Nos synthèses par domaines.·Revue de Presse·Santé au travail

Le développement personnel : trop beau pour être vrai ?

Tout est le monde est preneur de recettes pour réussir sa vie. Le succès des livres qui les proposent en est la preuve. Mais les postulats du développement personnel tiennent-ils la route ? L’avis de Samuel Dock, auteur de « Éloge indocile de la psychanalyse ». (Philippe Rey)

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I. L’Important, c’est d’être soi-même.

La promesse est alléchante : nous libérer de l’imposture, des simulacres de la vie en société qui nous empêchent d’agir selon notre nature. Être soi-même nous garantit en outre la tranquillité. Si l’on s’est trouvé, plus besoin de chercher…

Les limites : Se connaître suppose que nous ayons un moi simple et immuable. « Or, nous sommes des êtres divisés, travaillés par nos désirs et nos contradictions, en réinvention permanente pour nous ajuster aux enjeux de la vie en société, explique Samuel Dock. C’est le sentiment d’être « manquant » qui nous pousse à chercher des réponses dans notre environnement extérieur, à désirer, à être créatif, à évoluer…

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II. « Qui veut peut ».

Émile Coué a été le premier à rappeler le pouvoir de l’autosuggestion, que l’essentiel de la vie est dans notre tête. Et de fait, si l’on change de point de vue, si l’on s’autorise « le possible », si l’on se met en contact avec nos ressources positives, on est beaucoup plus à même de réussir.

Les limites : Quand on veut, on ne peut pas toujours ! « Il y a ce que l’on veut (de façon consciente) et ce que l’on désire, et ce contenu psychique (inconscient) influence nos comportements, rappelle le psychanalyste. Faire croire que nous sommes tous capables de rebondir est aussi culpabilisant. Les drames, l’injustice existent et nous n’y pouvons rien. Certaines blessures restent difficilement surmontables, même si l’on y met du sens. »

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III. « Il faut penser positif ».

La pensée positive déclencherait d’heureuses coïncidences selon la loi de l’attraction, inspirée de la loi de Newton, qui stipule que tout dans l’univers est constitué d’énergie et émet une fréquence, y compris nos attitudes et nos pensées, dont la vibration aurait la capacité d’attirer à nous les gens et les expériences qui reflètent notre état d’esprit. Une chose est sûre : aborder un projet dans un état d’esprit positif facilite sa réalisation. Attire la chance, ça s’apprend !

Les limites :  le réel ne veut ni notre bonheur, ni notre malheur. Il s’impose à nous. « Peindre la vie en rose est un piège pour les personnes ayant de vraies difficultés psychologiques qui ne vont pas aller travailler leurs angoisses, met en garde Samuel Dock. En outre, la pensée positive nous endort. En stipulant qu’il faut commencer par se changer soi-même, elle nous pousse à accepter notre sort et nous décourage de toute action collective pour changer le monde ».

IV. « Croyez en vos talents ».

Nous avons tous un « talent » particulier. pour que nos vrais désirs se réalisent, encore faut-il savoir ce que nous voulons et croire en nous. C’est la meilleure façon de garder le cap. On arrête de subir et on devient créateurs de notre réalité.

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Les limites : On peut avoir des capacités et ne pouvoir les utiliser… à cause de nos blocages ! « Supposons que le développement personnel fonctionne et que nous devenions tous plus créatifs, plus riches, plus aimables. Que nous resterait-il à espérer ? , s’interroge Samuel Dock. Nous n’aurions plus aucun moteur pour avancer ». Ce que le développement personnel appelle « talents » est en réalité un capital culturel, social, économique, symbolique, qui nous a été le plus souvent transmis par héritage. Il nous fait croire que l’on peut compenser par soi-même ce que l’on n’a pas reçu  et raisonne toujours en termes de gains et non de pertes. Or, pour gagner, il faut parfois accepter de perdre un peu ».

Par Valérie Josselin – Version Fémina.

 

 

 

 

Culture - Loisirs - Histoire

BCN a vu pour vous : « J’accuse ».

Trois semaines après la sortie du film polémique réalisé par Roman Polanski, le tourbillon médiatique semble un peu retombé. Aussi, l’intérêt de soulever de nouveau le tapis et la poussière me semblait limité ; et puis une image m’a touché, qui résume mieux que tout cette méta-scène de l’histoire de l’Europe.

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Comment ne pas voir dans cette Alsace-Lorraine « en deuil » les séquelles du Traité de Versailles de 1871, de l’instauration du Reich allemand, et de l’imputation de l’échec militaire français à « la juiverie internationale » ? L’affaire Dreyfus, c’est cela : il fallait un bouc émissaire, à tout prix.  Le jeune cadet pourrait bien être le jeune Dreyfus, brillant polytechnicien, sérieux, irréprochable – un peu trop, peut-être – c’est ce qui va causer sa perte.  « D’une certaine façon, nous naissons tous prédestinés. Nous sommes voués à un certain type d’action dès l’origine par la situation où se trouvent la famille et la société à un moment donné. » – Jean-Paul Sartre – Situations X.

Qu’apprend-t’on dans ce film : d’abord que Roman Polanski n’a pas perdu la main… ceux qui ont vu « Le pianiste » savent bien de quoi je parle. Dans cette superproduction, aux décors  et à la distribution étincelants, le réalisateur s’amuse même à se mettre en scène à la manière d’Alfred Hitchcock. Clin d’oeil sans doute à sa situation personnelle, et marque de défi.

Et ensuite, que l’affaire Dreyfus se solde par un match nul, et même une défaite générale, car il se solde par 100 % de perdants : le capitaine Dreyfus ne remporte pas son premier procès en réhabilitation, à Rennes, son avocat est assassiné ; il s’en faut encore de quelques années. (1906). Émile Zola, l’auteur de « J’accuse », végétera comme écrivain, jusqu’à sa mort « accidentelle » au monoxyde de carbone en 1902. La France des pillages, des autodafés anti-juifs, évoque l’horreur des pogroms, et de la solution finale nazie : les antidreyfusards ont été des pionniers.

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Reste Marie-Georges Picquart,  le héros du film (Jean Dujardin) le principal protagoniste de l’affaire Dreyfus : il découvre les preuves de la trahison de Ferdinand Walsin Esterhazy, à la place duquel Alfred Dreyfus a été accusé, dégradé et condamné sur de fausses preuves, et participe au rétablissement de la vérité, malgré la pression de sa hiérarchie.

Tout comme le capitaine Dreyfus, il est condamné bien qu’innocent, et incarcéré. Les deux hommes sont réhabilités en même temps, en 1906. Il reprend alors le cours de sa carrière militaire au grade de général de division et rejoint la même année le gouvernement Clemenceau au portefeuille de la Guerre. Il meurt en 1914 des suites d’un accident de cheval.

Alors, oui, vraiment oui, il FAUT voir ce film… Un jour, il rejoindra « Titanic » ou « Avatar ».

L’Ours.

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Economie·Nos synthèses par domaines.·Société

Le paysage associatif français.

« Les chiffres témoignent d’un fort désir d’engagement, et le monde des associations reste un corps social divers et actif. Et ce, malgré le manque de diversité dans leur composition sociale et la baisse des financements publics ».

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Vu de loin, le paysage associatif paraît immuable. De près, il se transforme. La base du tableau, les petites associations, s’élargit sensiblement, tandis que le sommet, les moyennes et grandes, se concentre. Au premier plan, le modèle économique change nettement : pour la première fois, le budget associatif consolidé stagne entre 2011 et 2017, et les subventions publiques ne représentent plus qu’un euro sur cinq. Il est essentiel de disposer de données plus régulières pour suivre ces mutations, et l’actualité invite à mieux connaître ce que pourrait être une « société de l’engagement ».

La France compte 1,5 million d’associations, immense biodiversité citoyenne. Sa démographie est positive, avec 200 000 associations de plus qu’en 2011, soit une augmentation de 2,4 % par an. Ce sont pour l’essentiel de petites associations locales de bénévoles. Les associations employeuses, elles, amorcent un léger recul en nombre. Ces chiffres témoignent d’un fort désir d’engagement, corroboré par le rythme élevé de développement du bénévolat.

Le nombre d’heures bénévoles augmente de 4,9 % par an, soit 1,4 million d’équivalents temps plein. Ces chiffres ne sont pas assez pris en compte dans la comptabilité nationale et les indicateurs de richesse. Si l’on écarte tout critère de durée minimale, ce sont 22 millions de Français qui donnent de leur temps. De nouvelles attitudes émergent et des formes d’engagement « informel » se développent, tels les collectifs citoyens, sans personnalité morale.

Il faut se réjouir d’un dynamisme témoignant d’une société française active, gage de démocratie et de lien social. Par comparaison, certaines sociétés d’Europe de l’Est, où la société civile organisée est menacée, inquiètent. Mais il ne faudrait pas pour autant céder à une euphorie française pour deux raisons.

La première tient aux gouvernances. De nombreuses associations peinent à renouveler leurs conseils ou leur présidence. Ces gouvernances restent « monopolisées » par les hommes (64 %), les seniors (41 %) et les catégories socioprofessionnelles supérieures (31 %). Cela conduit à une seconde alerte. Le bénévolat associatif apparaît insuffisamment ouvert à tous, en particulier aux personnes en difficulté.

Les jeunes précaires ne s’engagent pas. Les personnes dont le niveau de qualification est bas s’engagent moins. De fait, le bénévolat est touché par la société à deux vitesses. Avec un risque de renforcement des fractures. La mise en place du Service civique concernant 150 000 jeunes en 2018 et les annonces faites sur le Service national universel cherchent à corriger ces risques.

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I. Faire plus avec moins

Il faut saluer le rapport « Pour une politique de vie associative ambitieuse et le développement d’une société de l’engagement », remis au premier ministre en juin 2018. Il fourmille de propositions pour promouvoir des « parcours d’engagement tout au long de la vie », scolaire, active, retraitée.

Ces propositions nécessiteront un dialogue durable avec l’éducation nationale, mais aussi avec les partenaires sociaux, ainsi que des moyens. Que représentent les 8 millions d’euros du Fonds de développement de la vie associative pour 5 millions de responsables bénévoles, quand le budget annuel de la formation professionnelle est de 32 milliards ?

Il n’existe pas un, mais une multitude de modèles socioéconomiques associatifs. Cependant l’économie associative fait apparaître plusieurs tendances.

Premièrement, le budget associatif français ne progresse pratiquement plus entre 2011 et 2017, stabilisé à 113 milliards d’euros, après plusieurs décennies de forte croissance. C’est une rupture historique. Une baisse aurait même été enregistrée si les départements n’avaient pas externalisé certaines de leurs activités vers les associations.

Les associations doivent faire plus avec moins. Jusqu’où ? Des limites sont atteintes, les Ehpad le montrent. En outre, la privatisation des ressources est d’autant plus marquée que la baisse des financements publics s’accélère. Les ressources privées représentent 55 % du total de ressources en 2017, principalement grâce à la participation des usagers (42 %).

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Le service associatif « s’achète » désormais, avec de forts risques d’inégalité d’accès, y compris territoriale.

Les subventions publiques continuent de baisser ; leur poids est passé de 34 % des ressources en 2005 à 20 % en 2017. La commande publique est maintenant la modalité dominante de financement public. L’inscription de la subvention dans la loi du 31 Juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire l’a sécurisée en droit mais n’a pas arrêté sa chute en fait. Où s’arrêtera cette chute ? Un niveau raisonnable de subventions est nécessaire au paysage associatif.

Par ailleurs, la concentration s’accélère sous la pression des pouvoirs publics et de la mise en concurrence. Le nombre d’associations employeuses diminue, le secteur social se développe plus que les autres, le poids budgétaire des très grandes associations augmente : elles captent une part croissante des ressources publiques, marchandes mais aussi du mécénat. Jusqu’où iront la concentration et la mise en concurrence ?

II. Une redéfinition de l’intérêt général ?

Que faire ? Résister collectivement à la marchandisation et à la rigueur budgétaire, c’est, bien sûr, ce que fait le groupement Mouvement associatif. Mais au-delà ?

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Être pragmatiques en s’assumant, lorsque nécessaire, comme entreprises associatives, être imaginatifs pour conjuguer innovation financière et innovation sociale, être coopératifs en renforçant les fédérations, les groupements et les mutualisations.

L’intérêt général (re)devient d’actualité, la mission « Entreprise et intérêt général », lancée en janvier, et la loi Pacte [Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises] qui donnent une place plus grande aux impacts sociaux et environnementaux de l’activité de l’entreprise en témoignent. Sa définition politique et fiscale peut transformer le paysage associatif.

D’un côté, les associations jouent un rôle essentiel de co-construction de l’intérêt général sur les territoires avec les entreprises et les collectivités. De l’autre, des menaces apparaissent sur la spécificité du rapport associatif à l’intérêt général. Aujourd’hui la reconnaissance d’intérêt général associative repose principalement sur le rescrit fiscal délivré par Bercy. Est-ce normal ?

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Surtout, les associations craignent, à travers la modification du Code civil ou l’émergence de sociétés à objet social étendu (SOSE), une banalisation de l’intérêt général et un recul de sa dimension « non-lucrative ». Ce sujet n’est pas uniquement français et renvoie à l’Europe à travers la question des services sociaux d’intérêt général (SSIG). Les échéances européennes de 2019 qui auraient dû être une sérieuse préoccupation associative, ont été largement absorbées par la montée de la menace climatique, la montée du mouvement écologiste, et les premiers résultats (médiocres, voire mauvais) de la COP 21.

III. D’autres informations à caractère plus sociologique.

Qu’apprenons-nous par ailleurs dans le Panorama du Paysage Associatif français ? En premier lieu, qu’il est un monde d’ores et déjà paritaire : 50% des postes-clés sont déjà occupés par des femmes. La progression des femmes-présidentes entre 2005 et 2017 a été de 5 points. (De 31 à 36 %).

En revanche, la croissance élevée du travail bénévole du travail bénévole ne doit pas masquer les difficultés liées à la recherche de bénévoles, et particulièrement de dirigeants bénévoles. Les associations signalent des difficultés structurelles pour trouver des bénévoles : le contexte de forte professionnalisation du secteur associatif conduit à rechercher des bénévoles présentant la formation et les qualifications adéquates ; les difficultés sont particulièrement aigües concernant la recherche de dirigeants bénévoles et contribuent à un renouvellement insuffisant des structures dirigeantes des associations. Le profil des dirigeants bénévoles, et des présidents en particulier, est fortement marqué par le poids des hommes,  des seniors, des catégories socio-professionnelles moyennes ou supérieures, souvent issues du secteur public. Ainsi, en 2017, la part des CSP dans les présidences associatives était de :

  • 13 % d’enseignants
  • 23 % de cadres moyens
  • 17 % de cadres supérieurs
  •  8 % de professions libérales

contre 40 % pour l’ensemble  « étudiants – ouvriers – employés – agriculteurs ».

Dossier réalisé par Viviane Tchernonog – Chercheuse au centre d’Économie de la Sorbonne, co-auteur avec Lionel Prouteau de l’enquête « Paysage associatif français ».

 

 

 

 

Evènements·L'éditorial

Notre prochaine Assemblée Générale.

Une année qui se termine, c’est toujours un moment d’émotion… chacun repense aux moments de joie, aux cérémonies, aux fêtes, au succès. Et parce que rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, aux deuils, aux déceptions, aux échecs.

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C’est de tout cela qu’il sera question à notre Assemblée Générale 2019, annoncée depuis déjà quelque temps, mais dont nous entrons maintenant dans la phase active ! Nos adhérents ont tous (?) reçus une invitation incluant un pouvoir (une procuration) pour se faire représenter lors des débats. Les consignes adéquates sont fournies, pour assurer une participation de bon aloi à cette AG. C’est pour nous la marque de l’esprit d’écoute, de coopération et de bienveillance de BCN, de ses fondateurs, de ses bénévoles, de ses amis. Alors, tous sur le pont !

Nous vous attendons tous jeudi 12 décembre 2019 à 18 heures, Salle 501 de la Maison des Associations, pour le lancement de l’année 2020, pour le plaisir d’échanger avec ceux qui sont loin, et quoiqu’il en soit donner le coup d’envoi de nos nouveaux projets autour du verre de l’amitié !

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Economie·Nos synthèses par domaines.

INSEE Analyses N°63

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2810 emplois et 7700 personnes liés économiquement au CEA Valduc.

Établissement de recherche et  de production, le centre du Commissariat à l’énergie atomique est  un maillon essentiel au service de la dissuasion nucléaire de la France. Il emploie directement 1135 salariés  à la fin 2018, un personnel très qualifié. Situé au nord-ouest de Dijon, à distance des aménités urbaines, les rémunérations qu’il verse à son personnel rendent toutefois ses postes relativement attractifs. Les commandes qu’il adresse aux entreprises pour ses activités génèrent localement 760 emplois indirects. La consommation en biens et services des familles de tous ces salariés liés au centre de Valduc induit également 910 emplois salariés. Au total, 7 700 personnes vivent dans des ménages liés directement, indirectement ou de manière induite à Valduc. Un quart d’entre elles habitent à proximité, dans le bassin de vie d’Is-sur-Tille, un territoire par ailleurs très tourné vers Dijon. La moitié réside dans le bassin de vie de Dijon qui dispose d’une offre très diversifiée en commerces et services. 

Frédéric Biancucci, David Brion, Amandine Ulrich (Insee)

Créé en 1957, le site de Valduc est un des neuf centres du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ; il est rattaché à la Direction des applications militaires. Il participe au dispositif français de dissuasion nucléaire. Pôle de compétence pour les matériaux nucléaires, il a pour missions essentielles la conception technologique et la fabrication des parties nucléaires des armes de la dissuasion, la fabrication des objets d’expérimentation nécessaires au programme Simulation et la réalisation d’expériences hydrodynamiques sur l’installation franco-britannique Epure. Le centre de Valduc est un vaste complexe qui s’étend sur 770 ha. Il dispose d’un ensemble complet et unique d’installations nucléaires permettant de mener toutes les activités nécessaires à l’accomplissement de ses missions. Avec plus de 1 000 salariés, c’est le cinquième employeur de Côte-d’Or, après le Centre hospitalier universitaire de Dijon, le Conseil régional, le Conseil départemental et la commune de Dijon. Cette étude estime d’une part, le nombre d’emplois salariés liés à la présence du centre de Valduc, et d’autre part, les populations qui en dépendent, évaluant ainsi son impact sur l’économie locale.

I. 1 135 emplois directs, historiquement plutôt masculins, et très qualifiés

Le centre de Valduc est un établissement de recherche et développement. Il emploie directement 1 135 salariés à la fin 2018, un effectif relativement stable depuis plusieurs années. Ses missions nécessitent un personnel ayant des compétences spécifiques, pointues, notamment dans les domaines de la métallurgie, de la chimie et de la sûreté nucléaire. La métallurgie est appliquée à des métaux particuliers (plutonium et uranium métal). Elle met en œuvre un ensemble de procédés de fabrication (fonderie, usinage, soudage…) et de contrôles. La chimie des matériaux nucléaires est dédiée au recyclage et à la purification du plutonium et du tritium. Les activités en sûreté nucléaire visent au maintien de l’intégrité des moyens (procédés, outils ou instruments contenant de la matière nucléaire), afin de garantir l’absence d’effets dommageables sur les individus et l’environnement. Grâce à ces compétences le centre de Valduc est membre fondateur du pôle de compétitivité Nuclear Valley en Bourgogne-Franche-Comté. Son personnel possède un niveau de qualification élevé. Un tiers des salariés de Valduc sont des cadres, en majorité des ingénieurs ou des chercheurs, bien davantage que l’ensemble des actifs en emploi de Côte-d’Or qui sont 16 % dans ce cas (figure 1). La moitié, par ailleurs, relève des professions intermédiaires, comme les techniciens de laboratoire ou personnels administratifs, contre 26 % en Côte-d’Or. Une quarantaine de salariés sont présents également pour leurs études, surtout des doctorants ou des personnes sous contrat en alternance. Le personnel est amené en outre à travailler avec une trentaine de Britanniques qui ne font pas partie des effectifs de Valduc mais sont accueillis de façon permanente dans le cadre du traité de Lancaster House. Signé en 2010, celui-ci vise à renforcer la coopération franco-britannique dans le domaine de la défense, et concerne plus particulièrement l’installation radiographique et hydrodynamique commune Epure. Le personnel est essentiellement masculin et compte un quart de femmes. Le niveau de qualification requis nécessite des études longues, aussi le CEA emploie-t-il peu de jeunes : 15 % des salariés ont moins de 30 ans, contre 20 % des actifs en emploi de Côte-d’Or.

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86 % des salariés du CEA Valduc sont cadres ou de professions intermédiaires Catégories socio-professionnelles des salariés du CEA Valduc.

II. Un site distant des zones urbaines qui propose des rémunérations attractives

Le centre de Valduc est situé à proximité du village de Salives, à 45 km au nord-ouest de Dijon et à 27 km de la commune d’Is-sur- Tille. Il est implanté au cœur de forêts, dans un espace relativement distant de l’offre très diversifiée en services et commerces de la métropole dijonnaise. D’ailleurs, le centre de Valduc rencontre parfois des difficultés à recruter les personnels dont il a besoin, notamment les plus hautement qualifiés. Les rémunérations qu’il verse à son personnel rendent toutefois ses postes relativement attractifs : le salaire horaire médian y est 16 % plus élevé que dans l’ensemble des autres établissements de recherche-développement de la région (INRA, CNRS, Inrap…) (définitions). L’écart est encore plus important pour les professions intermédiaires et les cadres. Le centre de Valduc verse près de 40 millions d’euros nets en rémunérations chaque année. Elles bénéficient à ses salariés et à leur famille. Ce sont ainsi près de 3 400 personnes qui dépendent économiquement directement de Valduc (figure 2). Près de la moitié vit dans le bassin de vie (définitions) de Dijon et un tiers dans celui d’Is-sur-Tille (figure 3). Facteur d’attractivité également, la plupart du personnel en exercice est sous contrat stable : 92 % ont un contrat à durée indéterminée. 

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III. Les conjoints des salariés de Valduc sont bien insérés sur le marché du travail.

Les trois quarts des salariés de Valduc vivent en couple. Environ 80 couples sont composés de deux salariés du centre. Pour les autres, le conjoint ne travaillant pas à Valduc jouit généralement d’une bonne condition sociale, meilleure que pour l’ensemble des conjoints des actifs de Côte- d’Or : neuf sur dix sont en emploi contre sept sur dix. Ils sont souvent qualifiés : 24 % de cadres contre 15 %. Les ménages liés à Valduc disposent donc de revenus plus conséquents que les autres ménages. Ainsi, ils sont très souvent propriétaires de leur logement, à 77 %, bien plus que l’ensemble des ménages comportant au moins un actif en Côte-d’Or (60 %). Ils vivent également davantage en maison individuelle, 72 % contre 57 %. 

 

 

 

IV. Des commandes importantes et régulières pour les entreprises locales

 

 Les commandes adressées par Valduc aux entreprises locales ou celles nécessitant la présence durable de personnels sur son site génèrent également des retombées économiques sur le périmètre d’étude. Le centre a ainsi réglé 81 millions d’euros de commandes en 2016, un montant stable ces dernières années. Environ 52 % des dépenses concernent la construction, l’aménagement, l’exploitation ou la maintenance des bâtiments et des installations (figure 4). En effet, l’outil industriel de Valduc, datant des années 60, fait l’objet, depuis 2010, d’un plan de pérennisation fondé sur le renouvellement progressif des principales installations. Ce plan s’étale sur 30 ans pour lisser le budget des travaux. Par ailleurs, 26 % des montants concernent l’activité nucléaire proprement dite. Les produits et prestations scientifiques commandés sont destinés aux installations nucléaires et/ou à celles chargées de la protection de l’environnement. Elles relèvent de la maintenance, de l’exploitation, de l’assainissement ou du démantèlement. Le troisième poste concerne les services généraux et la logistique. Le nettoyage des locaux est par exemple sous-traité, ainsi que le transport domicile-travail quotidien du personnel en cars. 

V. 760 emplois indirects pour répondre aux commandes

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L’ensemble de ces commandes sont passées auprès de 260 établissements différents dont 20 sont concernés par des montants importants, de plus d’un million d’euros. Elles participent à stimuler l’innovation et les compétences dans les entreprises sollicitées qui, pour y répondre, doivent parfois créer des produits et prestations ad-hoc qu’elles peuvent faire breveter, utiliser pour remporter d’autres marchés. Ces commandes génèrent une importante activité économique dans le périmètre d’étude : 760 emplois salariés seraient ainsi indirectement liés à Valduc, soit 67 % de l’emploi direct du centre lui-même. 510 emplois sont issus d’entreprises locales, dont la quasi-totalité est localisée en Côte- d’Or. En outre, 250 personnes dépendent d’établissements distants mais sont en mission pour intervenir sur le site de Valduc, par exemple pour des travaux d’assistance à maîtrise d’ouvrage et d’ingénierie. 

 

VI. 910 emplois salariés induits par la consommation des personnes 

 

L’emploi lié au centre de Valduc ne se limite pas aux seuls emplois directs et indirects. Les salariés de Valduc, ceux des fournisseurs et prestataires ainsi que leurs familles respectives, soit 5 400 personnes au total, achètent des biens et consomment des services. L’effet induit par ces dépenses dans le tissu économique local équivaut à 910 emplois salariés, répartis sur  un nombre important d’entreprises. Les achats profitent surtout aux services et commerces situés à proximité de la commune de résidence ou, à défaut, à ceux des communes alentour. Si l’on prend en compte les actifs occupant ces emplois salariés induits et leur famille, c’est près de 2 300 habitants qui sont concernés. 

VII. Un quart de la population liée au CEA vit dans le bassin de vie d’Is-sur-Tille.

Au total, 2810 emplois salariés du périmètre d’étude sont liés directement, indirectement ou de manière induite à la présence du CEA Valduc.  Avec leurs familles, cela concerne 7700 habitants, dont la moitié résident dans le bassin de Dijon, un quart dans celui d’Is-sur-Tille.

Dans le bassin d’Is-sur-Tille, le CEA est le premier employeur et représente un emploi sur huit. Ce territoire se caractérise, notamment par la présence de cet important employeur, par un secteur tertiaire majoritaire (66 % de l’emploi total). D’autre part, l’industrie (21 %) et l’agriculture (7 %) y sont plus présents qu’en moyenne dans le département. 

Le bassin d’Is-sur-Tille bénéficie de dynamiques favorables, en raison notamment de la proximité de Dijon. La population augmente, grâce à un solde naturel positif et des migrations résidentielles équilibrées, l’emploi est stable entre 2011 et 2016. La zone d’Is-sur-Tille s’inscrit dans l’espace  périurbain de Dijon : 45 % de ses actifs travaillent dans le bassin de vie dijonnais. Ces navetteurs peuvent y bénéficier de prix immobiliers moins élevés et de plus grands logements. Dans l’autre sens, seuls 1 % des actifs du bassin de Dijon travaillent dans celui d’Is-sur-Tille. Un tiers de ces navetteurs sont des salariés du CEA.

VIII. La moitié de la population liée au CEA vit dans le bassin de vie de Dijon 

Dans le bassin de vie de Dijon, 3 700 personnes sont liées au CEA Valduc, une faible part de la population du bassin (1 %). Ce bassin de vie urbain, assez densément peuplé, dispose d’une offre très riche en équipements  services, emplois ou établissements de formation. Sa population est importante (300 000 habitants) et plus qualifiée, en meilleure adéquation avec les postes offerts au CEA. Ainsi, près de 20 % des actifs y résidant sont cadres. L’emploi y est néanmoins en légère baisse (- 0,5 %) en moyenne par an entre 2011 et 2016). L’économie du bassin de vie est essentiellement tournée vers le tertiaire (8 emplois sur 10). La démographie de ce territoire est dynamique, à la fois grâce à un solde naturel positif et un excédent migratoire.

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Dans les bassins de vie de Dijon et d’Is-sur-Tille, les intercommunalités qui bénéficient le plus sur le plan économique du CEA Valduc sont Dijon Métropole et la communauté de communes des Vallées de la Tille et de l’Ignon. En effet, 2 650 personnes liées à ce centre résident dans la première et 1 470 dans la seconde (figures 5 et 6).

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Le centre de Valduc se situe également à moins de 50 km de Châtillon-sur-Seine et de Venarey-les-Laumes, une distance équivalente à celle de Dijon. Peu de personnes liées au CEA résident dans ces territoires dont l’offre en commerces, services et formations est moins diversifiée : 350 habitants du bassin de vie de Châtillon-sur-Seine seraient ainsi liés au centre, soit 2 % de sa population ; le bassin de Venarey-les-Laumes n’abriterait que 140 personnes liées au CEA, soit moins de 2 % de ses habitants.  

INSEE – Bourgogne – Franche-Comté