Optimisme

Le but de la vie n’est pas le bonheur.

Le bonheur n’est jamais séduisant.

“Mais je ne veux pas de confort. Je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux la liberté, je veux de la bonté, je veux du péché. ”

― Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes.

Aldous Huxley a passé tout l’été 1931 à écrire le Meilleur des Mondes. Il vivait alors en France et était déjà connu comme auteur. Huxley avait déjà publié quatre romans satyriques, ainsi qu’un livre de poésie. Il dirigeait également le magazine littéraire Poésie d’Oxford.

 «Le Meilleur des Mondes » est, à juste titre, le plus fameux roman d’A. Huxley. Je ne crois pas qu’un livre ait produit sur moi une impression plus profonde. La comparaison avec « 1984 » de George Orwell est pertinente, mais la vision et la pré-science de l’avenir, l’audace véritable dont fait montre ce roman est inégalée. Clairement, Aldous Huxley était un génie, plutôt fier et audacieux, impatient de découvrir les royaumes délicats de l’utopie et de la dystopie.

Le contexte du Meilleur des Mondes est un empire scientifique international, qui s’est arrangé pour produire une société où la vérité et la raison ont moins de sens que le bonheur et le confort. La société tout entière a été stérilisée ; il n’existe ni maladie, ni émotion douloureuse. Les gens sont ignorants du concept d’amour, celui-ci est remplacé par des rapports de proximité et des relations occasionnelles. La vieillesse, la nature, la pensée et l’angoisse ont été retirées, et un système de conditionnement psychologique rigide est pratiqué sur la jeunesse.

Une interdiction sévère des livres, de la philosophie et de la religion a été imposée, le peuple considère cette interdiction comme une protection contre des contenus nuisibles. Chacune de ces occupations détourne les gens, les met mal à l’aise et les perturbe dans leur quête du plaisir.

Un médicament baptisé « soma », une opiacée sans symptôme de sevrage, est largement diffusé, et sert à faire disparaître les émotions et les sentiments. Il est indispensable pour maintenir l’ordre. Les gens ne peuvent concevoir leur vie sans lui, car il contient tous les avantages du Christianisme et de l’alcool, sans aucun de leurs défauts.

“Dans le Meilleur des Mondes, l’usage du soma n’était pas un vice personnel ; c’était une institution politicienne…” écrit Huxley. “La ration quotidienne de Soma était une assurance contre le mal-être, le manque de quiétude sociale et la diffusion d’idées subversives. La Religion est l’opium du peuple, disait Karl Marx. Ici, la situation est inversée : c’est l’opium, ou plutôt le Soma, qui constitue la religion du peuple.”(Aldous Huxley : Le Meilleur des  Mondes revisité).

Aucune des belles émotions du genre humain  — la douleur, le chagrin, la confiance, le plaisir —  n’est jamais éprouvée, et les gens réduits au lieu de cela, à une existence de néant.

L’idée d’Aldous Huxley sur ce que ferait un parfait état totalitaire n’est pas la sanction de tout comportement erroné ; il pense au contraire qu’un tel état encouragerait leur esclavage à travers la recherche du plaisir et l’insensibilisation. Il y aurait un glissement du « bruit des  bottes » vers la pression en faveur de la drogue, du sexe, du plaisir et de la douceur.

Cela retirerait au peuple toute raison d’en vouloir ou de se rebeller face à l’autorité. Aucun mécontentement ne devrait apparaître entre l’homme ordinaire et l’état.

Les principes de la tension de la chaîne de montage de Henry Ford sont présents tout au long du roman, et en effet le peuple voyait Ford, de même que Sigmund Freud, comme le fondateur de leur civilisation.

Il s’agit d’une société prévisible, certaine, orientée vers le plaisir et le confort.

Le roman présente un étranger, John le Sauvage, à l’État mondial civilisé. John est en effet né en-dehors de la civilisation dans la Réserve des Sauvages. Il tombe amoureux des œuvres de Shakespeare dans sa jeunesse. Grâce à Shakespeare, il découvre la douleur, l’amour, la fidélité – autant d’idées inconnues du peuple civilisé. Il est capable de mettre des mots sur ses propres sentiments, en utilisant les mots de Shakespeare, et ce faisant parvient à identifier la beauté des émotions humaines.

Shakespeare fournit à John le cadre pour protester contre le monde civilisé. John s’implique dans le langage et l’idéal de la poésie, la vérité de la nature. De ce fait, il rejette l’essence stérile du monde dans lequel il s’est retrouvé. John est le héros tragique du Meilleur des Mondes, un personnage que l’idéalisme conduira à long terme, à sa perte.

« Les hommes ne peuvent être heureux que s’ils ne pensent pas que l’objet de la vie est le bonheur.”

― George Orwell

La force qui mène la contre-utopie d’Huxley est la culture occidentale qui consiste à chercher le sens, la croyance selon laquelle chacun a d’être là est uniquement le bonheur. On suppose, peut-être inconsciemment qu’un jour viendra où nos souffrances prendront fin et où le voyage connaîtra son terme. Il y a un endroit quelque part au-dessus des collines bleutées de notre mémoire, où nos luttes cesseront, et où l’horizon et le paradis seront confondus. Nous serons heureux, en bonne santé, sans dépression, soucis ni angoisse, assis confortablement en totale harmonie avec nous-mêmes.

La vie, de par sa nature même, n’est jamais exempte de luttes. Pour autant, cela n’empêche pas les gens de continuer à croire qu’un jour, celles-ci prendront fin.

Le Meilleur des Mondes, pensait Huxley, aura pour conséquence d’abolir cette folie. Car il viendra fatalement un temps où les peuples placeront le bonheur au-dessus de la liberté. Le plaisir sera alors  suivi jusqu’à son terme, et autorisé volontairement à devenir le socle de la société.

“Donnez-moi ma télévision et des sandwiches, mais ne venez pas m’ennuyer avec des responsabilités d’homme libre” (Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes Revisité).

Huxley avait perçu le mythe de l’arrivée, l’idée selon laquelle la vie est un voyage, comme autant d’illusions. Beaucoup viendront à l’apprécier, certains plus tôt que d’autres. La « bonne vie » est perçue comme hors de portée, et cela peut conduire à la désillusion et au désespoir. Même si l’on obtient tout ce qui est censé apporter le bonheur, l’empressement initial disparaît à plus ou moins long terme. Car les humains sont habitués à s’acclimater à de nouveaux sommets.

C’est la misère et le désespoir provoqués par le mythe de l’arrivée et les luttes constantes de la vie, qui créent la résignation tranquille d’accepter que le bonheur soit supérieur à la liberté. La question qui demeure est : qu’est-ce qui nous manquera une fois que nous aurons pris cette décision ? Sincèrement, la réflexion et la pensée sont nécessaires pour savoir ce qui est important pour nous, et ce qui fait de nous ce que nous sommes.

Car plus le monde accélère, et moins nous avons de temps pour réfléchir, plus nous devenons amnésiques, marchant comme des somnambules vers une destination que nous n’avons pas choisie.

“Le vrai bonheur consiste à savourer le présent, sans éprouver l’angoisse de l’avenir, à ne pas se laisser distraire ni par les espoirs, ni par les peurs, en se satisfaisant de  ce que nous avons, ce qui est suffisant pour celui qui ne désire rien. Les plus grandes bénédictions qui attendent l’humanité sont en nous et à notre portée. L’homme sage se satisfait de ce qu’il a, quoi que ce soit, sans désirer ce qu’il n’a pas.”

― Sénèque

Aldous Huxley proposait le choix entre liberté  et plaisir. Les hommes ont un instinct naturel vers la liberté, un désir brûlant d’agir selon leur cœur. Il n’existe aucune dignité, aucune fierté ni aucun amour sans liberté, car c’est notre état le plus naturel et le perdre de cette manière insensée trahit ce que nous sommes. Ce sont des temps difficiles qui s’annoncent quand de nombreuses personnes ne se contenteront pas d’accueillir leur esclavage, mais se réjouiront quand au bout du compte, toute responsabilité leur sera ôtée.

La liberté est inséparable de la responsabilité. Nous avons la liberté de dire ce que nous pensons, ainsi que la responsabilité de nous assurer que nos propos sont clairs et sensés. Nous avons la liberté d’agir, ainsi que la responsabilité d’agir de façon appropriée. Constatez-le vous même, la responsabilité n’apporte que de la douleur, du chagrin et des fardeaux. Elle n’amène jamais de plaisir. Mais sans responsabilité, sans autonomie, nous ne sommes plus capables de trouver en nous-mêmes les réponses, et devons chercher ailleurs l’orientation.

Cependant, par une réflexion attentive nous devons nous arrêter sur le consensus qui entoure l’idée de bonheur. Et, puisque c’est ainsi qu’elle se pose, est-ce-que les gens désirent vraiment rechercher le bonheur comme un but en soi ?

Ou veulent-ils lutter contre le vent, se battre pour leur famille, se saigner contre le mauvais sort, se briser le cœur, se mordre les lèvres, extirper la corruption, suivre les présages, s’accrocher fermement à leurs racines, franchir les limites, aimer passionnément jusqu’à se perdre eux-mêmes, vaincre leurs démons et découvrir de nouvelles créations ?

Non, le bonheur n’est jamais aussi vertueux qu’il ne semble. C’est plutôt que vous pensez ainsi tant que vous êtes tout seul dans la cave, oublieux des souvenirs du passé. Mais c’est de l’amnésie.

Aldous Huxley voulait alerter les individus contre la croyance que l’objet de la vie est le bonheur. Ces moments de bonheur que chacun a connus sont rares et incertains, et pourtant nous nous accrochons à eux comme si le scénario devait se reproduire à jamais. Au lieu de cela, comme John le Sauvage, chaque personne devrait se donner un but, une vocation, un idéal, un combat ou un amour.

Un sens à la vie de chacun devrait comporter une lutte, car il est nécessaire de traverser la vie en croyant que vos propres souffrances contiennent un grand dessein. Ainsi, ce n’est plus une question de sens de la vie, mais plutôt du sens des souffrances que nous avons endurées pendant notre vie.

Une vie sans profondeur, sans souffrance est superficielle et dépourvue de sens. Nous devons répondre aux questions les plus profondes que la vie nous soumet. Aussi en agissant constamment en quête de la satisfaction, vous vous condamnez à une existence creuse.

Un objectif de vie, une lutte contre sa nature ou une inspiration profonde au milieu des bouleversements sont toujours plus séduisants que le bonheur. Aldous Huxley croyait qu’un changement de perspective, entre autres choses, est nécessaire si nous voulons éviter ce qui à l’heure actuelle semble inévitable.

“L’homme, le plus brave des animaux, et le plus accoutumé à souffrir, ne repousse pas la souffrance en tant que telle ; il la désire, il la recherche même, à condition qu’on lui montre un sens à celle-ci, un but pour souffrir. L’absence de sens à la souffrance, et non la souffrance elle-même, était la malédiction qui pesait sur l’humanité jusqu’à présent.”

(Tiré de la Généalogie de la Morale, Friedrich Nietzsche)

Harry J. Stead – Membre de Timeandritual.com, (Développement personnel). Top writer in Culture, Psychology, Life, Life Lessons

Traduit de l’anglais par Bourgogne Collaborative Network.

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