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En 2037 l’Europe sera ouverte et écolo, ou ne sera pas

Après le regard sur la France de 2037, il y a une semaine, voici notre Volet 2 À quoi ressemblera l’Europe en 2037 ? Alors qu’une guerre économique et une guerre d’influence se dessine entre les États-Unis et la Chine, l’Europe pourrait incarner une troisième voie en étant leader sur la transition écologique et en mettant les droits humains au centre de sa ligne politique.

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Dans 18 ans, l’Europe existera-t-elle seulement encore ? Oui, si elle se vit plutôt comme une communauté de sens que comme une entité géographique. Alors qu’une guerre économique et d’influence se dessine entre les États-Unis et le Chine, l’Europe pourrait incarner une troisième voie en étant leader sur la transition écologique et en mettant les droits humains au centre, y compris ceux des migrants, que le continent vieillissant devra intégrer. Qu’en sera-t-il des institutions, élirons-nous directement un chef d’État européen ?

Avec Estelle Brachlianoff,  Directrice Générale adjointe des Opérations du groupe Veolia.

Et Enrico Letta, ancien Président du Conseil Italien, Président de l’Institut Jacques Delors, Doyen de l’École des Affaires Internationales de SciencesPo, auteur de Faire l’Europe dans un monde de brutes, Fayard , 2017.

À quoi ressemblera l’Europe en 2037, en terme de structures politiques, d’influences, de puissance industrielle, d’identité ?

Je la vois comme une Europe qui sera devenue un modèle grâce à sa position sur l’environnement. C’est une Europe où les déchets deviennent des ressources et où les entreprises contribuent avec les politiques à favoriser le bien-être collectif. Estelle Brachlianoff

Comment le monde pourrait-il être vivable si l’Inde et la Chine continuent de polluer autant, et que les pays ne prennent pas les mesures nécessaire pour limiter la pollution ?

L’Europe doit retrouver un pouvoir d’attraction. Là où on réussira, c’est si on trouve des solutions sur les problèmes environnementaux. Les clivages d’antan ont fait place aux sujets environnementaux et populistes. Estelle Brachlianoff

Nos villes deviennent des mines en Europe. Le palladium sert en joaillerie, en micro-électronique. C’est rare, précieux et très cher. On a trouvé du palladium à Birmingham. Il y a beaucoup d’autres exemples comme ça : on est aujourd’hui capable de réutiliser des eaux usées que l’on traite pour servir d’irrigations dans le sud de l’Europe. On a déjà une partie de la solution : développons-le. Estelle Brachlianoff

L’éducation va aussi changer en 2037. La principale des inégalités aujourd’hui, c’est l’inégalité du parcours scolaire. Aujourd’hui, notre société est divisée entre ceux qui envoient leurs enfants étudier à l’étranger et ceux qui n’ont pas les moyens, parce que le système éducatif public ne donne pas cette possibilité. Erasmus a poussé les inégalités, avec le chèque d’Erasmus, on ne paye pas le déplacement à l’étranger. Il faudrait faire un Erasmus obligatoire pour tous les adolescents : 3 ou 4 mois à 16 ans dans un pays étranger. Enrico Letta.

Commentaire : Il ne s’agit encore une fois que des focus abordés dans l’émission, mais « l’ambiance » compte aussi !

Voici le lien complet : https://www.franceculture.fr/emissions/dans-18-ans/en-2037-leurope-sera-ouverte-et-ecolo-ou-ne-sera-pas

L’Ours.

Technétronique

Un autre monde numérique est possible.

A l’heure où nous évoquons les 5 milliards de $ d’amende infligés à Facebook, pour non-respect de la règlementation américaine en matière de sécurité des données, et sans doute beaucoup plus grave, le non-respect de ses propres engagements par Mark Zückerberg son P.D.G.,  il est temps de prendre un peu de recul sur la société numérique qui se prépare. Pour cela, notre « grand témoin » sera Evgeny Morozov, chercheur1 et écrivain américain d’origine biélorusse, spécialiste des implications politiques et sociales du progrès technique et du numérique. Celui-ci s’est imposé comme l’un des critiques les plus féroces mais aussi les plus pertinents de la mutation numérique. Son témoignage a apporté une note discordante aux Rencontres économiques d’Aix en Provence.

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Q. Le numérique change le monde, mais dites-vous, pas pour le meilleur ?

R. « Nos visions de la technologie sont liées à des modèles économiques particuliers, comme Facebook ou Google. Et nous avons cru que leur intérêt était aussi celui de la société… Ce n’est pas vrai. Cela ne fait pas de moi un technophobe, je veux juste pointer qu’il y a d’autres modèles possibles, qu’un autre monde numérique est possible. »

Q. La critique contre Facebook, Google et les GAFAM en général, ne cesse de monter …

R. « Il est facile de tourner ces entreprises en boucs émissaires. C’est la tendance, et je pourrais suivre la mode, crier avec la foule : tuons tous ces bâtards : c’est de la démagogie. Le modèle des GAFAM (N.D.L.R. : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) est devenu dominant parce qu’il était gratuit. Et les gouvernements l’ont laissé se développer parce qu’ils ne voulaient pas prendre la responsabilité des services qu’ils procurent. Certains d’entre eux seraient d’ailleurs très heureux si Google Ou Facebook prenaient en charge la santé ou les transports urbains… Les débats actuels sur la concurrence ou la vie privée sont importants, mais aussi secondaires par rapports à la question principale des structures ».

Q. Que pensez-vous des critiques d’Emmanuel Macron contre les GAFAM ?

R. « Il a tout fait pour que ces compagnies s’installent en France… Il est difficile d’être à la fois un libéral centriste comme Emmanuel Macron, et de mener une politique très ferme qui empêche les GAFAM de pénétrer l’État providence français, et par exemple d’acquérir des data sur la santé des Français. Quand je vois que Le Louvre scelle un partenariat avec Airbnb, c’est terrifiant : qu’est-ce-que Macron va obtenir d’eux en échange ?

Affirmer que ces compagnies doivent respecter les lois, ne pas diffuser de contenus haineux ou terroristes, c’est bien, et ce n’est rien. Il faut un débat politique, idéologique pour savoir si l’essentiel de la politique de l’Europe doit continuer d’être fondé sur l’intérêt des consommateurs ».

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Q. Mais les GAFAM, et le numérique en général, rendent nos vies plus faciles.  Pourquoi devrions-nous leur résister ?

R. « Le charbon rend aussi nos vies plus faciles, et il va tuer nos petits enfants. Facebook, c’est simple, gratuit et bing ! je découvre que ça manipule mes élections… C’est du court-termisme ! Mais la question des technologies a été tellement dépolitisée que les gens n’arrivent pas à voir les conséquences à 10 ans » 2.

Q. L’usage de Facebook n’a pas baissé après le scandale Cambridge Analytica…

R. Parce qu’il n’y a pas d’alternative !  Moi, je n’utilise pas Facebook, mais j’utilise Google… Je n’aime pas cette pseudo-éthique qui fait la morale aux gens. Quitter Facebook, c’est un peu comme acheter du café de commerce équitable : vous dormez mieux la nuit, mais ça ne change rien aux structures du monde capitaliste ».

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Propos recueillis à Aix-en-Provence par Francis BROCHET. (B.P. du 7 Juillet 2019).

  1. Voir  « FSI – Evgeny Morozov » [archive], sur fsi.stanford.edu (consulté le 11 février 2017).

 

2. En matière de confidentialité des données, il reste de nombreux progrès à intégrer :  l’exemple des millions d’européens qui se sont jetés sur l’application Face Apps, prêtant leur visage au jeu du vieillissement, sans s’inquiéter ni de l’usage ni de la confidentialité qui régira ces portraits, lorsque le marché sera devenu « d’actualité ».

L’Ours.

 

L'éditorial

Éditorial : Une nouvelle saison.

Avec le retour du Grand Déj’ et du concert de rentrée, les dijonnais perçoivent le début de nouvelles vendanges, de nouveaux projets ; pendant l’été, nous avons réfléchi à ce que pourrait être notre projet 2020 pour BCN.  C’est un débat que nous voulons mener avec tous nos adhérents et sympathisants, car le domaine de l’Emploi et de l’Insertion est extrêmement sensible, et donc tous les avis doivent compter.

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  1. Le fonctionnement de notre association

Bourgogne Collaborative Network (association loi 1901) est née d’une création spontanée en 2012 : un collectif de parole qui se rencontrait une fois par mois dans les locaux de l’APEC, a souhaité mettre en commun ses expériences, ses démarches, et partagé les outils mis à sa disposition par l’Association pour l’Emploi des Cadres. De cette initiative est né un réseau informel, qui a souhaité s’organiser et grandir.

En effet, il est vite apparu que la richesse et la diversité des personnalités présentes ne pouvait se satisfaire de constats « à usage interne », mais demandait à s’employer à l’occasion de prises de paroles, de manifestations ; le premier objectif était de briser l’indifférence, les affirmations à l’emporte-pièce sur les difficultés liées à la précarité. Le second, était de lutter contre les discriminations implicites dont font l’objet les demandeurs d’emploi, (âge, obsolescence, volonté, ardeur au travail, etc.)

Le travail administratif s’est doublé d’une formalisation de nos ambitions en matière externe : conseillère emploi accueille sur rendez-vous les demandeurs qui souhaitent bénéficier d’un entretien personnalisé et les oriente le cas échéant vers une des trois formations proposées par l’association, en fonction de leur projet et de leur degré d’autonomie.

Les bénévoles retraités, qui animent ces formations sont actuellement au nombre de 27. Ils ont effectué leur carrière en entreprise ou dans les fonctions publiques, à des postes de responsabilités, avec des cultures variées (Administration des entreprises, Industrie, marketing, ressources humaines, formation, commerce, informatique, social, santé, insertion des jeunes ou de publics en difficulté,…). Ce brassage de cultures constitue notre richesse.

Ils animent en binômes des formations de groupe et accompagnent en individuel les demandeurs d’emploi qui le souhaitent (coaching, simulations d’entretiens, échanges sur projets professionnels,…). Des groupes de recherche d’emploi assurent par ailleurs le suivi post formation.

  1. Un projet centré sur la recherche d’emploi.

C’est donc très spécifiquement à la réussite de la recherche d’un emploi que l’association a souhaité concentrer ses efforts.

Elle l’a fait en mettant en oeuvre six axes de travail. Réussir à retrouver un emploi nécessite impérativement de :

  • Sortir de l’isolement et retrouver confiance en soi

L’association propose un lieu de travail, des moyens de rencontre et de travail collectif afin de vaincre l’isolement.

Les formations, les entretiens et les groupes de travail recherchent comme objectif prioritaire de permettre aux participants de reprendre confiance en eux-mêmes.

 

  • Appuyer sa démarche de recherche sur un projet professionnel fort

Pour un certain nombre de demandeurs, la recherche butte sur un projet professionnel flou qu’il va falloir préciser et parfois reconstruire et tester.

  • Apprendre à communiquer en se centrant sur les besoins du recruteur.

Pour beaucoup communiquer efficacement avec les recruteurs, par écrit, par le web et par oral pose problème et les chances de réussir s’en trouvent dilapidées : un entraînement est indispensable. Il est au cœur de notre appui.

  • Comprendre comment fonctionnent les entreprises et se construire un réseau professionnel

Trouver des offres est très difficile quand l’absence de connaissance du milieu vous empêche d’accéder au marché caché qui couvre l’essentiel des recrutements. Nous aidons à se créer un réseau et à comprendre le fonctionnement du marché du travail pour augmenter les chances de succès.

  • Vaincre la fracture numérique

A la création de l’association – en 2015 – c’est le non-maniement des outils bureautiques qui était un facteur d’exclusion. Aujourd’hui c’est, dans la recherche d’emploi, le non-maniement du web dans ses développements les plus récents qui est devenu un vrai facteur d’exclusion, ne serait ce qu’avec les candidatures en ligne obligatoires pour Pôle Emploi.

Bien au delà, l’accès au marché des offres passe aujourd’hui essentiellement par le web classique et de plus en plus par le web2.0. L’association veut appuyer ses adhérents dans ce domaine.

  • Et surtout piloter sa propre recherche, maîtriser ses choix et s’engager à fond dans sa recherche.

L’employeur recherche avant tout des personnes qui vont s’engager dans leur travail, des personnes prêtes à s’impliquer, autonomes et motivées. Chacun possède à des degrés divers une partie de ces qualités : en prendre conscience, les cultiver et les développer, autant de moyens de les mettre en valeur, donc de les faire reconnaître. Aussi l’association s’est elle toujours donné comme ligne de conduite l’autonomie totale de décision et d’initiative des adhérents :

– L’association BCN propose un large panel d’activités, individuelles ou collectives, mais c’est toujours l’adhérent qui décide de ce qu’il fait avec l’association et surtout de tout ce qui concerne sa recherche d’emploi.

– L’association et ses bénévoles sont disponibles, répondent autant qu’ils le peuvent au besoin, mais notre propos n’est pas d’aller faire « le travail à la place des adhérents ». Lors de l’entretien final, tout se joue intuitu personae. En cultivant la personnalisation, nous valorisons la belle personne qui est en vous, ensuite c’est :

« Aide-toi, le ciel t’aidera ! ».

L’Ours.

Management·Recrutement & RH

Me We Do Be. Une nouvelle mode ?

17 février 2017 par Cadreo

Le conférencier américain Randall Bell a identifié, avec son équipe, « quatre pierres angulaires de la réussite », quatre piliers destinés à constituer une base solide pour l’entreprise.

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Socio-économiste, Randall Bell est l’un de ces conférenciers américains qui proposent recettes et formules pour réussir. Dans son dernier ouvrage * Me We Do Be: The Four Cornerstones of Success de Randall Bell (Leadership Institute Press) dont la publication est attendue au cours des prochaines semaines aux États-Unis, il a identifié, avec son équipe, « quatre pierres angulaires de la réussite » d’une entreprise : le « moi » (« me ») améliore la qualité de la pensée, le « nous » (« we ») construit les relations, le « faire » (« do ») élève la productivité tandis que « l’être »» (be) projette dans l’avenir.

  1. Construire le « moi »

« Lorsque vous construisez la pierre angulaire du moi, vous fabriquez de la connaissance et de la sagesse  ; vous vous concentrez sur vos pensées, sentiments et attitudes », explique Randall Bell. A l’échelle de l’entreprise, il s’agit, pour un cadre dirigeant, de s’accorder des temps de pause, de calme et de solitude dans chaque journée de travail pour réfléchir à sa mission. La méditation génère des ondes alpha, propices aux idées créatives, indique le conférencier américain. S’appuyer sur ce concept du moi revient à veiller à ne pas conduire les affaires au jour le jour. « Écoutez, apprenez, et faites vos choix avec soin », recommande Randall Bell, qui invite tout un chacun à s’accorder du temps de développement intellectuel, spirituel et philosophique. Dans une entreprise adepte de ce principe, les collaborateurs ne cessent d’apprendre, savent pourquoi ils agissent et donnent un sens à leur travail, défend l’auteur.

2.Cultiver le « nous »

La réussite repose sur une mise en relation des bonnes personnes, sur la constitution d’un cercle vertueux. En entreprise, cela nécessite d’insuffler un esprit d’équipe et l’idée d’une réussite collective. A cet effet, recommande Randall Bell, le cadre dirigeant devra faire vivre certaines valeurs et exprimer de la bienveillance en donnant, par exemple, des preuves d’estime au personnel, aux fournisseurs et aux clients. Bien conscient qu’une entreprise dotée d’un fort sentiment collectif est plus énergique, plus créative et plus expressive.

Footsteps

A contrario, un faible niveau de « Nous » peut être tout à la fois cause et conséquence d’une baisse de moral générale au sein de l’entreprise, d’une mauvaise communication entre les services, mais aussi plus grave d’un faible niveau de conformité.

  1. Agir

Le monde appartient à ceux qui produisent, défend Randall Bell. Selon ce dernier, créer de la valeur ajoutée pour l’entreprise englobe des aspects physiques, financiers et environnementaux. Au quotidien, « restez en bonne santé, gérez le budget, et maintenez votre espace de travail rangé et agréable », recommande-t-il.

  1. Être… demain

« Être », c’est s’ancrer dans son identité et ses particularismes. A l’échelle de l’entreprise, il n’est pas inutile de créer de l’intemporel pour se projeter dans l’avenir. C’est, pour Randall Bell, une façon de donner du sens et de se prévaloir contre les décisions à courte vue et la mauvaise exécution. Un raisonnement qui implique l’élaboration d’une vision à long terme et la préparation de la génération qui suivra.

En savoir plus sur :   https://business.lesechos.fr/directions-generales/strategie/transformation/0211787898568-me-we-do-be-la-formule-de-4-mots-qui-fait-réussir-les-dirigeants-306076.php?FoUaET2gwLhso8hU.99

Mon commentaire : Au premier abord, ce nouveau « concept » ne m’a pas fait sauter au plafond ! Puis je me suis souvenu des années 2000, où nous utilisions quotidiennement les « tableaux de bord équilibrés » ou « balanced scorecards ». Les composantes étaient alors : la croissance, la marge, la satisfaction (interne ou externe) et l’empreinte (c’est-à-dire la durabilité.

Du coup, les tongs du milieu prennent tout leur sens : qui que nous soyons, quoi que nous fassions, ne marchons pas seuls !

L’Ours.

Economie·Revue de Presse

Opinion : Les économistes contre le peuple.

OPINION. Aux États-Unis, les économistes, embauchés au départ pour rationaliser l’organisation gouvernementale et pendant longtemps plutôt méprisés, prirent le pouvoir dès le milieu des années 1950, étendant progressivement leurs tentacules jusqu’à prendre en charge la définition même de la politique du pays. Ils partaient, entre autres, du principe qu’une société plus égalitaire aurait un impact défavorable sur la croissance nationale et prônaient, à l’instar de Milton Friedman, la restriction des pouvoirs de l’État. Par Michel Santi, économiste(*).

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Franklin Delano Roosevelt avait, en son temps, renvoyé John Maynard Keynes, un des économistes les plus influents et les plus brillants du XXe siècle, qualifié de «mathématicien peu pratique» par ce président. Dans son allocution d’adieu, Eisenhower avait, quant à lui, mis en garde ses concitoyens à l’encontre des technocrates au pouvoir, ceux-là mêmes qualifiés tout récemment par Emmanuel Macron de constituer un «État profond».

William Mac Chesney Martin, un banquier qui fut le plus long président de la Réserve Fédérale de l’Histoire des États-Unis d’Amérique – de 1951 à 1970, soit sous 5 présidents ! – était si méfiant à l’égard des économistes qu’il contraignait les siens à travailler au sous-sol de sa banque centrale, les accusant de ne pas «connaître leurs propres limites»…

Des économistes contre la réduction des inégalités sociales

En somme, alors que le Congrès ne consultait qu’exceptionnellement cette corporation plus ou moins dédaignée et qui devait – de l’aveu même de Keynes – ne pas se considérer supérieure aux dentistes, les économistes prirent le pouvoir dès le milieu des années 1950 puisque leur nombre devait passer de l’ordre de 2.000 à plus de 6.000 salariés au sein de l’administration américaine en 20 ans ! Embauchés, dans un premier temps, afin de rationaliser l’organisation gouvernementale et l’application de sa politique, ils étendirent progressivement leurs tentacules jusqu’à la prise en charge de la définition même de la politique du pays. Dérégulation de la plupart des secteurs de l’économie, faveurs et largesses accordées aux entreprises fleurons du pays, opposition farouche au concept de salaire minimum: ces économistes partaient du principe qu’une société plus égalitaire aurait un impact défavorable sur la croissance nationale, et que cette même croissance ne serait pérennisée qu’à la faveur d’un rétrécissement des pouvoirs de l’État.

Le plus emblématique d’entre eux fut Milton Friedman dont les écrits et les travaux marquèrent les esprits et les actions des politiques car il proposait une solution basique à même, selon lui, de régler les problématiques économiques et financières, qui consistait tout bonnement à ce que le champ d’intervention de l’État ne concerne plus ces domaines. Ce fut le président Nixon qui en fut un de ses plus fervents soutiens qui, sous sa houlette et suite à ses doctes conseils, devait adopter toute une série de mesures dont la seule philosophie était de restreindre et l’État et ses régulations, comme celle de laisser flotter le dollar au gré des aléas des marchés, ou même de donner une valeur à la vie humaine, qui cote actuellement 10 millions de dollars…

Prière de ne pas entraver l’augmentation ininterrompue du PIB

Du reste, le consensus entre Républicains et Démocrates fut à cet égard entier puisque le fameux «L’État n’est pas la solution, l’État est le problème» de Reagan fut repris en écho par Clinton qui devait affirmer le jour même de son investiture que «l’ère du gouvernement important est finie» ! La lutte contre les inégalités était donc instamment priée de ne pas se mettre en travers du progrès économique et de l’augmentation ininterrompue du PIB.

En fait, la bonne conscience des économistes, et des politiciens qu’ils conseillaient, leur chuchotait de manière bien opportune que les inégalités étaient une fatalité – par définition hors de leur contrôle-, une sorte de sécrétion inéluctable du capitalisme, de la globalisation, et aujourd’hui des progrès fulgurants de la technologie et de la robotisation. Le résultat est que, en 2019, les faits indiquent que l’espérance de vie des 20% des Américains les plus pauvres commence à régresser tandis que celle des 20% les plus riches s’allonge.

L’économie de marché, une belle invention… à subordonner au politique

J’entends souvent que blâmer les économistes pour nos déboires économiques serait comme imputer aux climatologues le réchauffement de la planète. Pour autant, le raccourcissement de l’espérance de vie des Américains pauvres n’est que la dernière manifestation en date d’une authentique machine à fabriquer les inégalités… après celle consistant à générer des bulles spéculatives et, à cet égard, nous – Européens -, ne nous berçons pas d’illusions car nous en prenons le chemin.

L’invention de l’économie de marché fut une invention cruciale de l’Homme, et une machine à créer des richesses, mais l’avènement de l’économie fut une catastrophe pour les plus vulnérables. Il est donc urgent de subordonner cette pseudo-science à la politique, et il est impératif que les dentistes se sentent les égaux des économistes.

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