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L’innovation n’est pas une alternative à la sagesse.

L’économiste Marc Giget a rappelé, ce jeudi 7 février, à Quimper, que les PME jouent un rôle déterminant en matière d’innovation, dans un monde en évolution constante. Il est intervenu devant une petite centaine d’entrepreneurs cornouaillais, à l’initiative de la technopole.

  1. Que veut dire innover au XXIe siècle ?

Le fait que l’on soit au XXIe siècle ne change pas grand-chose. Innover, c’est intégrer le meilleur état des connaissances dans un produit ou un service créatif, dans l’objectif d’améliorer la condition humaine. On ne va pas changer pour embêter le monde, mais parfois c’est le cas. Big Data peut être Big Brother, par exemple. Certains ne tombent pas en pâmoison, devant un compteur électrique connecté, comme vous avez pu le remarquer. Au XXIe siècle, ce sont les techniques qui changent, mais le processus est éternel.

      2. Vous avez dit : « La société ne réclame pas de l’innovation, mais du progrès ». Qu’entendez-vous par là ?

Le nouveau n’est pas si attractif que cela pour les gens. D’ailleurs, s’il fait peur, ils se replient sur l’ancien. Les gens veulent un mieux. Progrès, ça veut dire progrès médical, progrès social, que ça fasse moins mal, que la vie soit plus facile, moins dangereuse, etc. Passer de la 3G à la 4 G, est-ce que ça change vraiment quelque chose ? Le bonheur a-t-il progressé entre la 3 G et la 4 G ? Il ne suffit pas de changer la technique, il faut aussi qu’elle améliore le quotidien des gens.

3. Selon vous, les PME jouent un rôle déterminant dans le développement d’innovations. De quelle manière ?

C’est le vrai tissu de l’activité économique. Les très grands groupes jouent un rôle très important, c’est vrai. Ils pèsent 25 % de l’emploi et 67 % des innovations. Mais un grand réalise à peine 20 % de ses produits et services. Le reste est fait par des fournisseurs, qui sont des PME. En France, il y a 150.000 PME, et c’est là que se trouvent nombre d’avancées techniques. Ces entreprises doivent intégrer régulièrement des évolutions, et se mettre en phase avec la société qui réclame toujours plus de mobilité, de sécurité, d’écologie ou encore de transparence.

4. L’innovation inquiète parfois car elle pourrait éloigner l’humain de l’entreprise, remplacer l’homme par la machine. Comment l’expliquez-vous ?

C’est un phénomène régulier, mais on n’arrête pas l’innovation scientifique. Il y a seize millions de chercheurs dans le monde, et 3,5 millions de brevets nouveaux par an. Mais les gens, ce qui les intéresse, c’est ce que cette recherche va délivrer. Dans un premier temps, ils ne voient que ce que ça détruit, influencés par de faux prophètes qui annoncent le remplacement de l’homme par les robots.

Les grandes vagues d’innovation dans l’histoire ont été analysées. Il y en a eu une douzaine depuis le siècle de Périclès (5e siècle avant Jésus-Christ). Dans ces moments-là, non seulement la société est inquiète, mais les gens les plus informés de l’évolution des technologies vont avoir tendance à se les approprier aux dépens des autres. Aristote disait : « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous ».

Et on le voit aujourd’hui, tout le monde ne peut pas se payer un smartphone à 1.500 €. Par conséquent, les gens se sentent dévalorisés par les machines. Nous vivons une période d’inquiétudes, mais normalement le meilleur arrive à la fin. La Renaissance, La Belle Époque, Les Trente Glorieuses, tous ces termes sont très positifs.

5. Le meilleur reste à venir ?

Normalement, nous sommes à la veille d’une Belle époque, si tout se passe comme d’habitude. Mais il y a des fois où ça ne se passe pas bien. La technique est totalement neutre. Un avion emmène les gens en vacances, mais il peut aussi lâcher des bombes. Avec un marteau, vous construisez une maison ou vous défoncez le crâne de la voisine. Ce n’est pas de la faute du marteau. Il y a donc toujours l’inquiétude que quelqu’un se l’approprie à mauvais escient. Il faut que les valeurs progressent en même temps.

En ce moment, tout le monde est dans une quête de sens. Cela va servir à qui et pour améliorer quoi ? D’autant que nous sommes dans une période où nous voyons arriver des techniques extrêmement puissantes et intrusives. Je suis confiant sur le long terme et inquiet à courte échéance. L’innovation technologique n’est pas une alternative à la sagesse. La destruction est plus violente qu’on ne l’attendait d’un point de vue écologique par exemple, et il n’existe pas de solution miracle.

innovation

Propos recueillis par Lannig Stervinou – Paru dans Le Télégramme du 8 Février 2019.

A lire : « Les nouvelles stratégies d’innovation» (Éditions du Net) de Marc Giget, qui est le président fondateur du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation et de l’Institut européen de stratégies créatives et d’innovation.

 

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