Société

Pour un nombre croissant de personnes, le week-end est un désert émotionnel où l’interaction est minimale et la vie sociale inexistante. Que peut-on faire pour briser ce cycle toxique?

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Ce samedi matin, Pierre s’est rendu au supermarché. Il a ramené ses achats chez lui et s’est occupé de sa lessive et de son repassage. Dans l’après-midi, il a parcouru quelques magasins de disques et plus tard, il a cuisiné lui-même le dîner ; toujours quelque chose d’aventureux un samedi soir. Ensuite, il s’est connecté à Netflix. Et pendant toutes ces heures, en commun avec beaucoup de samedis de Pierre, sans parler de ses dimanches, il n’a eu aucune interaction significative avec un autre être humain. « La seule personne à qui j’ai parlé », dit-il, « était la dame qui est venue contrôler mes bouteilles (consignées) de bière au supermarché. »

Pendant la semaine, Pierre, 62 ans, est trop occupé pour être seul. Son trajet de Brighton à Londres signifie que sa vie professionnelle est «un tunnel» dans lequel il entre le lundi et sans lumière du jour avant le vendredi. Mais juste au moment où Pierre réapparaît, il est entravé par un sentiment écrasant de solitude. Au lieu de fournir un répit au stress de la vie de bureau, une chance de renouer avec la famille et les amis, le week-end se profile comme un vaste désert émotionnel et social qui doit être traversé avant que le travail ne reprenne.

Pierre redoute le week-end. Mais il est loin d’être le seul dans ce domaine. Il est l’un des quelque 200 répondants, de Falmouth à Jakarta, qui ont répondu à une demande sur le site Web du Guardian pour que les lecteurs partagent leur expérience de la solitude du week – end . Le plus jeune répondant avait 16 ans, la plus âgée la soixantaine, et entre eux, la douleur et l’isolement se sont reproduits en d’innombrables itérations.

Malgré tout cela, le phénomène de la solitude du week-end est à peine étudié. « Ce n’est pas quelque chose qui a fait l’objet de recherches du tout », explique Pamela Qualter , professeur de psychologie de l’éducation à l’Université de Manchester. Elle a dirigé l’expérience de solitude de la BBC l’année dernière et «a constaté qu’il ne semblait pas y avoir d’heure [ni] de saison où les gens se sentaient particulièrement seuls. Mais nous n’avons pas posé de questions sur le week-end». À quoi ressemble donc la solitude du week-end, qui en fait l’expérience – et que pourrait-on faire pour y remédier?

«Nous définissons la solitude comme la différence entre l’espoir de ce à quoi devrait ressembler la vie, et la réalité», explique Kellie Payne, responsable de la recherche et des politiques à la Campagne pour mettre fin à la solitude. Pour ceux qui éprouvent la solitude principalement – ou seulement – le week-end, cette différence douloureuse est intensifiée par le sentiment d’être en contradiction non seulement avec le monde extérieur, mais avec son soi capable et sociable en semaine.

Une division personnelle et interne émerge. Lise a 41 ans, un travail enrichissant et une famille à proximité – mais elle vit deux vies. «Dans la semaine, je suis une personne satisfaite et épanouie. Le week-end, je me sens comme une paria solitaire », dit-elle. De plus en plus, elle se retrouve en décalage avec son groupe social où elle vit dans le Somerset. Elle gère sa propre entreprise de formation à domicile, donc les jours de semaine sont occupés. Mais c’est exactement le moment où ses amies mariées veulent se rencontrer pour un café « et se plaindre de leurs maris ».

Lise aimerait aussi voir ses amies le week-end, mais quand samedi viendra, «ce n’est pas exprimé ainsi – mais c’est comme si elles m’avaient fermé leurs portes. Les week-ends sont réservés aux couples. Il serait inouï de m’inviter à un dîner, car je suis célibataire », dit-elle. «Je me réveille un samedi et je me sens déprimée. C’est une lutte pour me sortir du lit si je n’ai rien de prévu. »Quand lundi se lève, « c’est toujours un soulagement ».

Pour Lise, la solitude du week-end est exacerbée par un sentiment supplémentaire et douloureux qu’elle est non seulement seule mais en lock-out – « bannie du week-end », comme elle le dit. Entre lundi et vendredi, elle aime son quartier, mais le week-end, les rues et les parcs semblent se transformer. Ils deviennent interrogateurs, interdits, au point que Lise se demande si elle a «absorbé» la solitude de son environnement, désormais plein de couples, de familles, de groupes.

«Ce qui m’intéresse, c’est que je vais m’asseoir toute seule dans un café la semaine», dit-elle. Mais ce même café le week-end est un espace dans lequel elle ne peut pas entrer. Même promener le chien prend une tournure différente. «Je ne m’en rends pas du tout compte pendant la semaine» – mais un dimanche matin, la même promenade est extrêmement triste.

«En tant que psychologues, nous parlons de l’auto-miroir», explique Mme Qualter. «Comment vos sentiments à votre sujet sont influencés par la façon dont vous pensez que les autres vous voient. L’espace public change, devient occupé par d’autres personnes… Ce n’est plus votre espace. Vous vous sentez mal à l’aise parce que vous n’êtes pas en forme. »

«J’entends beaucoup cela», explique Sally Brown , coach de vie et conseillère. «C’est comme si les gens avaient deux personnages. Le personnage en semaine est occupé et confiant. Mais le personnage du week-end est perdu et vulnérable. »

Mais Lise projette-t-elle vraiment sa solitude sur les autres et imagine-t-elle la façon dont ils la voient – ou la société perçoit-elle les gens qui sont seuls d’une manière trop prévisible? Pierre croit qu’il passe ses week-ends à Brighton sans être dérangé car il est considéré comme un excentrique inoffensif. « Le célibataire est quelque chose d’un inadéquat social, mais acceptable », fait-il remarquer.

Une personne qui entre seule dans un espace public sera souvent perçue comme ayant été laissée seule. Marc a 32 ans et est récemment revenu à Londres après quelques années de voyage. Se rendant au pub pour regarder le match de football un week-end, il s’assied à une table vide pour six. Le pub se remplit rapidement. Mais Marc reste assis seul et sans être dérangé pendant 20 minutes avant que quiconque ne demande s’il peut prendre l’une des cinq places libres autour de lui. «Je suppose qu’ils pensent que vous allez amener des personnes supplémentaires, ou que vous êtes bizarre», dit-il avec ironie.

Sally Brown, qui voit de nombreux clients dans la trentaine et la quarantaine, pense que cette déconnexion est «liée à ces périodes de transition où votre groupe de pairs peut être passé à une étape que vous n’avez pas encore atteinte». Et, bien sûr, que vous pourriez ne pas souhaiter atteindre. Les amis de Marc, comme ceux de Lise, sont pour la plupart en couple. «Cela peut arriver très rapidement. Tout d’un coup, votre groupe n’est plus là. Vous êtes une amitié de second rang, reléguée aux soirs de semaine. Vous n’êtes pas dans le dîner des couples ou la scène de jeu. Vous commencez à manquer de confiance dans la connexion, donc vous hésitez de plus en plus  à proposer  des choses. Vous supposez que vous n’êtes pas le bienvenu le week-end et vous vous retirez… Cela devient un cercle toxique. »

La conviction de Mme Brown que la solitude du week-end découle des « transitions de la vie » suscite un écho chez Kate. À 61 ans, son expérience de vie est un changement de type différent de ceux de Marc ou Lise. Kate se voit passer «de la maternité à la vie de célibataire». Elle utilise le mot «transition», surtout lorsqu’elle se rappelle, alors qu’elle est assise seule le samedi soir, qu’elle a bien élevé ses filles, que la solitude n’est qu’un autre défi à surmonter.

Kate, qui vit à Cardiff, a deux filles adultes qu’elle a élevées seule. Ses semaines sont occupées par le travail et les amis, et parfois ses enfants, s’ils se trouvent à proximité. Mais ses week-ends, comme ceux de Pierre, sont «très longs et calmes… Je n’utiliserai pas ma voix et ne parlerai à aucun autre humain avant lundi».

Pour Kate, le silence du week-end est enveloppé dans une autre sorte de silence. Elle ne peut parler de sa solitude à personne, surtout à ses enfants.

«Ils seraient dévastés», dit-elle. «D’une certaine manière, promouvoir leur éducation, les encourager à être social et confiant… s’est fait à mon détriment.  Plus elles se réalisent, plus elles s’éloignent de chez elles. Mais je ne changerais rien, car c’était mon devoir de mère. »

Sept fois au cours d’une conversation d’une heure et demie, Kate craint que le fait de partager sa solitude avec ses enfants ne les «accable». Le mot semble plus lourd à chaque fois qu’il est posé.

Alors que le silence protège ses filles et préserve leur conscience de Kate, et l’opinion que Kate a d’elle-même, en tant que «forte et capable, quelqu’un à qui parler», cela aggrave son éloignement. Bien qu’elle échange des messages WhatsApp avec les deux enfants chaque week-end, ceux-ci semblent n’avoir aucun impact sur l’isolement sous-jacent de Kate.

Elle a une «relation merveilleuse» avec ses deux filles, mais leur proximité aggrave la douleur – car comment ne peuvent-elles pas voir?

Je demande si les filles de Kate  lui ont jamais demandé ce qu’elle avait fait le week-end, et Kate a dit qu’elle se posait également des questions à ce sujet. Non, elles ne le font pas. «À un certain niveau – pas consciemment – elles sont inquiètes de la réponse.» En attendant, l’absence de ses enfants pèse «comme un deuil» et la solitude frappe plus durement à certains moments prévisibles.

Tout comme Pierre s’assoit pour son « dîner aventureux », ramasse ses couverts et se sent instantanément seul – malgré ses efforts dans la cuisine – alors Kate se met aux « fourneaux ».

Elle est à l’extrémité opposée du spectre culinaire de Pierre. «L’un de mes plats préférés ce sont deux œufs durs et un morceau de pain grillé», dit-elle. C’est un repas roboratif classique que Kate apprécie régulièrement. Mais le week-end dernier, elle s’est assise, a cassé  un œuf, «et pensé : ‘Je ne peux pas le faire.’ J’ai concocté ce repas tellement de fois, je ne peux tout simplement pas le manger. » Elle a jeté la nourriture dans la poubelle.

Kate approche de la retraite. « Mais l’idée d’être à la retraite est horrible – parce que tous les jours seront comme des week-ends. » Alors, que peut-elle faire, elle ou tout autre, pour essayer d’endiguer sa solitude du week-end?

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L’idée d’être à la retraite est horrible, alors tous les jours seront comme des week-ends.

Sarah, qui a 44 ans et habite dans le  Surrey, se pose cette question. «Que peut-on faire pour atténuer sa solitude? Nous avons tous du mal. Tous ceux que je connais ont moins d’argent à dépenser. »Elle aussi est monoparentale; et comme sa fille, 18 ans, devient plus indépendante, Sarah se sent de plus en plus seule le week-end. «Ce qui exacerbe la solitude, c’est que je suis une personne très sociable», dit-elle.

Pour lutter contre cela, elle se maintient dans un état de disponibilité perpétuelle pour les invitations de dernière minute. «C’est bien d’être vu comme quelqu’un qui dira oui – parce qu’on vous le redemande. J’ai eu beaucoup de chance d’être une personne d’urgence plus d’une fois », explique Sarah. Elle est consciente que cela ne marche pas pour tout le monde.

Elle a remplacé sa meilleure amie lors d’un voyage avec le mari de son amie au Cinéma Secret (expérience immersive et inédite pour le public londonien. Dans un lieu tenu secret jusqu’au dernier moment, le Cinéma Secret recrée l’univers des longs métrages à 360 degrés en brisant la frontière entre spectateurs et acteurs).

 «Il y a une sorte de plus-value à être un couple», dit-elle. «C’est le mot que je veux utiliser – une plus-value qui fait que les couples sont plus recherchés dans des situations sociales.» (Inversement, bien sûr, le coût de la vie est aussi plus bas pour eux.) De même, être disponible à la dernière minute représente une sorte de dévaluation personnelle ?

«Je pense que c’est juste à dire», dit-elle. «Je préférerais de loin être avec quelqu’un. Mais j’apprécie vraiment quand je suis incluse. J’aime cela. Je pense qu’il est important d’être la personne qui dit: « Oui, bien sûr, je peux m’asseoir à côté de qui que ce soit. » »

Sarah et moi parlons un samedi après-midi. Si elle n’était pas en train de me parler, dit-elle, elle rédigerait un e-mail ou ferait le ménage. Elle a une positivité naturelle et une voix brillante qui dément la tristesse qu’elle ressent lors de ses week-ends les plus solitaires. Si sa fille va à l’université l’année prochaine, les week-ends et les jours de semaine seront encore plus tranquilles. Comme Kate et Pierre, Sarah est consciente du changement de vie qui se profile.

Elle élabore donc tranquillement des plans – pour se déplacer, peut-être, en fonction des mouvements de sa fille. Et en attendant, elle propose de faire du babysitting pour des amis, espère une révolution des loisirs pour les célibataires, et dit oui à autant d’invitations que possible.

«Il s’agit de garder les lignes de communication ouvertes et d’initier», explique Sally Brown, le coach de vie. Certains de ses clients ont résolu leurs vies fragmentées en ajoutant de la structure à leurs week-ends. La solitude crée la passivité dans les amitiés, prévient Mme Brown. «Il y a un sentiment de «je ne peux pas y arriver… il faut que ça vienne à moi »», ce qui peut rendre les gens qui sont seuls,  moins enclins à faire un effort.

Avec certains clients, Mme Brown a cartographié sur papier leurs cercles et groupes sociaux. «C’est incroyable le nombre de personnes qu’ils rencontrent.» «L’approche proactive» des autres consiste à cultiver des repaires réguliers (car être entre collègues réguliers permet de se sentir un peu comme entre amis) et assister à des groupes ou des clubs via le site Web Meetup.

« Ce voyage peut impliquer une solitude supplémentaire si vous trouvez un groupe avec lequel vous ne vous adaptez pas », prévient Brown. Je pense à Pierre, qui a abandonné un groupe de marche après qu’une femme lui ait reproché de se décrire comme «un triste vieux célibataire». («Tu ne dois pas dire ça», lui dit-elle. «Tu dois dire que tu es seul et heureux.») Ou Kate, attendant que ses enfants lui demandent ce qu’elle a fait le week-end. Ou Marc, qui juge parfois les Meetups comme «un groupe de gars solitaires et désespérés».

«La question, c’est de décider ou non de continuer», conseille Mme Brown. « Si après deux semaines vous ne vous connectez pas, passez à autre chose. » La solitude est complexe, note-t-elle. «Cela peut avoir un impact sur ceux qui ont soif de temps après une semaine de travail» ; un double lien dans lequel la société est à la fois un baume et un obstacle.

Pierre, par exemple, avait l’habitude de faire du bénévolat, mais, dit-il, «cela a réduit le peu de temps que j’avais le week-end», ce qui me fait soupçonner qu’en plus de rechercher le contact, il chérit également son temps seul. «Les gens parlent de la différence entre être seul et se sentir seul», dit-il. « Je suis la balle de ping-pong au milieu de tout cela. »

Pendant ce temps, Kate pense à accueillir des enfants. Lorsque Pierre prendra sa retraite, il pourrait voyager au Royaume-Uni et explorer un nouveau continent culinaire : le véganisme. Lise a élargi son groupe d’amis, en «rencontrant de nouvelles personnes qui ne sont pas totalement engagées dans une histoire de couple». Marc envisage de déménager dans un quartier plus vivant de Londres. Et Sarah se rappelle, lors de ses samedis soirs les plus solitaires, lorsqu’aucune invitation de dernière minute ne se matérialise, «de regarder tous les points positifs. C’est vraiment difficile, mais il y a pire que l’isolement, c’est d’accepter la solitude. »

Certains noms et détails personnels ont été modifiés.

Paru dans Le Guardian le 16 janvier 2020.

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Actualités & News·Economie

Légion d’honneur et BlackRock

Bonjour à toutes et à tous et meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2020.

Par cet article, je souhaite commencer l’année en revenant sur la polémique née par la nomination au grade d’officier de la Légion d’honneur du patron de BlackRock France : le haut fonctionnaire Jean-François Cirelli.

Mais pourquoi cette décoration a-t-elle tant fait polémique en cette période de réforme des retraites?

Et bien, selon l’opposition et certains syndicats, BlackRock en tant que société d’investissement tenterait d’influencer le gouvernement pour faire basculer notre système de retraite par répartition en un système par capitalisation (système similaire à celui utilisé au USA par exemple). Et cette « décoration » est dénoncée telle une récompense décernée par l’exécutif à un « fond de pension américain » (je cite).

En réponse à ces accusations, la filiale française s’est défendue en publiant un communiqué contredisant et précisant son absence de participation (quelle qu’elle soit) à cette réforme d’ampleur.

Je termine par présenter un peu plus ce géant méconnu de la finance.

BlackRock, société américaine, propose ses services dans plusieurs grands domaines :

  • l’investissement (gestion de fonds : 11,6 Mds de $ en 2018)
  • le conseil des Etats et des entreprises du secteur financier
  • les services technologiques : droit d’utiliser sa gigantesque base de données

 

(sources : leparisien.fr => Blackrock  ; medium.com => Blackrock et les ETFs)

 

Revue de Presse·Société

Il y a toujours de bonnes raisons pour faire quelque chose de mal.

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Le réalisateur et écrivain allemand Chris Kraus publie son quatrième roman, le premier en France, intitulé « La Fabrique des salauds », une vaste fresque historique.  Il y dépeint le déclin d’une époque, et la naissance, brutale, de la suivante. Et surtout, la capacité de l’homme à s’enfoncer dans l’horreur…

Q. Votre livre est inspiré de l’histoire familiale. Pourquoi en avoir fait un roman ?

Réponse : « Au départ, il y a un livre familial, publié uniquement pour la famille, qui n’expose que des faits pour la période 1905 – 1945. Or, mon grand-père a travaillé pour les services secrets de la S.S. du troisième Reich, avant de travailler pour la C.I.A. – comme le héros du livre. Je voulais traiter de cette thématique à travers la fiction. »

Q. Bien plus que la Seconde Guerre Mondiale, vous abordez la guerre froide, cette « irruption soudaine d’un nouveau monde »…

Réponse : « Oui, j’étais confronté, avec l’histoire familiale, à la continuité entre le nazisme et la R.F.A. J’ai voulu montrer comment, jusqu’à aujourd’hui, le passé continue à influencer le paysage politique de l’Allemagne ».

Q. Pourquoi vous être arrêté en 1974 ?

Réponse : « Déjà parce que j’avais atteint 900 pages ! j’aurais pu continuer jusqu’aux meurtres de la NSU (un groupe terroriste allemand d’extrême droite, qui a sévi de 2000 à 2011, NDLR), où tout le monde avait travaillé avec Gehlen, ex-officier de la Wehrmacht et… fondateur des services secrets allemands. Mais aussi parce que les attentats de 1972 aux J.O. de Munich et ceux de 1974 (commis par la Fraction Armée Rouge, NDLR) m’offraient une fin dramatique parfaite.

Q. Chez vos « salauds », il n’y a jamais de repentance…

Réponse : « Oui, c’est le point qui m’a le plus choqué dans ma famille. Mon grand-père, qui avait été membre des Einsatzgruppen, (les escadrons de la mort nazis, NDLR) n’a jamis montré le moindre regret. Ses frères non plus, ses amis non plus… C’est ce que je comprends le moins. C’était pourtant un homme qui avait une conscience, qui éprouvait des émotions, qui avait de l’amour pour sa famille… Et je me suis demandé « comment on devient un monstre ». Comment on peut toujours justifier ce qu’on fait de mal. Mais d’après mes recherches, les criminels n’ont pas de mauvaise conscience : il y a toujours de bonnes raisons pour faire quelque chose de mal. j’ai cherché des explications psychologiques. L’humain a développé des mensonges pour tromper son intelligence. C’est un phénomène d’autoprotection, qui conduit à se protéger contre ce qui est insupportable. Nous trompons nous-mêmes notre intelligence sur la vérité ».

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Q. La vision de la famille que vous présentez n’a rien d’un refuge…

Réponse : « Non, … en tant que romancier, on se sert de son vécu, et ma famille n’était pas un sanctuaire ! Cela m’a donné la liberté de n’avoir aucun compte à lui rendre. ma famille n’avait rien du refuge, plutôt une structure menaçante. D’ailleurs, on rejetait les gens qui venaient de l’extérieur. Dans les familles autoritaires, si on ne correspond pas au modèle, on est éjecté ».

Q. Vous en a-t-elle voulu d’utiliser l’histoire familiale ?

Réponse : « Les réactions ont été très diverses. je fais partie d’une famille nombreuse.  La seconde génération, celle de mes parents, a exprimé un rejet total, absolu, du texte. En revanche, ma génération, celle de mes cousins, a été reconnaissante d’avoir parlé  des secrets jusqu’ici cachés sous le tapis. Dans une famille nazie, on a souvent beaucoup réprimé la vérité, et évité qu’elle sorte ».

Q. Et vous-même, comment avez-vous régi en découvrant l’histoire de votre famille ?

Réponse : « C’est difficile, parce que les sentiments changent tout le temps. On passe par l’horreur, le refus de la vérité, on se découvre un zèle d’enquêteur pour trouver des réponses. J’ai ressenti un mélange d’effroi, de dégoût, mais aussi d’affection pour un grand-père aimant. Il y a ausi des sentiments positif : en dépit des conflits, cette histoire a provoqué l’aide des cousins ».

Q. Vous en avez parlé de vive voix avec votre grand-père ?

Réponse : « Mon grand-père est mort en 1989, avant la chute du Mur de Berlin. mais je n’ai appris qu’en 2000 son passé meurtrier. je l’avais aidé, pourtant, à rédiger ses mémoires… mais il avait choisi des mots à la limite du mensonge. Il n’a jamais écrit des choses vraiment fausses, mais a usé d’ellipses…. C’était codé. Par exemple : « Je ne pouvais pas éviter de participer à des expéditions punitives ». Il y avait des expressions comme « corvée de bois » – la même expression qui désignait les exécutions sommaires perpétrées pendant la Guerre d’Algérie. Il s’était débrouillé pour que, d’une certaine façon, la lecture de ses mémoires reste « clean ». j’aurais dû le comprendre tout de suite… mais je crois que ne voulais pas voir la vérité en face ».

Q. On a beaucoup comparé vote livre aux Bienveillantes de Jonathan Littell…

Réponse : « C’est un compliment pour moi. Ce livre m’a passionné. A l’époque de sa sortie, rien n’avait encore été écrit sur ce thème et de ce point de vue. J’ai aimé sa manière de mettre en scène un personnage, mais aussi un climat, avec un mélange de froideur et de rationalité. En Allemagne, son livre avait été très mal accueilli. On redoute de rendre les criminels trop humains, et ainsi de minimiser leurs actes. Sans surprise, mon livre a provoqué les mêmes réactions, le même scandale ».

Q. Que vous inspire la montée des populismes, voire des néonazis, en Allemagne, en Europe ?

Réponse : « C’est terrible, parce que c’est justement ce qu’on a essayé d’éviter, en martelant « plus jamais çà ». On a essayé au maximum de le faire passer à l’école, dans les média. Mais peut-être qu’on a trop diffusé ce message de façon officielle. On aurait plutôt dû pousser les gens à faire des recherches sur leurs proches. Il peut y voir une contradiction entre l ‘histoire officielle et le passé des familles. Je ne suis pas surpris par la montée du populisme. La meilleure preuve, c’est qu’à l’Est, où le pouvoir était communiste, le fascisme est encore plus fort. Les gens oublient vite le passé, et sont prêts à suivre tous les enchanteurs. En France, on a le même problème… »

Propos recueillis par Joël Carassio  – L’Entretien du Dimanche, « édition du 5 janvier 2020 – Le Bien Public.

Ouvrage : « La Fabrique des salauds’, éditions Belfond.

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BIO EXPRESS :

1963 : naissance à Göttingen (Allemagne de l’Ouest).

1991 – 1998 : étudie à l’académie allemande du film et de la télévision.

2006 : réalisateur, scénariste te écrivain, il connaît un grand succès avec Quatre minutes, un drame carcéral, qui collectionne les prix.

2017 : réalise The Bloom of Yesterday, avec Adèle Haenel.

2019 : Publie en France La Fabrique des salauds, son quatrième roman, sélectionné pour le Prix Fémina étranger.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Economie·Prospective

INSEE Conjoncture N°21

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Au 3e trimestre 2019, nouveau recul de l’emploi et hausse du chômage en Bourgogne-Franche-Comté.

L’emploi salarié est en baisse en Bourgogne-Franche-Comté pour le deuxième trimestre consécutif. Industrie, tertiaire marchand et non marchand  sont en repli, comme l’intérim. Seule la construction est stable ce trimestre. Le chômage, à l’inverse de sa tendance sur longue période, augmente de 0,2 point. Du côté de l’entreprenariat, le nombre de créations est en nette hausse pour les micro-entreprises et les entreprises « classiques », en particulier dans l’industrie. Le nombre des défaillances d’entreprises décroît. Comparé à l’an dernier, les demandes de permis de construire sont en forte baisse alors que les mises en chantier sont plus nombreuses. La fréquentation hôtelière diminue légèrement contrairement à celle des campings qui augmente fortement.

Amandine Ulrich, Guillaume Volmers (Insee)                                                                   Rédaction achevée le 30 décembre 2019 

1. Baisse amplifiée de l’emploi salarié régional 

Au troisième trimestre 2019, la Bourgogne-Franche-Comté compte 966 800 salariés. L’emploi salarié se replie de 0,2 %, davantage qu’au trimestre précédent (figure 1). Il baisse également en Normandie et Centre – Val de Loire. Pour le deuxième trimestre consécutif, l’emploi salarié privé perd 0,2 % de ses effectifs. L’emploi public, en hausse au trimestre précédent, se stabilise. Au niveau national, l’emploi salarié croît de 0,2 %, sur le même rythme qu’au deuxième trimestre. Le secteur public voit néanmoins sa progression légèrement ralentir à + 0,1 % contre + 0,2 % au trimestre précédent. 37 000 personnes résident en Bourgogne-Franche-Comté tout en occupant un emploi en Suisse. Il s’agit du sixième trimestre de hausse consécutif. L’augmentation, de 1 %, est moins marquée qu’au trimestre précédent.

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2.Tous les grands secteurs en repli excepté la construction.

Dans la région, la situation de l’emploi se dégrade dans les services non marchands avec 220 emplois perdus ce trimestre contre une forte hausse de 1 060 au précédent. Il en va de même dans le commerce qui perd davantage d’emplois ce trimestre. Dans l’industrie, les services marchands hors intérim, le repli se poursuit, même si celui-ci est moins prononcé qu’au deuxième trimestre. La construction reste stable ce trimestre. Sur un an, ses effectifs progressent de 0,5 % (figure 2).

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Dans la région, l’information-communication est, de loin, le sous-secteur le plus dynamique ce trimestre, + 1 %, devant les services aux entreprises, + 0,1 %. L’hébergement restauration a la meilleure croissance d’effectifs annuelle. On assiste à des pertes d’emplois dans tous les autres secteurs, notamment dans la fabrication de biens d’équipements et de matériels de transports ainsi que les services aux ménages. L’hébergement restauration qui baisse légèrement ce trimestre est le secteur qui croît le plus sur un an. Au niveau national, les évolutions restent plus favorables que dans la région et ce dans tous les secteurs. En France, quasiment tous les secteurs gagnent des emplois, en particulier la construction qui continue sur sa solide dynamique.

3. Recul de l’intérim.

En Bourgogne-Franche-Comté, l’emploi intérimaire accuse un nouveau repli ce trimestre, de 1,1 %, après 1,9 % le trimestre précédent (figure 3). Il recule de 2,2 % sur un an mais reste cependant à un niveau élevé. Les effectifs intérimaires se stabilisent ce trimestre dans l’industrie mais restent orientés à la baisse dans la construction. Le tertiaire marchand, qui représente un tiers de l’intérim dans la région perd des emplois, principalement dans le transport-entreposage et le commerce. Au niveau national, l’intérim est en baisse de 0,4% ce trimestre et de 1 % sur un an, là encore avec des évolutions plus favorables que dans la région.

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4. Croissance de l’emploi dans le Jura et en Haute-Saône.

Au troisième trimestre 2019, le Jura et la Haute-Saône sont les deux départements de Bourgogne-Franche-Comté dont l’emploi salarié est en augmentation. Il est stable en Côte-d’Or où les gains dans les services compensent les pertes dans les autres secteurs, particulièrement dans l’intérim. Il baisse dans les autres départements, surtout dans le Territoire de Belfort. Les deux départements en hausse bénéficient de gains d’emplois dans le commerce et les services non marchands. L’intérim est également très dynamique en Haute-Saône. Il est aussi bien orienté dans la Nièvre et le Territoire de Belfort mais ne permet pas de compenser le repli dans d’autres secteurs. En Saône-et-Loire et dans l’Yonne, l’emploi baisse, souvent fortement, dans l’intérim, le commerce et l’industrie. Dans le Doubs, tous les secteurs sont en baisse hormis les services marchands hors intérim.

5. Hausse du taux de chômage sauf en Haute-Saône.

En Bourgogne-Franche-Comté, à l’inverse des trois derniers trimestres, le taux de chômage augmente de 0,2 point au troisième trimestre 2019, de manière plus marquée qu’en France. Il demeure cependant nettement plus bas dans la région qu’au niveau national, 7,6 % contre 8,6 % (figure 4). La Bourgogne-Franche-Comté recule au cinquième rang des régions les moins touchées par le chômage, derrière la Bretagne, les Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes et l’Île-de-france. Ce trimestre, le chômage augmente dans tous les départements de la région, excepté en Haute-Saône où il est stable. La hausse reste contenue à 0,1 point en Côte-d’Or et dans le Doubs. Dans les autres départements, l’augmentation est la même qu’au niveau régional.

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Le Jura a le taux de chômage le plus faible, 6,3 %. À l’inverse, dans le Territoire de Belfort, il est le plus élevé, 9,1 %. Ce dernier est d’ailleurs le seul département de la région au-dessus de la moyenne nationale. Sur un an, le chômage baisse dans tous les départements, en particulier en Côte-d’Or.

6.Hausse des créations d’entreprises 

Le nombre de créations d’entreprises augmente dans la région plus fortement qu’au niveau national. Au troisième trimestre 2019, 5 800 entreprises ont été créées en Bourgogne-Franche-Comté, soit 11 % de plus qu’au trimestre précédent,contre + 4 % à l’échelle nationale. Micro-entreprises et entreprises « classiques » sont en hausse, en Bourgogne-Franche-Comté comme en France. Les micro-entreprises augmentent particulièrement ce trimestre dans la région (+ 22 %) (figure 5).

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Les créations d’entreprises augmentent dans tous les grands secteurs d’activité, en particulier dans l’industrie.

7.Baisse des défaillances d’entreprises 

Le nombre des défaillances d’entreprises enregistrées sur un an en Bourgogne-Franche-Comté est en baisse de 1,1 % par rapport à l’année précédente. Au niveau national, cette baisse, plus marquée, atteint 1,9 % (figure 6).

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Dans la région, les défaillances reculent particulièrement dans le commerce, l’industrie et les transports et entreposage. À l’inverse, elles augmentent dans la construction et les activités de soutien aux entreprises.

8.Globalement, moins d’inscrits à Pôle emploi 

En Bourgogne-Franche-Comté, le nombre de demandeurs  d’emploi inscrits en catégorie A à Pôle Emploi, et n’ayant donc pas travaillé dans le mois, augmente au 3e trimestre 2019. En revanche, après deux trimestres de hausse, le nombre d’inscrits en catégorie A, B et C à Pôle Emploi repart à la baisse. La région compte ainsi 215 100 demandeurs d’emploi au troisième trimestre 2019, soit 0,4 % de moins qu’au précédent. Le repli est plus marqué au niveau national (- 0,9%). L’évolution est favorable pour toutes les tranches d’âge ce trimestre, en particulier pour les demandeurs d’emploi de 25 à 49 ans (- 0,6 %). Chez les plus âgés, la baisse est plus contenue (- 0,1 % pour les inscrits à Pôle Emploi de 50 ans ou plus). Si le nombre total de demandeurs d’emploi diminue dans la plupart des départements de la région, notamment de 1,3 % en Haute-Saône et de 0,9 % en Côte-d’Or et dans la Nièvre, il augmente cependant très modérément dans le Doubs, le Jura et le Territoire de Belfort.

9.Forte baisse des permis de construire, les mises en chantier résistent 

Le nombre de permis accordés continue de diminuer dans la région à un rythme bien plus important qu’au niveau national. En un an, 11 000 logements ont été autorisés à la construction en Bourgogne- Franche-Comté, soit 12,6 % de moins qu’un an auparavant. Le nombre de permis de construire recule dans la majorité des départements de la région, et très nettement dans la Nièvre, le Jura, le Territoire de Belfort et la Côte-d’Or. Leur nombre augmente néanmoins dans l’Yonne et en Haute-Saône. Les mises en chantier sont plus nombreuses que l’année précédente dans la région contrairement à la tendance nationale. En effet, dans la région, le nombre de logements commencés sur un an augmente de 1,8 % par rapport au troisième trimestre 2018, alors qu’il baisse de 2,9 % au niveau national. Les mises en chantier augmentent fortement dans le Territoire de Belfort et la Nièvre. À l’inverse, elles baissent particulièrement dans l’Yonne.

10.Léger recul de la fréquentation des hôtels, hausse de celle des campings.

La fréquentation hôtelière diminue légèrement par rapport à l’année précédente. La région enregistre ainsi 2 358 000 nuitées au troisième trimestre 2019, soit 0,2 % de moins qu’un an auparavant. Au contraire, à l’échelle nationale, le nombre de nuitées croît de 0,3 %. En Bourgogne-Franche-Comté, la progression de la fréquentation des résidents français ne compense pas totalement la baisse de la clientèle non résidente (en provenance de l’étranger). Les nuitées des touristes venus de Belgique, d’Allemagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni sont en diminution. En revanche, les touristes originaires de Chine et de Suisse sont plus nombreux que l’année précédente.

D’autre part, la fréquentation des campings augmente fortement dans la région par rapport au troisième trimestre 2018 (+ 5,7 %), grâce à la hausse conjuguée des clientèles résidente et non-résidente. l’augmentation est plus faible au niveau national (1,5 %).

∎ Insee Conjoncture Bourgogne-Franche-Comté n° 21 – Janvier 2020

Conclusion : La croissance française garde son rythme, portée par la demande intérieure

Au troisième trimestre 2019, la croissance française s’est de nouveau établie à + 0,3 %, portée par l’investissement des entreprises, notamment en services, et par la consommation des ménages, du fait de gains élevés de pouvoir d’achat en début d’année. Le commerce extérieur a quant à lui pesé une nouvelle fois sur la croissance.

D’ici la mi-2020, la croissance française serait comprise entre + 0,2 % et + 0,3 % par trimestre, selon la Note de conjoncture nationale de l’Insee. La consommation des ménages garderait un rythme régulier, l’investissement des entreprises ralentirait tout en restant dynamique, tandis que le commerce extérieur pèserait à nouveau sur l’activité. En moyenne annuelle, le PIB croîtrait de 1,3 % en 2019 et l’acquis de croissance s’élèverait à + 0,9 % mi-2020. Le chômage poursuivrait sa baisse progressive pour atteindre 8,2 % à l’horizon de prévision.

Perspectives : La crainte d’un retournement conjoncturel global s’atténue 

L’année 2019 aura été marquée par les nombreuses incertitudes qui ont pesé sur la croissance mondiale. Les difficultés du secteur automobile et le ralentissement de l’économie chinoise ont par exemple contribué au ralentissement global. Mais certaines incertitudes qui ont pénalisé jusqu’ici le commerce international semblent se réduire un peu : la perspective d’un Brexit sans accord paraît s’éloigner et les signes d’apaisement dans la guerre commerciale sino-américaine laissent attendre un rebond du commerce mondial. Par ailleurs, les mesures budgétaires contribueraient à soutenir l’activité en zone euro.

Insee Bourgogne-Franche-Comté 8 rue Louis Garnier 25020 Besançon Directeur de la publication : Moïse Mayo Rédacteur en chef : Katy Lequin ISSN : 2497-4609

© Insee 2020

Pour en savoir plus : 

« Clair-Obscur », Insee Note de conjoncture, décembre 2019.

Volmers G., « Chômage en Bourgogne-Franche-Comté : hausse de 0,2 point au 3e trimestre 2019 », Insee Flash Bourgogne-Franche-Comté n°96, janvier 2020.

« L’intérim en Bourgogne-Franche-Comté – Un nouveau repli au 3e trimestre 2019 », Direccte Bourgogne-Franche-Comté , janvier 2020.

 

Culture - Loisirs - Histoire

BCN a vu pour vous : Les Filles du Docteur March.

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Tout le monde a entendu parler des « Filles du Docteur March » ; aussi la superproduction sortie le 1er janvier 2020 offrait-elle l’occasion de revisiter nos souvenirs et vieilles images du roman de Louisa May Alcott, justement cité dès le générique du film. Pendant la guerre de Sécession, le Docteur March est parti au front, laissant sa femme et ses quatre filles dans leur maison de Concord,  dans le Massachussets. Jo rêve de devenir écrivain, au grand désespoir de sa très riche tante qui voudrait la voir mariée. Amy, de son côté, ambitionne d’être une peintre reconnue. Meg, qui se verrait bien actrice, se conforme davantage à ce qu’on attend d’elle et est sur le point de convoler. Beth, la cadette, a une santé fragile. Très proche d’elle, Jo l’est également de Laurie, un voisin qui finit par lui demander de l’épouser. Elle refuse d’épouser le jeune homme, qui n’est qu’un ami, et compte bien réaliser ses rêves… Plus qu’un jugement, le témoignage de deux des actrices principales paru dans l’Internaute offre une grille de lecture éclairante. Extraits :

Les Quatre Filles du Docteur March a été écrit par Louisa May Alcott en 1868 et 1869. Ces personnages peuvent-ils plaire à un public moderne ?

Florence Pugh (Amy March) : Je pense que le public continue de trouver ces personnages fascinants : ces quatre filles vivaient à une époque où il était impossible pour une femme d’avoir une carrière, de gagner son propre salaire et d’avoir une vie différente que celle qu’on avait décidé pour elles. Même aujourd’hui, leurs parcours restent inspirants. Je ne pense pas que les gens vont un jour se lasser de l’histoire de quatre jeunes femmes à qui on avait interdit de vivre la vie qu’elles désiraient, mais qui l’ont vécu malgré tout.

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                             Concord – Massassuchetts.

Saoirse Ronan (Jo March) : Greta [Gerwig, la réalisatrice, ndlr] est une réalisatrice qui possède un regard neuf. Le rythme des dialogues et la musicalité d’une scène sont essentiels pour elle, ce qui rend le film très vivant. Et le coeur de l’histoire traite du rapport d’une femme de cette époque à l’argent et au succès, mais aussi du fait que pour réussir, on a besoin de nos proches autour de nous. Donc je pense que c’est une histoire qui reste très actuelle.

Selon vous, le propos féministe de cette histoire est-il toujours d’actualité ?

Florence Pugh : Oui, bien sûr. Dans différents endroits du monde, il y a certainement des mœurs qui se rapprochent de ce que raconte le livre et le film. Comme les femmes qui subissent un mariage arrangé pour des raisons économiques. Il y a encore des endroits dans le monde où c’est toujours d’actualité. Même chez nous : on revient de loin, mais on a encore beaucoup de choses à accomplir en matière d’égalité.

Que faut-il en penser ? :

Honnêtement, on est rassuré très vite sur la réalisation : le scénario « tient », le parti pris dramatique aussi. A tout moment, un nouvel événement intervient, drame familial, nouveaux voisins, rivalités… bref, ce n’est pas la Comtesse de Ségur. De plus, le contexte de la Guerre de Sécession ne prête pas à l’insouciance ( cette guerre qui  dure de 1861 à 1865 provoque la mort de 620 000 soldats, dont 360 000 nordistes et 260 000 sudistes, ce qui en fait la guerre la plus meurtrière qu’aient connue les États-Unis à ce jour). S’il fallait mettre un petit bémol, il porterait sur le manque de « lisibilité » entre le présent et les souvenirs de Jo, (Josephine March), la narratrice : heureusement, au moment où l’intrigue se dénoue, chacun est là, bien campé dans son rôle, les personnalités et contributions de chaque membre de la famille élargie à l’oeuvre commune, limpides. Une belle famille, en vérité ! Vous aimerez.

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