Actualités & News·L'éditorial

Émile Violet, vigneron érudit.

Jusqu’à cette Covid, je ne m’étais jamais soucié de ce bon Émile Violet… Et voici que Françoise, notre secrétaire de BCN rapporte de l’une de ses missions, les « consignes pour l’animation du Grand Déj’ 2021 » : en 3 mots, innovant, ludique et festif. Pas de flyers, (qui finissent dans les papiers gras), pas de Power Point, (puisque nous n’aurons sans doute pas d’électricité), etc. Une sorte de festival des Vieilles Charrues, quoi…

Comment rendre vivante une animation sur l’insertion et la recherche d’emploi, sans aucun des attributs du conférencier-sergent recruteur ci-dessus ? C’est ici qu’Émile Violet entre en jeu : dans le Numéro de Juin de la Revue Archives de France, paraît un article de fond sur les actions pédagogiques proposées par lesdites Archives. Bingo ! J’avais trouvé mon sujet : en effet, nous discutons régulièrement avec Sophie d’oenotourisme, d’animation culturelle, de marketing, de métiers du vin, et tout ceci sous l’angle unique du storytelling, l’histoire de la culture et des traditions d’une personne exprimées via son métier.

Émile Violet.

Dans une autre région, M. Violet aurait été sabotier, forgeron ou maréchal-ferrant, marin-pêcheur, tous métiers qui ont contri- bué massivement au langage technique du crû. En Bourgogne, et dans le mâconnais-tournugeois, il ne surprendra personne en étant vigneron érudit. Collecteur de patois local, de coutumes authentiques et de traditions de son village, dont celle-ci :

Après avoir tué le cochon, “le sacrifice du mossieu”, on invite les amis, les proches pour un repas qui, commencé à midi se
terminera tard dans la nuit. Repas bien arrosé pour faire passer la soupe aux côtelettes, les grillades, le boudin, le foie, le rôti
aux châtaignes, les boulettes de viande hachée… Une fricassée de boudin est offerte aux voisins.

M. Violet aurait ainsi pu s’appeler Hersart de la Villemarqué ou Per-Jakez Hélias, et porter le chapeau rond aux rubans. Autre élément qui nous rapproche, cet endroit :

Tous les travaux d’intérieur dans la grange, puis les veillées auprès de l’âtre.

Où trouvons-nous toute cette authenticité ? Pas seulement dans l’accent, aussi dans la justesse des mots : « le sacrifice du môssieu ». L’expression est reprise presque intégralement dans « La traversée de Paris » par Jean Gabin, 7 ans avant les tontons flingueurs. Une sacrée marque de qualité. un demi-siècle plus tard.

Plan de l’exposition.

Serons-nous capables de parler aussi bien de nos métiers, de nos centres d’intérêt, de nos cultures, mais aussi de notre empathie, de notre capacité de bienveillance et d’entraide, c’est là tout le challenge que nous propose le Grand Déj’ 2021 : à tous ceux qui auraient préféré que celui de l’an dernier ait bien lieu, voici une invitation à contribuer, à se retrousser les manches, et mieux encore ! A passer un grand moment festif ensemble.

Et pour finir, un petit clin d’oeil croisé de l’histoire et des statistiques : nous devrions fêter dans quelques jours, notre 25.000e page vue ! Le bon rédacteur en chef doit savoir changer sa formule afin de renouveler son impact ; voici le bon moment !

Prospective·Société

Dunsany : une histoire de biodiversité.

Le naturaliste et cinéaste Randal Plunkett, 21e baron de Dunsany, a pris un pari peu orthodoxe  lorsqu’il a décidé de faire revivre le domaine familial de Co Meath (Comté de Meath). Face aux agressions, au vandalisme et aux menaces, il a construit une réserve naturelle florissante de 750 acres.

Ah, si j’étais riche… en fait, ce n’est pas aussi simple.

« J’ai reçu de nombreuses menaces de mort, mais je ne m’arrêterai  jamais. » Randal Plunkett, baron de Dunsany, parle du réaménagement de  son domaine familial.

Après le décès de son père, Edward Plunkett, 20e baron de Dunsany, il y a 10 ans, le fils aîné Randal a hérité non seulement de l’un des plus anciens titres de noblesse du pays, mais aussi d’un héritage agricole vénéré. Son ancêtre, Sir Horace Plunkett, pionnier de la réforme sociale irlandaise, avait fait des prairies vallonnées de Dunsany Castle and Demesne, situées entre Trim et Dunshaughlin, dans le comté de Meath, un centre d’innovation agronomique. 

Tout en développant le déploiement réussi du mouvement coopératif irlandais parmi une série de réalisations pastorales au tournant du 20e siècle, Horace a prêché le slogan « Better Farming, Better Business, Better Living ». 

En prenant en charge la gestion du domaine et du troupeau, Randal a appliqué ce mantra dans une optique de durabilité environnementale, avec le désir de faire mieux pour la terre. « Après avoir tenté une approche agricole normale, j’ai pris du recul et j’ai vu un paysage morne et épuisé par le surpâturage et l’agriculture excessive », explique-t-il. « Des produits chimiques injectés dans le sol et aucune pause pour la régénération ou la récupération. Comment une terre peut-elle rester saine lorsque le cycle de la vie est ignoré ? » 

Le 21e baron de Dunsany a pris une décision radicale. Il a retiré tous les animaux de pâturage de la propriété, s’orientant vers une approche holistique globale des cultures. Les pesticides ont été interdits, les engrais ont été abandonnés et les mauvaises herbes envahissantes comme le séneçon et le chardon ont été combattues à la main. « Ma mère m’a regardé comme si j’avais rejoint une secte. » 

Guidé par un nouveau plaidoyer passionné pour le véganisme, Randal – que la tradition veut que l’on appelle Lord Dunsany – a découvert le concept de « ré-ensauvagement » il y a sept ans, une approche progressiste de la conservation qui permet à l’environnement de s’occuper de lui-même et de revenir à son état naturel. Plutôt que de procéder à un test expérimental dans un coin tranquille de la propriété, il a sacrifié 750 acres (3 km² d’un pâturage très rentable de 1 700 acres dans un pari peu orthodoxe). Il y a 100 hectares dans un kilomètre carré. Un acre correspond à environ 0,405 hectare et un hectare contient environ 2,47 acres.

« Je voulais rendre la terre à l’état sauvage, et pas seulement préserver le peu d’habitat naturel qui restait. Nous avons donc verrouillé une grande partie du domaine et c’était militant. Pas de piétons la plupart de l’année, pas de chemins ni d’interférences. Cela ne veut pas dire que nous avons abandonné la terre, nous sommes des gardiens qui gardent un œil distant et vigilant. Et les résultats parlent d’eux-mêmes. » 

Premier projet irlandais à être reconnu par le réseau européen de ré-ensauvagement – une initiative conjointe à grande échelle visant à restaurer les habitats naturels sur tout le continent – la réserve naturelle de Dunsany est aujourd’hui un havre de forêts indigènes régénérées, de champs d’herbe, de sources et de ruisseaux se faufilant dans les marais. Depuis sa création, Randal affirme que l’on observe de plus en plus d’espèces d’oiseaux locaux rares, qui n’avaient pas été recensées dans la région depuis longtemps, notamment des milans royaux, des pics, des chouettes effraies, des hiboux de nuit, des hérons et des éperviers. 

La réserve abrite aussi désormais des cerfs élaphes, des renards, des loutres, des blaireaux, des martres des pins, des lièvres et des hermines. « Le retour des herbes et des plantes accueille le retour des insectes et des rongeurs, qui sont ensuite suivis par les oiseaux et les petits animaux. Avec le temps, il y a plus de buissons, plus d’arbres, plus de baies d’aubépine, de lierre, d’araignées et de papillons. L’herbe devient longue, les rongeurs prospèrent et sont mieux protégés, puis les prédateurs arrivent. Hier encore, j’ai vu un milan royal voler au-dessus de ma tête. S’il voit en dessous une prairie riche en vie, il va rester dans les parages. » 

Il y a deux ans, une étude internationale impliquant des experts du Trinity College Dublin et de l’UCD a confirmé que les champs agricoles présentant une plus grande biodiversité sont mieux protégés des insectes nuisibles, favorisent la pollinisation et produisent des rendements plus élevés. Et dans une nomination pour les 2021 Farm for Nature Awards, l’Irish Wildlife Trust a reconnu que la biodiversité issue du réensauvagement du Dunsany a eu un impact positif sur les rendements des cultures sur les terres de Randal consacrées au travail du sol – gérées par des locataires cultivant du chanvre, des haricots, du colza et du blé – ainsi que sur les exploitations voisines consacrées au travail du sol.

Il s’agit d’une version du 21e siècle du slogan de Sir Horace Plunkett « Better Farming, Better Business, Better Living » ‘Une meilleure agriculture, de meilleures affaires, une meilleure vie). « Horace a construit des écoles, a créé la Société irlandaise d’organisation agricole et a participé à la création de l’Association irlandaise des femmes de la campagne. Il a essayé d’élever les gens. Nous sommes une famille qui a fait cela à travers les âges, de différentes manières. Aujourd’hui, l’environnement est un problème et, à ma modeste échelle, je peux y remédier. Tout le monde n’a pas ce pouvoir. » 

Randal parle avec des phrases autoritaires et éduquées. Un accent américain, fruit d’une éducation précoce à New York, se mêle aux brins contrastés d’un accent irlandais sans relief. Ce n’est pas tout à fait aussi confrontant que l’hybride transatlantique de Michael Flatley, mais l’effet est similaire. Des épaules larges, une mâchoire fringante et un regard surélevé caractérisent confortablement sa stature de sang bleu en tant que Lord Dunsany, gardien de la forteresse gothique du 12e siècle, à 40 minutes de Dublin. 

Commandée par Hugh de Lacy, Lord de Meath, et construite par Geoffrey de Cusack, la dynastie des Plunkett a hérité du château de Dunsany au XVe siècle, après le mariage de Sir Christopher Plunkett avec Lady Joan de Cusack. 

C’est l’un des plus anciens bâtiments d’Irlande à avoir survécu et à avoir été habité en permanence. Randal avait 28 ans lorsqu’il est devenu le gardien du domaine après le décès de son père en 2011, une tâche à laquelle il a résisté pendant de nombreuses années. « C’est quelque chose que j’ai été formé à faire depuis ma naissance, mais je l’ai longtemps rejeté », dit Randal, qui a perdu sa mère, Lady Dunsany, Maria-Alice De Marsillac Plunkett, plus tôt cette année. 

« Je voulais avoir une vie et choisir mes décisions, mais le sens du devoir a fini par s’imposer. J’ai commencé à apprécier le poids de cet héritage. Je suis né dans le privilège et avec le privilège, vient souvent le sacrifice. Il y a une responsabilité que nous devons assumer. Je ne peux pas dire exactement quand je l’ai acceptée, je l’ai simplement fait. Je suis le gardien de Dunsany jusqu’à ma mort et en tant que gardien, nous avons des devoirs et des responsabilités. Et l’une de ces responsabilités est d’avoir des enfants. Il doit toujours y avoir un enfant qui doit prendre la relève. » 

La pression pour produire un héritier ou une héritière est-elle une préoccupation ? Il marque une pause, avant de répondre prudemment : « Eh bien, je viens d’avoir un enfant », révélant l’arrivée de sa fille en mai, tout en taisant son nom et l’identité de sa mère. « Elle recevra la même formation que moi et apprendra ce que signifie le fait de naître dans la plus ancienne famille encore associée à un lieu en Irlande. » 

Si sa fille nouveau-née est actuellement en lice pour hériter du château et des dèmes, elle n’héritera pas du titre de son père. Aujourd’hui encore, la tradition médiévale l’emporte sur la parité des sexes. (Un reste de Loi salique).

« Je pense que c’est une ânerie mais c’est un truc historique et le titre va généralement au premier fils. Pour l’instant, je n’ai pas l’intention d’avoir d’autres enfants. J’en ai un et à mes yeux, ce sera à elle d’être la prochaine gardienne de cet endroit. » 

Bien qu’il ait abandonné son indépendance au profit d’obligations aristocratiques, Randal continue de travailler sur sa passion de toujours, le cinéma, avec son premier long métrage, The Green Sea, sorti ce mois-ci. Tourné principalement dans les environs accidentés de Dunsany, ce drame surnaturel s’intéresse à une écrivaine américaine (Katharine Isabelle) et à sa lutte pour trouver l’inspiration pour un nouveau roman alors qu’elle vit isolée dans l’Irlande rurale. 

Hantée par des visions du passé, celle-ci s’interroge sur ce qui est réel avec l’arrivée d’un mystérieux étranger, tout en affrontant un environnement hostile et inconnu. Randal admet qu’il s’agit d’un travail d’amour et que l’histoire comporte des couches semi-autobiographiques. 

« Elle est solitaire et je sais ce que c’est. Elle traite du passé, c’est ce avec quoi je vis à Dunsany. Le passé de ma famille est littéralement sur les murs. Son personnage est quelqu’un qui essaie d’imiter un succès précoce, c’est ce qui m’est arrivé dans ma carrière cinématographique que je pensais voir exploser après mon dernier film. Et elle est une étrangère dans un pays étranger et depuis que j’ai emménagé ici, il y a toujours eu cette distance culturelle. » 

En écrivant ce récit effrayant alors qu’il se lançait dans le projet de ré-ensauvagement, Randal reconnaît que les hostilités rencontrées par les détracteurs de la réserve – un problème auquel il est toujours confronté – ont trouvé un écho dans le film et ses tonalités de suspicion culturelle. « J’ai reflété cela dans le film parce que, oui, je reçois toujours beaucoup d’objections de la part d’un groupe de personnes très distinct et la diplomatie ne fonctionne pas avec eux. Lorsque vous défendez quelque chose contre le statu quo et que vous vous mettez dans cette position, il peut y avoir des conflits. » 

C’est une description curieusement modérée de l’agression, du vandalisme et des menaces de violence auxquels il dit être régulièrement confronté de la part des braconniers et des chasseurs, en colère contre le cercle de protection de la faune indigène. « Je ne peux pas garer ma voiture sur le bord de la route, sinon mes pneus vont être crevés. Je me heurte à des braconniers qui tiennent des fusils pointés sur mon visage. L’un d’entre eux m’a menacé de m’ouvrir le visage. Je m’attends même à ce qu’un renard mort soit installé sur mon portail d’un jour à l’autre », dit-il avec un air fier. « Il y a eu tellement de menaces de mort, tellement de menaces, mais je ne m’arrêterai jamais. » 

Au cours de l’année dernière, Randal a travaillé avec l’hôpital d’urgence pour animaux sauvages WFI à Garlow Cross, non loin de là, pour réhabiliter et placer les animaux blessés, y compris les hérissons, les renards et les blaireaux, dans la réserve. Il est également prévu d’installer jusqu’à 200 ruches pour les abeilles noires irlandaises, qui sont en déclin, avec le projet de conservation des abeilles irlandaises, et de réintroduire l’écureuil rouge. « C’est l’un des rares comtés où l’on ne trouve pas d’écureuil rouge. Il n’y a pas de couloirs d’habitat pour qu’ils émigrent à partir d’endroits comme Cavan. Mais je devrai passer par les Parcs Nationaux et la Faune avant que quelque chose ne se passe. » 

L’aristocrate naturaliste est également à la peine pour ajouter que ces avancées significatives dans la régénération de la biodiversité s’opèrent toutes sur son propre argent, ce qui s’avère une immense tension, malgré la richesse accumulée des Dunsany. « On croit que nous débordons d’argent, mais la vérité est que nous perdons une somme importante chaque année à cause du réensauvagement et que nous n’avons reçu aucun soutien. Sept ans et le nombre d’espèces qui reviennent, sans parler du fait que nous agissons comme un puits de carbone. Je contribue probablement à un puits de carbone massif pour tout le comté de Meath. » 

Dans une interview accordée au journal Irish Times en janvier dernier, Malcolm Noonan, ministre d’État chargé du patrimoine, qui comprend le domaine de la biodiversité, a déclaré : « Nous devons récompenser les agriculteurs en tant que gardiens [de l’environnement], et les terres agricoles en tant que puits de carbone et pour l’amélioration de la biodiversité. » Deux mois plus tard, l’ancien directeur de Friends of the Earth Ireland annonçait 1,35 million d’euros pour les projets de biodiversité des autorités locales afin de soutenir la mise en œuvre du plan d’action national pour la biodiversité – un financement auquel la réserve naturelle de Dunsany ne peut prétendre. (Bien que des rapports indiquent que la structure du château elle-même a reçu plus de 14 000 € par le financement du ministre Noonan pour les projets de patrimoine bâti l’année dernière). 

« Malgré ma contribution à la biodiversité locale, cela vous montre les failles de la politique globale. Je n’ai eu aucune visite du gouvernement Vert. Il s’agit du plus grand projet de ré-ensauvagement d’Irlande mais Eamon Ryan semble préoccupé par les pistes cyclables et l’abattage des arbres à Dublin. Je comprends que le gouvernement soit débordé par le projet Covid-19, mais je m’attendais à ce que le chef des Verts vienne frapper à la porte à ce stade. Peut-être que cela se produira à l’approche des élections ». 

C’est la mi-juillet dans la réserve naturelle de Dunsany. Les martres des pins se cachent parmi les branches enchevêtrées tandis que, la nuit, les blaireaux patrouillent entre un sous-bois épais et lumineux. À certains endroits, les herbes des prés sont plus hautes que les gens, se balançant au son du chœur multiple des oiseaux. 

Récemment, Randal a reçu en cadeau un jeune chêne en pot, cultivé à partir d’un gland par un groupe local de Brownies. Il dit que cette petite plante sera placée dans le sol qui surplombe le château, de sorte qu’avec le temps, lorsque les enfants le visiteront une fois adultes, ils le verront comme un arbre adulte. « Je me promène aujourd’hui et je vois de grands arbres plantés par quelqu’un qui n’a jamais pu les voir grandir. Et à mon tour, je plante aujourd’hui des arbres que je ne verrai jamais grandir.

« Mais ces arbres ne sont pas pour moi, ces arbres sont pour les jeunes qui nous entourent. C’est la prochaine génération qui va faire le changement. Préparons le terrain pour eux. » 

A méditer : nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. (Saint-Ex, encore une fois…).

Culture - Loisirs - Histoire

L’écrivain Michel Le Bris est mort

Spécialiste de l’œuvre de Robert Louis Stevenson, créateur du festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo, Michel Le Bris est mort, samedi, à l’âge de 76 ans, a annoncé sa famille.

Par Alain Beuve-Méry et Raphaëlle Leyris

Vous allez dire : il s’est pris un coup de soleil… car cet article n’est pas d’hier, ni même d’avant-hier, ce qui eût encore passé pour décent, s’agissant d’une nécrologie digne de ce nom. Sauf que la date de ce décès se place dans la nuit du 29 au 30 Janvier 2021. Force est donc de reconnaître qu’à moins de lire « Le Monde » ou de venir dans l’Ouest plusieurs fois par an, vous n’entendrez parler que du « déclin des langues régionales », mais pas forcément des grands esprits qui d’ici, ont porté l’Histoire de France. Jugez-en plutôt :

Combien de vies peut-on faire tenir dans une seule ? Combien de passions ? Michel Le Bris s’est astreint à multiplier les unes et les autres sans compter, lui qui fut écrivain, éditeur, journaliste, directeur de festival, après avoir été militant d’extrême gauche – et sans jamais cesser d’être un fameux connaisseur du romantisme allemand comme du free-jazz, de la piraterie et des explorateurs en tout genre, un amoureux jamais las de la baie de Morlaix qui l’avait vu naître, en même temps qu’un fou de voyages et particulièrement d’Amérique.

Michel Le Bris est mort dans la nuit du vendredi 29 au samedi 30 janvier à l’âge de 76 ans, a annoncé sa famille dans un communiqué publié sur le site du festival Etonnants Voyageurs, dont il était le fondateur. Né de père inconnu, à Plougasnou (Finistère), le 1er février 1944, dans une famille pauvre mais où les livres ont leur place, il est très tôt un élève exceptionnel encouragé par ses instituteurs. Pour combler les attentes de sa mère, justifiera-t-il par la suite, et tout en étudiant la philosophie, il entre à HEC, dont il sort diplômé en 1967, année où il devient rédacteur en chef de la revue Jazz Hot en même temps qu’il participe aux débuts du Magazine littéraire, aux côtés de Jean-Jacques Brochier.

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Bientôt se produit le premier grand coup de tonnerre de sa vie avec Mai 68, qu’il décrira comme « une aventure intellectuelle exceptionnelle » et « un moment de grâce » dans Nous ne sommes pas d’ici (Grasset, 2009). Débute alors son histoire au sein de l’organisation Gauche prolétarienne (GP), qui le fait connaître, quand, en 1971, il prend la tête du journal La Cause du peuple à la suite de Jean-Pierre Le Dantec, incarcéré. Il est à son tour condamné à huit mois de prison pour « délit d’opinion ». Les murs de Paris se couvrent aussitôt du slogan « Libérez Le Bris et Le Dantec. » Jean-Paul Sartre, inembastillable, succédera aux deux Bretons.

De la Gauche prolétarienne à « Libération »

Après sa sortie de prison, le compagnonnage entre Le Bris et l’auteur des Mots passe par la collaboration à J’accuse, le mensuel de la GP, avec laquelle il rompt bientôt, puis par sa participation active à la création du journal Libération, en 1973.

L’année suivante, Le Bris et Sartre, rejoints par Le Dantec, lancent une collection de livres de reportages, « La France sauvage », successivement accueillie par Gallimard et par Les Presses d’aujourd’hui. Sa carrière d’éditeur l’emmènera chez Payot, Phébus, Flammarion, où il crée la collection « Gulliver », puis chez Hoëbeke (« Étonnants voyageurs », bien sûr).

S’il a fait paraître comme auteur quelques textes depuis 1970, il estime que son premier livre d’importance est L’Homme aux semelles de vent, qui sort en 1977 chez Grasset. Le premier d’une série de manifestes qu’il consacrera à une « littérature aventureuse » ; un ouvrage, aussi, témoignant de la distance prise avec tout dogmatisme politique. Il y affirme que l’héritage de Mai, pour lui, est d’avoir rendu possible « le retour à la fiction et au poème ».

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Il y évoque aussi les romantiques allemands, et leur pari sur l’imagination créatrice – il y reviendra dans Le Paradis perdu (Grasset, 1981) puis dans le Journal du romantisme (Skira, 1981). Son livre suivant, La Porte d’or (Grasset, 1986), naît d’un long voyage en Californie, qui lui permet d’exhumer un inédit de Robert Louis Stevenson, avant qu’il ne publie sa correspondance, et ne se démène au fil des ans pour faire mieux et plus lire celui auquel il consacre Pour saluer Stevenson (Flammarion, 2000)

Pour une « littérature-monde »

Sans conteste, cependant, l’une des grandes aventures de sa vie est le festival Étonnants Voyageurs, qu’il crée en 1990 à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) et qui deviendra le plus gros rassemblement de lecteurs de l’Hexagone, après le Salon du livre de Paris.

Se tenant invariablement le week-end de la Pentecôte, la manifestation rassemble d’abord une bande de copains, autour de Nicolas Bouvier (1929-1998) et de son Usage du monde, vade-mecum de Michel Le Bris. Lire aussi  Étonnants Voyageurs, un festival littéraire en ciré jaune

Étonnants Voyageurs ne cesse de prendre de l’ampleur, s’ouvre aux expositions de photos, aux films, aux documentaires, se décline à l’étranger – Bamako, Dublin, Sarajevo, Port-au-Prince, Haïfa… En 2007, avec son complice Jean Rouaud, il lance, contre le concept de littérature « francophone », le manifeste « Pour une “littérature-monde” en français », d’abord publié le 16 mars 2007, dans Le Monde, et signé par quarante-quatre auteurs.

En 2015, il transmet le flambeau de Saint-Malo à sa fille Mélani. Son dernier essai, Pour l’amour des livres (Grasset, 2019), est un « acte de remerciement » à l’égard des textes qui l’ont construit. Et qui n’ont jamais cessé de passionner celui qui a toujours voulu, comme l’exhortait Mai 68, mettre l’imagination au pouvoir.

Michel Le Bris en quelques dates

1er février 1944 Naissance à Plougasnou (Finistère)

1971 Directeur de La Cause du peuple, il passe huit mois à la prison de la Santé

1977 L’Homme aux semelles de vent (Grasset)

1990 Première édition du festival des Étonnants Voyageurs de Saint-Malo

2007 Manifeste « Pour une “littérature-monde” en français »

2008 La Beauté du monde (Grasset)

30 janvier 2021 Meurt à Janzé (Ille-et-Vilaine)

Culture - Loisirs - Histoire

Juillet 1690. Le « mauvais roi ».

C’est un 12 juillet, en 1690 qu’eut lieu la bataille de la Boyne, en Irlande, opposant les forces jacobites aux forces loyalistes. C’est une bataille majeure des révoltes jacobites, nous vous invitons à découvrir l’histoire de cet affrontement.

La lutte séculaire entre catholiques et orangistes.

  1. Le CONTEXTE

1680 : la Grande Bretagne est déchirée par un conflit opposant les britanniques catholiques, aux britanniques protestants. A cette époque, Jacques II d’Angleterre règne sur le pays, et tente vainement d’écraser la monté du protestantisme… jusqu’à ce que Guillaume III d’Orange, un protestant, parvienne à le détrôner en 1688, à l’occasion des Glorieuses Révolutions.

Ne pouvant plus lutter pour reprendre le trône d’Angleterre, Jacques II fuit le pays pour se réfugier en France. Il rencontre alors Louis XIV, qui lui fournit des officiers français et des armes pour reconquérir le trône. (Louis XIV agit ainsi afin d’obtenir un plus grand contrôle sur l’Angleterre, et par la même occasion, soutenir le catholicisme, alors menacé par le protestantisme.)

Jacques II d’Angleterre part donc vers l’Irlande à la tête de 7. 000 soldats français et débarque à Kinsale en mars 1689. Il y reçoit le soutien du Comte de Tyrconnel, qui met à sa disposition son armée. Désormais, Jacques II est à la tête d’une armée franco-jacobite de plus de 23 000 hommes forts entraînés, possédant l’expérience du terrain et du maniement des armes. Il s’empresse de convoquer le Parlement largement catholique afin que les députés abrogent la loi d’occupation installée par les colons protestants.

Jacques II dirige son armée en Ulster, où se tient l’essentiel de la communauté protestante. Mais les protestants tiennent solidement leurs positions, et Jacques II ne parvient pas en avril 1689, à prendre Londonderry, ni Enniskillen. Jacques II se retire alors de la province du nord. Guillaume d’Orange III, le nouveau roi d’Angleterre, décide d’agir, et de ne plus ignorer la menace irlandaise menée par Jacques II. Celui-ci nomme Marshal Schomberg pour commander toute une armée et écraser ainsi les troupes de Jacques II.

En août 1689 Marshal Schomberg débarque à Bangor avec 20. 000 hommes et, aidé des troupes d’Ulster il repousse le front jusqu’à Dundalk. La retraite de l’armée irlandaise prend la direction de Dublin mais aucune bataille n’est livrée et les deux armées prennent leurs quartiers d’hiver.

Le 14 juin, c’est une armée forte de 36. 000 hommes qui marche sur Dublin. Malgré quelques résistances rencontrées près de Newry l’armée de Jacques II est repoussée jusque sur les rives de la Boyne… C’est à cet endroit, que se déroule la célèbre Bataille de la Boyne.

2. DÉROULEMENT DE LA BATAILLE DE LA BOYNE

Vue de la bataille de la Boyne.

La charge est donnée à 4h du matin le 12 juillet 1690 sur un passage guéable de la rivière à la hauteur du village de Oldbridge par l’infanterie. Un détachement de la cavalerie et de l’infanterie lance une attaque foudroyante, coupant toute possibilité de retraite aux troupes de l’armée irlandaise. L’effectif de l’armée de Guillaume III est à ce moment supérieur de 13.000 hommes à celui de Jacques II (36.000 soldats contre 23.000 pour Jacques II).

La fin sonne alors pour l’armée irlandaise. Les pertes humaines sont considérables, et Jacques II ne parvient pas à tenir tête à l’armée britannique. Les jacobites sonnent la retraite en début d’après-midi, et fuient en direction de Dublin pour alerter les habitants de leur défaite, et de l’approche du roi d’Angleterre.

Le 16 juillet Guillaume III, entre dans Dublin où il donne ses remerciements pour sa victoire à la « Christ Church Cathedral ». Il rend également honneur à Marshal Schomberg, commandant des opérations, mort au combat durant la bataille.

Cette défaite sonne pour les irlandais comme la fin de leur lutte pour l’indépendance de l’île d’Irlande. Jacques II s’exile en France définitivement, de peur des représailles britanniques, et les irlandais catholiques commencent à subir les discriminations des protestants.

La plupart des soldats irlandais survivants s’engageront dans des troupes européennes, surtout françaises. Ces mercenaires seront appelés les “Oies Sauvages”.

3. CONSÉQUENCES

Bien que cette bataille soit aujourd’hui lointaine, elle est la source d’un conflit encore actuel qui sévit aujourd’hui en Irlande du Nord. Les Orangistes (Loyalistes Protestants), n’ont de cesse d’affronter les catholiques, et de les provoquer en commémorant cette bataille par des défilés.

Donnez-nous aussi votre ressenti… ces petits gestes nous encouragent à continuer le travail de vulgarisation de la culture franco écossaise : AssoSaorAlba et sur notre site web : www.saor-alba.fr

Mon commentaire : cette histoire est loin d’être terminée. Les conflits s’intensifient entre la République d’Irlande (les catholiques du sud) et l’Ulster la « majorité protestante du nord », schématiquement autour de Belfast ou Londonderry. Le statu quo ante adopté suite aux morts du Bloody Sunday avait permis des échanges pacifiés à la frontière entre les 2 Irlandes. Patatras ! pour cause d’accord bancal lié au Brexit… Autre débat : même minoritaire, les catholiques d’Irlande du Nord continuent à faire… des bébés ! Une minorité en passe de devenir majoritaire ?… A suivre !

Ajoutons que pour tout simplifier, Nicola Sturgeon (1ère Ministre écossaise), rappelle régulièrement que sa nation, l’Écosse s’est prononcée à 55 % en faveur de l’Union Européenne, et revient régulièrement à la charge auprès de Boris Johnson, sur la nécessité d’avoir recours à un 2nd referendum, précisément à cause du conflit irlandais… Vous vous demandez d’où tout cela est parti ? C’est très simple ! Guillaume Le Conquérant, le fils « bâtard d’Arlette » décide en 1066 d’aller conquérir son trône manu militari. Parti de Dives sur Mer (14) il remporte la victoire à Hastings, et une célèbre tapisserie de 70 m de long, installée à Bayeux ! Longue vie à tous ceux qui célèbreront son 1000e anniversaire.

L’ours.

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Une belle soirée !

« Les BCN » étaient visiblement heureux de se retrouver, avec armes et bagages, pour vérifier les usages oubliés d’une salle de conférence, d’un vidéoprojecteur, puis de se retrouver autour d’un repas et d’un verre : il faut dire que ce n’était pas arrivé depuis les conférences de Jérôme sur les risques climatiques… Une éternité, comme dit Joe Dassin.

Plus que de plus long discours, voici ce que nous avons décidé et validé : et bien d’autres choses encore… mais l’urgence est bien d’aller à la rencontre de notre public, et pour cela de trouver une présentation plus conforme à ce que nous sommes vraiment, c’est-à-dire une équipe bienveillante de préparation à l’insertion, au retour à l’emploi.

Toute « la promotion Découverte 2021 » a retrouvé ou est en passe de retrouver la voie de l’emploi, en tout cas, nous ne relâchons pas notre effort ; néanmoins, il faut être lucide, une partie de l’énergie de la formation provient du groupe, et il est donc nécessaire de penser notre recrutement 2022. Et bon vent à : Françoise, Jérôme, Zélina, Murielle, Hugo, Marie-Claire, Moïse, Patricia, Sébastien et Sophie ! A noter, et c’est très sain, que n’ayant plus le souci de la précarité et de la recherche, les anciens « apprenants » deviennent les nouveaux bénévoles.

Revenons à notre calendrier : nous avons donc rendez-vous le dimanche 12 Septembre 2021 au Parc de la Toison d’or à Dijon : la volonté de l’organisateur (La Ligue de l’enseignement) est de faire de cet événement un rendez-vous festif et ludique. Notre but sera ce jour-là de convaincre et d’embarquer les nouveaux arrivants sur le marché de l’Emploi dijonnais, et cela quasiment sans flyer, mais des « billets d’entrée » : des invitations, si l’on préfère, car le jeudi 16 septembre, nous lancerons un cycle issu du projet de Jef, modifié à la marge pour s’adapter aux contributions d’Hélène et de Juliette.

Bien entendu, nos autres actions sont cohérentes avec ce souci de développement, et notamment, le travail de « Relations Publiques », auprès des nouveaux élus sortis des urnes départementales et régionales. Il se trouve que nous y avons déjà des amis, à entretenir donc, et d’autres à cultiver.

Enfin, le calendrier budgétaire a été bousculé cette année en raison des contraintes sanitaires et desdites élections, ce qui laisse un peu de temps et de sérénité pour mettre en forme notre projet 2022. (Les autres années, cela devrait déjà être bouclé). Du coup, une suggestion intéressante a été faite par Jef, et que nous allons mettre en oeuvre : demander au Pôle Économie Sociale et Solidaire un D.L.A. (Dispositif Local d’Accompagnement). Bonne idée !

En résumé, retroussons-nous les manches, innovons, soyons à l’écoute de notre public, de notre territoire ! Une illustration ? Nos amis et partenaires de l’AFPA de Chevigny nous proposent d’aller ensemble à la rentrée déjeuner dans le parc pour visiter les installations de leur « école hôtelière ». Grand merci à Isabelle et Tracey de leur soutien constant, avec plaisir ! D’ici là, bonnes vacances à tous !