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Le Doubs : des territoires différenciés par leur économie et leurs liens avec l’extérieur

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A vocation agricole et industrielle, le Doubs est un département jeune dont la croissance démographique est soutenue, notamment par l’attractivité résidentielle de sa longue zone frontalière avec la Suisse. La population et les emplois se concentrent dans deux grands pôles économiques : le Grand Besançon Métropole à l’économie tertiarisée et le Pays de Montbéliard où l’ancrage industriel reste important malgré de fortes réductions d’emplois. Les conditions de vie plutôt favorables de la population à la frontière suisse, où le chômage et la pauvreté monétaire sont contenus, contrastent avec celles du nord-est du département. Pour se rendre à leur travail, davantage d’actifs quittent le Doubs qu’il n’en arrive. Une grande majorité travaillent en Suisse. Ceux venant travailler dans le département résident surtout en Haute-Saône. Les déplacements quotidiens sont également nombreux en provenance et à destination du Territoire de Belfort. 

Régine Bordet-Gaudin, Bénédicte Piffaut (Insee).

Avec 538 500 habitants et 103 hab/km2 en 2016, le Doubs est le deuxième département le plus densément peuplé de la région après le Territoire de Belfort. Il s’inscrit dans la tradition agricole et industrielle qui caractérise la Bourgogne-Franche-Comté. 

  1. Des atouts agricoles et industriels historiques 

Dans le département, l’agriculture est traditionnellement tournée vers l’élevage et la production de lait d’appellation d’origine protégée pour la fabrication de fromages renommés comme le Comté et le Mont d’Or. Avec une forêt qui couvre plus de 40 % de sa surface, le Doubs est au 1er rang des départements de la région pour sa production biologique naturelle et sa récolte annuelle en bois. Il bénéficie de la présence d’activités liées à l’exploitation forestière et à la transformation du bois telle que la construction bois. L’industrie est spécialisée dans la construction automobile avec l’implantation historique du groupe PSA à Sochaux, dans la métallurgie et l’agro-alimentaire ; elle représente 19 % des emplois en 2017 (sources). Dix ans après la crise de 2008, le nombre d’emplois salariés a diminué de 17,6 % contre 19,5 % dans l’industrie régionale. Malgré de fortes réductions d’effectifs, la fabrication de matériels de transport reste de loin le premier employeur industriel avec un tiers des salariés. Elle dispose, en outre, du pôle de compétitivité dans le domaine des véhicules et des mobilités du futur. Berceau de l’horlogerie, le Doubs profite aujourd’hui de l’implantation du pôle des microtechniques à Besançon qui soutient l’innovation dans de nombreux secteurs comme celui de la santé avec le cluster Innov’Health ou de l’aéronautique avec le cluster Aeromicrotech. La reconnaissance de ces savoir-faire industriels permet aux territoires « Nord Franche-Comté » et « Haut-Doubs » de bénéficier du programme national « Territoires d’industries ». En parallèle, l’emploi tertiaire progresse plus fortement dans le Doubs que dans l’ensemble de la région, et surtout dans les activités tertiaires marchandes (commerce, transports, services administratifs et de soutien, etc.), + 8,2 % au cours des dix dernières années contre + 3,5 %. Il augmente légèrement dans les activités non marchandes comprenant notamment les pôles hospitaliers de Besançon et de Pontarlier alors qu’il ne parvient pas à se maintenir dans la région. 

2. Démographie et niveau de vie soutenus par le travail frontalier 

Le Doubs est un département plutôt jeune, le plus jeune de la région. Sa croissance démographique perdure et repose sur un excédent des naissances sur les décès. Le nombre d’habitants augmente de 0,4 % en moyenne annuelle entre 2011 et 2016 alors qu’il se stabilise dans la région (figure 1). À l’horizon 2050, si les tendances récemment observées se poursuivaient, le département pourrait dépasser les 560 000 habitants. Il resterait le deuxième département le plus peuplé et le plus jeune de Bourgogne-Franche-Comté.

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Le travail en Suisse favorise l’installation de jeunes actifs sur la zone frontalière française. Avec 170 km de frontière avec le Doubs, une même identité linguistique, des salaires supérieurs, les pôles d’emplois suisses offrent des opportunités particulièrement attractives notamment dans l’industrie : 11 % des actifs du Doubs partent y travailler quotidiennement, soit 25 000 frontaliers, plaçant sur ce plan le département au 4e rang des départements français. Le Doubs est ainsi le département où le niveau de vie médian (définitions) de la population est le plus élevé de la région et le 15e de France métropolitaine. La pauvreté monétaire (définitions) y est moins répandue qu’en moyenne dans la région : 12,2 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2016 contre 13,1 % en Bourgogne-Franche-Comté. Néanmoins, les inégalités de niveau de vie peuvent être très importantes. Les actifs résidant dans le département sont plus qualifiés qu’en moyenne dans la région. La part de salariés exerçant un métier d’ouvrier qualifié ou de cadre est plus élevée, en lien notamment avec les emplois d’ouvriers hautement qualifiés en Suisse et de cadres dans les agglomérations bisontine et montbéliarde.

3. Sept emplois sur dix dans le nord du département 

Son relief contrasté avec, au nord la vallée du Doubs qui va d’est en ouest, et au sud une zone de moyenne montagne le long de la frontière, a influé fortement sur la répartition territoriale des acteurs économiques, des équipements et des infrastructures (figure 2). Ainsi, la population et les emplois se concentrent au nord du département, traversé notamment par l’autoroute A36 et la ligne grande vitesse Rhin-Rhône. Les intercommunalités de Besançon et de Montbéliard regroupent, à elles seules, les deux tiers de la population et 71 % des emplois.

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4. L’agglomération de Besançon attire des actifs de Haute-Saône 

Peu d’actifs se déplacent quotidiennement entre les agglomérations de Besançon et de Montbéliard distantes de plus de 80 kilomètres et dont les profils socio-économiques sont très différents. Le Grand Besançon Métropole affiche une croissance démographique soutenue par un solde naturel positif (définitions) qui favorise le développement des services à la population. Fortement tertiarisé, il abrite notamment le Centre hospitalier régional universitaire et l’Université de Besançon (figure 3). Dans ce territoire, 25 500 actifs viennent travailler quotidiennement alors qu’un peu moins de 10 000 le quittent pour leur activité professionnelle. Conséquence de la périurbanisation, les entrants habitent pour près de la moitié dans des territoires limitrophes situés dans le département, essentiellement dans les intercommunalités du Loue-Lison et du Doubs Baumois, en croissance démographique. Les autres navetteurs sont nombreux à résider en Haute-Saône, dans le Pays du Riolais et le Val Marnaysien, et dans le Jura (figure 4).

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À l’inverse, les actifs quittant chaque jour la communauté urbaine ont un emploi dans les territoires à proximité, notamment dans le Doubs Baumois. Cette intercommunalité compte plusieurs grands employeurs dont le Centre hospitalier de Baume-les-Dames ou Termoformage à Autrechaux.

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Besançon, pôle à l’économie plutôt tertiaire ; Montbéliard davantage tourné vers l’industrie. 

Implantation des établissements d’au moins 150 salariés et effectifs salariés en 2015. 

Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté no 65 – Décembre 2019 

Les plus grands établissements de l’industrie et du tertiaire 

                                                Tranche d’effectifs salariés

Industrie 

PSA Automobiles – Sochaux 5 000 et plus 

PSA Automobiles – Valentigney 1 000-1 999

Flex-N-Gate – Audincourt 500-999

Peugeot Motocycles – Beaulieu Mandeure 200-499 

Flowbird – Besançon 200-499 

 

Tertiaire CHU de Besançon 5 000 et plus

 Département du Doubs – Besançon 1 000-1 999

Hôpital de Pontarlier 1 000-1 999 

Grand Besançon Métropole – Besançon 500-999 

Centre hospitalier spécialisé – Novillars 500-999 

Source : Insee, Clap 2015 

5. Nombreux flux quotidiens entre le Pays de Montbéliard et le Grand Belfort 

À l’extrémité nord-est du département, le Pays de Montbéliard Agglomération fédère un grand nombre d’équipementiers et sous-traitants de la construction automobile autour de Peugeot SA. Depuis 20 ans, le territoire a été fortement impacté par les transformations et restructurations industrielles liées à la mondialisation et la crise économique récente ; il continue à perdre des emplois avec une baisse de 8,2 % entre 2011 et 2016. En conséquence, sa population diminue sensiblement (– 2 % en 5 ans) et est plutôt âgée. La pauvreté monétaire y est également importante : 15,5 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2016, le taux le plus élevé des intercommunalités du département. Le Pays de Montbéliard entretient des liens forts avec l’extérieur : il accueille quotidiennement 18 200 actifs qui viennent y travailler quand 11 200 résidents ont un emploi ailleurs. Les déplacements domicile-travail se font surtout en provenance et à destination du Grand Belfort, plus tertiarisé et avec lequel il forme l’essentiel du Pôle métropolitain Nord Franche-Comté. Les entrants sont davantage cadres ou exercent une profession intermédiaire et travaillent dans l’industrie ; les sortants sont majoritairement employés ou ouvriers et exercent surtout dans le tertiaire et le secteur de la construction. Les navettes sont également nombreuses vers la Suisse : un quart des actifs quittant le Pays de Montbéliard travaillent de l’autre côté de la frontière dans le Canton du Jura. Le Pays de Montbéliard attire également des actifs résidant en Haute-Saône, principalement dans le Pays d’Héricourt. Il capte, dans une moindre mesure, des actifs habitant les Deux Vallées Vertes. Ce dernier territoire compte quelques grands établissements industriels (Profialis, Fromagerie Clerval) et attire aussi de la main-d’œuvre habitant le Pays de Montbéliard. Sa population, plutôt âgée et en baisse, a le niveau de vie médian le plus faible du département. 

6. Zone frontalière : des niveaux de vie plus élevés 

Bien que situés à l’extrémité est de la région et malgré un relief montagneux, les territoires frontaliers sont très attractifs pour les jeunes actifs qui trouvent sur le marché du travail suisse dynamique des opportunités d’emplois et des salaires plus élevés. Ainsi, de 30 à 50 % de leurs actifs, principalement des ouvriers qualifiés, vont travailler en Suisse. Ces territoires gagnent donc des habitants grâce aux excédents migratoires et naturels. Ils sont ainsi devenus très résidentiels et davantage artificialisés. Cette croissance démographique s’accompagne d’un développement d’équipements et de commerces, notamment dans les intercommunalités du Plateau de Russey ou de Montbenoît. La pauvreté monétaire est contenue. La population bénéficie de revenus globalement très élevés : sur l’ensemble des sept intercommunalités de la bande frontalière, le niveau de vie médian annuel de la population atteint 27 600 € en 2016, mais il cache de fortes disparités (figure 5)

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Le développement du travail frontalier, l’installation de Suisses attirés par les prix attractifs de l’immobilier en France génèrent des tensions importantes sur le marché du logement où le montant des transactions immobilières est élevé. Ils entraînent aussi à la hausse les prix à la location, impliquant un reste à charge conséquent pour les bénéficiaires d’une aide au logement. C’est notamment le cas dans le Grand Pontarlier où un quart de ceux résidant dans le parc privé consacrent plus de 39 % de leur budget à se loger en 2016, contre 22 % des bénéficiaires dans le Doubs et 17 % dans la région. 

Ainsi, entre 2011 et 2016, la croissance démographique dans le Grand Pontarlier s’est essoufflée, désormais portée uniquement par le solde naturel. Avec 27 000 habitants, il est néanmoins le territoire le plus peuplé de la bande frontalière. Son tissu économique, plutôt tertiarisé, compte plusieurs établissements de plus de 200 salariés dont le Centre hospitalier et de grandes enseignes commerciales qui attirent les consommateurs suisses par leurs prix plus faibles. Il comprend aussi des entreprises comme Schrader et Nestlé France. De ce fait, il attire des actifs qui viennent y travailler ; près d’un emploi sur deux est occupé par des personnes résidant ailleurs. En outre, c’est le territoire de la bande frontalière où la part d’actifs travaillant en Suisse est la plus faible, 30 %. Quand c’est le cas, ils vont principalement dans le canton de Vaud. Le Val de Morteau, deuxième espace le plus peuplé de la bande frontalière avec 20 400 habitants, est fortement tourné vers la Suisse. Il est desservi par la route très fréquentée des micro techniques entre Besançon et Neuchâtel et le train des horlogers, ligne reliant Besançon à la Chaux-de-Fonds. Un actif sur deux travaille en Suisse, souvent ouvrier qualifié dans l’industrie horlogère et de précision. De nombreux cadres y habitent et travaillent également de l’autre côté de la frontière. Ce territoire, devenu très résidentiel, est ainsi celui où le niveau de vie médian annuel est le plus élevé, 30 400 € en 2016. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est très faible (5,5 %) mais les personnes en situation de pauvreté monétaire ont un niveau de vie parmi les plus faibles du département (9 880 € annuels). 

7. Les Portes du Haut-Doubs sous double influence 

Au centre du département, sur les contreforts du Massif du Jura, les intercommunalités du Pays de Sancey-Belleherbe et celle des Portes du Haut-Doubs constituent deux espaces interstitiels spécifiques. Dans le Pays de Sancey-Belleherbe, très peu densément peuplé, l’économie est tournée vers l’agriculture qui concentre un quart des emplois. Sa population a un niveau de vie médian parmi les plus faibles du Doubs. Les Portes du Haut-Doubs, situées à mi-distance entre Besançon et Pontarlier forment un territoire bipolarisé. Bénéficiant de nombreuses voies de communication le reliant aux grands pôles d’emplois du département et à la Suisse, des ménages de jeunes actifs sont venus s’y installer. Son offre de services s’est développée et l’emploi a progressé du fait de son dynamisme démographique et de la jeunesse de sa population, 20 % ayant moins de 14 ans. En 2016, plus de la moitié des actifs résident et travaillent sur ce territoire agricole et tertiaire.  

Directeur de la publication : Moïse Mayo 
Rédactrice en chef : Isabelle Revillier 
25020 BESANÇON CEDEX 
Mise en page : 
Crédits photos : CRT, L. Cheviet 
ISSN : 2497-4455  Dépôt légal : décembre 2019 
© Insee 2019 

 

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