur la subordination du jeune dauphin au roi Charles VI. Il aurait même fait le geste de tirer son épée du fourreau, ce qui aurait déclenché la réaction immédiate de la garde armée du dauphin. Il périra lui aussi en défendant Jean sans Peur.

Suivant la version bourguignonne, Tanneguy du Chastel porte un coup de hache au visage du duc en criant « Tuez, tuez ! ». Cependant que le dauphin est écarté de la scène, les hommes d’armes de chaque parti brandissent leurs épées et c’est alors la curée.

Le cadavre du duc de Bourgogne a la main droite sectionnée, à l’instar de ce qu’avaient fait les séides de Jean sans Peur quelques années auparavant, après l’assassinat de Louis Ier d’Orléans6. Pour les Bourguignons, le dauphin est considéré comme le principal instigateur de l’assassinat du duc de Bourgogne, malgré ses dénégations. Il est aujourd’hui difficile de trancher entre ces deux versions qui restent historiquement contradictoires.

Cet acte entraîne des conséquences « catastrophiques » pour la dynastie française de Valois et pour la France, déjà très affaiblies par les luttes de pouvoir et la défaite d’Azincourt. Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur et nouveau duc de Bourgogne, fait alliance avec les Anglais, ce que son père avait toujours semblé éviter, bien qu’il ait observé une neutralité bienveillante à leur égard et ponctuellement bénéficié de leur aide. Cette alliance aboutit au traité de Troyes, ratifié le , qui, à l’instigation du nouveau duc de Bourgogne avec la complicité de la reine Isabeau de Bavière, a pour objet de déshériter le dauphin Charles en confiant, en ses lieu et place, la succession du roi de France Charles VI au roi d’Angleterre Henri V.  Heureusement, après de nombreuses péripéties, un couronnement à Reims et un bûcher, l’affaire se terminera bien… en 1453 !

L’Ours.

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Culture - Loisirs - Histoire

L’entretien du dimanche : Marjane Satrapi. »Il faut être dans l’action ».

Elle avait fait son entrée dans le cinéma en 2007,  avec l’adaptation de sa BD autobiographique, Persépolis, film d’animation césarisé, et sélectionné aux Oscars. Pour son cinquième long-métrage, l’artiste iranienne exilée Marjane Satrapi signe un biopic de Marie Curie, Radioactive*.

Radioactive

Q. Marie Curie est-elle pour vous un modèle  ?

Réponse : Elle a toujours été dans mon univers. Ma mère qui voulait que je sois une femme indépendante m’avait cité deux exemples, Marie Curie et Simone de Beauvoir. Comme j’avais des prédispositions pour les sciences et que toute ma scolarité, j’étais la matheuse de l’école, Marie Curie était mon modèle. Une lumière qui me suit dans les ténèbres.

Q. Quelles qualités faut-il retenir de Marie Curie, l’une des « Immortelles » du Panthéon ?

Réponse : Elle est évidemment d’une grande intelligence, mais aussi, intransigeante et dure avec elle-même. Elle pouvait être affectueuse, certes, mais pas sentimentale du tout. Elle n’est pas pour autant austère : elle a un grand amour pour la vie, elle adorait danser. Elle dessinait aussi  très bien, avec un grand sens de l’observation.

Q. Vous vouliez refaire de Marie Curie une héroïne dans l’esprit des Français d’aujourd’hui ?

Réponse : Je n’ai pas voulu en faire une héroïne. L’histoire de Marie Curie a déjà été racontée, elle a inspiré des films, des séries, des documentaires. Il m’a semblé intéressant de refaire un film aujourd’hui pour raconter comment la découverte de la radioactivité a changé notre monde. Que fait-on des découvertes ? Il est de notre responsabilité d’en faire bon usage. En parlant d’Hiroshima ou de Tchernobyl dans mon film, je montre l’usage indécent que l’on a fait des travaux de Pierre et Marie Curie, deux des plus décentes personnes de l’humanité.

Q. La science est au coeur de la belle histoire de Pierre et Marie Curie. C’était un couple singulier pour son temps ?

Réponse : Il n’y a pas de séparation entre la science et leur vie : c’est la même histoire. La science les réunit. Ils s’aiment follement parce qu’ils ont en commun une passion de la découverte, de la recherche. Une énergie extraordinaire se dégage de ce couple. Ils  sont très modernes, Marie Curie l’est, mais son mari encore plus. Au début du XXe siècle, l’émancipation des femmes a déjà commencé, mais il était rare qu’un homme accepte que sa femme soit sa collaboratrice, son égale.

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Q. Qu’est-ce-que peut nous apporter cette femme forte qui pourrait être une femme d’aujourd’hui ?

Réponse : Madame Curie n’a jamais fait partie d’un quelconque mouvement féministe : elle est scientifique et se pense égale des hommes. Marie Curie agit : elle est une féministe de fait et non de parole. Il ne s’agit pas de lever le bras et de  dire des choses : il faut être dans l’action. Je suis un peu ébahie quand je vois des actrices hollywoodiennes se mettre en noir pour aller aux Golden Globes : c’est inutile. Il vaut mieux s’habiller en fuchsia et regarder droit dans une caméra. C’est ce que nous devons apprendre d’elle, c’est qu’il faut agir.

Marjane Satrapi

Q. Il ne sert donc à rien de revendiquer plus d’égalité pour les femmes ?

Réponse : Ce sont nos actions qui vont faire que nous aurons l’égalité. La parole au début est bien sûr nécessaire, et rien ne se passe sans la parole, mais ensuite il faut que cela se transforme en actes. C’est ainsi que l’on réussit à avancer.

Q. Marie Curie est une femme d’une grande liberté. Vous vous reconnaissez dans sa liberté ?

Réponse :Certainement ! S’il y a quelque chose que j’aime le plus au monde, c’est la liberté. Quand commence une nouvelle année, on se souhaite toujours une bonne santé. J’y ajoute toujours la liberté. Et cette liberté n’est pas un droit que l’on vous donne. Quand vous êtes une femme, quand vous êtes née dans un pays comme le mien, il faut prendre cette liberté par force. Mais la première personne qui nous enlève cette liberté, c’est nous-mêmes, quand nous nous empêchons de faire certaines choses : s’émanciper de nous-mêmes, c’est déjà un bon début.

La liberté est un long combat du peuple en Iran. Comment voyez-vous votre pays ?

Réponse : Cela fait 20 ans que je n’y suis pas retournée, ma relation avec l’Iran est basée sur la nostalgie, sur mon émotion, sur mes rêves. Toutes ces choses-là vont à l’encontre de l’analyse et empêchent de prendre du recul. Je ne pense pas qu’en m’exprimant, je ferais du bien à mon peuple et à mon pays.

Persépolis

Q. Vous êtes en colère contre le pouvoir iranien en place, contre le manque de libertés, la répression ?

Réponse : Mes premiers chapitres de Persépolis étaient remplis de colère et de haine. Mon lexique, ma façon de m’exprimer, me renvoyaient au même registre que les gens que je n’aimais pas, mais moi, j’avais l’impression d’être du bon coté de la chose. Pourtant, de cette façon-là, je faisais exactement comme eux : l’émotion est l’arme des fanatiques. Il suffit d’appuyer sur le bouton de l’émotion, et les gens crient et hurlent. Il est facile d’être un monstre si on ne prend pas de la distance.

Q. Vous êtes interdite  de séjour en Iran ?

Réponse : Personne ne m’a jamais dit de ne pas retourner en Iran, mais vous avez les éléments devant vous : des gens y sont retournés et n’en sont jamais repartis. Pourtant, ils avaient fait bien moins de choses que moi. Je ne me vois pas passer les trente prochaines années de ma vie en prison.

Q. Vous vous intéressez en particulier au sort des artistes iraniens, comme les cinéastes Jafar Panahi et Mohamed Rassoulof qui ont été condamnés à de la prison ?

Réponse : Je les suis bien sûr, mais vous savez, je ne suis pas communautariste. Je ne trouve pas que tous les films faits par des Iraniens sont forcément d’excellents films, même si bien sûr, quelques-uns m’intéressent. De la même manière, je ne pense pas que tous les films faits par des femmes sont de bons films.

Q. Vous ne vous revendiquez pas comme cinéaste femme ?

Réponse : Non, absolument pas ! C’est un ghetto et c’est une fausse bonne idée. Parler de film de femme, c’est être condescendant envers nous-mêmes. On ne doit juger un film, comme un livre, que sur sa seule valeur artistique.

Q. Il faut se réconcilier avec les hommes ?

Réponse : Je suis humaniste. la terre est faite d’hommes et de femmes et les mauvais comportements ne sont pas spécialement masculins. Bien sûr, ne me faites pas dire que je ne suis pas consciente des inégalités entre les femmes et les hommes, que l’on voit très bien à l »oeuvre dans le monde du travail. Mais je suis confiante : les choses vont changer et dans le cinéma, davantage de femmes vont pouvoir faire des films.

Propos recueillis par Nathalie Chifflet – Paru dans le B.P. du dimanche 8 Mars 2020.

Radioactive* : sortie en salle le 11 Mars 2020.

Actualités & News·Culture - Loisirs - Histoire·Formation et professionnalisation

Pensons Design.

Rendez-vous était pris pour ce Jeudi 12 Avril à Nicéphore-Cité, pour une journée thématique sur le design, précisément sur le sujet « De l’architecture d’intérieur au design d’espace. L’objectif du design d’espace c’est de proposer des solutions innovantes, uniques et pensées pour les besoins actuels et futurs des usagers pour créer des lieux aussi bien extérieurs qu’intérieurs, publics ou privés, mais également des objets du quotidien et du design urbain tout en étant fonctionnel, innovant, créatif et esthétique.

Le design d’espace utilise des matériaux, des revêtements, du mobilier, des équipements et parfois de l’ambiance sonore pour créer une identité et aménager un endroit pour permettre aux personnes de s’en approprier et de prendre le contrôle des espaces qu’ils fréquentent. Pour le définir, retenons 4 composantes : la construction, le lieu de vie, l’intérieur et l’individu. Au fil du temps, les designers vont s’approprier des matériaux de plus en plus variés : au sortir du Moyen-Age, 2 composantes, étroitement liées au chauffage : l’âtre, et les tentures, indispensables pour résister au froid des murs de pierre.

9h15-10h00 : De l’architecture intérieure au design d’espace ?

Avec l’intervention de Bernard Moïse, designer, fondateur de l’agence Moise Studio, Directeur pédagogique de Camondo Méditerranée et Président de l’Agora du design.

C’est à un véritable cours d’histoire de l’art que s’est livré Bernard Moîse, qui plus est abondamment illustré, qui couvre une période de 250 ans, soit de 1671 à 1921. La première borne se situe à mi -chemin entre la fin de la Renaissance et le début des Lumières.

Entre-temps, la construction a hésité entre le civil et le militaire : Versailles et la poliorcétique : d’un côté, on étale le luxe et on sépare les classes sociales (balcons et parterres), de l’autre, on assiège des villes et on les prend, ensuite on les protège et on les défend à la manière  de Vauban.

En 1671, arrive Louis XV, coquet, soucieux de son apparence et de son élégance ; l’expression de la décoration royale porte alors sur le tissu.

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A cette première période « textile du sol au plafond », où les tapissiers sont les architectes d’intérieur, succède celle des sculpteurs ornemanistes, dont la palette va s’étendre du dessin aux moulures, ornements, corniches, frontons, luminaires… Tous les projets sont intégralement dessinés, avant de connaître un début de mise en oeuvre.

En 1694, Charles d’Aviler définit l’architecte d’intérieur comme « Un homme de dessein, intelligent en architecture et en mécanique… Il est nécessaire à l’architecte, car l invente et dispose des ouvrages.

Les Encyclopédistes Diderot et d’Alembert définissent l’ornement comme « un détail, sans utilité pratique, si ce n’est d’embellir ». Les premières Écoles des Beaux-Arts se créent et reconnaissent 4 disciplines : architecture, sculpture, peinture et gravure.

En 1766, l’Enseignement des Arts-Déco se met au service des Industries Naissantes : les opportunités vont en effet être très nombreuses : le gaz, l’électricité, le paratonnerre, mais aussi les grands réseaux – comme les égoûts de Paris, prélude au gruyère que constituent les sous-sols des métropoles.

Au début du XXe siècle, les bouleversements liés aux guerres, aux reconstructions, à l’avènement de l’aviation,  vont susciter une génération de « makers », c’est-à-dire de bricoleurs, d’aventuriers. Des mouvements architecturaux comme le Bauhaus, (La Staatliches Bauhaus est une école d’architecture et d’arts appliqués, fondée en 1919 à Weimar par Walter Gropius. Par extension, Bauhaus désigne un courant artistique concernant, notamment, l’architecture et le design, la modernité mais également la photographie, le costume et la danse. De leur côté, les créations de Le Corbusier, les apports du surréalisme conduisent à une nouvelle fonction que l’on appellera « ensemblier » : ainsi en est-il des créations de Philippe Starck.

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Pour mettre une touche finale à l’apport de l’innovation, « depuis la création au Marché », Bernard Moïse présente la réalisation du Showroom VIP de Microsoft, où la technologie s’efface le storytelling des usages du client.

 

10h00-10h45 : Présentation du cursus design d’espace, de la prépa au mastère, et des projets étudiants de l’Ecole Supérieure des Métiers d’Architecture de Montpellier.

Avec l’intervention Marie-Caroline Foulquier Gazagnes, Architecte DLPG et Enseignante à l’ESMA de Montpellier et Anthony Gallien, ancien étudiant de l’ESMA diplômé depuis 3 ans et embauché dans le cabinet d’architecte de Marie-Caroline Foulquier Gazagnes.

4 parties à cette présentation : quelques références iconographiques, dont l’incontournable Antigone de Montpellier.  Puis ce que l’on apprend au cours de la formation, ensuite la confrontation avec la réalité, et enfin quelques exemples de notre métier.

School_economics

 La London school of economics.

En premier lieu la recherche est multi-contextuelle : l’histoire, l’environnement, l’usage, l’appropriation qui en est faite, tout doit être intégré dans l’étude pour bâtir un projet « vraisemblable », intégrant l’aménagement urbain, les luminaires, les bancs… Tout projet est recevable, mais c’est d’abord une affaire d’argumentation, d’observation.

Antigone

Ainsi, pour aménager ce vaste « plan-masse » laissé par Ricardo Bofill, connu sous le nom d’Antigone, les options sont multiples, tout est une question d’étude, d’originalité et d’argumentation. Il s’agit de s’approprier un vaste espace de 40 hectares, dans une cité proche de la mer, comportant un centre classique, la Place de la Comédie, et une vaste pinède, celle de la Gaude. Pour occuper les « toits classés Architecte des Bâtiments de France », il faut s’ouvrir l’esprit, confronter les idées, rechercher d’autres idées… Au final, la formule est la suivante :

      Besoin du client  + Exigence Fonctionnelle = DESIGN.

10h55-11h40 : Présentation de la démarche « design d’espace et bien-être au travail » de la société Espace & Fonction
Avec l’intervention de Nathalie Rigaut, Consultante – Espaces de travail chez Steelcase.

Steelcase_o

La philosophie de Steelcase résume un espace de travail à un écosystème : divers, adaptable et sain. Il doit améliorer mes performances en matière d’engagement de mes salariés.  37% du personnel est actuellement très désengagé. De plus, avec les nouveaux modes de travail et de coopération, 30 à 40 % des bureaux individuels sont inoccupés (réunions, déplacements, télétravail).

Steelcase fait face à certains paradoxes : le besoin de partager, face à celui de se concentrer ; le fait que 1/3 à 50 % des introvertis sont les créatifs des entreprises. or, l’espace façonne les comportements. Tout réaménagement doit donc commencer par définir le changement de comportement attendu. Enfin, comment établir une ambiance de collaboration, d’innovation, de confiance ?

Quelques chiffres à méditer : 89 % des Fortune 500 ont disparu entre 1955 et 2014.

75 % seront remplacées d’ici 2027.

65% des C.E.O. craignent d’être disruptés de leur activité par un nouvel entrant.

Il faut donc que l’innovation advienne, mais qu’elle soit dans un environnement plus agile. Comment imaginer des aménagements qui génèrent des postures physiques, émotives et cognitives propices ?  En distinguant :

1) le lounge « posture sofa », détendu, propice à l’échange informel.

2) Le travail soutenu : la posture standard.

3) le travail « quand on bouge », adapté aux moins de 30 ans, perché engagé.

Enfin, le maître-mot est la sérendipité, l’art de fonctionner à plusieurs, (et du même coup, de s’offrir collectivement « la possibilité d’une île… au trésor »). Comme chantait un certina Hugues Aufray :

 « Et quand tout sera terminé,

il faudra bien se séparer,   

Mais nous on n’oubliera jamais,

ce qu’on a fait ensemble ».

Pour favoriser cela, il faut procéder à du « job-shadowing », pour repérer les phases de :

  • concentration.
  • Collaboration
  • Acquisition de connaissances.
  • Socialisation
  • Régénération.

De cette manière, nous proposons une appropriation dynamique : de l’usage, de la rythmique, de la vivacité corps-esprit. L’idéal est selon, Bernard Moïse d’associer les architectes d’intérieur très en amont des chantiers, pour anticiper les critères d’efficacité, les indicateurs d’engagement; ainsi, il est possible de privilégier le type de compétences que l’on recherche, softskill, lutte contre la vulnérabilité et l’échec, et intégration du bien-être.

L’Ours.

Grizzly