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« C’est le bon moment pour changer de boulot ».

Le Grand Entretien du Dimanche 7 Juin revient à l’économie, avec le témoignage de Guillaume Cairou, patron de Didaxis, leader dans le portage salarial, et également chroniqueur pour Europe 1 . Celui-ci encourage dans son nouveau livre les salariés à « changer de job et changer de vie ». Sans ignorer les difficultés que la crise sanitaire et économique engendrées, Guillaume Cairou estime que la période que nous traversons est une chance pour tous ceux et toutes celles qui hésitent à sauter le pas.

Dans votre dernier livre « Changez de job ; changez de vie, et libérez enfin votre talent », (1) vous estimez que la période est propice à renaître professionnellement. N’est-ce-pas un peu optimiste ?

Guillaume Cairou.

« La crise que traversent le pays et le monde bouleverse beaucoup de choses. Elle crée beaucoup d’incertitudes, c’est vrai, mais elle rebat aussi toutes les cartes. Dans une période comme celle-ci tout devient possible. C’est à la fois un cataclysme qui va mettre à mal une concurrence établie de longue date mais c’est surtout une opportunité pour créer les métiers de demain. 85% des métiers de 2030 n’existent pas encore. C’est le moment de se lancer ».

Le changement génère des peurs, des appréhensions chez beaucoup de salariés. Comment les surmonter?

D’abord en se disant que le changement est indispensable. Et cette crise nous y invite, nous y pousse même. Certains parlent de génération sacrifiée par le coronavirus. Moi je crois que c’est l’inverse. et je pense à ces huit français sur dix qui estiment ne pas être à leur place là où ils sont. Que le changement crée des peurs, c’est normal, mais ce peurs ne doivent pas nous faire oublier les rêves qui sont les nôtres.Nous en avons tous. Moi, je rêvais de soulever des montagnes. Je l’ai fait en créant mon propre emploi dans un domaine qui n’était a priori pas du tout le mien. En tout cas, pas celui de ma formation initiale ».

La peur de manquer d’argent, d’en perdre, la peur de l’échec aussi peuvent tétaniser celle ou celui qui hésite…

« Le rapport à l’échec est très mental. Si on laisse notre cerveau réfléchir à notre place, on ne fait rien. Je suis pour ma part un promoteur des « cinq secondes » : je me lève de ma chaise et je fonce. On a tous rêvé de changer de vie maisz personne ne peut le faire à notre place et bien souvent, c’est notre entourage qui nous freine,qui pense que ce n’est tout simplement pas possible. Ses craintes sont généralement vingt fois supérieures aux nôtres. Et pourtant..; Pensez un instant aux échecs qu’a dû essuyer Michael Jordan, aux nombres de de clubs dont il s’est fait virer avant de devenir la star internationale qu’il est aujourd’hui ».

Très concrètement, quelles sont les clés de la réussite lorsqu’on aspire à changer de boulot ?

La première clé, c’est le travail. Intégrer d’emblée l’idée que l’on va travailler plus que la moyenne. Mais si c’est pour réaliser un rêve de dingue, cela se justifie. Il faut savoir surmonter notre principal adversaire : la paresse.

La deuxième clé, c’est d’avoir un mentor, trouver la personne qui va nous accompagner dans notre démarche, nous montrer le bon chemin dans la forêt. Il existe des structures, des associations pour cela. Souvent, on a tendance à emprunter le même chemin que tout le monde. C’est une erreur, il faut sortir des sentiers batus. Cela demande de l’énergie et du temps. Il faut accepter que les choses se fassent par étapes. Tout ne se réalise pas d’un coup, mais il faut garder à l’esprit que parfois, cela peut aller plus vite que vous ne l’imaginiez ».

Vous déterminez quatre grandes étapes…

« Absolument. La première est de savoir se mettre sur pause. C’est le moment de prendre vacances et RTT, de confier les enfants et de prendre du temps pour soi.

La deuxième consiste à se préparer au changement. Étudier les parmètres financiers, déterminer nos besoins primaires, être clair avec soi-même sur ce que l’on ne veut plus, et organiser réellement son quotidien. Cela passe par un accord entre votre corps physique qu’il faut soigner, votre corps spirituel, votre corps mental et votre corps émotionnel.

La troisème vise à déterminer ce que l’on sait faire (un bilan de compétences peut aider) , à traduire son idéal professionnel et se fixer un objectif clair. C’est le moment de viser la lune. Vous pouvez tout envisager : être votre propre patron, opter pour le multi-emplois, devenir consultant indépendant…

La quatrième, c’est celle du choix. En fonction de l’objectif que vous vous êtes fixé, vous déterminez la marche à suivre. Cela peut passer par une formation, mais ce n’est pas toujours obligatoire. Il existe en France une variété d’outils pour se former. On a vu des salariés qui s’ennuyaient prodigieusement dans leur métier devenir pilotes de ligne ! Cette dernière étape, c’est aussi celle « du storytelling »: vous devez écrire votre histoire, être votre meilleur ambassadeur. Parce que vous allez devoir convaincre. Et au passage, profitez-en pour supprimer tous les contenus gênants vous concernant sur Internet. Votre profil LinkedIn doit être impeccable ! (rires) ».

Guillaume Cairou a accompagné près de 20.000 personnes dans leur recherche d’emploi et conversion professionnelle depuis 2004.

Y a-t-il un âge idéal pour changer de job ?

« La crise que l’on connaît le mieux, c’est celle de la quarantaine mais elle n’est pas la seule à être propice au changement.

Celle de la trentaine où l’on réalise que l’on ne fait pas ce dont on rêvait l’est aussi.

Puis celle de la cinquantaine où l’on redoute de quitter sa zone de confort parce que plus personne ne vet vous embaucher, parce que vous coûtez trop cher, l’est également pour gagner son indépendance. 50 ans, c’est l’âge moyen du créateur d’entreprise. Le changement est possible à tout âge. »

Quels secteurs seront les plus porteurs dans les années qui viennent ?

« Tous ne sont pas encore identifiés ou n’évoquent pas grand-chose comme éthiciens ou psydesigners mais nous en connaissons d’autres : les services et soins à la personne seront porteurs, c’est certaine.

Dans la santé, les métiers d’infirmiers ou d’aides-soignants. Dans l’immobilier : agent, responsable foncier, négociateur,… Dans les nouvelles technologies, avec les développeurs web, data scientists, traffic managers, business analysts.

Mais aussi dans le commerce avec le bio, le vegan, le « Made in France », le fait main : dans l’artisanat (essentiellement les métiers du bâtiment, et ceux de bouche). Enfin, je dirais dans l’environnement avec tous les métiers du développement durable et de la responsabilité sociale de l’entreprise qui ont vraiment le vent en poupe.

Propos recueillis par Fabrice Veysseyre-Redon – Le Bien public du 7 Juin 2020 – Le Grand Entretien.

(1) – Éditions du Cherche-Midi. 160 pages , 19 €.

Bio- express en quelques dates :

1973 : Naît à Mantes-la-Jolie. Grandit dans le quartier du Val-Fourré. Études universitaires de sciences physiques et sciences de l’éducation.

1990 – 1998 : éducateur, formateur, puis responsable d’équipement socio-culturel. 1998-2000 : chargé de mission, puis responsable d’Établissement, Institut de Gestion Sociale.

2000- 2003 : consultant, puis responsable commercial, cabinet de conseil en technologies. 2003-2004 : directeur de projets stratégiques, Centre National d’Enseignement à Distance. 2004 : PDG Fondateur de Didaxis, société de portage salarial. 100 millions d’euros de Chiffre d’Affaires, 2500 salariés. Depuis 2013 : gérant de la Manufacture, tiers-lieu innovant dédié au travail de demain, investisseur et administrateur indépendant d’entreprises innovantes du secteur de l’emploi.

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