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Lu pour vous : Le Bûcher des Vanités.

N’ayant pas de film à vous proposer durant cette période de confinement, (les salles obscures survivront-elles au-delà ?), j’ai pensé à cette lecture hivernale, qui nous a tous touchés de près.

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Vivre à New-York, une vanité ?

I.  D’où vient le titre initial ?

Le Bûcher des Vanités est un autodafé qui a lieu le 7 février 14971 quand les disciples du Frère Dominicain Jérôme Savonarole rassemblent des milliers d’objets pour les brûler, à Florence, le jour du Mardi Gras. Savonarole fut, pour un temps, le maître de Florence et l’ami de Charles VIII qui prétendait conquérir l’Italie. Excommunié par le pape Alexandre VI, il fut soumis à la torture et finalement pendu et brûlé le 23 mai 1498.

Les objets visés par cette destruction sont ceux qui poussent au péché, spécialement ceux qui touchent à la vanité, comme les miroirs, les cosmétiques, les robes richement travaillées, les bijoux, les instruments de musique. D’autres objets aboutissent sur le bûcher : livres immoraux, chansons non religieuses, images licencieuses. Quelques chefs-d’œuvre de la peinture florentine, des nus d’inspiration mythologique de Botticelli sont portés par le peintre lui-même au bûcher2.

Le fascinant destin de Jérôme Savonarole se situe dans la longue lignée des réformistes de la pensée chrétienne, d’Origène, Arius, Pelage ou Jean Hus, en attendant Luther qui en a confirmé l’expression. Roland Barraux, écrivain et diplomate français propose un  spectacle théâtral pour illustrer la pensée et l’action de ce personnage qui continue à inspirer jusqu’au Vatican des voix pour sa réhabilitation, voire sa canonisation.

II. Le vrai roman, celui de Tom Wolfe.

Le Bûcher des vanités est un roman de Tom Wolfe publié en 1987. Premier roman de son auteur, il est rapidement devenu un best-seller mondial. Rapportés à ma chronologie personnelle, les événements qui me ramènent à New-York, alias The big Apple, alias « La ville-monde » de Fernand Braudel sont multiples.

Les informations, les marchandises, les capitaux, les crédits, les hommes, les ordres, les lettres marchandes y affluent et en repartent2. La puissance d’une « ville-monde » ou « superville » s’exerce sur une partie de l’espace terrestre appelée « économie-monde ». La mondialisation, c’est-à-dire la formation d’une seule économie-monde à l’échelle du monde, confère à la « ville-monde » une puissance planétaire.

  • J’ai décroché New-York comme sujet au bac ; je connaissais mon sujet par cœur. J’ai même fait le plan de la ville à mon examinateur, qui croyait que je bluffais ! Il fallait donc que j’aille ensuite vérifier sur place.
  • En 1983, en fin d’études pour Orange (qui ne s’appelait pas encore ainsi), nous y passons 8 jours, et visitons les principaux lieux décrits dans le livre : il nous arrive comme à Sherman, une évasion peu glorieuse, mais de Harlem, voisin du Bronx, et déjà à l’époque aussi mal famé que celui du Bûcher…
  • Le 11 Septembre 2001, nous voyons tomber les Tours jumelles du World Trade Center : retournerons-nous un jour à Manhattan, et à « Ground Zero » ?
  • L’histoire s’est arrêtée un moment ; ces 10 ans, c’était pour mieux reprendre souffle. Le Bûcher comptait de façon prémonitoire sur Dominique Strauss-Kahn, notre brillant Président du FMI, dont la trajectoire allait croiser Nafissatou dans l’Hôtel Sofitel de Tribeca (Triangle Beyond Canal). Celle-ci affirme qu’il a commis ces actes de tentative d’agression sexuelle, de viol et de séquestration le 14 mai 2011, dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York, où elle est employée comme femme de chambre depuis 2008.

Le pitch : Sherman McCoy est un golden boy de Wall Street, marié à une décoratrice d’intérieur mondaine, Judy, et père d’une fille de six ans, Campbell. Tout près de là, vit la charmante Maria Ruskin, sa maîtresse, dans un petit « nid d’amour » à loyer bloqué, (à Paris, on dirait un immeuble « reconstruction loi de 1948 »).

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Revenant de l’aéroport où il était allé chercher Maria, Sherman se trompe de sortie d’autoroute et se retrouve en plein milieu du Bronx, un quartier pauvre et majoritairement peuplé de Noirs et de Latinos. Incapables de retrouver leur chemin et effrayés par la population des quartiers qu’ils traversent, Maria et lui commencent à paniquer, la tension atteignant son paroxysme lorsqu’ils heurtent un pneu gisant au milieu de la chaussée sur une rampe d’accès d’autoroute. Sherman sort de voiture pour dégager la voie et deux jeunes Noirs surgissent alors, et lui proposent de l’aider. Sherman, craignant une embuscade, les attaque par surprise. Il lance le pneu sur l’un des jeunes, renverse le second d’un coup d’épaule et parvient à remonter dans la voiture, côté passager. Maria, passée au volant, redémarre en trombe, et dans sa fuite la voiture touche l’un des jeunes, Henry Lamb, âgé de 19 ans.

Après avoir été soigné aux urgences pour une simple blessure au poignet, ce dernier tombe dans le coma, en ayant eu le temps d’indiquer à sa mère la marque et une partie de la plaque d’immatriculation de la voiture qui l’a renversé. Une enquête est menée et conduit rapidement à Sherman, qui devient alors la proie des journalistes et des politiciens profitant de l’affaire pour favoriser leur réélection. Henry Lamb devient vite le symbole du combat contre une justice pour les Blancs.

Toute l’ambiguïté du personnage de Sherman réside dans le fait que, s’il n’est pas coupable du crime dont on l’accuse, il a bel et bien commis un acte raciste en présumant que les deux jeunes Noirs s’apprêtaient à l’agresser et en les attaquant le premier, et ce avant qu’ils ne se soient montrés menaçants à son égard.

Au fur et à mesure du récit, Sherman, qui se prenait pour un Maître de l’Univers à l’abri des ennuis touchant le commun des mortels, commet boulette sur boulette, au point de voir son monde s’écrouler. Il perd sa femme, son travail, ses amis et subit de nombreuses humiliations, jusqu’à comprendre qu’il est temps de se changer en animal et de se battre. Acculé à la ruine par de nombreux procès injustes et menacé de prison, il renonce à son ancien monde, pour tenir le rôle que « tout le monde attend de lui » : qu’il morde !

III. Analyse

Le Bûcher des vanités décrit l’acharnement médiatique et judiciaire subi par un homme blanc et riche, érigé en coupable idéal d’un crime commis contre un jeune Noir sans histoire du Bronx. Sur fond d’enjeux d’argent et de pouvoir, politiciens, leaders communautaires et religieux, membres de l’administration judiciaire et journalistes tentent de se servir de cette affaire pour tirer un profit personnel des tensions ethniques et sociales agitant la société new-yorkaise.

Le New York des années 1980, véritable sujet de ce roman, est montré par Tom Wolfe comme une ville injuste, raciste et dysfonctionnelle, où se croisent et s’entrechoquent les appétits d’individus cyniques, cupides et corrompus, menant certains à leur perte.

IV. L’Auteur.

Né(e) à : Richmond, Virginie,  le 02/03/1931, Mort(e) à : New York, le 15/05/2018

Biographie : Tom Wolfe est un écrivain américain.

Il s’inscrit à la Washington and Lee University (dont il recevra dans les années 1970 un doctorat honoris causa). Il passe ensuite un doctorat en études américaines à l’Université Yale sur l’influence communiste sur les écrivains américains de 1928 à 1942.

À la sortie de Yale, en 1956, il a entamé à New York une carrière de journaliste et d’essayiste. Dans les années soixante, il devient (avec Norman Mailer, Truman Capote, Joan Didion, Hunter S. Thompson) un des créateurs de ce qu’on a appelé le « Nouveau Journalisme » aux États-Unis. Ses reportages et ses articles présentent une critique implicite de différents aspects de la société américaine.

Son premier roman, « Le Bûcher des vanités » (Bonfire of vanities, 1987) est devenu un best-seller mondial. Brian de Palma a réalisé une adaptation de ce roman en 1990. Tom Hanks, Melanie Griffith et Bruce Willis y tiennent les rôles principaux.

Son deuxième roman, Un homme, un vrai « A Man in Full », dépeint les tensions raciales sous-jacentes dans la ville d’Atlanta, au Sud des États-Unis.

Son troisième roman, « Moi, Charlotte Simmons » (I Am Charlotte Simmons), paru en 2004 (traduction française en 2006) offre une image réaliste de la vie sur le campus d’une grande université américaine.
Son quatrième roman « Bloody Miami » (« Back to Blood ») analyse les rapports entre les différentes communautés de Miami, déchirées entre les Cubains, les Blancs, les Haïtiens et les Afro-Américains.
Ses ouvrages, et notamment The Electric Kool-Aid Acid Test, issu de son enquête sur l’élaboration du LSD, ont ironiquement fait de lui un emblème des Sixties et du mouvement hippie, alors qu’il est conservateur à bien des égards.

L’écrivain et pionnier du « nouveau journalisme » décède, à l’âge de 88 ans, après avoir été hospitalisé plusieurs jours pour une infection.

L’Ours.

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