Economie·Pour un meilleur emploi·Société

L’Emploi autrement.

Événement Coopératif du 21 novembre 2019 à Besançon.

Accueil et Introduction : François COLAS, président comité régional BFC du Crédit Coopératif

Présentation de la problématique et Animation : Philippe FREMEAUX, éditorialiste à Alternatives Économiques

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Il ne faut pas exagérer les « grandes » transformations actuelles du marché de l’emploi. Des mutations importantes ont toujours existé comme dans les années 50 60 où le nombre d’agriculteurs s’est réduit très rapidement. Le fait marquant de notre époque est la persistance d’un chômage de masse, l’élévation générale des qualifications avec de moins en moins de jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification, mais en même temps de moins en moins d’issues possibles pour ceux qui n’ont pas de qualification. D’où un chômage d’insertion pour les non qualifiés.

Il en résulte une dualité croissante entre des personnes en emploi stable et sécure et des personnes en situation de précarité. Cela s’accompagne du retour du travail indépendant, à rebours de l’évolution antérieure. Aujourd’hui l’exercice autonome et individuel du travail encourage l’externalisation et le développement du statut d’indépendant, micro entrepreneur, et in fine une « ubérisation » du travail.

Dans le même temps, l’aspiration des jeunes à l’autonomie, voire leur nature réfractaire au management, les conduit à l’insatisfaction en situation de travail classique : ils rêvent de meilleures conditions de travail. Ils semblent donc prêts à emboîter le pas de l’externalisation, autonomisation du travail.

Pour autant, dans les grandes lignes, le salariat classique reste ultra dominant avec 90 % des emplois contre 10 % d’emplois sous forme précaire. Si les recrutements en contrats courts sont si nombreux, ils ne représentent néanmoins que 10 % des volumes d’emploi. En effet, pour leur cœur de métier, où un suivi dans la durée est nécessaire, avec une acculturation au métier et à l’entreprise avec des activités transversales, les entreprises ont besoin d’emploi stable. Le recours à l’externe se pratique pour faire intervenir des experts ou si l’entreprise est trop petite. Les cas d’emploi « externes » répondent aussi aux aspirations de liberté et d’autonomie de certains.

Profession Sport – Groupement d’employeur en Franche Comté : Mr TUDESKA

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Si la formation des encadrants sportifs est un point fort de la France, la mise en œuvre des métiers du sport était insuffisamment structurée. Le ministère des sports a donné une impulsion à la professionnalisation des métiers du sport en encourageant l’organisation et la structuration des métiers du sport. Les caractéristiques principales sont l’exercice réglementé de ces métiers (diplômes nécessaires) et la fragmentation du marché du sport, avec des besoins à temps partiels.

Les emplois sont donc inévitablement partagés sur plusieurs structures, et ils ont rapidement évolués vers la forme du groupement d’employeur, forme d’organisation déjà mise en place en agriculture.

Profession Sport a d’abord œuvré dans le secteur non marchand, auprès des Associations et des Collectivités qui deviennent adhérents du groupement d’employeur. L’expérience acquise a ensuite était valorisée auprès des plus petites structures.

La vertu du groupement d’employeur est d’amener les adhérents à bien (et mieux) calibrer leur besoin, en rupture avec les pratiques anciennes inhérentes aux contrats aidés, où les structures optaient pour des emplois à temps plein et se préoccupaient ensuite du reste à charge à trouver pour financer le poste. La fin des emplois jeunes a de ce fait était pour ces structures une opportunité pour se professionnaliser, vers une véritable approche économique de la création d’emploi.

L’intérêt pour les jeunes est de trouver un cadre unique et une stabilisation de leur emploi. Le groupement d’employeur veille également au développement des compétences des salariés par la formation pour accéder à plus de polyvalence dans le respect des réglementations s’agissant d’activités réglementées. Le salarié a ensuite l’assurance de pouvoir valoriser ses compétences sur plusieurs structures.

Après avoir travaillé dans le secteur non marchand, Profession Sport s’est tourné vers le secteur marchand où de petites entreprises ont des besoins du même ordre. L’outil pour cela est « STAFFEMPLOI », groupement d’employeur dans le secteur marchand, toujours dans le domaine des sports. Les entreprises doivent adhérer au groupement d’employeur.

STAFFEMPLOI assure le recrutement, la gestion de l’emploi et facture à l’entreprise. Il y a un seul contrat de travail, un seul interlocuteur. Cette forme d’emploi concerne 10 000 entreprises et 36 000 salariés en France. Pour STAFFEMPLOI c’est 113 salariés et 70 entreprises, avec le même engagement de suivi et de formation des salariés.

Les difficultés de recrutement des entreprises tiennent pour une part à leur posture : elles ne souhaitent pas réellement recruter ou ont des attentes irréalistes. STAFFEMPLOI fait un travail de sourcing, gère des fichiers et mobilise les réseaux ad hoc (Pôle Emploi, Mission Locale) sur des compétences bien identifiées. Pour améliorer l’arrivée du salarié dans l’entreprise, STAFFEMPLOI préconise un parcours d’adaptation à l’emploi sur 6 mois incluant les formations utiles au poste, ce temps d’adaptation est financé par l’OPCA. La pertinence du dispositif est accrue du fait que les formations sont directement et rapidement mises en œuvre dans l’entreprise en situation réelle.

L’atteinte d’un emploi à temps plein permet de fidéliser le salarié à court terme. A moyen terme (18 mois), 90 % des salariés du groupement d’employeur sont embauchés à temps plein par une des entreprises adhérentes. Ce qui est une forme évidente d’aboutissement du processus.

La Canopée – Biocoop : transformation de la SARL en SCOP.

Mr MAILLOTE, responsable de Biocoop La Canopée à Besançon.(A gauche sur la photo).

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La Canopée présente une gouvernance atypique, qui associe les producteurs, les salariés et les consommateurs. Elle est animée d’une vie coopérative forte, avec des allers-retours permanents au service du projet politique de l’entreprise : promouvoir un projet agricole bio et de proximité, et concourir au développement d’une marque nationale « Ensemble ».

Le passage d’une SARL à une SCOP s’origine dans le désir des gérants de transmettre l’entreprise tout en conservant les compétences et la nature du projet : inscrire l’ESS dans le territoire.

D’où l’engagement dans un processus de transformation en SCOP qui a pris 2 ans et demi de discussions et concerne 2 magasins et 26 salariés. Les discussions ont porté sur la charte de la future SCOP, le mandat du mandataire, les modalités de décisions internes.

Le financement de cette transformation s’est fait essentiellement par endettement de la SCOP, avec le soutien de la Banque Populaire, du Crédit Coopératif, et de la NEF, et le fonds régional dédié « Tremplin SCOP ». Les apports des sociétaires respectent une échelle de 1 à 2,5, chaque personne disposant d’une voie indépendamment du montant de son apport.

Parmi les 26 salariés, 13 sont devenus sociétaires, et les réunions ou groupes de travail thématique restent ouvertes aux non sociétaires, qui pourront le devenir ultérieurement, s’ils le souhaitent.

Aujourd’hui l’axe de travail essentiel est d’avancer dans la gouvernance partagée et l’horizontalité. Le gérant devenu mandataire conserve, selon le souhait des sociétaires, des prérogatives en matière de RH et une marge de manœuvre opérationnelle (pour des achats inférieurs à 2000 euros) afin de préserver l’efficacité. Les décisions stratégiques sont prises par l’ensemble des sociétaires.

Le principal critère de réussite aura été de prendre le temps de la discussion. Passer du « je » au « nous » n’est pas évident. Les salariés doivent passer de l’autre côté du miroir, accepter la prise de responsabilité, et l’accompagnement par l’ex gérant est nécessaire, voire déterminant.

Aujourd’hui, le projet de La Canopée Biocoop est axé sur le local, les liens et les garanties au-delà du seul label Bio, et les préoccupations sont la qualité et la pérennité des emplois.

Reportage signé : Jérôme, envoyé spécial de BCN.

 

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