Culture - Loisirs - Histoire·L'éditorial·Prospective

Ma page offerte.

Elle est tirée d’un ouvrage dont nous avions déjà parlé ici, à sa sortie. Il s’agit de « l’âge global » de l’historien britannique Ian Kershaw, sous-titré L’Europe, de 1950 à nos jours. Contemporain, j’aurais pu y piocher des marées noires, des missiles de croisières, une Chute du Mur, des plages sous les pavés… des colis et des couvertures pour Solidarnösc. Voici simplement la page offerte.

Une histoire saisissante de notre temps.

« Étudie le passé ». Ce conseil de Confucius orne une des portes des Archives nationales de Washington. Sur l’autre, figure une citation de La Tempête de Shakespeare : « le passé est un prologue ». Étudier le passé permet à l’historien de suivre la trajectoire souvent turbulente de l’Europe jusqu’au temps présent. Mais de quoi le passé est-il le prologue ? Au sens strict, le présent n’existe pas : seuls existent le passé et le futur. Le passé est un chemin relativement bien éclairé (malgré la persistance de nombreux coins obscurs et des diversions dans de sombres bosquets), mais qui se trouve ensuite bloqué par la grande porte, imposante du « Futur ». Quelques ouvertures étroites permettent d’entrevoir un certain nombre de sentiers vaguement éclairés qui s’éloignent et se perdent rapidement dans le crépuscule. L’un d’eux, peut-être, paraît un peu plus large, plus prometteur que les autres. Mais ce n’est pas certain. Impossible de l’affirmer. En tout cas, lui aussi se perd très vite dans une obscurité impénétrable.

A partir de là, la destination est peu claire. Les formes structurelles du développement passé – la démographie ou les tendances socio-économiques, par exemple – peuvent fournir des indicateurs imprécis de la forme générale que pourraient prendre les décennies suivantes. L’avenir cependant reste ouvert. L’histoire n’est qu’un guide des plus vagues de ce qu’on ne saurait prévoir. Des processus structurels à long terme mais aussi des événements imprévisibles peuvent produire des changements considérables. L’histoire regorge pourtant de problèmes qui ont un impact dramatique mais sont le fruit de contingences : l’issue d’une bataille, un bouleversement politique inattendu, la personnalité d’un dirigeant, par exemple. A un journaliste qui l’interrogeait sur les plus grandes difficultés auxquelles se trouve confronté un gouvernement, l’ancien Premier ministre britannique Harold Macmillan aurait répondu : « Les événements, mon garçon, les événements ». Cette formule lapidaire, peut-être apocryphe, résume bien l’imprévisibilité du futur et la difficulté pour les historiens (comme pour tout le monde) de passer de l’interprétation du passé à des conjectures pour l’avenir.

L’Ours.