Economie·Optimisme

Nette remontée du cours de la calèche.

Faut-il, comme Yves Cochet, s’acheter d’urgence des calèches venues de Pologne, vu qu’en France on n’en fabrique plus, et que, il en est persuadé, d’ici quinze ans « quand il n’y aura plus ni essence ni électricité, ce sera l’un des seuls moyens de se déplacer » ?

Faut-il, toujours comme ce vert historique, s’installer dans une ferme de quelques hectares située dans un lieu qui « coche toutes les cases pour vivre en autarcie », avec à proximité « un bois pour fournir l’énergie primaire, de l’eau, des terres cultivables » (Paris-match, 25/07) ? Et, chevaux de trait et calèches bien au chaud, se préparer à la catastrophe à venir ?

Calèches_central_Park

Faut-il, comme lui, être adepte de la collapsologie, cetet « science appliquée et transdisciplinaire de l’effondrement » dont le biologiste Pablo Servigne, grand copain de Cochet, est el chantre le plus connu  depuis son premier livre (1), qui a sidéré plus de 80.000 lecteurs? ou crier au fou comme Luc Ferry, pour qui ces dangereux collapsologues s’apprêtent « à détruire l’Occident » sous prétexte de sauver la planète (« le Figaro », le 4/07).

Deux écoles au fond. Ceux qui croient que l’homme s’en sortira toujours, car « sa capacité de réparation » et « d’adaptation  est inépuisable », comme le dit la géographe Sylvie Brunel dans le Monde (26/07). En face, ceux pour qui cet optimisme relève de l’éternelle vanité humaine, pour qui « la croissance économique n’est que l’autre face de l’effondrement écologique » comme le dit la chercheuse au CNRS Virginie Maris, dans le Monde (27/07).

Pour ces derniers, la volonté de poursuivre une croissance infinie, même « verte », dans ce monde fini n’est que l’expression d’une arrogance aveugle, et seule une décroissance volontaire et maîtrisée pourrait nous éviter un effondrement chaotique. C’est ce que répète depuis maintenant quinze ans le mensuel « La Décroissance »  (avec un succès croissant!)  – ainsi que nombre d’auteurs, dont l’économiste Serge Latouche ,auteur d’un récent « Que sais-je ? » consacré à la décroissance.

Les collapsologues  n’ont fait qu’ajouter à ce discours une note dramatique, propre à frapper les esprits, sur la lancée du fameux livre de Jared Diamond « Effondrement », publié en 2006, dont les thèses ont marqué jusqu’à Édouard Philippe. ils en sont persuadés : l’annonce de la catastrophe peut faire office d’électrochoc et ouvrir les yeux des sceptiques, et faire lever les utopies, de nouvelles pratiques de réseaux d’entraide…

On l’a remarqué : aujourd’hui que les écologistes sont plus écoutés qu’avant, que se multiplient marches des jeunes pour le climat et mobilisations tous azimuts, le débat entre ces deux écoles se fait plus rude, plus tendu. Les casseurs d’écolos haussent le ton, traitent ceux-ci, qu’ils soient ou non collapsologues, de « nouveaux obscurantistes » de « charlatans » et « d’ayatollahs verts ». Les ayatollahs verts continuent d’acheter des calèches…

Jean-Luc Porquet – Le Canard Enchaîné du 31 Juillet 2019.

(1) « Comment tout peut s’effondrer », écrit avec Raphaël Stevens, Seuil. Pablo Servigne vient de lancer « Yggdrasil » trimestriel sous-titré « Effondrement et renouveau », vendu en kiosques (12 €) , dont il prévoit d’arrêter la publication  au bout de 12 numéros (juste avant la fin du monde ?)

 

 

 

 

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