Société

Entrée en monoparentalité en Bourgogne Franche-Comté : un choc financier fort.

En_tete2L’entrée en monoparentalité impacte fortement le niveau de vie médian qui baisse de 27% pour les pères, et de 17 %  pour   les pères à  partir de l’année où ils élèvent seuls leurs enfants. Cette chute brutale fait passer un quart des nouvelles familles monoparentales sous le seuil de  pauvreté.  Au total, l’année de leur constitution, 38 % des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté. Malgré un niveau de vie en baisse, la moitié des familles monoparentales ne changent pas de logement.

C’est particulièrement vrai pour les hommes, et ce d’autant plus lorsqu’ils étaient propriétaires. Lorsqu’elles déménagent, 70 % des nouvelles familles monoparentales restent dans la même commune, ou à moins de 10 km. Le niveau de vie se redresse par la suite, en fonction de l’évolution de la situation familiale. Chez les hommes cette remontée est plus rapide et plus forte, jusqu’à retrouver, 3 ans plus tard, leur niveau de vie d’avant l’entrée en monoparentalité. Ils quittent en effet plus rapidement que les femmes la monoparentalité. 

Madeline Bertrand, Philippe Rossignol (Insee) – Analyses N°62.

 

1. L’entrée en monoparentalité : un choc financier très marqué, notamment pour les mères. 

Avant d’élever seuls leurs enfants mineurs, les parents avaient un niveau de vie médian légèrement inférieur à 1 500 € par mois (figure 1). Suite à leur entrée dans la monoparentalité, celui-ci tombe à 1 150 € par mois pour les parents qui ont la garde du ou des enfants, soit un recul de 23 %. Dans la majorité des cas, le foyer avait auparavant deux sources de revenus et désormais, la famille monoparentale ne peut compter au mieux que sur une seule.

Figure1

Le choc est particulièrement marqué pour les mères isolées : 1 080 € par mois, soit un recul de 27 %. Il est non négligeable pour les pères isolés : 1 260 € par mois, soit une  baisse de 17 % de leur niveau de vie suite à leur entrée en monoparentalité. Trois phénomènes expliquent cet écart. D’une part, le niveau de salaire des femmes est en général moins élevé que celui des hommes.

 

D’autre part, au sein des familles, les femmes sont plus fréquemment celles qui diminuent ou cessent momentanément leur activité professionnelle pour prendre soin des enfants, dépendant ainsi plus du revenu du conjoint. Lors de l’entrée dans la monoparentalité, ce revenu principal du foyer n’étant plus disponible, la chute de revenu est d’autant plus forte.

Enfin, les femmes sont en moyenne 2 ans plus jeunes que les hommes à leur entrée en monoparentalité. Or le revenu a tendance à progresser avec l’âge.

2. Moins d’une nouvelle famille monoparentale sur deux change de logement.

Les nouvelles familles monoparentales continuent à 55 % de vivre dans le même logement que celui qu’elles occupaient l’année précédente. Dans un contexte déjà très bouleversé, conserver son logement est une facilité et offre un repère stable, notamment pour les enfants. Changer de logement peut certes être un moyen de réduire ses charges, mais cela a tout de même des coûts et des contraintes : temps de recherche, déménagement, démarches administratives, frais d’agence éventuellement, etc.

Les différences de niveau de vie entre hommes et femmes expliquent là encore des situations divergentes selon le sexe. Deux tiers des pères élevant seuls leurs enfants, et même trois quarts de ceux qui sont propriétaires, ne changent pas de logement par rapport à l’année précédant leur entrée dans la monoparentalité. À l’inverse, moins de la moitié des mères élevant seules leurs enfants n’ont pas déménagé. Avant leur entrée en monoparentalité, la moitié des parents étaient propriétaires, un peu plus les hommes que les femmes. Après, presque la moitié des pères élevant leurs enfants seuls le sont toujours, contre un quart seulement pour les mères isolées

 

3. Entrée dans la pauvreté pour plus d’une nouvelle famille monoparentale sur quatre.

  L’année de leur formation, 25 % des nouvelles familles monoparentales basculent dans la pauvreté. Dans la majorité des cas, il s’agit de personnes dont le conjoint apportait auparavant l’essentiel des ressources financières perçues par le foyer et qui n’ont désormais plus de revenus, ou très peu ; elles peuvent de plus rencontrer des difficultés à réintégrer pleinement le marché du travail pour diverses raisons : gardes d’enfants peu disponibles, éloignement de l’emploi, inadéquation des qualifications et emplois disponibles sur le territoire. Si l’on tient compte des parents isolés qui vivaient déjà sous le seuil de pauvreté lorsqu’ils étaient en couple, le taux de pauvreté des nouvelles familles monoparentales atteint 38 %. C’est trois fois plus que pour l’ensemble de la population de Bourgogne-Franche-Comté.

Figure2

Le taux de pauvreté étant directement lié au niveau de vie, il est logiquement plus élevé chez les mères isolées. À l’entrée dans la monoparentalité, 29 % d’entre elles basculent dans la pauvreté, contre 19 % des pères isolés. Si l’on tient compte de ceux qui s’y trouvaient déjà avant séparation, c’est même 43 % des nouvelles mères isolées qui vivent sous le seuil de pauvreté, contre 28 % des nouveaux pères isolés (figure 2 ci-dessus).

4. Des mobilités géographiques limitées en cas de déménagement.

Parmi les nouvelles familles monoparentales qui changent de logement l’année de la séparation, un tiers restent dans la même commune, un autre tiers partent vivre dans une commune située à moins de 10 km de leur ancienne commune de résidence et 5 % seulement s’installent dans une commune située à plus de 50 km. Cette mobilité restreinte est liée à des contraintes de proximité : avec les établissements de scolarisation des enfants, les structures permettant la garde ou simplement avec l’ex-conjoint dans le cas des gardes alternées. Les parents isolés prennent également en compte la localisation de leur travail, et cherchent souvent à préserver leur tissu social ainsi que celui de leurs enfants. Les changements de commune se font plus souvent du rural vers l’urbain que l’inverse. Les grandes villes de la région offrent en effet une diversité et un nombre important d’équipements et de services, notamment à destination des familles : établissements scolaires, moyens de garde, équipements sportifs… Les transports en commun permettent aussi une plus grande mobilité et autonomie des enfants dans leurs déplacements.

5. Un an après, une progression du niveau de vie plus marquée pour les pères isolés. 

La situation des parents isolés se redresse dès l’année qui suit l’entrée dans la mono- parentalité (figure 3). Pour ceux qui sont restés parents seuls, le niveau de vie médian augmente de 85 € par mois. Il demeure inférieur à la situation d’un an avant l’entrée en monoparentalité, mais l’écart se réduit à 17 %. Cela s’explique par le versement des pensions alimentaires et des prestations sociales, désormais mis en place. À cela s’ajoute pour les mères isolées l’augmentation des revenus d’activité. Pour ceux qui se sont mis en couple, le niveau de vie retrouve presque toujours son rang d’avant l’entrée en monoparentalité. La remise en ménage ne concerne cependant que 18 % des pères et 13 % des mères.

Figure3

Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté no 62 – Septembre 2019.

Plus rarement, le parent peut se retrouver sans enfant mineur à charge, cas qui concerne plus les hommes que les femmes (8 % contre 1 %). Pour la majorité d’entre eux, cette situation résulte de la perte de la garde des enfants. Ils profitent alors de la réduction de la taille du ménage pour améliorer substantiellement leur niveau de vie, et ce malgré le versement de pensions alimentaires éventuelles. Pour les femmes, cela survient en général lorsque le dernier enfant devient indépendant et quitte le logement. Elles sont en moyenne beaucoup plus âgées et vivent alors plus souvent de pensions de retraite que de revenus d’activité.

6. Trois ans après, un retour à la cohabitation plus difficile pour les mères isolées.

 Trois ans après, la situation financière des familles reste fragile mais s’améliore : leur taux de pauvreté est passé de 38 % à 24 %. Parmi celles qui vivaient sous le seuil de pauvreté l’année de leur entrée dans la monoparentalité, une sur deux est sortie de la pauvreté, souvent à l’occasion d’une remise en couple avec installation sous un même toit. Si le taux de pauvreté demeure plus élevé pour les deux tiers de parents qui continuent d’élever seuls leurs enfants, il diminue néanmoins : 30 %. À noter que sur la même période, 7 % des familles entrent dans la pauvreté, souvent suite à la baisse de leurs revenus d’activité. Au bout de trois ans, les hommes retrouvent en général leur niveau de vie d’avant l’entrée en monoparentalité, un rattrapage qui n’est que partiel pour les femmes. Ce contraste témoigne d’une divergence de parcours de vie et d’évolution des situations familiales. Trois ans après l’entrée en monoparentalité, un tiers des hommes vivent en couple contre seulement un quart des femmes. Et même, un homme sur dix vit seul, sans enfant à charge, contre seulement 3% des femmes. (figure 4).

Figure4

 

Conclusion : Cette sortie malaisée de la monoparentalité pour les femmes s’explique par une plus grande difficulté à trouver un conjoint potentiel prêt à accepter la beau-parentalité. Lorsqu’elles sont de nouveau en couple, c’est la peur d’éventuelles tensions entre les enfants et le conjoint qui freine une nouvelle cohabitation. Trois ans après l’entrée en monoparentalité, deux tiers des mères habitent encore seules avec leurs enfants, contre seulement la moitié des pères.