Economie·Prospective

La France adopte enfin son plan carbone pour 2023.

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…Mais ses émissions sont trop élevées.

La France a définitivement adopté sa feuille de route climat en publiant au Journal officiel la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et la Stratégie nationale-bas-carbone (SNBC). Ces deux documents, présentés en début d’année, sont restés inchangés malgré la crise du coronavirus et les nombreux appels à construire un monde plus durable. Le pays ne relève pas ses ambitions climatiques pour être en ligne avec l’Accord de Paris.

Le gouvernement est pris en étau. D’un côté, le Medef lui demande de reculer sur la transition écologique pour faire face à la crise du coronavirus. De l’autre, des citoyens, des ONG, des entreprises et des climatologues lui demandent d’aller plus loin et de se saisir de l’occasion pour une remise à plat. Finalement, il est resté au milieu du gué. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour 2019-2028 et la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui fixe comme objectif la neutralité carbone de la France à l’horizon 2050, ont été publiées jeudi 23 avril au Journal officiel sans aucun changement majeur. Le pays continue de revoir à la hausse ses émissions de CO2 autorisés jusqu’en 2023 au lieu de les réduire.

« Tout en prônant qu’il veut bâtir un après coronavirus reposant sur le temps long, la sobriété, la prévention et la résilience, le gouvernement publie une feuille de route pour le climat et la transition énergétique reposant sur des objectifs insuffisants et qui ne comprend même pas les mesures nécessaires pour les atteindre. Comme d’habitude avec Emmanuel Macron et le gouvernement, il y a les paroles et les actes », dénonce Cécile Marchand, des Amis de la Terre. Ce sont « des textes écologiques structurants, qui impliquent la décarbonation de tous les secteurs d’activités et qui incarnent notre volonté intacte de poursuivre la transition écologique de notre pays », a au contraire tenu à souligner Elisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire.

I. Tout l’effort est concentré sur 2024-2028

Concrètement, l’Exécutif a choisi de relever le deuxième budget carbone de la France pour la période 2019-2023. En clair, cela va permettre à la France d’émettre plus de CO2 que prévu, alors que la tendance devrait être à la baisse. Dans le détail, ce budget carbone passe à 422 millions de tonnes de CO2 équivalent en moyenne par an, contre 398 millions prévus initialement en 2015. Il s’agit pour le gouvernement d’éviter un dépassement qui aurait pu atteindre les 6 % alors que le premier budget carbone avait déjà été dépassé de 3,7 %.

Cet ajustement est prévu pour être compensé au cours du troisième budget carbone, qui couvre la période 2024-2028. Celui-ci reste quasi inchangé par rapport à la première SNBC de 2015 à 359 millions de tonnes de CO2 équivalent en moyenne annuelle. Cela signifie qu’entre 2024 et 2028, il faudra baisser nos émissions de 63 millions de tonnes de CO2 équivalent, contre 41 millions prévus initialement, soit une baisse de 50 % supplémentaire. Un effort qui semble peu réaliste. À titre de comparaison, entre 2015 et 2018, nous avons réduit nos émissions de seulement 13 millions de tonnes.

La crise du coronavirus apporte des incertitudes supplémentaires. Si elle aura pour effet immédiat une baisse des émissions, estimées à 45 millions de tonnes de CO2 d’ici la fin de l’année en France, selon le Haut conseil pour le climat, un effet rebond est à craindre. « Ces réductions ne proviennent pas de changements énergétiques ou structurels, et donc seront vraisemblablement de courte durée, en fonction des mesures mises en place pour la sortie de crise et sa suite » expliquent les experts dans un rapport publié le 21 avril. Ils appellent dès lors à relancer rapidement certains secteurs comme la rénovation des bâtiments et les infrastructures de transport alternatif et ferroviaire.

II. 14 réacteurs fermés et construction de six nouveaux EPR.

De son côté, la Programmation pluriannuelle de l’énergie acte la baisse de la part du nucléaire à 50 % dans le mix électrique d’ici 2035 et la fermeture de 14 réacteurs. Le premier a déjà été arrêté en février, le second doit l’être le 30 juin. « Le principe général sera l’arrêt des 12 réacteurs (hors Fessenheim) au plus tard à l’échéance de leur cinquième visite décennale », précise le document, et « sauf exceptions, la décroissance du parc nucléaire ne devra conduire à l’arrêt complet d’aucun site nucléaire. » La PPE ouvre par ailleurs la voie à la construction de six nouveaux EPR.

Le texte prévoit également une baisse de la consommation finale d’énergie de 16,5 % en 2028 par rapport à 2012 contre 14 % dans les versions précédentes, ce qui va dans le bon sens. Reste que l’objectif est d’atteindre -20 % en 2030 et que le fossé va être également difficile à combler en seulement deux ans. Enfin, le gel de la taxe carbone, qui a donné naissance au mouvement des Gilets jaunes, est confirmé.  Il est précisé que « certaines [mesures] doivent être prises pour encourager les économies d’énergies et atteindre les objectifs climatiques, afin notamment de compenser le gel de la trajectoire de la taxe carbone initialement prévue ».

Concepcion Alvarez, @conce1

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