Economie·Société

Quel avenir pour les 18 petites unités urbaines en déprise ?

Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté • n° 85 • Avril 2021 

En Bourgogne-Franche-Comté, les 18 petites unités urbaines  en déprise démographique subissent un fort vieillissement  de leur population et un déclin de l’emploi présentiel.  

La pauvreté y est plus présente que dans les autres  unités urbaines de même taille, en raison d’une insertion  professionnelle plus difficile et de revenus davantage  issus de retraites ou de prestations sociales. Le manque  d’attractivité et la dynamique démographique défavorable  de ces territoires conduisent à une vacance de logement  élevée, y compris dans le parc social. 

En Bourgogne-Franche-Comté, les  40 unités urbaines (UU) de moins  de 20 000 habitants, qui maillent le  territoire, accueillent 313 500 habitants  en 2016. 

Dans 18 d’entre elles, la population a  fortement baissé entre 1982 et 2016   

figure 1. Elles comptent près de 139 700 habitants

figure 2. L’enjeu  est important, car elles jouent toutes un  rôle d’animation au sein de zones peu  denses. 

18 unités urbaines  en décroissance confrontées  à la pauvreté 

En 2017, la pauvreté monétaire en  Bourgogne-Franche-Comté s’établit à  12,8 % de la population. D’une manière  générale, elle est amplifiée dans les  petites unités urbaines, où elle atteint  16 %. Sur les 10 unités urbaines où la  pauvreté est la plus présente, 9 sont en  forte décroissance. La pauvreté est la plus  marquée à Saint-Loup-sur-Semouse, Saint Florentin et Tonnerre avec une personne  sur quatre ou plus vivant sous le seuil de  pauvreté. À l’opposé, dans les Hauts de  Bienne, la pauvreté monétaire est moins implantée et conforme à la moyenne  régionale. Dans ce territoire, le tiers des sur quatre ou plus vivant sous le seuil de  pauvreté. À l’opposé, dans les Hauts de  Bienne, la pauvreté monétaire est moins  implantée et conforme à la moyenne  régionale. Dans ce territoire, le tiers des actifs travaillent en Suisse et bénéficient  de conditions de rémunération plus  avantageuses qu’en France. Ce territoire très spécifique très spécifique se caractérise par le niveau  de vie le plus élevé des unités urbaines  en déprise, mais avec des inégalités  marquées. Les habitants de l’unité urbaine  « voisine », Saint-Claude, ne bénéficient  pas du même niveau de revenu, la Suisse y étant beaucoup moins accessible. 

La décroissance démographique  en lien avec la baisse de l’emploi 

Les unités urbaines en forte décroissance  perdent 23,5 % de population entre 1982 et  2016, contre 3,2 % pour les autres. Excepté  à Paray-le-Monial  encadré 1, le déclin  de population est structurel et perdure  aujourd’hui sans signe apparent de rebond.  Pour l’essentiel de ces unités urbaines, la  baisse de population est concomitante à  la baisse de l’emploi. Celles qui perdent le  plus de population sont souvent les plus  industrielles, à l’image de Saint-Loup-sur-Semouse ou Gueugnon  figure 3. La  désindustrialisation s’est accompagnée du  départ d’une partie des habitants, faute  d’emplois adaptés. Ainsi, à Saint-Loup-sur-Semouse, qui en 1982 comptait trois quarts  d’emplois industriels, plus de la moitié des  emplois ont été détruits en 34 ans et la  population a diminué d’un tiers. À l’opposé,  les unités urbaines plus tertiaires limitent les pertes d’emplois, comme Clamecy,  Bourbon-Lancy ou Luxeuil-les-Bains, voire  en gagnent à l’instar de Gray, Avallon et  Paray-le-Monial. Ces trois unités urbaines renforcent leur rôle de centralité dans un environnement dépourvu de grands pôles urbains. Elles polarisent ainsi l’emploi alentour. Les pertes de population y sont  globalement marquées.

Paray-le-Monial

Un fort vieillissement  de la population

En 1982, les structures par âge des  populations des unités urbaines actuellement en déprise et des autres étaient proches. Aujourd’hui, la  population de celles en décroissance a  davantage vieilli. Ainsi, en 1982, pour 100  personnes de moins de 20 ans, environ 40 étaient âgées de 65 ans ou plus. En 2016, cette population a plus que triplé dans les unités en déclin (130 pour 100 jeunes).
figure 4. Les unités  urbaines en décroissance sont très  souvent localisées dans des territoires  ruraux, eux-mêmes vieillissants. Pour certaines, la population était  jeune en 1982 mais a fortement vieilli  (Gueugnon, Avallon, Saint-Loup-sur-Semouse, Saint-Florentin).

D’autres  avaient une population déjà âgée en  1982 (Clamecy, Bourbon-Lancy). À l’opposé, la population de Saint-Claude  était âgée en  1982 était âgée en 1982, mais a peu vieilli,  tout comme l’unité urbaine voisine  des Hauts de Bienne qui avait une  population jeune en 1982. En 2016,  seuls les Hauts de Bienne et Migennes conservent une proportion d’habitants  de moins de 20 ans supérieure à celle  des plus de 65 ans. Elles parviennent à  garder les familles sur leurs territoires.  Très résidentielles, elles bénéficient  d’atouts liés à leur environnement  extérieur. Dans les Hauts de Bienne, la  population peut profiter de l’attractivité  du marché de l’emploi suisse. À  Migennes, la population a accès en  moins de 15 minutes aux unités urbaines  d’Auxerre et de Joigny, qui comptent  parmi les plus fournies en emplois  du département. Elles bénéficient  également de l’ouverture au marché de  l’emploi francilien. La gare de Laroche Migennes donne accès à Paris en 1h30. Parmi les personnes de 65 ans ou plus,  plus du tiers vivent seules.

Par taille d’entité

Un enjeu pour ces territoires est de répondre aux  besoins d’une population âgée de plus en plus nombreuse et souvent isolée, en développant de nouveaux services à la personne. Ces nouveaux emplois qui nécessitaient souvent peu de qualifications, pourraient offrir des opportunités d’emplois à la population locale. Cela passe également par le fait de rendre plus attractif le territoire, afin d’y faire venir des actifs plus jeunes pour travailler dans ces services et renvoie à la problématique plus générale de l’attractivité de ces métiers.

Le déclin de l’emploi présentiel  en lien avec la baisse de la  population 

L’emploi présentiel, celui qui permet de  répondre aux besoins des personnes  résidentes, recule dans les unités  urbaines en décroissance, en lien avec  la baisse de population, alors qu’il  augmente dans les autres.  

L’emploi présentiel.

figure 5.  Dans l’ensemble des unités urbaines  en décroissance, six emplois sur  dix sont destinés à satisfaire la  population présente, principalement dans l’administration publique, l’enseignement, la santé et l’action sociale.

Conséquence de la faible attractivité  vis-à-vis des familles avec enfants ou des  jeunes couples, les baisses d’effectifs  dans les unités urbaines en décroissance  sont importantes dans l’enseignement,  notamment dans le primaire et le  secondaire, mais aussi dans la formation  continue pour adultes. 

Malgré une hausse d’emplois dans  les activités hospitalières, le nombre  d’emplois dans la santé humaine  recule. Ainsi, le nombre de médecins  généralistes a été divisé par 2 en 10 ans,  ce qui pourrait être préjudiciable dans ce contexte de vieillissement. En revanche, le vieillissement de la population a permis de créer des emplois dans l’action sociale. Ainsi, l’emploi a doublé dans l’hébergement  social ou médicalisé pour personnes  âgées. Il a également augmenté de 15 % dans l’aide à domicile.

Des difficultés d’insertion  professionnelle 

Les conditions d’emplois sont peu  favorables dans ces territoires en  déprise souvent éloignés des grands  pôles. L’offre y est limitée et souvent peu  diversifiée. 

Les jeunes de 15 à 29 ans sont  particulièrement vulnérables puisqu’ils  finissent leur scolarité plus tôt qu’ailleurs  et en sortent ainsi moins diplômés.  Parmi ceux qui restent, ils sont 23,5 % à  ne pas être insérés, c’est-à-dire à n’être  ni en emploi ni en formation, contre  moins de 20 % pour ceux des autres  unités urbaines. 

Parmi les 15-64 ans des unités urbaines  en forte décroissance, 57,5 % occupent  un emploi contre 63 % en moyenne  pour les autres. Le faible niveau de  qualification et des capacités financières  limitées peuvent être un frein à la  mobilité géographique. Le chômage y est  ainsi plus présent. Les écarts observés  sont encore plus marqués dans les très  petites unités urbaines. Lorsqu’ils sont  en emploi, les actifs des unités urbaines en déprise occupent globalement les  mêmes catégories socioprofessionnelles que dans les autres.

Cependant, en  proportion, ils sont légèrement plus  nombreux à occuper un emploi dit  « précaire » (emploi aidé, intérim, emploi  à durée limitée). 

Les inégalités professionnelles entre  femmes et hommes ne sont pas plus  marquées dans les unités urbaines  en décroissance, à l’exception des  personnes ni en emploi, ni en formation qui sont plus souvent des femmes. 

Des revenus davantage  dépendants des prestations  sociales et des retraites 

Dans les unités urbaines en  décroissance, le niveau de vie médian  annuel s’élève à 18 500 euros contre  19 900 dans les autres. Conséquence des  conditions d’emplois moins favorables  dans les unités urbaines en déclin, pour  100 euros disponibles après déduction d’impôts, seuls 52 euros proviennent d’activités salariées, contre 61 euros  pour les autres. À l’inverse, le poids des  prestations sociales (minima sociaux,  prestations familiales, prestations  logements) y est plus élevé. Comme  le vieillissement de la population y  est plus marqué, la part du revenu  lié aux retraites y est également plus  importante. Outre un niveau de vie  inférieur, la proportion de propriétaires  de leur logement est moins importante  (52 % contre 58 %). La situation  financière de ces populations est donc  plus fragile. Ces constats sont d’autant  plus vérifiés dans les très petites unités  urbaines en décroissance. 

La vacance se développe aussi  dans le parc social 

Les baisses de populations ont un impact  sur la vacance de logements. Depuis  1999, les populations ont diminué  presque partout. Dans le même temps,  le parc de logements s’est développé  (excepté à Saint-Claude et à Saint Florentin). En conséquence, même si  le nombre de personnes par ménage  a tendance à diminuer au cours du  temps, passant de 2,34 personnes à  2,06 personnes, la part de logements  vacants augmente entre 1999 et 2016.  Elle passe de 7 % à 12,5 %. Dès 1999, la  vacance est plus élevée dans les unités  urbaines en forte décroissance que  dans les autres et son augmentation  entre 1999 et 2016 y est également plus marquée.

Elle touche majoritairement  les centres-villes composés de logements  souvent anciens, énergivores et peu  adaptés aux familles, mais s’étend  également en périphérie. Sur la période,  la vacance double à Saint-Claude où  près d’un logement sur cinq est vide,  contre un sur douze en 1999. La vacance  structurelle y est conséquente puisqu’un  logement sur deux est inhabité depuis  plus de quatre ans. 

La vacance est également très élevée  dans les logements sociaux, pour  lesquels la demande est habituellement  tendue  figure 6. Elle est deux fois  plus importante dans les unités urbaines  en décroissance, malgré l’application  de programmes de destruction et  réhabilitation récents (Saint-Florentin,  Tonnerre, Migennes, Gueugnon). À  Saint-Claude, le tiers du parc social  est disponible. Même si des projets de démolitions sont entérinés, la part de  logements sociaux inhabités restera  conséquente. 

Dans ces territoires, un réel enjeu  apparaît en matière de réaménagement  paysager pour le bien-être des  populations. La réhabilitation des logements vieillissants et peu adaptés  pourrait générer de l’emploi dans  plusieurs domaines, comme la  domotique, la rénovation énergétique,  ou plus largement le second œuvre.  Aussi, le resserrement de l’offre publique  ou privée, en démolissant des logements vacants, permettrait de rééquilibrer les marchés du logement et d’éviter une dégradation globale du bâti tout  en favorisant l’atteinte de l’objectif  gouvernemental « zéro artificialisation nette ».  

Mélanie Bouriez, Florent Ovieve,  Philippe Rossignol (Insee) 

Pour en savoir plus 

• Chassard M., René Y. Ville H., « Déclin marqué ou affirmation de leur rôle central, les destins  contrastés des petites villes de Bourgogne-Franche-Comté », Insee Analyses Bourgogne-Franche Comté n°31, avril 2018. 

• Chassard M., « Petites villes de Bourgogne-Franche-Comté : un passé démographique et  industriel qui contribue au déficit de croissance », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n°38,  juillet 2018. 

Définitions 

Unité urbaine : commune ou ensemble  de communes présentant une zone de  bâti continu (pas de coupure de plus de  200 mètres entre deux constructions) et  comptant au moins 2 000 habitants. 

Les 40 petites unités urbaines (UU) de  moins de 20 000 habitants en 2016 qui  avaient au moins 5 000 habitants en 1982  peuvent être partitionnées en « très petites UU » si elles sont peuplées de moins de 7 500  habitants (22) ou « petites UU » si elles en ont davantage (18).

Le champ de l’étude est constitué de 18  unités urbaines en forte décroissance (10  très petites et 8 petites), c’est-à-dire celles  ayant eu une évolution annuelle moyenne  de population inférieure à – 0,9 % par an sur au moins une période du recensement  de la population de 1982 à 2016. La valeur  de – 0,9 % par an correspondant au premier  décile de l’évolution annuelle moyenne de  population de chaque période. 

Pauvreté monétaire : un individu (ou un  ménage) est considéré comme pauvre  lorsqu’il vit dans un ménage dont le niveau  de vie est inférieur au seuil de pauvreté.  Dans l’approche en termes relatifs, le seuil  de pauvreté est déterminé par rapport  à la distribution des niveaux de vie de  l’ensemble de la population. Le seuil est  fixé à 60 % du niveau de vie médian (1 041€  par mois en 2017). 

Emploi présentiel : emploi mis en œuvre  localement pour la production de biens  et de services visant la satisfaction des  besoins de personnes présentes dans  la zone, qu’elles soient résidentes ou  touristes. 

Insee Bourgogne-Franche Comté 8, rue Louis Garnier CS 11997 

25020 BESANÇON CEDEX 

Directeur de la  publication : Bertrand Kauffmann 

Rédaction en chef : Marie Léger  Maquette Jouve 

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