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Tous passagers clandestins ?

Nous avons tous appris à l’école ce qu’est un passager clandestin : c’est un méchant profiteur, un resquilleur qui voyage gratis, dissimulé dans les écubiers des navires, ou les soutes des avions. Puis il y a eu les migrants : 71 Syriens, Irakiens ou Afghans étaient morts étouffés dans un camion frigorifique retrouvé en Autriche. A Calais, 17 victimes ont connu le même sort… l’opinion réagit aux grands nombres, on ne fait plus de cas d’une ou deux victimes « isolées » quotidiennes. Du coup, nous avons baissé la tête, et commencé à considérer ces délinquants comme des victimes.

Pourtant, nous sommes tous, nous aussi des passagers clandestins : en économie, un passager clandestin caractérise une situation où un investisseur profite de l’investissement de différents autres investisseurs au sein d’une entreprise sans pour autant avoir participé au financement du projet ou d’une manière générale aux besoins de capitaux de la structure. Une grande banque peut ainsi tirer profit d’opérations à risque telles que des investissements sur les dérivés de crédit. Celles-ci pouvant permettre à une banque d’améliorer sa rentabilité.

Comparons maintenant notre situation à celle de Jack Dawson, (il vient de gagner au poker un billet de 3e classe pour l’Amérique… sur le Titanic). Certes, il a obtenu légalement son billet, mais nous sommes en Avril 1912, et les icebergs sont descendus très au Sud, en raison d’une vague de froid exceptionnelle. Dès cet instant, son destin ne lui appartient plus : le commandant est expérimenté, mais influençable, ambitieux et … imprudent. La coque  du paquebot a subi un incendie à Belfast, tout le côté droit a été endommagé et fragilisé. Pour sa 1ere traversée, le Titanic pourrait décrocher le Ruban Bleu, en atteignant New-York en 4 jours, assez tôt pour paraître à la Une des journaux du soir. La suite, on la connaît…

Cela ne vous rappelle rien ? Ce bateau ivre, où le commandant décide du cap, de la vitesse, sans tenir compte du climat, de l’état des machines, et du SENS de ses décisions ? Si le commandant des États-Unis (2e pollueur au monde, après la Chine), choisit de foncer à travers les icebergs, nous sommes tous des passagers de 3e classe. Mais ce n’est pas tout, d’autres vérités méconnues méritent d’être déterrées, plutôt que juste effleurées, ce que combattent au jour le jour des armadas de lobbyistes :

La révolution de la « viande propre »

Récemment, un documentaire appelé « Cowspiracy » dénonçait les mythes de l’élevage. Son réalisateur, Kip Andersen, vegan convaincu avait monté un dossier à charge : un chef d’oeuvre de manipulation. Le réalisateur, pourrait donner aux agences de com’ une fameuse leçon sur les méthodes pour produire du contenu convaincant.

Mais c’était intéressant tout de même. Le documentaire soulevait des questions importantes. Il était bien fait, car il sortait des sentiers battus consistant à montrer les pauvres animaux et les terribles conditions dans lesquelles ils vivent. Son principal argument s’appuyait sur la pollution.

Les faits qu’Andersen a dénichés au sujet de la pollution causée par la consommation de viande sont assez incroyables. Voici les plus marquants :

– L’agriculture animale génère à elle seule plus de gaz à effet de serre que les pots d’échappement de tous les modes de transport réunis.

– Le bétail et ses sous-produits représentent au moins 51% de toutes les émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

– La culture de céréales pour alimenter le bétail consomme 56% de l’eau aux Etats-Unis.
– Il faut près de 9 500 litres d’eau pour produire 500 grammes de boeuf.

– Le bétail ou l’alimentation du bétail occupent 1/3 de toute la surface terrestre non-recouverte de glace.

– Une exploitation de 2 500 vaches laitières produit autant de déchets qu’une ville de 411 000 habitants.

– L’agriculture animale cause jusqu’à 91% de la destruction de l’Amazone.

Ces chiffres peuvent sembler incroyables. Ils s’appuient pourtant sur des sources bel et bien réelles. Vous pouvez voir comment Andersen a atteint ces conclusions ici.

C’est pour cela qu’il a appelé son documentaire Cowspiracy (jeu de mot anglais entre « conspiracy« , conspiration et « cow », vache). Il affirme qu’il y a un complot entre les organisations agricoles et l’industrie agroalimentaire, qui sont de mèche et maintiennent le secret sur ces informations.

On nous dit que la cause principale de la pollution est l’industrie et les transports, mais comme vous le voyez ci-dessus, ils n’arrivent pas à la cheville de la production de viande.

Même s’il y a matière à débat, il ne fait aucun doute que la consommation de viande cause une pollution massive et occupe une gigantesque surface de terrain. L’élevage de bétail tel qu’il est fait actuellement ne semble tout simplement pas durable. La réponse d’Andersen cette situation était simple : nous devrions manger moins de viande.

Un constat alarmant

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le reportage « Cargos, la face cachée du fret », diffusé début février (2017) sur France 5, faisait froid dans le dos. Il braquait les projecteurs sur les 60 000 cargos qui sillonnent sans relâche les mers du globe pour transporter nos produits de consommation.

Or, d’après France nature environnement (FNE), ces porte-conteneurs utiliseraient un carburant extrêmement nocif, qui générerait 3 000 à 3 500 ppm de soufre, alors que la norme européenne imposée aux voitures ne doit pas dépasser 15 ppm.

Verdict de la fédération : un seul cargo émettrait autant de soufre que 50 millions de voitures. Pourtant, ce moyen de transport est considéré comme le moins polluant, le problème est que pour des raisons de coût, il utilise à vil prix du fuel lourd, celui que les compagnies ne peuvent écouler comme carburant que sur des chaudières de puissance. Dit autrement, on pollue plus parce que c’est moins cher.

Le nouveau concept-clé : « Race to the bottom ».

Dernier événement économique en date, l’intervention de notre président E. Macron à Davos, au Forum économique mondial : depuis son discours, c’est devenu l’enjeu politique mondial majeur. On fait le point sur un concept que nul ne peut plus ignorer.

Que désigne cette « course à la baisse » ? L’érosion tendancielle de la taxation des entreprises dans le monde. Sous le double effet de la mondialisation et de la concurrence fiscale des Etats, le taux moyen d’impôt sur les sociétés dans le monde est passé de 42% dans les 80s à moins de 25% aujourd’hui… et selon les projections du think-tank européen Eurodad, à ce rythme, le taux 0 sera atteint en 2052.

Pour Emmanuel Macron tout se joue là. Soit on arrive à coopérer à l’échelle mondiale afin de faire contribuer les entreprises au « bien commun », soit l’effort (qu’il prenne la forme de l’abandon des politiques sociales ou de l’accroissement de la charge fiscale) sera de plus en plus porté par les ménages les moins mobiles (c’est-à-dire les classes moyennes). On passera alors à la course à la catastrophe.

Conclusion.

Vous êtes à la passerelle : ce privilège (en hauteur, la vue est parfaitement dégagée, toutes les informations convergent et repartent via les chadburns en direction des organes vitaux du navire), est aussi une responsabilité, qu’il va falloir assumer. Quelques indices : Kaiser Wilhem II, a fait écrire au Haut-Koënigsburg : « Je ne l’ai pas voulue « … (La 1ere guerre mondiale). Peut-être, mais alors qui ? Krupp, Thyssen, Schneider, IG Farben ? L’économie est la machine, elle ne peut aucunement se dérober à la passerelle, car c’est de là qu’on voit.

70 ans de paix en Europe ont tenu à deux hommes seuls : l’un, chancelier a dormi dans la chambre privée du Général à Colombey-les-deux-Eglises. La coopération, la réconciliation sont sans doute « ringardisés » à l’heure des geeks. Économiquement, l’UE est un géant, mais personne ne la craint. N’empêche, … Si ceux qui détiennent tous les pouvoirs entre leurs mains, ne prennent pas l’INITIATIVE de changer de cap, alors, oui, nous sommes tous des passagers clandestins : notre destin ne nous appartient plus.

L’Ours.

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