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Éditorial : « Nous avons besoin de douceur » par Patrick Pelloux, président de l’Association des Médecins urgentistes de France.

Pour le médiatique urgentiste et ancien chroniqueur de « Charlie Hebdo », qui sort un nouveau livre ce mois-ci, il faut tout faire pour sauver le vivre ensemble à la française, lutter pour réhabiliter le système de soin et mettre de l’ordre sans attendre sur les réseaux sociaux.

« Urgences de vivre », son nouvel ouvrage.

L’entretien du Dimanche : Vous sortez un nouveau livre « Urgences de Vivre », quel est le sens de ce titre ?

C’est un livre prêt depuis 3 ans qui correspondait à un best off des chroniques que j’ai écrites dans Charlie Hebdo de 2004 à 2016. Elles sont plutôt optimistes et bienveillantes, ce dont notre pays a besoin dans cette phase de son histoire. La France est en très très grande souffrance, confrontée aux urgences sanitaires, économiques, sociales, de bien-être, de convivialité, et de vivre ensemble… tout simplement.

L’entretien du Dimanche :Depuis 2004, votre regard sur la société a-t-il changé ?

J’avais commencé à écrire dans Charlie Hebdo après le drame de la canicule de 2003. Il m’était alors apparu que la société vivait une fracture avec le monde des personnes âgées. Sous le sceau du progrès, nous engendrions des fractures que nous n’imaginions même pas ou alors que l’on ne veut pas voir. La société s’est dégradée sur le vivre ensemble, elle a creusé ses inégalités auxquelles s’est greffé le retour en force du communautarisme. Nous n’avons pas à l’heure actuelle, à gauche comme à droite, de grandeur politique qui propose des solutions pour se sortir de tous nos maux.

L’entretien du Dimanche : Vous êtes aussi très remonté contre les réseaux sociaux…

Moi, je les appelle les réseaux a-sociaux. Ils font des dégâts considérables et leurs propres créateurs se demandent s’ils n’ont pas engendré un monstre vecteur de désinformation. Le rôle du journalistes est de démonter tout cela, de dire la vérité. Et au législateur de mieux réguler ces réseaux.

L’entretien du Dimanche : Vous êtes l’auteur d’un livre-référence sur la mort des gens célèbres. Le regard des français sur la mort a-t-il évolué avec cette crise sanitaire ?

Par le passé, la culture de la mort était mieux acceptée. Nôtre société la fuit de plus en plus. On ne voit plus les images des cercueils nus à la télé par exemple.

Je vois dans le rapport aux patients, combien les gens sont tristes. L’augmentation non chiffrée de la souffrance, que l’on voit dans la hausse de consommation d’alcool ou antidépresseurs, nous rappelle que nous avons tous besoin de douceur.

Nous sommes un peuple vaillant, courageux et plutôt plus obéissant que ce que tout le monde prédisait, mais qui hélas vit dans la peur. Il est inutile d’ajouter de l’anxiété sans cela nous risquons une explosion sociale. Nos dirigeants doivent l’entendre. Notre pays ne compte plus de mouvement qui appelle à la non-violence. La violence est de part et d’autre.

L’entretien du Dimanche : Quel jugement portez-vous sur l’action du gouvernement ?

J’ai été très sensible au discours du président de la République quand il a dit « Il faut faire Nation ». Donc, j’ai fait Nation. J’ai rarement critiqué ou seulement dans les angles, l’action du gouvernement car je ne sais pas qui aurait fait autrement, à vrai dire. Ils ont fait ce qu’ils ont pu avec nos incohérences et nos imprécisions sur l’achat des masques ou la fabrication de respirateurs. La réindustrialisation de la France, notre souveraineté sur ces sujets, restent centrales mais je ne vois pas bien où le gouvernement en est exactement là-dessus.

On est un pays merveilleux qui est complètement retenu par des freins incroyables, c’est peut-être là l’échec de Macron qui incarnait l’espérance et le renouveau.

L’entretien du Dimanche : Comprenez-vous les personnes qui se disent opposées au vaccin ?

Non, je ne suis pas d’accord avec les anti-vaccins. Regardez les gravures du XVIIIe siècle et vous y verrez des tas de gens tordus. Si aujourd’hui nous sommes tous de beaux gosses, bien droits, c’est parce qu’on a éradiqué la poliomyélite, grâce au vaccin !

L’entretien du Dimanche : Beaucoup de Français, sans y être formellement opposés, restent prudents à l’égard de la vaccination anti-Covid…

Ceux-là, je les comprends mais il ne faut pas avoir peur. Depuis longtemps des recherches étaient menées par les vétérinaires sur le coronavir qui décimait les cheptels, nous ne sommes pas partis de zéro. On est en effet allé très vite et il faut un peut de temps pour que la confiance s’installe.

L’entretien du Dimanche : Vous en voulez aux médias d’avoir relayé chaque jour le nombre de morts du Covid, pourquoi ?

C’est une connerie délirante, anxiogène au possible. C’est incompréhensible. Pourquoi alors ne dirait-on pas le nombre de morts sur la route ou du cancer chaque soir ? C’est complètement dépressogène et absurde. Ce que veulent les gens, c’est que la météo annonce du soleil !

L’entretien du Dimanche : Vous êtes un soutien du Professeur Raoult ? Vous comprenez la place qui lui a été accordée ?

C’est la place de la liberté d’expression et d’un débat scientifique. Il a dit des choses tantôt justes tantôt moins justes. On est tous dans ce cas. Est-ce-pour cela qu’une nomenklatura veut le bousiller ? Cela démontre une immaturité du dialogue. Didier Raoult n’a pas appelé à tuer les français ni à faire n’importe quoi. C’est un homme qui a apporté des idées, à sa manière… Parfois certes très curieuse. Il a eu une utilité dans ce débat : il a été le premier à dire qu’il fallait tester, isoler et traiter.

L’entretien du Dimanche : Des procès en justice ont eu lieu ou des sanctions ont été prises ont été prises conte un certain nombre de médecins. Qu’en penser ?

C’est assez bizarre ce monde qui se veut intellectuel et universitaire et qui a besoin de régler ses comptes au tribunal. Ce que disent ces professeurs n’est pas du charlatanisme, c’est du débat.

L’entretien du Dimanche :Peut-on dire que l’hôpital recule encore en France malgré tous les moyens annoncés durant cette crise du Covid ?

Vous avez une technostructure de gens très puissants en France qui distillent des idées néolibérales qui visent encore à appliquer un programme de casse de l’hôpital public décrété il y a 30 ans. Ils ont un peu augmenté les personnels infirmiers, c’était nécessaire, mais là pire que tout, ils ont inventé un nouveau métier à cheval entre infirmier et médecin. On veut nous imposer des médecins low-cost. C’est l’ubérisation de la médecine. On retoque des étudiants français qui n’ont pas 15 de moyenne et d’un coup on va chercher des médecins à l’étranger en pillant le système de santé de leur pays.

Gare à l’ubérisation de la médecine.

L’entretien du Dimanche : Conflans, Nice, comment avez-vous vécu les derniers attentats terroristes ?

Ils ont touché deux symboles. Nous sommes réellement en guerre contre l’islamofascisme. Les dessins de presse sont un pur prétexte pour justifier l’attaque de l’Occident. La France ne peut pas baisser la garde et doit conserver sa présence militaire au Mali notamment.

L’entretien du Dimanche : Dans ce contexte sanitaire et social, craignez-vous un recul de nos libertés individuelles ?

Oui, il faut rester vigilant parce que je suspecte un certain nombre de politiques de bien aimer l’état d’urgence. C’est plus facile pour eux (Sourires).

BIO-EXPRESS :

1963 : Naissance à Villeneuve-Saint-Georges près de Paris.

1995 : Docteur en médecine.

2007 : Soutient François Bayrou (modem) à la Présidentielle.

2015 : Participe au secours des blessés de l’attentat de Charlie Hebdo.

2018 : Co-signataire d’une tribune « Dignité des personnes âgées ».

2019 : Soutient le parti Communiste français aux Européennes.

  • Urgences de Vivre, 447 pages, 18 €. Éditions du Cherche-Midi.
  • Propos recueillis par Fabrice Veysseyre-Redon. L’entretien du Dimanche, dimanche 27/12/2020.