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Le retour du tragique : Pascal Perrineau.

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LE MONDE D’APRÈS. Replongerons-nous dans l’ancien monde ou sommes-nous en train d’ouvrir un nouveau monde ? C’est « à l’ampleur finale du désastre humain, mais aussi économique, social et politique », à « la manière dont les dirigeants de l’État et la puissance publique seront parvenus (ou non) à gérer la crise et sauront (ou non) en tirer les conséquences pour déjà se préparer à la suivante », à, « la façon dont chaque individu reconfigurera (ou non) son double rapport au temps et à l’espace », que Pascal Perrineau conditionne l’envergure civilisationnelle de cette épreuve de vérité. Mais aussi à une irrépressible leçon de l’Histoire : l’omniprésence du « tragique ». Leçon qui ramène l’Homme, enivré d’arrogance, de vanité et de pouvoir, prisonnier de son anthropocentrisme, à ce qu’il est réellement : infiniment petit et infiniment vulnérable, infiniment barbare lorsqu’il siphonne le progrès de son sens. « La violence de la pandémie rappelle que le tragique est propre à toute époque, passée et future ; elle rappelle que la maitrise définitive de notre environnement n’existe pas et à tout moment peut être défiée ; elle rappelle que les hommes sont l’agent premier de leur perte. Si ces rappels sur la fragilité sont intégrés par les gouvernants et les citoyens, les leçons de cette pandémie ne seront pas vaines », espère le politologue.

LA TRIBUNE – Question : Ce moment si particulier de début de confinement, comment l’éprouvez-vous intimement, comment l’interprétez-vous intellectuellement ? Je et nous vivons une expérience unique, nommez-vous, de « recentrage »…

Pascal Perrineau – Absolument. Recentrage d’abord sur le vital : nous essayons de prendre soin de nous et de veiller au soin de nos proches. Recentrage aussi sur l’essentiel : grâce à cette pause subite, grâce à cet arrêt du temps inédit, chacun d’entre nous est invité – dans la douleur pour ceux qui sont exposés à la solitude ou à la précarité – à se recentrer sur lui afin non plus de cultiver son individualité (et son individualisme) mais de préserver le collectif. Dans cette distinction fondamentale de destination, réside sans doute le caractère le plus neuf et le plus intéressant de ce confinement. Vivre soi avec soi pour mieux prendre soin de l’Autre.

Question : Cette réclusion et ce « recentrage » bouleversent notre double rapport au temps et à l’espace. Voilà « seulement » une dizaine de jours que nous l’éprouvons, en repérez-vous déjà des manifestations, des enseignements… et des bienfaits ? Qui n’a jamais éprouvé douloureusement que l’extraordinaire compression du temps, provoquée par les nouvelles technologies de communication, téléphone portable en tête, était devenue irrespirable ? Que la dictature des écrans et des réseaux sociaux embastillait nos consciences ? Que l’hyper-connectivité, tentaculaire et immédiate bloquait nos dispositions à penser, à flâner, à rêver, à imaginer, à « bien » décider ?

Ce rapport au temps et à l’espace ainsi ébranlé modifie la manière dont nous nous insérons dans notre espace de vie, et donc devrait modifier à terme notre propre rapport à l’existence. Voilà bien une dizaine d’années que nous nous questionnons sur ce temps qu’en effet téléphones portables, ordinateurs, et même désormais montres connectées( !), rendent si rapide, parfois même instantané. Le temps s’est affolé, il a façonné cette société du « bougisme » modélisée par le philosophe Pierre-André Taguieff, il entraine ce que le romancier Sylvain Tesson baptise « l’épilepsie du temps », et finalement le confinement nous donne l’opportunité de marquer un temps d’arrêt, de goûter les minutes et de mettre en place un éloge de la lenteur. Jusqu’à, en ce qui me concerne, perdre la notion des dates, l’ordre des jours et même des heures !

Quant à l’espace, il était il y a peu illimité. Nous « flottions » dans un espace qui avait pour horizon le monde, l’Europe, les pays visités ou traversés, et cela à partir d’un simple message électronique, d’une visioconférence, d’un voyage à toute allure en TGV ou encore d’un vol transatlantique. Sous le coup d’un arrêt immédiat des mobilités, notre espace de vie s’est soudainement réduit aux murs de l’appartement ou de la maison… Le voyage devient un « voyage autour de ma chambre » comme pouvait le décrire à la fin du XVIIIe siècle l’écrivain savoyard Xavier de Maistre, un des seuls voyages, écrivait-il « à l’abri de la jalousie inquiète des hommes« ..

Question : Or l’espace de vivre conditionne l’espace de penser. Des réclusions subies naissent parfois de lumineuses créations ; plus surement elles provoquent la contraction des horizons et donc ensommeillent l’imagination…

Je pense qu’il n’existe pas de règle universelle. Et peut-être d’ailleurs le paradoxe de ce confinement nous éveille à un nouvel horizon ; songez en effet qu’on nous demande et même nous impose de nous isoler aux fins de protéger autrui et de sauver la communauté. Ce grand écart concentre de formidables leçons sur et pour nous-mêmes, à la fois sur ce que nous sommes intrinsèquement et sur la manière dont nous construisions notre lien aux autres – les autres étant les humains bien sûr, mais aussi « tout » ce qui compose notre environnement, en premier lieu cette nature que nous consommons sans limite et pillons sans vergogne. Cette prise de conscience sera-t-elle éphémère, s’évanouira-t-elle aussi vite qu’elle a surgi une fois le confinement et la crise passés ? Ou au contraire sera-t-elle durable ? Replongerons-nous dans l’ancien monde ou sommes-nous en train d’ouvrir un nouveau monde ?

Pour marqueur de notre espace, reprendrons-nous l’infiniment grand ou au contraire nous tournerons-nous vers la proximité ? Et par exemple, lors d’une semaine de repos, continuerons-nous de nous envoler vers des iles lointaines ou préférerons-nous (re)découvrir la proximité familière : la campagne de son enfance, la mer des vacances d’été en famille… ? Seuls les faits, bien sûr, et le… temps le diront.

Question : Quel moment de la démocratie française traversons-nous ? Il y a quelques mois, vous publiiez Le grand écart (Plon), mettant en lumière l’état de santé dégradé de la démocratie française au crépuscule d’une année 2019 symptomatique. Fragmentée, écartelée entre des mécanismes (direct, avec les gilets jaunes ; participatif, avec le Grand débat national ; représentatif, avec le scrutin européen) qui peinent à dialoguer et à s’articuler harmonieusement, déstabilisée par la prise de pouvoir des réseaux sociaux et l’effacement, pour certains temporaires pour d’autres définitifs, de principes cardinaux sur lesquels elle fonde son efficacité – temps long, vitalité des corps intermédiaires, etc. -, cette démocratie est malade. Peut-on dès maintenant repérer les manifestations de l’épreuve, du défi auxquels l’expose la crise du Covid-19 ?

Quel système politique est le mieux adapté à la gestion d’un tel événement ? Cette question est au cœur des débats d’ordre politique. Et elle n’est pas close, car lorsqu’on fait un tour du monde des régimes politiques confrontés à la pandémie, il est difficile d’avoir une opinion tranchée et universelle. De la Chine aux États-Unis, du Brésil à la Russie, de l’Inde à l’Europe… la comparaison est délicate. Reste que le succès – pour l’heure – des méthodes chinoises peut laisser penser qu’au plus fort d’une telle épidémie, un régime centralisé, autoritaire, décrétant des mesures radicales qui prennent appui sur des dispositifs liberticides, peut sembler plus efficace qu’une démocratie « à la française ou à l’italienne ». Mais à y regarder de plus près, il faut constater que des démocraties comme celles de Corée du sud ou de Taïwan, affichent elles aussi des résultats tout à fait convaincants sans avoir tenté de travestir l’ampleur du mal épidémique au départ. Preuve que les démocraties, tout en maintenant une transparence, ne sont pas condamnées à être inefficaces. Donc les explications se trouvent davantage dans la stratégie des mesures mises en oeuvre que dans la nature du régime qui les déploie. Et plus encore peut-être, dans la singularité « culturelle ». En effet, qu’est-ce qui distingue, tendanciellement, les Chinois des Italiens, les Coréens des Français, les Japonais des Espagnols ? Leur disposition, naturelle ou héritée de leur histoire, de reléguer les droits des individus derrière les droits de la collectivité. Pour exemple, c’est officiellement au nom de « l’intérêt de tous » que Pékin ou Séoul tracent les téléphones portables et compriment « l’intérêt de chacun ». Personne ne s’en émeut. Imagine-t-on une telle acceptation en France ? Le degré de discipline sociale et politique d’une nation ainsi que sa sensibilité à l’intérêt de la collectivité sont décisifs pour distinguer les niveaux d’efficacité des différentes stratégies retenues.

Question : L’historien René Rémond avait daté la fin du XXe siècle au 11 septembre 2001. Parce que cette crise sanitaire est mondiale et durable, parce qu’elle est holistique et affecte tous les systèmes domestiques (politiques, économiques, sociaux, industriels), parce qu’elle nous plonge dans un inconnu ténébreux, parce qu’elle questionne le fonctionnement et donc l’avenir même – aussi bien politique qu’économique, aussi bien des échanges commerciaux que des déplacements humains, aussi bien de la gouvernance internationale que des modèles de consommation – de la mondialisation, ce qui s’est passé un jour, de si anodin, de si innocent, sur un obscur marché d’une mégapole chinoise pourrait-il marquer notre entrée dans une nouvelle ère ? Cette crise peut-elle même être civilisationnelle ?

Souvenons-nous de la crise financière de 2008 – 2009 ; combien de débats, de réflexions, de promesses ! « Plus rien ne sera jamais comme avant », avait prédit la communauté des experts et espéré une grande partie de la communauté humaine. La réalité est que le naturel avait repris son cours très vite, et que les acteurs de la finance avaient tout aussi aisément repris la main. Et rien, depuis, n’a profondément changé. Il existe, toutefois, une différence notable : cette pandémie menace l’essence même de ce que nous sommes. Notre vie. La vie de ceux que nous aimons. La vie de ceux qui composent notre cercle social, notre environnement professionnel, la vie de ceux, sans visage, que nous ne connaissons pas mais qui chaque jour participent, indirectement, à notre existence. Cette crise ne relève pas du matériel mais du vital. Cela modifie en profondeur le paradigme.

De l’ampleur finale du désastre humain, mais aussi économique, social et politique, de la manière dont les dirigeants de l’État et plus largement la puissance publique seront parvenus à gérer la crise et sauront en tirer les conséquences pour déjà se préparer à la suivante – depuis 1996 et la maladie de la vache folle, se sont succédé à un rythme de plus en plus élevé les épidémies SRAS, H1N1, Ebola, Zika -, de la façon, enfin, dont nous reconfigurerons (ou non) notre double rapport au temps et à l’espace, dépendra l’envergure civilisationnelle de cette épreuve de vérité.

« Les singularités culturelles selon les pays expliquent mieux que la nature des régimes, démocratiques ou autoritaires, les différences d’efficacité des stratégies de parade au Covid-19. »

Question : C’est criant aux États-Unis – au contraire de l’Allemagne, morcelée en länder – : le système fédéral, qui autorise la variété des mesures déployées pour faire face à la propagation du virus, montre ses limites à l’épreuve d’une telle crise. Variété synonyme d’hétérogénéité, d’anarchie, de hiatus délétères comme aux USA. La France, quant à elle, demeure écartelée par l’éternel déséquilibre entre la volonté de décentralisation et le dogme immuable de la centralisation…

En Allemagne, où le système de santé est mieux préparé qu’en France, pour l’heure l’efficacité de la parade n’est pas entravée – tout au contraire- par l’organisation fédérale.

Et celle-ci, parce qu’elle assure effectivement l’autonomie des territoires, permet même d’adapter les mesures aux réalités locales de la pandémie. Lorsque le système fédéral bénéficie d’une bonne coordination, il est performant.

Et cette réalité questionne les limites du schéma administratif français ; pour seul exemple, s’il avait été possible très tôt de décréter par les conseils départementaux des zones de confinement, peut-être aurions-nous mieux canalisé la propagation. Les écarts de fonctionnement d’une région à l’autre sont également éclairants. Ainsi le président de la Région Grand Est Jean Rottner – il est vrai médecin-urgentiste de profession – fait preuve d’un activisme, d’un sens de l’anticipation (il avait dès début mars alerté sur la dimension « terrible » de l’épidémie) et de l’initiative remarquables. Simplement, les pouvoirs des régions restent bien modestes…

Question : Au sein de l’Union européenne, l’examen des stratégies de riposte à la pandémie fait surgir une gestion erratique, décousue, désunie. Quoi de commun entre les mesures « de propagation immunitaire » en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas et celles de « confinement » en France et en Italie ? Même dans le domaine sanitaire, l’Europe est fracturée, avec le risque que la stratégie d’un pays soit plus tard jugée coupable d’un drame humanitaire chez son voisin. La faute en premier lieu aux pressions domestiques ? Un symptôme supplémentaire de l’extraordinaire difficulté de faire fonctionner un ensemble aussi disparate ? Comment l’expliquer alors qu’en 2008 cette même Europe avait su faire front commun à la crise financière ?

La différence fondamentale entre la gestion des deux crises à douze ans d’intervalle et le caractère effectivement décousu au sein de l’Union européenne quant à la réponse au Covid- 19 tiennent à la spécificité des compétences : celles de l’économie et des finances sont une réalité européenne, celles de la santé demeurent presque totalement domestiques. D’ailleurs, dans quel domaine du traitement de la crise du Covid-19 l’Europe peut-elle légitimement intervenir ? L’économie et la finance, avec les mesures immédiates de la Banque centrale, qui dès le 19 mars débloquait 750 milliards d’euros dédiés au rachat de dettes publiques et privées. En revanche, dans le domaine strictement sanitaire, elle est démunie.

Il semble évident que cette disharmonie devra être analysée une fois la crise passée, afin que demain une toute autre coordination des stratégies nationales sanitaires (stocks, équipements, approvisionnement des médicaments, recherche) s’instaure. Pourquoi ce qui fonctionne dans les domaines agricole, économique (marché unique, monnaie) ou encore de la pêche ne pourrait s’appliquer à la santé.

 » Avant, la mondialisation était objet de doutes, maintenant elle est objet de peurs »

Question : De la manière dont, au final, l’UE aura géré la pandémie pourrait dépendre en partie son avenir. Mais aussi l’avenir, ou plus exactement la prospérité des formations politiques nationalistes, souverainistes, europhobes, et plus largement populistes, dont l’audience repose en partie sur l’exploitation des peurs individuelles, et des dysfonctionnements de l’Institution ?

 

La désorganisation de la puissance publique, la thématique des frontières, la gestion des vagues migratoires participent au « fonds de commerce » commun de ces formations politiques ; la catastrophe sanitaire, économique et sociale qui s’annonce viendra renchérir cette audience. Dans quelle proportion ? Nul ne le sait encore.

L’autre sujet au cœur des dénonciations populistes et qui aujourd’hui est ouvertement mis à l’index, est la mondialisation. Et plus précisément l’appel à la dé-mondialisation, l’un des « chevaux de bataille » populistes. La « mondialisation heureuse » n’est pas au rendez-vous, elle est très imparfaite, elle dysfonctionne gravement, et maintenant elle favorise le péril humain : voilà l’impression générale que révèle ce « moment » de notre époque. Avant, cette mondialisation était l’objet de doutes, maintenant elle est objet de peurs. De ce nouvel état des lieux pourrait surgir un profond clivage entre partisans de l’ouverture et disciples de l’enfermement, ces derniers pouvant tirer profit (électoral) d’une focalisation des débats politiques sur ce thème de la (dé)mondialisation.

Question : Vous connaissez avec précision la démocratie américaine – vous enseignez chaque année les sciences politiques au Middleburry College (Vermont). Le géo-politologue et directeur de l’IRIS Pascal Boniface estime que sa gestion de la crise sanitaire, surtout si elle produit une déflagration humaine, économique, industrielle, boursière et sociale, pourrait affaiblir de manière rédhibitoire le « candidat » Trump. On sait les comportements de vote, le mécanisme des élections, la cartographie électorale aux États-Unis extraordinairement singuliers vus de France, on sait l’électorat de Donald Trump lui-même très typé, on sait aussi les fragilités et les atouts de son très probable rival Joe Biden : quels faits saillants de cette crise pourraient précipiter ou au contraire enhardir la candidature de l’actuel Président ?

L’approximation et l’amateurisme dont on peut qualifier l’action des dirigeants populistes européens siéent de manière spectaculaire à Donald Trump. Sa popularité repose sur le retour de la croissance, l’économie prospère, le réveil de l’emploi. Nonobstant les dégâts collatéraux – inégalités criantes, déficit public et endettement abyssaux, destruction de l’environnement -, pour l’heure sa politique lui assure une audience certaine. Il est évident que les effets planétaires et domestiques de la crise vont substantiellement affecter ce bilan. Il est tout aussi évident qu’il en paiera alors un prix électoral – sans pour autant qu’on puisse pronostiquer avec certitude sa défaite en novembre, tant l’avenir est aujourd’hui illisible et instable.

N’oublions pas que Donald Trump a toujours été bien plus le « symptôme des » que la « réponse aux » colères et inquiétudes des Américains. Et sa popularité comme la surprise de sa victoire ont eu pour ferment cette confusion. La question est de savoir si dans ce contexte inédit et sans visibilité, il demeure, pour ses électeurs, le symptôme de leurs malaises. Quand je découvre les files d’attente au seuil des armureries, je me dis que politiquement il n’est pas mort…

« L’Occident est aujourd’hui focalisé sur « ses » démocraties. Il ferait bien de s’occuper des autres parties de monde. Car dans certains pays, la tentation d’une réponse autoritaire s’imposant à la démocratie est grande. »

 

Question : La photographie planétaire des démocraties offre un vaste nuancier. Qu’il s’agisse de leurs constitutions, de leur histoire, de leur interprétation de l’autorité, de leur capacité à dévoyer les libertés, de leur exposition à des vulnérabilités spécifiques et locales, et de l’identité de leurs hiérarques actuels, ces démocraties sortiront affaiblies ou renforcées par la crise. Déjà maintenant, du Brésil de Bolsonaro à l’Inde de Modi – pays « explosif » s’il en est, par l’extrême pauvreté, l’incandescence des divisions religieuses, son voisinage avec les « ennemis » chinois et pakistanais, et l’arme nucléaire -, la tentation d’instrumentaliser le chaos et le besoin viscéral de sécurité aux fins de durcir l’exercice du pouvoir se manifeste. Des démocraties « éclairées » pourraient même sombrer dans la démocrature ou l’illibéralisme. Peut-on dresser un panorama des situations les plus vulnérables ?

Les démocraties assises sur un (appareil d’) État défaillant, reposant sur une puissance publique faible, disposant d’infrastructures de protection sociale, en en premier lieu de santé, inadaptées, sont les plus exposées. La tentation de la réponse autoritaire pourrait être grande, notamment en Amérique latine et centrale ; depuis plusieurs mois, de la Bolivie au Chili, des régimes démocratiques sont malmenés et fragilisés, d’autres étaient en dictature il n’y a pas si longtemps (Argentine), d’autres encore ont à leur tête des dirigeants qui potentiellement pourraient se saisir du cataclysme pour museler le pouvoir – effectivement, Jair Bolsonaro est de ceux-là. Il faudra être très attentif à l’évolution de la situation en Inde, plus largement en Asie du sud-est (Bangladesh, Philippines…) où la densité démographique et la pauvreté offrent un taux de pénétration potentiel du virus important. Et bien sûr en Afrique, ce continent si vulnérable et dont on parle si peu. L’Occident est aujourd’hui focalisé sur « ses » démocraties, il ferait bien de se préoccuper des autres parties du monde.

Pascal Perrineau est professeur des Universités à l’IEP Paris, et a dirigé son centre de recherches, le CEVIPOF, jusqu’en 2014. Il est l’auteur, notamment, de Le grand écart. Chroniques d’une démocratie fragmentée (Plon, 2019).

N°1/2 paru le 30 Mars 2020 dans La Tribune. Propos recueillis par Denis Lafay.

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Le Centre de recherches politiques de Sciences Po (anciennement Centre d’études de la vie politique française, l’acronyme CEVIPOF étant toujours employé malgré le changement de dénomination en 20031) est une unité mixte de recherche sous la tutelle de l’IEP de Paris (Sciences Po) et du CNRS2,3,4.

Créé en 19602 par Jean Touchard1, et associé au Centre national de la recherche scientifique depuis 19685, le Centre de recherches politiques de Sciences Po a pour but l’analyse de la sociologie politique et électorale, de la sociologie de l’action publique1.

En 2007, le CEVIPOF avait un effectif de 158 personnes, dont des chercheursenseignants-chercheurs, ingénieurs techniciens et doctorants1. Son directeur est Martial Foucault depuis le 4 février 20146, et son secrétaire général, Madani Cheurfa[réf. souhaitée]. Les années précédentes, il a été dirigé par Pascal Perrineau de 1991 à 20132, et par Annick Percheron de 1987 à 19917.

En janvier 2013, l’universitaire Alain Garrigou estime sur son blog du Monde diplomatique que le laboratoire serait idéologiquement « très à droite »8.

Les professions de foi et bulletins de vote des élections législatives de la Ve République conservés au CEVIPOF ont été numérisés en partenariat avec la bibliothèque de Sciences Po et sont disponibles en ligne sur Internet Archive9,10.

 

 

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