Culture - Loisirs - Histoire

La peur.

Né le 3 mai 1895 dans le 5e arrondissement de Lyon1, fils d’un clerc de notaire lyonnais, Gabriel Chevallier fait des études dans divers établissements, dont un collège religieux (Sainte-Marie à Saint-Chamond). Il passe ses vacances scolaires dans la campagne charolaise, à Gueugnon, au numéro 35 de la rue de la Liberté2, chez sa grand-mère maternelle3. Il entre ensuite aux Beaux-Arts de Lyon, mais la guerre interrompt ses études. Mobilisé dès 1914, il est blessé un an plus tard. Une fois rétabli, il retourne au front, où il restera comme simple soldat jusqu’à la fin du conflit. Rendu à la vie civile à la fin de l’année 1919, il exerce divers métiers : retoucheur de photographie, voyageur de commerce, journaliste, dessinateur, affichiste, professeur de dessin…

Derrière les parapets.

Jamais je n’aurais imaginé que cet écrivain bourgeois, sérieux, notable en un mot pourrait tout à la fois écrire « la Peur », et Clochemerle, le second étant beaucoup plus connu que le premier. À partir de 1925, il se lance dans l’écriture romanesque en utilisant sa propre expérience. Avec La Peur, il témoigne de son atroce calvaire de soldat. C’est encore sa propre vie qu’il exploite pour écrire Durand, voyageur de commerce ou, en souvenir de sa détestable scolarité, Sainte-Colline. C’est avec Clochemerle, une chronique villageoise rabelaisienne éditée en 1934, qu’il connaît le succès. Traduit en vingt-six langues et vendu à plusieurs millions d’exemplaires, l’ouvrage assure à son auteur gloire et fortune.

Alors, « La Peur », un énième ouvrage de guerre de plus ? Je ne sais pas pour vous, mais franchement, qu’il s’agisse des Croix de Bois de Roland Dorgelès, ou de « A l’ouest, rien de nouveau », je n’étais pas entièrement convaincu : je ne retrouvais pas dans ces récits le « comment du pourquoi » : pourquoi nous avons pu être assez bêtes pour tomber trois fois dans le même panneau : entre 1970 et 1940, les allemands nous ont servi le Plan d’invasion par la Belgique (Von Moltke) à trois reprises. Et nous y avons foncé tête baissée… Et pourquoi « La Der des der, » n’aura généré au bout du compte qu’un dérisoire cessez-le-feu de 21 ans. J’attendais donc un récit de première main, sans fioriture.

Et surtout, ce livre écrit en 1925, paru en 1930 a été censuré 9 plus tard. Tiens, tiens… Il contenait donc des choses peu avouables. Et notamment, pourquoi les Poilus rentrés chez eux ne racontaient jamais « leur » guerre, celle qui aurait dû les rendre fiers. Tout est expliqué de manière lucide, sincère et parfois cynique dans ce petit bouquin. Bernard Pivot en dit :’Un témoignage peut-être encore plus terrifiant que le Feu d’Henri Barbusse (lui aussi censuré) et les Croix de Bois de Roland Dorgelès. ». Un court extrait :

Frondet… occupait à l’étranger un poste important dans l’industrie. Il souffre sans se plaindre de la promiscuité qu’impose la guerre et de la grossièreté de ses compagnons. Mais sa piété qui est connue, ne le sauve pas de la peur. Certains jours,il ressemble à un vieillard. Il a ce visage raviné, ces yeux tristes, ce sourire désespéré de ceux que ronge une idée fixe. Lorsque la peur devient chronique, elle fait de l’individu une sorte de monomane. Les soldats appellent cet état le cafard.En réalité, c’est une neurasthénie consécutive à un surmenage nerveux. Beaucoup d’hommes, sans le savoir, sont des malades, et leur fébrilité les pousse aussi bien au refus d’obéissance, aux abandons de poste, qu’aux témérités funestes. Certains actes de courage n’ont pas d’autre origine.

Frondet, lui se cramponne à la foi, à la prière, mais j’ai souvent compris, à la poignante humilité de son regard, qu’il n’en retirait pas un réconfort suffisant. Je le plains secrètement.

Au front.

Dans notre Boîte à Livres, naturellement.

L’Ours.

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